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SCENE VIII

L.BS MÂMES, ADÈLE, puis les ménages BEAU, MÉNESSIER, TESTUD, et successivement les autres membres de la colonie, au nombre d'une dizaine, hommes et femmes; quelques-unes d'entre elles apportant leurs chaises, comme à la veillée.

RouFFiEu (à Adèle lorsqu'elle entre).

Pourquoi n'es-tu pas restée auprès des petits ?

Adèle J'y retournerai tout à l'heure .

ROUFFIEU

Ta place serait plutôt là qu'ici.

Adèle

Je sais ce que j'ai à faire.

(Elle s'éloigne de lui et va rôder autour de Collonges et d'Hélène qui causera ensemble,)

BOUGOIN

Hé! Ah!

Poulot Quoi?

BOUGOIN

Pige donc la tète que font les Tcstud .

242 LA CLURIÈHB

POULOT

Us ont Tair d'avoir perdu un des leurs.

BODGOIN

Oui : un veau.

MÉr^EssiER (à Beau).

Moi, j'te dis, mon vieux, que ça serait bien plus fraternel, notre conseil de famille, si on prenait la moindre des choses, un saladier, de la bière, ce qu'on voudrait, quoi !

Beau (entre ses dents}.

Possible !

Ménessier

Toi, Beau, je suis sûr que c'est pour ça que t'ouvres jamais la bouche aux réunions. Cest Teffet que ça produit sur moi. Quand je ne suis pas excité par un petit coup de sirop, j*ai la langue comme un poisson mort, et je ne m'intéresse à rien.

Beau

T'as peut-être raison.

(Il s'éloigne.)

Ménessier (à Af"' Beau).

Il n'est pas plus communicatif ce soir que d'habitude, votre mari, madame Beau.

M"»* Beau

C'est pas son jour.

(Cependant les communistes se sont iixstallés sans ordre, par groupes sympathiques. Les femmes, cousent, Adèle a le nez dans un livre, Hélène et M^* Alleyras, à une petite table, au premier plan, confectionnent, Vune des objets de layette et la seconde un abat-jour. Rien n'indique que le docteur et Rouf fieu président la séance, sinon leur place autour de la grande table.)

RoDFFiED (légèrement).

Peut-être quelques-uns d'entre vous, camarades, connaissent-ils déjà la mauvaise nouvelle que j'ai à vous annoncer.

Voix DIVERSES

Hein? Quoi? Non.

ROCFFIEU

Nous avons une contravention.

Ménessier Ordre de qui?

ROUFFIEU

Du fisc. Je vous ai dit, samedi dernier, qu'un propriétaire des environs avait consenti à rechange

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d'une pièce de son vin contre du fourrage. J'ai fait prendre le vin, hier soir ; mais comme nous avons négligé d'acquitter je ne sais quels droits de régie, les gendarmes rencontrant notre charrette ont dressé procès-verbal.

BOLGOIN

Et ça nous coûtera cher?

ROUFFIEU

Dame ! je ne sais pas, mais probable qu'on nous salera.

BoUGOIN

On n'en mourra pas.

Ménessier (faisant claquer sa langue).

Ça dépend !

ROUFFIEU

C'est une perte, sans doute, mais je m'empresse d ajouter qu'elle est compensée par un bénéfice inattendu.

POULOT

Chouette !...

ROUFFIEU

L'un de nous, réparant la cheminée d'un cama-

LÀ CUIftlÈRE 245

rade, a trouvé deux cents francs enfouis dans les cendres du foyer.

Testud (se levant).

C'est pas moi qui les avais cachés là. (Murmures,)

Le docteur

On ne vous adresse pas de reproches, Testud... Roufiieu, au contraire, s'est bien gardé de désigner personne, et Ton doit lui savoir gré de sa discrétion.

{Nouveaux murmures.)

Je m'étonne que nous ne soyons pas tous du même avis là-dessus.

ROUFFIEU

Un camarade m'a remis deux cents francs. J'en accuse réception et j'indique en même temps les circonstances de cette rentrée, voilà tout.

Testud (en colère).

Oui... Eh bien! moi, j'en ai assez!... j'en ai assez, des soupçons et des manigances. J'aime mieux m'en aller.

POTJLOT

Bon débarras !

246 Ik CLAIRIÈRE

Testud

Viens-t'en, femme... Rentrons chez nous... Puisqu'on nous prend pour des voleurs, j'avons plus rien à faire ici. Bonsoir chacun un !

('il/"* Teslud roule son ouvrage,)

Le docteur On ne vous prend pas pour des voleurs.

Testud

Si. Nous le voyons bien. C'est pas la première fois qu'on en fait mention ; ça sera la dernière... On va faire ses paquets, et on déménagera le plus tôt possible.

M™"* Testud (emportant sa chaise).

Il y a déjà longtemps qu'on se méfie de nous et qu'on nous espionne. C'est pas seulement dans la cheminée qu'on a fouillé, c'est aussi dans nos papiers. (Faibles protestations,) A quoi que ça vous avance de savoir que je ne suis pas Française, dites ? Eh bien ! oui, je suis Belge, et puis après? (Murmures,) Il ne manque pas de Français à l'étranger, pourquoi qu'il n'y aurait pas d'étrangers en France? C'est-y de ma faute, à moi, si je suis née là-bas plutôt qu'ici ? Est-ce que vous m'avez nourrie à rien faire ? Je ne me demandais pas, moi, en remuant vos champs, si c'était de la

terre de Belgique ou de la terre de France. Et les légumes que j'ai fait pousser et que vous mangiez, imbéciles, est-ce que vous leur trouviez un accent? (Murmures,) Au plaisir de ne jamais vous revoir.

RODFFIEU

Nous regrettons votre départ... (Protestations.) Mais nous ne nous y opposons pas.

(Marques d'assentiment.)

Testud

Esquintez-vous le tempérament, v'ià ce que ça vous rapporte !

Mé^essier Pas même deux pour cent !

PouLOT (saluant Testud qui passe devatit lui pour gagner la porte).

Honneur à l'Épargne malheureuse !

BouGOîN (de même).

Sans rancune, mon vieux bas de laine ! (Testud sort avec sa femme.)

Testud (du dehors).

Saltimbanques !

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