‹ Le torrentChapitre 63 sur 176 · ACTE II, SCENE VI II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VI II

nous avez reçus très joyeusement ; pendant le dîner, vous étiez très gai, vous aviez l'air heureux de vivre et puis, tout à coup, vous êtes devenu triste, préoccupé... Vous n'étiez plus du tout le même...

VtRSANNES

Ah ! Morins, vous serez donc toujours celui qui scrute les reins et les coeurs. Dès que vous entrez dans une maison, il faut que vous définissiez l'état psychologique des habitants; il faut que vous découvriez ce que nous ignorons peut-être nous-mêmes. Vous avez constaté en moi un changement que je ne conteste pas..., et alors ça vous intéresse, ça vous passionne, vous devenez volontiers indiscret. Vous êtes mon ami, Morins, je sais que vous m'aimez, et pourtant je vous assure que c'est une inquiétante sensation de se sentir constamment observé.

MORINS

Vous avez tant d'amis qui vous ignorent : croyez-vous par exemple que Saint-Phoin ou

M. de Courrezac sedoure un seul instant de ce qui se passe ici ?

VL'RSANNES

Mais il ne se passe rien... d'abord où voulez-vous en venir ?

Vous m'avez attristé, Julien... Vous vous trompez, je vous assure, en attribuant à la psychologie, à la curiosité même ce qui est surtout un affectueux intérêt. Nous avons vécu jadis bien près l'un de l'autre, nous confiant nos rêves, nos désillusions, nos espérances, nos doutes^., et j'étais pour vous comme un frère aîné. Nous ne nous sommes pas vus depuis cinq ans, c'est vrai; mais si l'absence peut atténuer jusqu'à l'effacement des amitiés vulgaires, elle en peut modifier en rien une amitié comme la nôtre et nous devons nous retrouver en confiance. Où je veux en venir ?... à vous écouter, tout simplement, à vous écouter, car vous avez besoin de vous confier à quelqu'un, vous avez besoin de parler, d'en parler. Me voilà, ne

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