‹ Le torrentChapitre 158 sur 176 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les mAmes, LE DOCTEUR

Le docteur (à M. Alleyras),

Oh ! c'est bien inutile, père, je Tai lu. (Il embrasse Jeanne, la regarde.) Tu as pleuré, toi?

Jeanne Mais non.

Le docteur Ça n'en valait pas la peine, je t'assure.

M. Alleyras

C'est précisément ce que j'étais en train de lui dire.

Ah !... Tu as mis mon père dans la confidence de nos ennuis ?

Jeanne Oui.

Le docteur Tu lui en as dit la cause ?

Jeanne Toutes les causes.

Le docteur (à son père).

Tiens, on a jeté ce journal dans ma voiture, tandis que je faisais une visite. Je l'ai trouvé déplié, étalé sur les coussins et le cocher ne s*était aperçu de rien. C'est admirable !

M. Alleyras 0 mœurs paisibles de la province !

Le docteur Le courrier est arrivé ?

Jeanne

Oui., il est là, sur la table.

(Le docteur ouvre une lettre qu'il froisse après ravoir parcourue.)

LA GLÂiniÊRE 469

Jeanne Qu'est-ce que c'est?

Le docteur

Rien... un malade qui me règle mes honoraires.

Il est peut-être guéri.

Le docteur

Non. Je sais ce que régler veut dire. Encore un qui passe à Tennemi! Ce n'est jamais que le dixième depuis un mois. Âh ! si les règlements continuent, la vie ici deviendra difficile.

Jeanne D'où viens-tu?

Le docteur De la Clairière.

Jeanne Tu y soignes quelqu'un en ce moment ?

Le docteur Non ; mais cette histoire de journal m'avait mis

dans un tel état d'exaspération que j'ai éprouvé le besoin de me retremper au milieu de braves gens. Ça m'arrive souvent depuis quelque temps. Je viens même de ramener dans ma voiture le compagnon Rouffieu qui avait affaire h Villiers.

Tu t'affiches.

M. Alleyras

Le doctbur

Oui, je m'affiche, c'est ce qu'on dit ici. On serait moins offusqué si je promenais une fille à mon bras.

Jeanne

C'est si vrai qu'il faut attribuer à tes fréquentes visites à la Clairière Tinfidélité d'une partie de ta clientèle. Les uns voient dans ton attitude un manque de tenue et les autres, comme Verdier, un défi.

Le docteur

Ah ! je ne lui conseille pas, à celui-là de se trouver sur mon passage... mais il m'évite avec soin.

M. Alleyras

Il a conscience de sa turpitude ; sois persuadé qu'elle se retournera contre lui.

Le docteur

Mais non, père. Quelle erreur ! Tu crois donc à une justice immanente et distributive ? Dans cette aventure que je t'ai racontée de Tinstitutrice de Villiers, est-ce pour elle que le plus grand nombre a pris parti? Pas du tout! Verdier a donné de Tinstallalion de cette jeune fille h la Clairière une explication effrontée. ILa dit qu'elle était allée retrouver son amant et tout le monde le croit. De sorte que j'en suis à me reprocher le mauvais service que je lui ai rendu.

Jeakine

Heureusement, ce n'est pas son avis.

(En ce moment, t apprenti repasse sons les fenêtres en chantant la même chanson que précédemment, puis entre l$s persietines qu'il a entr'ouvertes, il passe une tête grimaçante.)

t^E DOCTEUR

Ah! ils ne se contentent plus de passer... ils s'arrêtent maintenant devant la maison.

Jeanne

Ce sont des enfants : ils ne savent pas ce qu'on leur fait faire.

Le docteur

Tu crois ? Eh ! bien, je vais toujours ôter à celui-là l'envie de recommencer.

172 LA CLAIiUÊRE

Jeanne Jean..., je t'en prie!

Le docteur

Laisse-moi. (Il se dégage de l'étreinte de Jearme gui veut le retenir et sort précipitamment.)

JEA^^E Âh ! il ne manquait plus que ça I

M. Alleyras (à la fenêtre).

(On entend, au dehors^ l'apprenti gui crie en se débattant: C est pas moi... non m' sien, c'est pas moi... laissez-moi tranguille, fvous ai rien fait... grand lâche... etc. ;...)

Au fond, ce petit drôle n'a que ce qu'il mérite... d'ailleurs, voilà quelqu'un qui les sépare.

(Le docteur rentre, suivi de Rouffieu.)

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