‹ Le torrentChapitre 155 sur 176 · C0LL0I«GES · texte numérisé non relu

C0LL0I«GES

Oui.

Et vous ne savez pas où il est allé ?

COLLONGES

Non.

Adèle

Oui. . . Non. . . Vous n'êtes pas bavard ce matin

ça ne vous change pas d'ailleurs, vous êtes bien aussi aimable un jour comme l'autre. Allons, je vous laisse. {Elle se dirige vers la porte, puis revient s'accouder sur la table^ près de Collonges.) Qu'est-ce que vous faites là ?

Collonges

Vous le voyez... je dessine.

Adèle

Ah ! vous dessinez !... Qu'est-ce que vous dessinez ?

Collonges

Un buffet.

Adèle Pour mademoiselle Hélène ?

Collonges Non, pour madame Ménessier.

Il sera plus beau celui de mademoiselle Hélène.

COLLONGES

I sera comme les autres.

Adèle

Avec ça : il n'y aura rien de trop beau pour elle. Vous allez lui faire un Henri II pour le moins. {Collonges ne répond pas, Adèle poursuit.) Elle est jolie, rinslitutrice, vous ne trouvezpas ? Elle est distinguée, surtout : c'est ça... distinguée... elle a des belles manières Vous savez

que je vous ai vus tout à l'heure, avec mademoiselle Hélène.

CoLLONGES

Vous avez bien pu nous voir : nous no nous cachions pas.

Adèle

Oui, je passais devant la fenêtre... je me suis même arrêtée pour vous regarder, mais vous étiez si occupés à bavarder tous les deux que nous ne m'avez même pas vue.

Collonc.bs C'est possible.

Adèle Bien sûr que c'est possible puisque je vous le

i^ LA CLAIRIÈHE

dis. Vous aviez Tair très tendre avec elle !... Vous savez ce qu*on dit à la Clairière ?

COLLONGES

Non.

Adèle

On dit que vous y faites du plat à Tinstitutrice, que vous en êtes amoureux.

CoLLONGES {à la fin impatienté).

Taisez- vous donc, madame Rouffieu et occupezvous de vos affaires à vous, ça vaudra bien mieux. Est-ce drôle que vous ne puissiez pas vivre' sans commérages et sans potins ! Vous ne savez pas ce qui vous manque ici ? C'est une loge de concierge pour aller jacasser. Ça vous manque comme le mastroquet manque à Ménessier, c'est la même chose. Et puis j*ai à travailler... laissez-moi un peu tranquille.

Adèle J'disais pas ça pour que vous vous fâchiez.

Collon'Ges Je ne me fâche pas.

Adèle

Non, c'est le peintre ! Vous êtes devenu tout blanc. J'aime bien vous taquiner... j'aime bien

LÀ CLAIRIÈRE iU

quand vous êtes en colère... ça m'amuse. C'est que vous n'avez pas Tair commode... {Avecadmi-^ ration :) ce que vous devez être méchant quand vous êtes à cran !

Je ne vous souhaite pas de m'y voir.

Adèle

Oh ! vous ne me faites pas peur vous savez. Allons, je m'en vais, vous ne m'en voulez pas ?

Collokges

Oh ! moi, pas du tout, et même je regrette d'avoir été un peu brusque tout à l'heure.

Adèle

Ne regrettez rien... vous avez pas besoin de vous excuser... j'aime bien au contraire quand vous m'attrapez.

COLLONGES

C'est un drôle de goût.

Adèle {elie revient près de la table).

Dame ! vous ne dites jamais de choses gentilles, vous... alors quand vous dites des choses désagréables, c'est toujours ça... c'est toujours mieux que rien. {Elle s'assied devant la fenêtre.) Je m embête aujourd'hui, je m'embête comme deux dans

trois chambres ! Vous ne vous embêtez jamais, vous?

COLLONGES

Je travaille.

Adèle {se levant).

Moi, j'ai beau travailler : je ne sais pas ce que j^ai depuis quelque temps, je n'ai pas de goût à rien. Ah ! si, je n'ai qu'un plaisir en ce moment, c'est quand on se réunit le soir ici, et que vous nous faites la lecture comme hier. C'est joli ce que vous avez lu, cette chose de Victor Hugo. Comment que ça s'appelle déjà ?

COLLONGES

Les Pauvres gens.

Adèle

Ah ! oui, c'est ça. Les Pauvres gens. C'est des vers, pas *?

COLLONGES

Oui, c'est en vers.

Adèle

Et puis vous lisez bien, vous lisez presque aussi bien qu'un acteur, vous savez. Seulement c'est toujours des choses tristes, sérieuses. Oh là ! là I Vous devriez lire des choses où il y a de l'a-

mour... vous les liriez bien, vous ; pour sûr que vous les liriez bien.

COLLONGES

Mais il y a de Tamour dans Les Pauvres gens,

Oui, mais ce n'est pas de Famour comme ça que je veux dire... c'est de l'amour entre un homme et une femme, et puis que ça se passe dans le monde chic. Enfin, un roman, quoi ! Mais vous ne les aimez pas, vous, les romans.

CoLLONGES

Pas beaucoup.

Adèle Pourtant, il y en a ici, pas ?

Collonges [désignant les rayons).

Oui, il y en a une vingtaine là, dans le bas.

Adèle

Vous ne savez pas ce que vous feriez si vous étiez gentil ?

Collonges Non.

Adèle Vous m'en choisireriez un.

COLLONGES

Oh ! ça ne me regarde pas... ce n'est pas à moi de vous choisir des romans... demandez ça à Rouffieu.

Adèle

Oh ! Rouffieu, il n'y connaît rien. D'abord, est-ce qu'il s'occupe de ça, Rouffieu ? Il ne pense qu'à la colonie. Vous ne voulez pas m'en choisir un, dites ?

Prenez-en un au hasard, allez il se valent

tous.

Adèle {très câline).

Je voudrais que ça soye vous qui me le choisissiez... il me semble que je le lirais avec plus de plaisir. Vous ne voulez pas, dites ?

CoLLONGES {va prendre un livre au hasard). Tenez ! en voilà un.

Adèle Ce que vous êtes ours tout de même... Vous

faites ça comme pour vous débarrasser Quel

est l'intitulé ?

COLLONGES

Je ne sais pas, moi, regardez !

Adèle Chaste et Flétrie. En voilà un de titre ! c'est joli?

COLLONGES

Magnifique !

Adèle Y a de l'amour?

Ça en déborde.

Adèle Vous l'avez lu?

CoLLONGES

Non.

Adèle

Eh ! ben, vrai ! ce que vous êtes rosse, ce que vous êtes peu aimable !... Tenez, je m'en vais... j'aime mieux ça... d'ailleurs, je vous empêche de travailler. Bonjour et merci.

126 U GLAIRIÉRB

C0LLONGE8

De rien. Bonsoir.

Adèle (Elle sort en chajitànt) .

Aujourd'hui je suis ton amaut Et je l'adore follement, Toi, tu m'aimes tout simplement Comme les autres.

(Elle vieiU s'accouder du dehors à la fenêtre.)

Depuis que Capoul a chanté cette romance-là hier soir, j'ai cet air-là qui me colle, c'est comme do la glu ! Vous ne chantez jamais, vous?

CoLLONCiES

Jamais.

Pourquoi? Vous devez pourtant avoir une jolie voix.

COLLONGES

Oui, pour crier au feu Je chante faux.

Adèle Ah ! c'est dommage ! Ça ne vous ennuie pas.

COLLONGES

Je me fais une raison.

Adèle (tournant la tête).

Tiens ! voilà un gros homme qui vient par ici. Il a Tair de chercher quelque chose. Vous demandez, monsieur?

Vërdier (au dehors).

Bonjour, madame. Est-ce que je pourrais parler à quelqu'un de lu ferme? Je suis monsieur Vërdier, conseiller municipal à Villiers-sur-Eure.

Adèle

Ah I vous êtes monsieur Verdier. Mais parfaitement, entrez donc. GoUonges, c^est monsieur Verdier qui voudrait vous parler.

CoLLON(iES

A moi?

Verdier [entrant, rondement).

Bonjour, camarade. . .

CoLLONGES {affectant de ne pas s'apercevoir que Verdier lui tend la main).

Bonjour.

Verdier

Je désirerais voir les compagnons de la colonie, leur parler.

128 LA CLAIRIÈHE

COLLONGES

C'est facile. On va les appeler Madame

Rouffieu, voulez-vous avoir la complaisance de prévenir votre mari et lés autres que 'monsieur est là?

Adèle J'y vais. (Elle disparaît, )

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