DIVONNE
sa situation transjurane et helvétique, est un empiétement sur le sol de nos voisins. — En voilà assez pour faire ressortir l'absurdité des actes de 1814.
Une chose digne de remarque, c'est que l'arrondissement de Gex est le seul sur nos frontières qui ne soit pas soumis aux prohibitions des douanes et où I on puisse faire usage des marchandises de fabrication étrangère; un libre échange de produits entre la ville et la campagne a lieu, la ligne douanière ne dépassant point le Jura. Cette concession aux Gessiens est devenue nécessaire par suite des arrangements et partages de la Restauration ; sans elle ceux-ci se trouveraien t dans une position tout-à-fait à part, loin des grandes villes françaises, séparés du reste de la France par une» chaîne de montagnes, privés de débouchés, gênés dans leurs rapports avec une cité qui, quoi qu'il puisse advenir, sera toujours leur métropole et celle d'une partie de la Savoie.
Au surplus, les lignes de séparation tracées par les congrès européens sont très effacées, des rapports de bon voisinage et de fraternité existent entre les populations qui tirent leur origine, après tout, d'un seul et même peuple.
Il y a sur les limites des catholiques genevois, qui, n'ayant pas dans leur village d'église affectée au culte qu'ils professent, viennent chez nous au service divin;
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et par contre en certaines localités les protestants français se rendent au prêche dans le canton de Genève. Les deux communions semblent vivre en l>onne harmonie, mais j'ai remarqué dans l'une et l'autre une certaine affectation à remplir les pratiques prescrites, une exagération de piété, une ostentation de recueillement et de componction en vue du prosélytisme, pour édilier le prochain, gagner des consciences et montrer que le culte auquel on appartient est professé d'une manière plus parfaite.
Les deux camps se piquent d'émulation ; c'est à qui fera preuve de plus de zèle et de ferveur dans l'accomplissement des devoirs religieux.
Partout dans l'arrondissement de Gex comme dans la bigote Savoie, on voit, au bord des chemins, des croix énormes en bois, en pierre ou en fer, avec accompagnement d'outils de la passion et de passages du rituel romain, partout des niches de saints et de madones, partout des béguines encapuchonnées, des frères dits de la doctrine chrétienne, des soutanes, des rabats et des guimpes : c'est un cordon sanitaire religieux; le clergé catholique veut neutraliser autant que possible le contact moral des idées de Genève, le voisinage du calvinisme si dangereux pour... ses intérêts.
Avant notre première révolution, les jésuites de France, ces soldats infatigables et tenaces, ces apôtres