‹ Le tour d'AsieChapitre 38 sur 39 · É P 1 1. G II E · texte numérisé non relu

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solidarité (l'ialéréls qui ne pouvaienl exister en (^iiioe. Le daïmio, le seigneur, résidait sur sa terre ; il était directement intéressé à la prospérité, au bien-(!tre de ses vas- I snui, au développement de leurs arts, de leurs indus- . tries et pouvait compter, en retour, qu'au premier signal, ils le suivraient avec une foi aveugle, d'un élan unanime. I La révolution de laquelle est sorti le Japon actuel ne fut point, ne l'oublions pas, un mouvement spontané des foules, mais l'u'uvre raisonnée d'une élite. Cette entreprise destinée à mettre On ù la féodalité, fut une entreprise féo- ' dale, préparée, dirigée par les chefs de deux grands clans, Satsuma et Clio-Cliiu qui, aujuurd'liui encore, suus le couvert du parlementarisme, mènent les affaires du Japon modernisé.

Si le sort eût permis que la Chine populeuse fût élevée nu même régime, s'accoutumât par des siècles de féodalité au dur métier des armes, à l'action, aux témérités impétueuses, alors certes, en présence de ces multitudes, l'Uurc^e edt pu trembler. Mais la Chine, Dieu merci, loin I d'être envahissante et conquérante, fut toujours envahie, I toujours conquise. Elle a été lu proie des Mon<{olg, la proie des Mandchous. Elle s'en console en absorbant ses vainqueurs. Quels seront ses maîtres de demain? Cela ne la préoccupe guère. Au fond, peu lui Importe que celui-ci ou celui-lâ promène sur les actes oriiciels le pinceau trempé dans le vermillon. On peut morceler la Chine sans que lu situation en soit changée de façon appréciable. N'est-elle pas déjà divisée à l'inlinî par le fait de son particularisme ; étroit? L'Empire démembré, la nation demeurerait, penchée sur ses comptoirs ou sur ses champs, enfilant des I sapèques ou grattant la terre, occupée ù son travail d'insecte, sans se demander qui la gouverne, facile à conduire, estimant que tout est pour le mieuï du moment que l'on peut acheter cl vendre et cultiver .son jardin. Telle elle

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a loiijoora été, lelle vraisemblablement elle reslera, non pour l'effroi, mnis pour rùlonncmeiit du monde.

Si niiiiriEcnant l'on me demundail de formuler l'imprï»sion domionnle résultant d'un séjour taiil soit peu pritlonyé chez ce peuple étrange, je répondrais que ce qui frappe chez lui, c'est la masse, mais surtout la durée. 11 semble qu'il ail échappé à cette loi commune de l'évolu- ! lion sous l'empire de laquelle les peuples comme les individus ont leur enfance, leur jeunesse, leur maturité vigoureuse, puis leur déclin. Tel nous le voyons, tel il était aui temps loin tains où florissaientBnbylone et \'inive, Athènes et' Rome. Ces civilisations ont passé, et lui demeure, bien qu'il lui manque, chose étrange, l'élément constitutif de tout organisme sain, ce qui chez les collectivités, comme chez les individus, assure la force et la durée, je veut dire la cohésion. Quand on considère à quoi se réduit pour lui la patrie, qui n'est point l'Kmpire, ni même la province, mais le village et, plus eiactenienl, le cercle de la famille, on en arrive à se demander, non sans surprise, s'il ne faut pas chercher lu cause de sa perpétuité dans le fractionnement même qui fait sa faiblesse. Une comparai son vous vient à l'esprit ; toutes ces petites unités indépendantes l'une de l'autre, égoïstes, agissant chacune pour son propre compte, semblent autant de compartiments ctanches maintenant à Ilot un navire désemparé. La vieille jonque chinoise n'entreprend pas de glorieuses croisières, ne hisse point fièrement ses couleurs, mais... elle flotte!

Pant-il donc envier la destinée de celte Chine si ré.sislante, insubmersible, et la mort n'est-eile pas préférable à cette longévité sans gloire? Peut-être, somme toute, furent-ils plus favorises du sort, ces peuples qui, disparus, se survivent par leur génie, pareils à ces astres éteints dont le rayon lumineux nous arrive encore après des siècles.

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Je ne saurais clore ce journal dé route sans ajouter que si, dans mon voyage à travers TEnipire, j'ai éprouvé forcément quelques fatigues, je n'ai point rencontre, du fait de Thomme, toutes les difGcultés auxquelles j'étais en droit de m'attendre. Peut-être cet aveu me nuira-t-il auprès de ceux qui, dans le récit d'un voyageur, cherchent surtout la note aventureuse et robinsonesque. Mais qu'y faire? Je me suis borné à raconter au jour le jour et de mon mieux ce que j'ai vu sans me donner le plaisir, pourtant facile, de dramatiser des incidents parfois désagréables mais peu graves. L'intérêt de la narration a pu eu souffrir; on ne m'en voudra pas de m'en être tenu à la vérité toute simple. Les gens, je l'accorde, m'ont fait souvent grise mine; je n'ai pas souvenir que l'attitude ait été nettement hostile. 11 m'est arrivé comme à tout le monde d'être invectivé pur la marmaille; parfois — rarement — aux injures se mêlaient quelques pierres. Jamais il ne m'est venu à l'esprit que ma vie était en péril.

Il serait évidemment puéril de conclure du particulier au général et de prétendre que Ton peut se promener en Chine avec autant de sécurité qu'en France. Tout dépend de l'heure et du moment. Dans telle cité que j'ai trouvée paisible, un autre pourra tomber an milieu d'une émeute. Ce sont là d'ailleurs des accidents auxquels on est exposé sans quitter l'Europe. Quoi qu'il en soit, j'incline à penser après ces quatre mille kilomètres parcourus sans encombre, que voyager à l'intérieur n'est point aussi malaisé qu'on le suppose apnorL Je parle ici, bien entendu, delà Chine proprement dite et non des « colonies » , des contrées semi-indépendantes telles que le Thibet. Mais tout me porte à conclure que, daps les dix-huit provinces, l'Européen peut aller et venir ^ans trop de danger, sous cerf aines conditions. Ces conditions, je n'ai pas à les énumérer, ne

Si

me i-ruyanl pus l'uulDrilù sufGsanle pour rédiger un Manuel (lu parfait voyageur en Chine. Elles peuvent, au surplus, se résumer en peu de mois : de lit patience, ne pas s'émouvoir des curiosités importunes, ne jamais s'emporter, fermer les yeux aa\ <{csle» insolents, l'oreille nut paroles malsonnantcs (ce dernier conseil est le pUis faL-ile à Buivrc pour l'élrauiger) ; conserver, en tout état de cause, au uiilien de la foule hurlante, le beau calme du mandarin impassible et détacbé du monde, immobile dans sa chaise comme Bouddha sur son lotus) enlin, ré<{ler soi-iiièmc ses litiges et recourir le moins possible aux autorités. Mon qu'elles refusent de vous venir en aide. Dans les très rares occasions oij j'ai dû réclamer leur concours, les fonctionnaires ont montré une courtoisie parfaite, beaucoup de bon vouloir, le désir évident d'éviter une " affaire " dont ils risqueraient d'être rendus responsables en haut lien. Mais le seul fait de requérir leur intervention est toujours interprété comme une marque de crainte ou de faiblesse.

Tout cela, en somme, est simple et s'apprend vite. Je ne répondrais pas que cette manière d'agir suffira à vous garder de tout ennui. Je sais seulement qu'elle m'a été d'un réel secours dans le Far-West chinois. Puisse-t-elle me réussir de même lors du retour transcontinental, dans la grande Tartarie, au pays de Gen^iskhan, sur la roule parcourue Jadis, dans un raid formidable, par les conquérants Mon{{ols, de Kara-Koroum à Bagdad.

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