‹ Le tour de LémanChapitre 13 sur 53 · OINC.INS. — BON MONT · texte numérisé non relu

OINC.INS. — BON MONT

combattaient avec courage ; l'une d'elles, entourée de ses trois (ils et de son mari, extermina avec une épée à deux mains autant d'ennemis qu'il s'en présenta. Bref, les Savoyards furent mis en complète déroute et s'en- I ni mit laissant sur le champ de bataille deux cents morts, |Mirmi lesquels on remarqua des prêtres, des gentilshommes et les perlides conducteurs.

Après celte victoire si inespérée, les Suisses se jetlèrent à genoux, remercièrent Dieu de sa protection signalée et se remirent en marche vers la Ville évangélique malgré leur épuisement causé par la fatigue et surtout par la faim.

Le seigneur de Lullin, gouverneur de Vaud, et des envoyés de Berne, qui espéraient arranger -les choses à l'amiable, iirent rétrograder les Suisses, au devant desquels les Genevois s'étaient avancés jusqu'à Coppet.

Je crois avoir trouvé le lieu où fut livré le combat que je viens de raconter, car les habitants du village de Gingins à qui je me suis adressé n'ont pas pu me l'indiquer.

On lit dans le Chroniqueur, excellent recueil historique de documents relatifs à la Réformation (1535 et 1536), un chant du soldat bernois au retour du combat «le Nyon ou de Gingins; il est traduit de l'allc-

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GINGINS. — BO.NMONT. 17 (

mand et extrait du recueil de Werner-Steiner ; en voici quelques strophes :

« Ils (les enfants de Berne) ont marché sans autre but que celui de délivrer Genève, pressée qu'elle était par les serviteurs de la messe

« Pas un de tes lils, ô ma vieille ourse, qui n'ait fait bien son devoir. Que si tu en doutais, interroge l'ennemi : « Jamais, te dira-t-il, nous ne vîmes semblable mêlée. »

« Nous sentions que Dieu combattait pour nous, qu'il déployait sa grâce envers les siens, et qu'il versait la confusion sur la troupe vaine et parée des (ils de Bélial.

« Il fallait voir les oursins leur apprendre à danser et montrer particulièrement leur courtoisie envers les prêtres. C'était à grands coups de hallebarde qu'ils leur donnaient l'absolution.

« Dure était la pénitence; mais la vaillante bête, tout amie qu'elle est de la justice, sait s'irriter et mordre lorsqu'on lui tire le poil ; elle s'emporte, et dès lors malheur aux bonnets ronds et à leurs serviteurs »

De Gingins je me suis rendu à Bonmont, autrefois abbaye de l'ordre de Citeaux, fondée en 1124 par Aymon,

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comte de Genevois; ce moutier d'un âge si respectable m'a rappelé ees vieillards qui s'adonisent, se parent et se teignent les cheveux pour cacher leurs années; je n'ai vu qu'un grand bâtiment blanc à contrevents verts, — ce qui n'est rien moins qu'abbatial etmoyen-àge, — avec onze fenêtres sur la façade principale, entouré de terrasses superposées, de fraîches prairies en pente, de parterres odorants, et dominé par les grandes forêts sourcilleuses, sévères, qui tapissent la montagne et touchent la frontière française. Ces forêts luxuriantes forment un contraste qui m'a été pénible avec celles de notre Jura, généralement maigres, chétives et dévastées dans toute l'étendue de l'arrondissement de fi'ex.

Bonmont domine les campagnes et se détache de loin sur ses bois et ses pelouses aux teintes éclatantes, le lac, vu des terrasses, n'est qu'une ligne azurée à l'horizon.

On m'a montré l'église conventuelle, jadis vaste et haute, aujourd'hui méconnaissable, coupée parplusieurs planchers. La partie inférieure sert de chantier, l'on y a entassé des bois de construction.

Une tour carrée surmonte ces bâtiments derrière lesquels existe encore un portail de forme ogivale muré et soutenu par des piliers historiés, en pierre.

Devant, une dalle fendue, couchée sur le sol, porte

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