ACTE II, SCÈNE I 8i
A me dire quoi ?
VERSANNES
Par exemple que c'est absolument manquer de tact que d'aller vous promener au milieu de tous ces ouvriers, en faisant sonnailler à votre poignet des bibelots dont ces gens-là apprécient parfaitement la valeur et l'inutilité.
CHARLOTTE
L'inutilité ? qu'en savez-vous d'abord ? Cette quincaillerie n'est composée que d'objets indispensables. J'ai ma boîte à poudre de riz, mon bâton de rouge, ma petite glace.
VERSANNES, la coupant.
Allons ! ne faites pas Tenfant.
CHARLOTTE
Et vous, ne faites pas le pion.
VERSANNES. très monté.
Ce n'est pas seulement un manque de tact. . . on n'a pas le droit, vous entendez, on n'a pas
le droit d'aller au milieu d'ouvriers dans un accoutrement pareil, avec un chapeau de carnaval et de montrer, en retroussant sa robe, des dessous qui représentent k eux seuls, le salaire d'un de ces gens-là pour une année passée dans la sueur, dans la poussière et dans l'huile ! Vous n'avez donc pas peur qu'ils fassent des réflexions.
CHARLOTTE
Ils ne les feront pas devant moi, j'imagine?
VERSANNES
Non, vous ne les entendrez pas, maïs elles sont faciles à deviner : ce ne sont pas les réflexions qu'ils font tout haut qui sont les plus dangereuses.
CHARLOTTE, hautaine.
Je vous assure que je me soucie fort peu de Topinion de ces gens-là.
VERSANNES
D'ailleurs, c'est bien inutile de discuter avec