‹ Le toucher des écrouellesChapitre 3 sur 11 · LA SAINTE AMPOULE · texte numérisé non relu

LA SAINTE AMPOULE

Gravé par du Change. de l’Académie Royale de Peinture.

l’origine prétendue céleste de l’Ampoule n’est qu’un symbole destiné à augmenter aux yeux du peuple l’importance du Sacre!

une colombe envoyée du ciel! Le texte appartient à la « Vie de saint Rémi » par Hincmar, moine de Saint-Denis, évêque de Reims vers 85o; mais l’auteur commet maintes autres erreurs notables à propos du baptême de Clovis.

Au Xe siècle, tous les témoignages en faveur de l’ampoule sont hésitants, sans compter que les uns parlent d’un ange et les autres parlent d’une colombe ! Le pape Sixte IV, dans la Bulle qu’il adresse à Louis XL malade, pour l’autoriser à transporter dans son château de Plessis-lès-Tours l’ampoule du sacre, ne fait aucune allusion à son origine céleste....

La matière dont est composée l’ampoule n’a rien de divin : elle est soufflée dans du verre assez impur....

A qui me demanderait, pourquoi cette méchante ampoule d’un sou a été conservée et honorée si longtemps, je répondrais que c’est parce qu’elle a passé par les mains de saint Rémi, et que nous autres catholiques, avons coutume de vénérer non seulement les cendres des saints, mais aussi leurs

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Donc, puisque pour l'Onction sainte, qui conférait au Roi les droits divins, la cour de Henri IV ne pouvait disposer de la Sainte Ampoule, on se rappela que, après tout, d’autres huiles miraculeuses, ailleurs qu’à Reims, étaient vénérées par l'Eglise. N’avait-on pas vu déjà, au ive siècle, bien avant le baptême de Clovis, un ange apporter à saint Martin un baume « pour le restablir d’une chute dont il avait eu le corps froissé »?

Défait, il en alla, au sacre de Henri IV, de la Liturgie comme de la Thérapeutique; la première aussi bien que la seconde sut se servir d’un succédané; « à défaut de la Sainte Ampoule, gardée dans l’église de Saint-Rémi, l'abbaye de Marmoutiers en fournit une qui avait miraculeusement guéri saint Martin1. »

Nulles images du toucher des rois de France ne sont aussi intéressantes que celles que nous reproduisons : la première2 est empruntée aux Heures de Henri //; la seconde, autrement connue, est le dessin, sur cuivre, tiré de l’ouvrage d’André

vêtements, leurs ornements et tout leur mobilier ( supellectilem ) Dans les Mystères, joués autrefois

sur la scène, de véritables colombes figuraient le Saint-Esprit; il en fut de même dans les représentations théâtrales ou graphiques du baptême de Clovis. C’est ainsi que le peuple se persuada que les choses s'étaient passées, dans la réalité, telles qu’on les lui montrait. Du rapprochement de cette colombe symbolique et de l’ampoule vénérée, est née la légende qui les a définitivement réunies.

De tout ce qui précède, il est facile de démontrer que les rois de France n’ont nullement droit à la prérogative qu'ils tirent de leur prétendue onction divine, et ne doivent pas prendre le pas sur les autres, lisse prétendent bien à tort oints d'une liqueur envoyée du ciel par la puissance divine!

Or, Fonction sacrée a été pratiquée au couronnement des Rois d’Espagne bien avant que cette pratique se fût introduite en France. Il est démontré que Fonction faite à Clovis par saint Rémi fut uniquement Fonction baptismale et non Fonction royale.

Alors il n’est plus douteux que les Rois d’Espagne furent sacrés avant ceux de France.

D’après des autorités historiques irrécusables, c’est Pépin, père de Charlemagne, qui, à l’imitation des rois Juifs et Visigoths, reçut en 762, le premier, l’investiture, au moyen de l’huile consacrée.

Or, d’après le témoignage d’Isidore de Séville, le roi d’Espagne Recardus, qui florissait au moins un siècle et demi avant Pépin, fut sacré avec le même rituel, ce qui lui valut d’être appelé cliristianissimus Princeps.

Donc, par ce fait de priorité, les rois d’Espagne doivent avoir la préséance sur les rois de France, d’autant qu’ils ont, en outre, une multitude de Couronnes et de Royaumes, eux qui sont encore rois d’Aragon, de Castille, de Léon, de Cordoue, de Grenade, de Majorque, de Galice, d’Andalousie, des Flandres, de Sicile, des Indes.

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