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Le tour d'Orient

On raconte qu’un missionnaire rencontrant un voyageur à barbe blanche, dans les gorges du Thibet, lui demanda tout surpris : « — Quoi ? si loin ! à votre âge ?» — « Oui, répondit l’Anglais ; j’ai peu voyagé dans ma jeunesse et, quand je me suis vu si près du grand pèlerinage de l’éternité, il m’a pris une inquiétude : me serait-il permis de visiter les beautés de l’autre monde, à moi qui avais négligé de faire connaissance avec celui-ci ? Alors je me suis mis en route. »

C’est sous une impression presque semblable que l’auteur de ce livre a entrepris, un peu tardivement, de compléter la visite déjà commencée bien des fois, des côtes de la Méditerranée. On doit, quand on le peut, voir tout au moins le lac célèbre qui sépare les trois vieux continents. Sans doute, il est donné à peu de gens d’entreprendre de longues navigations vers l’extrême Orient. Mais il est un Orient plus voisin, qui fut le berceau de nos civilisations, et qu’il est bien facile de parcourir aujourd’hui sans danger, sans grandes fatigues, parfois même en reposant son cerveau

fatigué par les surexcitations de la vie occidentale. Il y suffit de quelques loisirs et d’un peu d’argent. Tout le monde a vu l’Italie, un coin d’Espagne, un glacier suisse. Mais est-il possible de se résigner à ne pas entrevoir les rives du Nil, les monts de Judée, les mosquées du Bosphore ? C’est après cela seulement que, suivant le proverbe napolitain, on peut mourir sans trop de regrets.

Les gens pressés pourront effectuer en trois mois une rapide tournée, se bornant à traverser le Delta, Jérusalem, Beyrout, Damas et Constantinople. Pour les détails pratiques, ils s’en rapporteront aux guides de la collection Joanne. MM. Isambert et Chauvet leur suffiront comme conseillers. Ceux qui craignent la hâte et le surmenage pourront partager la course entre deux ou trois années, en ayant soin d’observer la règle des saisons, c’est-à-dire de consacrer l’hiver à l’Egypte, le printemps à la Syrie et à la Turquie, sous peine de trop souffrir du chaud ou du froid, de manquer même plus d’une excursion importante. Mais les voyageurs qui peuvent disposer de six mois consécutifs feront bien de suivre l’itinéraire suffisamment complet que nous allons décrire, tel qu’une expérience heureuse de tous points nous permet de le recommander. Il embrasse l’Egypte et la Nubie, jusqu’à la seconde cataracte en navigation sur le Nil; la Judée, la Samarie, la Galilée avec leurs sites les plus sacrés ; la Phénicie avec ses souvenirs ; Damas, Baalbeck, visites presque toutes effectuées à cheval ; puis en bateau les côtes de Syrie et d’Asie Mineure ; enfin Constantinople et ses alentours, d’où il est facile de rentrer à Paris, par Y express Orient, sur la nouvelle voie ferrée qui traverse la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie, l’Autriche et un coin de l’Allemagne. Ceux-là seuls qui auront exécuté ce

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