ACTE IV, SCENE IX 24Ï
n'était-ce pas la plus répugnante hypocrisie. Et puisque vous parlez de devoir, son premier devoir était de vivre ? Vous le savez si bien que, lorsque je vous ai dit tout à l'heure : « elle s'est tuée ! » vous m'avez fait taire.
L'ABBÉ BLOQXHN
Parce que l'Église réprouve ceux qui se sont donné volontairement la mon.
MORINS
Vous condamnez le suicide physique, mais vous prêchez la résignation, le sacrifice, c'està-dire le suicide moral.
L'ABBÉ BLOQUIX
En face d'un tel malheur, comment pouvezvous encore raisonner ?
MORINS
Vous, vous Facceptez.
L'ABBÉ BLOQUIN'
Je prie.
MORINS
Eh bien ! moi, je me révolte et je m'in-
digne : je maintiens que cette femme avait le droit et le devoir de vivre sa vie avec l'homme qu'elle avait choisi. Je n'admets pas la résignation, le renoncement, l'humilité, toutes ces vertus négatives, je n'admets pas une morale d'esclaves, une religion de malades qui font de l'humanité un lamentable troupeau.
L'ABBÉ DLOQUIN
Ah ! Monsieur, vous savez bien qu'en dehors des sociétés et des lois, en dehors des riches et des pauvres, il y a une inégalité originelle, une injustice immanente, et si notre religion est celle des faibles et des malades, c'est parce que ceux-là sont de beaucoup les plus nombreux. Vous êtes sans doute un grand philosophe et je ne suis qu'un humble prêtre ; mais toute votre philosophie s'écroule devant ce fait d'une femme qui n'a pas pu vivre séparée de ses enfants.
MORINS
Tout comme votre morale s'écroule devant ce fait d'une femme qui n'a pas pu vivre dans