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SCÈNE V

BOUGOIN, ROUFFIEU, COLLONGES. M- MENESSIER, M- BEAU, MENESSIER, TESTUD

M""" Menessier (poussant son mari encore légèrement ivre).

Tenez ! regardez-moi ça ! Si c'est permis de se mettre dans des états pareils I Voulez-vous savoir où je l'ai ramassé ? Au bord de la route, dans le fossé. C'est là qu'il a passé la nuit.

Ménessier Je vas vous dire : c'est pour la colonie...

M"** Ménessier

Ne mens donc pas ! T'avais rien à faire à Villiers. Et moi qui étais heureuse de venir ici, rapport qu'il n'y avait pas d'marchands d'vîns !

Ménessier

J'dis la vérité ; c'est pour la propagande. J'ai rendu service à des amis ; ils voulaient me payer ma journée. « Pour qui qu'vous m'prenez ? qu'j'ai fait. Je ne travaille pas pour de l'argent. Je n'accepte que les échanges en nature, sans estimation de valeur ; des échanges en nature, tant qu'on voudra! » Alors, ils m'ont emmené chez l'bistro... où l'on s'est peut-être un peu attardé...

M"* Ménessier

Et c'est ça que t'appelles de la propagande pour la colonie ?.. Quel bénéfice en retirera-t-elle, la colonie? Maintenant que tes amis t'ont rincé, ils doivent se considérer comme quittes envers toi, envers nous...

Ménessier Tu crois ?

M™® Ménessier Probable! Demande à monsieur Rouifieu. Il est

joli Texemple qu'tu donnes ! Tu devrais être honteux. Qu'est-ce qu'on pensera de nous à présent !

MÉiNESSIER

Mais alors, je ne suis qu*un malpropre... c'est vrai, un malpropre !

M"* Ménessier C'te fois-ci, lu n'mens pas.

Ménessier

J'suis pus digne de faire partie de la colonie ; non, j'en suis pus digne!... Chassez-moi... jVous déshonore; ça rejaillit sur vous. Punissez-moi... punis-moi, Rouffieu, t'as le droit.

ROUFFIEU

Mais non, je n'en ai pas le droit. Il n'y a pas de salle de police ici; tu reconnais ta faute, tu n'y retomberas plus.

Ménessier Ça, Rouflieu, je te le promets.

Rentre chez toi et fais un somme.

Si c'est là tout ce que vous trouvez à lui dire, il recommencera demain.

Ménessier

La bourgeoise a raison: oui, j'mérite au moins une amende... Foutez-moi une amende.

M"' Ménessier (vivement).

Je ne demande pas ça, mais un avertissement, quelque chose...

ROUFFIEU

Voyons, Ménessier, tu n'es pas un enfant et je ne suis pas un patron... Quand tu seras de sangfroid, nous causerons. Assieds-toi là. Maintenant, madame Ménessier, faisons nos comptes.

(Ménessier s'assied et rumine.)

M"' Ménessier

Voilà nos comptes, monsieur Rouffieu: pour les légumes, le beurre, les œufs, vingl-sept francs, et puis trois poulets que j'ai vendus, douze francs... ça nous fait donc trente-neuf francs.

RoVFFiEv (écrivaîit sur son carnet).

Nous disons : trente-neuf francs.

M"* Ménessier

Àh!... et six sous que j'oubliais... faut les compter.

96 U GLAiniËRE

ROUFFIEU

Trente-neuf francs trente centimes.

M"* Ménessier

Desquels il faut déduire Tépicerie que madame Beau a achetée... comme de bien entendu.

ROUFFIEU

Combien ?

M"* Ménessier Dix francs cinquante-cinq.

ROUFFIEU

Reste donc vingt-huit francs soixante- quinze.

M"' Ménessier C'est exact. {A son mari.) Allons, viens, toi !

Ménessier (debout).

Tu m'en veux pas, Rouffieu ?

Rouffieu

Pas du tout! Nous avons tous nos faiblesses... lu seras plus raisonnable une autre fois.

Ménessier

Ça, je le jure!., si je recommence, je veux bien qu'on m'attache !

LA CLAIftlÈRE 97

M"' Ménessier [V entraînant).

Ah ! des promesses, tant qu'on en veut ! (Ils sortent,)

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