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SCÈNE IX

Lis MftMBS, moins le ménago TESTUD

M** Ménessier

Pauvre mère Testud! C'est malheureux pour elle tout de même. Elle vaut mieux que lui... Peut-être qu'elle ne savait pas qu'il cachait de l'argent.

M"' Beau Elle n'a qu'à retourner dans son pays.

Adèle

C'est vrai. Pourquoi vient-elle manger notre pain?

Le docteur

Voyons, madame Rouffieu, elle vous l'a dit : le pain qu'elle mangeait, elle le gagnait comme vous.

Adèle On se fait naturaliser.

Le docteur Le besoin et la pauvreté naturalisent.

LA CUIRIÈRE 249

M- Beau

Moi je suis sûre qu'ils ne cherchaient qu'un prétexte pour décamper... La preuve, c'est que Testud a fait dernièrement plusieurs visites à Verdier ; le conseiller municipal a dû lui promettre je ne sais quoi s'il quittait la colonie... une bonne place... des avantages...

Le docteur

Diable ! La perspective de voir Testud revenir un jour habillé en garde champêtre me donne des inquiétudes pour notre sécurité.

{Rires.)

BOUGOIN

Ah ! ça, est-ce que tout le monde va s'en aller ? Il ne restera bientôt plus personne à la colonie.

ROUFFIEU

Comment ?

BOUGOIN

Dame ! il y a ici Poulot et moi qui partons le mois prochain pour accomplir une période d'instruction de vingt-huit jours.

PoULOT

Pas moyen d'y couper.

±50 LA CLAIRIÈR£

COLLONGES (ou /ofict).

Pas moyen... pas moyen...

POULOT

Voyons, lu ne voudrais pas qu'on risque la prison, du rabiot, des tas d'histoires pour une méchante cor>'êe de vingt-huit jours !

BorGOi!<

S*il s'agissait de trois ans... ou même d'une année, je ne dis pas, ça demanderait peut-être de la réflexion !

CoLLOMiES

Oa ne devrait pas en demander davantage pour quatre semaines que pour trois ans. Le temps ne fait rien à Taffaire.

BOUGOIN

Bien sur, on connaît tes idées là-dessus.

Bel\c Des actes, c'est autre chose.

POCLOT

Tiens ! Beau qui se réveille.

Mémessibr

Beau a raison... Une parole, qa, n'engage à rien.

Qu*à la tenir.

COLLONGES

BOUGOIN

C'est égal... on ne peut tout de même pas comparer la vie de caserne pendant des mois, des aimées, avec yingt*huit jours d'exercices, de manœuvres qui sont une préparation nécessaire à la guerre.

COLLONGES

Âh I si la guerre a parmi vous des partisans !

BouGom

Des partisans, non, mais enfin, tant que le désarmement général sera un rêve...

GOLLONGES

11 ne tient qu'à vous qu'il soit une réalité.

POCLOT

Ah I oui ! la grève des soldats..., le combat qui finit faute de combattants...

CoLLONGES {se levaut).

Non. Mais le combat qui ne commence pas. Si j'ai reculé, dans le temps, devant Tacte violent, brutal, qui pouvait compromettre le succès d'une belle cause, pourquoi estimerais-je avantageux pour l'humanité le même acte accompli collectivement ? Le nombre et l'uniforme ne sont pas des excuses au meurtre.

Le docteur

Écoutez, CoUonges, comme vous, nous détestons la guerre et ses années d'apprentissage à la caserne ; comme vous, nous répugnons à passer de cette absurdité à celte sauvagerie, sur un ordre venu d'un côté ou de l'autre du poteau qui n'est pas moins bête qu'un poteau parce qu^on l'appelle frontière. Mais pour arriver au résultat dont vous entretenez l'illusion, il faudrait changer complètement l'âme des foules.

CoLLONGEs {descendant).

Si vous ne les instruisez pas d'exemple, qu'estce que vous faites ici ?

Le docteur Nous mûrissons ce qui n'est pas mûr.

LA GLAIRIÈRB 253

COLLONGES

En attendant, vous consentez à végéter sous un déguisement, à mettre votre pensée sous Téteignoir d'un matricule. Et si vous n'abdiquiez encore que votre liberté ! Mais la liberté, vous Tétouffez inconsciemment chez les autres, en étant dans les casernes, comme la dit quelqu'un, des pauvres armés toujours prêts à contenir des pauvres sans armes.

Méxessier

J*ai fait deux fois vingt-huit jours et une fois treize jours... et je pensais ni plus ni moins qu'à présent.

CoLLONGES

Il n'y a pas de baïonnettes intelligentes I

Beau

Moi, j*ai fait mon service dans le train... et je n'ai jamais opprimé personne.

CoLLONGES

C?est bien cela ! Votre vanité oscille comme un pendule entre le livret de mariage et le livret militaire !

Ménessier

Père Nu-Tète, dites-y donc ce qu'il en coûte

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pour défendre son pays... vous qui boitez depuis 70.

Le père Nu-Tête {assis, à f écart).

Pardon... Pardon...

MÉNESSmR

C'est pas pendant la guerre que vous avez ét^ blessé ?

Le père Nu-Têie

Non... non... au contraire...

Le docteur {souriant).

Gomment ça, au contraire?...

Le père Nu-Tête {se levant).

Voilà la chose : c'est un coup de fusil que m*a envoyé le Maire de chez nous, un monsieur très riche et pas commode, un soir que j'avais grimpé sur son mur pour atteindre un arbre à fruits... « Ça t'apprendra, qu'il m'dit, quand il m'eut reconnu, à faire la différence de ce qui est à toi, à ce qui est ma propriété ! » Mais à quelque temps de là, les Allemands qui avaient envahi le village se vengèrent du mal que les francs-tireurs leur z'avaient fait en mettant le feu à la maison du Maire. Comme je la regardais brûler, il m'aperçut et me traita de propre-à-rien, de sans-cœur..,. «Excusez-moi,

que j*y dis en montrant ma jambe, pas de danger que retourne chez vous, la leçon ma profité... n'ayant rien à moi, je n'ai rien à perdre. Puisque la maison vous appartient, sauvez-la ! )>

(Rires,)

GOLLONGES

Retiens ça, Ménessier.

Le père Nu-Tètè

J'étais jeune, j'avais encore de la réplique, en ce temps-là.

GoLLOMGES [remonté au fond).

Eh bien ! camarades, il me semble que si quelqu'un maintenant mérite d'être appelé l'Amateur, c'est le père Nu-Tète et non pas moi.

Beau

En effet. On pourrait peut-être appeler autrement les gens qui ne se trouvent pas bien quelque part et qui y restent quand même, on ne sait pas pourquoi.

(Toutes les têtes se tournent vers Beau.)

COLLONGES

Ah ! bah !... Et comment les appelles-tu, toi?

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Beau {entre ses dents).

Mouchards !

CoLLONGEs {se levant).

Mouchard ! moi !... Eh bien ! elle est forte, celle-là ! (Les camarades qui sont auprès de lui C arrêtent dans son élan pour se jeter sur Beau.) Tiens ! si tu n^étais pas plus bète que méchant, je te ferais ravaler ce mot-là et plus vite que ça... Il y en a un, parmi vous, si tu veux que je te le dise.

ROUFFIEU

Voyons, CoUonges...

CoLLONGES

Oui, il y en a un, mais ce n'est pas moi ; c'est celui qui a écrit ça.

(// tire de sa poche le brouillon de la lettre de dénonciation et te met sous le fiez de Beau.)

Beau {regardayit le papier avec indifférence). Qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ?

CoLLONGES

Oh ! rien... il n'y a rien à faire... tu as raison. (Il passe,)

BOCGOIN

Voyons... (Il prend le papier.) Eh bien ! vrai, c^est pas pour dire, mais celui qui a écrit ça est une belle vache !

GOLLOMGES

Tu trouves?

Ménessier Qu'est-ce que c'est ?

M"** Beau Lisez donc...

POULOT

Lis tout haut, Délicat...

BouGoiN {lisant),

« Monsieur Verdier, j'ai l'honneur de vous informer qu'il y a un réfractaire qui se cache à la colonie... Cherchez-le et vous le trouverez facilement. »

Ménessier Et c'est signé?

BOUGOIN

Tu ne le voudrais pas... c'est signé : Mon pain I

258 u cuanÈRE

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