ACTE II, SCKXE VI II
VOUS gênez pas, je suis ici pour ça. Voyons, que se passe-t-il ? Vous aimez M'"^ Lambert ?
VERSANNES, serrant la main à Morins.
Oui, j'aime M"'*' Lambert. Vous l'avez deviné ?
MORIXS
Je vous ai regardés.
VGRSANNi:S
Il faut d'abord que vous sachiez comment je Taime. Ainsi que je vous lai raconté, après la mort de mon oncle, nous sommes venus nous installer ici... ma femme n était pas du tout la compagne qu'il fallait pour cette nouvelle existence;. . c'est toujours un peu ridicule et odieux de la part d'un homme de se plaindre de la femme qu'il a épousée... tout de même, on peut s'être mal marié. Considérez d'ailleurs que je vous parle sans amertume, je ne récrimine pas, je vous explique, voilà tout.
MORINS
Je comprends très bien et vous n'avez pas besoin de me dire tout ça.
Il6 LE TORRENT
VERSANNES
Bref, ce qui devait arriver est arrivé : nous étions voisins des Lambert; nous avons fait connaissance, nous nous sommes vus rarement d'abord., puis fréquemment, puis nous nous sommes liés tout à fait... J'ai aimé Valentine et elle m'a aimé.
MORINS
Cétait fatal.
VERSANNES
Elle a résisté à cet amour de toutes ses forces; elle s'est défendue longtemps contre moi et contre elle-même et, moi aussi, je me suis défendu, tant j'avais horreur du banal adultère 1 Mais, dans cette solitude, au milieu de cette contrée sauvage et douce, les sentiments ne sauraient être superficiels : ils prennent en nous. des racines profondes comme les arbres qui naissent et grandissent sur nos montagnes. Ah! voyez -vous, Morins, dans un amour né au sein de la nature même, il y a quelque chose d'éternel et d'infini, de la force