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ROUFFIEU, COLLONGES, LE DOCTEUR, HÉLÈNE, JEANNE

RouFFiEU [allant au-devant du docteur qui ouvre la porte).

Eh bien ?

Le docteur

Eh bien ! mon bon Rouffieu, pour moi, c'est une Plèvre scarlatine..^ l'affaire de six semaines, à moins de complications que Je ne puis prévoir... mais je vous réponds que -vos enfants ne manqueront pas de soins. ^ '^

Jeanne Hélène et moi nous sommes là.

D'ailleurs, la fièvre est moins forte et nous avons profité de ce qu'ils sont assoupis, Gollonges, pour venir vous serrer la main une dernière fois, puisque vous allez nous quitter.

COLLONGES

Oui, quand le jour se lèvera, je serai déjà loin.

Le DOCTEUR

Bonne chance !

Rouffieu C'est à ceux qui restent qu'il faut souhaiter ça^

Hélène

A ceux surtout qui, comme moi, furent pour la colonie un sujet de discorde.

Jeanne Vous, Hélène ! un sujet de discorde ?

Hélène Mais oui, si je n'avais pas été accueillie, recueîî-

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lie à la Clairière, tout cela ne serait pas arrivé... J'ai été la cause inconsciente de la scène qui a éclaté ce soir.

Le doctel'r

Vous êtes venue ici et Collonges vous a aimée. . . ; vous avez joué involontairement le rôle d'un personnage de roman.

Hélène

Hélas ! Çà n'a pas été une idylle, mais un roman populaire avec tout ce qu'il comporte de rivalités, de jalousies et de vengeances.

Jeanne On ne peut pourtant pas s'empêcher d'aimer,

ROUFFÏEU

Une histoire d'amour! Un roman! Voilà donc ce qui devait faire échouer le beau projet que j'avais si longtemps caressé d'une association de bonne volonté, de justice et d'entente.

Le DOCTEUtt

Ce n'est pas cela seulement. Si nous faisons notre examen de conscience, nous avons tous quelque chose à nous reprocher.

ROUFFÏEU

Tous, non!... vous et CoUonges...

COLLOISGES

Oh I moi, je m'accuse sincèrement d'avoir introduit dans la colonie le pire des éléments de dissociation : le Doute.

ROCFFIED

Oh ! ça je te Tai toujours dit.

COLLONGES

On avait raison de me traiter d'amateur. Amateur, je l'étais, en effet, du moment que je n'apportais pas avec mon concours loyal, la conviction indispensable pour qu'un dévouement soit fécond.

Nous avons aussi, Jeanne et moi, notre part de responsabilité. En venant nous installer à la Clairière, nous avons eu peut-être l'air de bienfaiteurs. Quand je mettais ce que je sais au service de tous, quand je donnais à nos camarades d'affectueux conseils, ils ont pu croire que je voulais les diriger, que je leur faisais la leçon. Et puis, je causais plus volontiers avec vous Rouffleu,et avec CoUonges, qu'avec Bougoin et Poulot... Ceux-là encore sont de braves gens ; mais d'autres, même

sans se l'avouer, se formalisaient de ces conversations et de noire intimité.

Jeanne

Une môme sympathie m'avait attirée vers vous, Hélène. Certes, j'étais disposée à aimer également toutes mes compagnes et pourtant, j'avais plus de plaisir à me trouver avec vous, chère amie, qu'avec madame Beau ou madame Ménessier : elles en ont conclu naturellement que nous les dédaignions.

Le docteur

Et, d'un autre côté, on ne commande pas aux affinités : ceux qui avaient la même qualité d'ftme se sont reconnus et avec nous, la comparaison est entrée ici.

COLLONGES

Vous êtes trop sévère pour vous-même, monsieur Alleyras ; fallait-il donc qu'en quittant notre seuil vous oubliiez tout à coup ce que vous saviez pour descendre à notre niveau? Non, non ! tant pis pour les ignorants, envieux ! Et pour que nos camarades n'en prennent pas d'ombrage, devions-nous renoncer à l'amour, à l'amitié, aux sympathies même ?

Le doctedr Y renoncer, non, loin de là, mais fondre tous

Là clairière 291

ces sentiments humains dans un sentiment supérieur, Tamour de l'humanité, dont bien peu malheureusement sont capables !

ROUFFIEU

Quant à moi, si j'ai eu tort, c'est peut être, dans l'organisation de la Société nouvelle que je rêvais, d'avoir attaché trop d'importance aux seules questions de production, de consommation et d'échange.

Le docteur

Oui, vous ne voyiez dans cet essai que la satisfaction des besoins immédiats : la nourriture, le vêtement, l'abri : l'homme ne vit pas de pain seulement.

ROUFFIEU

Oh! j'y voyais autre chose encore : la plupart des révolutions avortent faute de préparation pratique et d'expériences pouvant servir de base à un renouvellement social. En faisant une de ces expériences, j'espérais faciliter Tavènement du prolétariat.

A ce point de vue, vous pouvez vous féliciter. Vous comptez à peine deux ans d'existence et ce n'est pas seulement Hélène, Jeanne et moi qui

±9i LA CUIRIÈRB

sommes venus à vous : les gens de Villiers, après vous avoir considéré comme des agitateurs dangereux, ont accueilli vos avances et répondu à vos désirs. La femme dont vous avez habillé les enfants, le camarade auquel vous avez rendu service, vous ont offert leurs loisirs, apporté le dimanche le travail de leurs bras. Vous avez défriché cette population inculte ; vous avez montré de quoi est capable l'action consciente de Thomme sur un milieu cultivé non plus par intérêt mais par affection. Vous n'envisagez, mon cher Rouffieu, que les résultats obtenus ici, à la Clairière... Tournez les yeux vers les petites clairières que vous avez ouvertes dans tous les bois environnants... c'est assez pour que vous soyez fier de votre œuvre.

ROUFFIEU

Oh! fier d'une œuvre qui va trébucher sur une misérable intrigue!

Le docteur

Allons! il ne faut pas non plus réduire la question sociale aux proportions d'une pauvre petite histoire d'amour. Si vous avez manqué de prévoyance, c'est plutôt en réunissant des individus qui ne se connaissaient pasou quise connaissaient mal et qui ont été peut-être tout* étonnés à un moment donné de se voir ensemble.

ROUFFIEU

Ils n'auront plus longtemps cet étonnement. Avant peu sans doute, nous serons traqués, dispersés.

COLLONGES

Ne nous plaignons pas d'attirer Tattention sur nous. Si Ton nous persécute, c'est que nous existons. Exister, graver des faits dans la mémoire des hommes, à côté des systèmes et des formules qu'ils ressassent, tout est là !

Le docteur

Vous le disiez vous-même naguère, mon cher Rouffieu : le peuple est encore un petit enfant. Or, quels sont les livres de notre jeunesse dont nous gardons le plus vif souvenir? Ceux qu'illustraient des compositions le plus souvent naïves, maladroites, mais sincères... Nous avons montré au peuple une image... il se souviendra mieux de nous.

Rouffieu Une image et c'est tout !

COLLONGES

C'est tout et ça suffit pour le moment. Reste à tirer cette image à des milliers d'exemplaires ; c'est le devoir de chacun d'entre nous.

Le docteur

Ne vous attardez pas, mon cher Collonges, si vous voulez gagner le large avant la pointe du jour.

COLLONGES

Oui, je m'oublie.. {Souriant) Excusez-moi, je ne pensais pas que le conseil de famille se réunirait une dernière fois avant mon départ. J'en profite pour apporter devant ceux que j'estime et que j'aime le plus un engagement formel. (Mon-trant Hélène,) Voici celle que je choisis pour ma compagne. J'emporte, en m'en allant, sa promesse de me rejoindre, dès que les liens moraux qui la retiennent ici seront tombés d'eux-mêmes.

Hélène

Je tiendrai ma promesse... mon cœur vous en donne l'assurance... Où que vous alliez, j'irai.

Collonges

Et moi, en quelque endroit que je me réjugie, je vous attendrai. (Ils s'étreignent.) Au revoii:^ mes amis. (Il doîine une poignée de main au docteié^et d Jeanne.)

ROUFFIED

Tu trouveras ma bicyclette sous le hangar...

Prends-la... Au lever du soleil, tu seras déjà presque hors d'atteinte. Allons, dépêche-toi. Tu n'as plus besoin de rien ?

GOLLONGES

Hélène dans ses lettres me parlera de la colonie... Si tu pouvais, de ton côté, m'en donner des nouvelles... de temps en temps.

ROUFFIEU

Je te promets de t'en donner... mais tu m'auras vite oublié.

COLLONGES

Tu te trompes Rouffieu ; on n'est jamais qu'à moitié séparé les uns des autres, quand on reste fidèle aux idées qu'on a aimées ensemble.

Rouffieu Allons, au revoir, mon vieux. [Ils s'embrassent.)

CoLLONGES

Au revoir, camarade.

Hélène

Télégraphiez-nous dès que vous serez arrivé. (Collonges sort, Hélène l'accompagne.)

Le docteur

Et maintenant, Rouffieu, retournons auprès (les enfants !

Rouffieu

Vous les sauverez, n*est-ce pas, monsieur Al-

leyras?

Le docteur Je crois bien. Nous aurons besoin d'eux.

Ghàteauronx. — imp. A. Majesté et L.Boachardeaa. A. MeUottée,8iicc.

Eugène FASQUELLE, Éditeur

1 I, «UR DB GIIKNBI.LB« PAItlS

EXTRAIT DU CATALOOUE

Collection ^. iii-18 à 3 fr. 50

ALPHONSE ALLAIS Ne nous frappons pas,

TRISTAN BERNARD Mémoires (Tun jeune homme rangée roman.

RENÉ BOYLESVE Mademoiselle Cloque, roman.

MAURICE DONNAY bt LUCIEN DESCAVES La Clairière, comédie en cinq actes.

FRANC-NOHAIN La nouvelle Cuisinière bourgeoise,

MAURICE MAINDRON Saint-Cendre, roman.

FRANÇOIS DE NION Les Façades, roman.

Les derniers Trianons, roman.

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EMILE POUVILLON Le Vœu d^être chaste, roman.

HUGUES REBELL La Càlineuse, roman.

La Camorra, roman d'aventures.

J.-H. ROSNY La Fauve, roman. ,

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11414. — L.-Imp. rénjiies, rue SciaC-Benott, 7, Pari».

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