‹ Le tour de LémanChapitre 24 sur 53 · XXVII · texte numérisé non relu

XXVII

tiquites (jmaiotsfs.

Cunévc, Ai si-p».

\\ fait un temps superbe... pour les marchands «le parapluies. Les averses se succèdent et je suis condamné à rester dans ma chambre; je n'ai rien de mieux à faire que de m'oecuper des antiquités de la ville et de cerlaines particularités curieuses de son histoire.

Et d'abord je vais te parler, mon ami, de ses enceintes successives et de ses faubourgs. J'ai sous les yeux une vieille gravure à laquelle j'attache un grand prix, et qui me représente Genève dans le dix-septième siècle, après l'escalade.

Depuis les temps les plus anciens jusqu'à la lin du quatorzième siècle, la ville, proprement dite, ne comprenait que le quartier haut, de la porte4 du Hourg-tli»-

24(î GENÈVE.

Four à la tour de Boél et à la Cité; le mur d'enceinte traversait le Perron ot la Pellisseric (I); on bâtît peu à peu les faubourgs de la Madeleine, de Rive et du Bourgde-Four, actuellement enserrés par les remparts.

Vers l'an 500, Gondebauld, roi de Bourgogne, avait (ait bâtir la porte qui de la ville conduisait au Bourg-dc- Four. Une inscription gravée au-dessus l'indique. De relie porte, un mur, construit en plusieurs endroits des restes de vieux monuments, descendait au Perron en passant par les barrières, soutenait les jardins de la rue des Chanoines et arrivait à la porte de la Tarlasse, et «le celle-ci à la porte Baudet (aujourd'hui de la Treille) en longeant les terrasses, il venait rejoindre la porte du Bourg-de-Four ou du Château.

Ce fut la première enceinte de f.enève, au-delà était l'église ronde de Saint-Victor et son faubourg, et le Bourg-de-Four, qui avait reçu, selon toute apparence, son nom du marché qui s'y tenait. Le lac baignait le milieu du Perron et les terrasses de la rue des Chanoines (2) ; des anneaux, destinés à arrêter les barques, attachés aux murailles, l'attestent encore.

Les rues basses .sont d'une origine plus récente que la partie haute de la ville. Le commerce leur donna

Il gui lirait sans doute son nom de* pelletier*, «les fourreur'.

■il Depuis ee temps il s'est enusidérahlemenl éloigne et l'un a pu construire le* quais moderne!) faits dans de belles proportions.

naissance. On éloigna le hic <lans les xu«-, xni" et xivr siècles. A la (in du xnie s'éleva le couvent des Cordeliers de Rive, dont les eaux du Léman baignaient encore les murs en 1535. Dès lors, il fallut donner à la ville agrandie une enceinte nouvelle. \a\ muraille partit de la Tour-Maîtresse à Rive, renferma dans la ville la Madeleine, les Rues-Rasses, le bas de la Cité et le Rourgde-Four; le mur fut flanqué de vingt-deux tours, et la nouvelle enceinte porta le nom et lut l'œuvre de Guillaume de Marcossay. évèque (13(i(i — 1377). En dehors de celle enceinte s'étendaient les faubourgs que l'on détruisit en 1535.

Celui de Saint-Laurent avait trois cent cinquante pas

jusqu'à la chapelle de Saint-Laurent, au haut des Hutins.

Celui du temple de Rhodes ou de Saint-Jean de Jérusalem avait huit cents pas jusqu'au pont de Jargonnaud. Le temple s'appuyait aux glacis.

Gelai de Saint-Victor ou de Saint-Antoine avait cinq cents pas et tirait vers Malagnou.

Celui de Saint-Léger s'étendait à quatorze cents pas le long de Plainpalais, jusqu'au pont de l'Arve.

La Corraterie (ancien quartier des corroyeurs) se prolongeait vers le pont de l'Arve et avait sept cents pas de longueur ; la plupart des logis pour les étrangers s'y trouvaient. On détruisit ces maisons plus tard, et de

leurs matériaux on éleva un mur qui allait du Rhône à la porte Saint-Léger et renfermait les erèls de la Treille et de nouveaux boulevards.

A la jonction de l'Ane et du Rhône était l'église de Notre-Dame-de-Grace, démolie en 1535.

Au delà des ponts on trouvait le bourg de Saint-Gervais. Il n'était, jusqu'à l'an 1444, réuni qu'imparfaitement à la. ville de Genève; à l'époque de la Réformation il fut entouré de murailles.

Aujourd'hui ce quartier populeux, sur la rive droite du Rhône, forme à lui seul la moitié de la ville à peu près; on y arrive du dehors par la porte Cornavin, à laquelle aboutissent les routes de Lyon, de Paris et de Lausanne; je viens de parcourir celle-ci dans toute son étendue.

Ronnivard raconte ainsi dans sa Chronique comment les premiers magistrats de la république gagnaient jadis

leurs émoluments, qui, à vrai dire, n'étaient pas très considérables :

« J'ai ouï dire à quelques anciens qui avaient été souvent syndics qu'avant l'alliance avec les Suisses le sénat ayant peu d'autorité avait peu d'à lia ires; de sorte

que quand ils allaient à la Maison-de-Ville l'été, ils faisaient ouvrir toutes les fenêtres pour jouir du frais, puis

«;e.\èvk. 24î)

se mettaient à deviser des navires que faisaient faire le duc (de Savoie) et son frère le bâtard, et après se faisaient apporter leur rente, qui était à chacun un sol et un verre de Malvoisie, puis se retiraient et ainsi mangeaient (1) le bien du commun qui ne montait alors qu'à 3,000 florins. »

L'hôtel-de-ville, noir bâtiment où siégeaient ces bons et affairés sénateurs, est situé dans la haute ville, non loin de la cathédrale; une sorte d'escalier sans marches, une rampe fort douce et accessible aux voitures mômes conduit de la cour aux appartements supérieurs. On lit au-dessus de la porte de la rampe cette inscription patriotique destinée à perpétuer le souvenir glorieux de la défense des citadins qui rendit nulle la déloyale et traîtreuse escalade tentée nuitamment par le duc de Savoie en 1002, et qui est aussi une exhortation pour l'avenir :

Pvgnatc pro avis et pro focis Lrt>era\ it vos Dominvs xii die deeeinbris MDCII.

Les trois premiers apôtres de la Réforme à Genève, Farel, Viret et Froment, furent en butte à la haine, tantôt

(!) Il « ûi mi<«u\ valu clin* : bmnimi.

250 <;enèvk.

sourde et dissimulée, tantôt franchement agressive, du parti catholique, et notamment des chanoines et des gens d'église qui débitaient sur ces prédicants les contes les plus saugrenus, les imaginations les plus folles que les béats et les béates propageaient à l'envi. Ils prétendaient que Farel n'avait point de blanc aux yeux, qu'un petit diable se tenait suspendu à chacun de ses cheveux et s'y balançait agréablement; qu'il avait des pieds de bœuf et était lils d'un juif de Carpe n iras.

Ils faisaient accroire aussi à leurs ouailles que les Réformateurs étaient changés, la nuit, en chats noirs; ils les empêchaient par toutes sortes de terreurs d'aller au prêche, et ils leur disaient poétiquement:

Farct tarera Viret virera

Et Froment on le moudra, Cependant Dieu nous aidera Le diable les emportera.

Inutile d'ajouter que celte prédiction rimée ne se réalisa point.

J'ai remarqué encore à l'hotel-de-ville : Dans la voûte de la rampe plusieurs têtes, à savoir : celles de l'empereur Aurélien, de Pompée, de Jules

«;knkvk. 251

César, du consul Marcel lus, de Henri IV, et la devise de Genève, — singulier amalgame !

Dans une salle une table de l'alliance faite, en 1584, entre la république et deux cantons suisses.

Enfin les deux portes de l'édifice, dont le fronton est soutenu par des piliers de marbre noir, sur lesquelles ou a sculpté les armes de la ville où figurent l'aigle impériale et la clé de Saint-Pierre.

Je ne sais si de ton temps l'État entretenait à ses frais, comme aujourd'hui, plusieurs de ces fiers oiseaux, objet de la vénération des citoyens et qui habitent une grande cage aux boucheries, près du lac.

De même Berne, à cnuse de son blason, entretient des ours.

Armoiries tic tonne.

XXYIII

ôans titre.

Ksl-il possible de s'occuper de Genève sans toucher à la Réforme? — Pas plus que de s'occuper de Rome, depuis rétablissement de ses évèques, ambitieux de puissance et de domination spirituelle et temporelle, sans parler continuellement de la papauté.

Il me faut obéir au sujet que je traite, ne t'en prends qu'à lui, cher Emile, si mes élucubrations présentes ne te charment point.

Dans peu de jours j'aurai quitté la savante ville et pourrai tout à mon aise t'entretenir de la pluie et

du beau temps De la pluie surtout, car des

averses presque incessantes inondent ce pays, et les poétiques aspects des montagnes et des vallées sont

caches par un sale et noirâtre rideau de brumes.

Je continue de l'adresser mes réflexions capricieuses, mes rêveries, mes fantaisies; eela ne doit guère l'intéresser, mais cela me distrait. — Ext use cet égoïsmc, rien ne le force à me lire.

Genève eut à lutter vaillamment pour ses libertés contre trois ennemis féodaux; l'aigle fut attaquée par trois vautours :

Levèque, le comte du Genevois et celui de Savoie.

L evêque et le comte du Genevois dominaient la cité, le premier du baut des clochers de Saint-Pierre, le second du haut de son logis du Bourg-de-Four; en outre il était à peu près maître de la campagne; quant au comte de Savoie, il occupait le château de l'Ile, au milieu du Rhône, entre la ville proprement dite et le faubourg de Sainl-Gervais; de plus, ses Étals cernaient entièrement le territoire genevois.

Si ces trois puissances rivales, opposées d'intérêts, eussent pu s'entendre, s'accorder et former une ligue contre les bourgeois, c'en était fait de l'indépendance genevoise, son germe aurait été indubitablement étouffé.

Mais les choses allèrent pour le mieux :

Le comte de Savoie écrasa le comte du Genevois et fut écrasé lui-même par les Suisses, amis de Genève; pour l évèque, il fut chassé par la Réformation.

C'est ainsi qu'arriva l'affranchissement de la ville, mais il fallut pour l'assurer soutenir des combats désespérés et faire d'inouïs efforts.

La réunion de Genève à la France fui un acte violent, inique et brutal, il faut en convenir, car cette ville avait toujours eu sa vie politique à part et ne demandait point à devenir française. Aussi reprit-elle avec joie son ancienne indépendance en 1814, et cela se comprend d'autant mieux que le système de la Restauration allait nous régir, nous amener les jésuites et proclamer une religion d'État qui n'était point celle de la cité calviniste. Mais aujourd'hui Genève serait-elle bien à plaindre de vivre dans la grande famille constitutionnelle française, de dépendre d'un pays où tous les cultes sont reconnus et protégés, où il n'y a plus de religion d'État? Elle ne cesserait pas d'être libre et s'associerait aux destinées d'une grande nation.

Un Genevois qui a diné aujourd'hui à l'hôtel, et près de qui je me trouvais à la table d'hôte, me disait, à propos de la liberté dont nous jouissons en France, et que nous saurons conserver et défendre :

Oui, vous avez la chose, on ne saurait le nier,

mais il vous manque encore ce que nous avons <lc plus que vous...

— Quoi donc ! monsieur? demandai-je.

— Le nom de la chose, répondit-il.

1 /esprit helvétique passe, avec raison, pour moins brillant, moins spontané qife le nôtre ; mais Temple Stanyan, en sa qualité d'Anglais, — ce qui signifie détracteur de la France, — n'est pas de cet avis :

« ... Quoi qu'il en soit, dit-il, la prévention est si forte contre les Suisses à ce sujet qu'il serait aussi difficile qu'inutile de l'ôter. Et quelques Suisses même, particulièrement ceux de Neufehàtcl et de Genève, dont la langue maternelle est la française, ont la faiblesse de donner dans ce préjugé jusqu'à se croire véritablement malheureux d'être Suisses et à ne pas se soucier de passer pour tels, hormis dans le cas de besoin, c esl-àdire lorsqu'ils ont à faire de la protection des cantons. »

Cette observation est juste, je l'ai faite moi-même plusieurs fois ici dans mes précédents voyages.

On ne plaît guère au Genevois en l'appelant Suisse, on lui déplaît en le comparant au Français; il diffère des uns et des antres sous quelques rapports.

Il est et veut demeurer

Genevois,

citoyen d'un état lilliputien, qui prend rang avec la république de Saint-Marin et celle du Val d'Andore.

Je viens de lire avec une véritable stupéfaction dans Y Histoire militaire des Suisses au service de France, par Zur- Lauben, tome vin, page 26; cette incroyable missive, type et modèle achevé du style des courtisans les plus rampants ; je n'imaginais pas que les chefs d'une république pussent prodiguer à un roi absolu tant de flatteries outrées, tant d'adulation plate et servile, pussent témoigner une pareille humilité.

Ceci fut adressé à Louis XV. Passe encore si on eût écrit de la sorte à Louis XIV.

« Sire,

» C'est avec les sentiments du plus profond respect que nous prenons la liberté de faire à votre majesté nos très humbles remercîments de la bonté qu'elle a eue de vouloir prendre part à notre affligeante situation (1).

• Nous avons reçu, Sire, dans tous les temps, des marques signalées de la bienveillance royale et de la protection dont votre majesté et ses glorieux prédécesseurs ont honoré notre État ; mais jamais nous n'avions

,H r.e passage fait allusion aux irouMes <le Genève

eu un besoin plus pressant, et nous avons regardé romme une grâce bien particulière l'envoi que votre majesté a fait d'un ministre plénipotentiaire d une naissance et d'un mérite si distingués.

» Cette faveur, Sire, a rempli nos cœurs de la.plus respectueuse reconnaissance. Qu'il est glorieux pour nous que votre majesté ait daigné nous regarder d'un œil favorable et nous aider de ses puissants offices pour rétablir au milieu de nous la paix d'une manière solide et durable!

» Le choix qu'elle a fait de son Excellence Monsieur le comte de Lautrcc a parfaitement répondu à ses intentions. La dextérité, la douceur et la manière pleine de bonté avec laquelle il exécute sa commission, conjointement avec les seigneurs représentants des louables cantons de Zurich et de Berne, ne peut que nous promettre un heureux succès et contribuer à assurer notre repos et notre tranquillité.

» Nous regarderons toujours, Sire, la bienveillance royale de votre majesté comme notre plus ferme appui, et nous ferons tous nos efforts pour en mériter la continuation par notre profond respect, notre vénération et notre attachement inviolable à son service.

» Nous ne cesserons jamais, Sire, de faire des prières à Dieu qu'il continue à combler de gloire et de félicité le règne de votre majesté, et nous faisons les vœux les

plus ardents pour la conservation de sa sacrée personne, pour celle de la Reyne son auguste épouse, pour Monseigneur le Dauphin et pour toute la famille royale. » Nous sommes avec un très profond respect, » Sire,

» De votre majesté Les très humbles et très obéissants serviteurs, » Les syndics et conseil de Genève,

» Signé : Turketin.

» Ce 4 décembre 1737. »

Il existe beaucoup de matériaux, pour une histoire artistique et littéraire de cette ville érudite, dont les annales tant anciennes que modernes offrent une si longue et si riche nomenclature d'hommes éminents, surtout dans les sciences. Genève nous prouve aujourd'hui qu'elle peut produire de grands peintres, de grands sculpteurs et de grands romanciers.

Elle compte parmi ses enfants Calame, Diday, Pradicr et Topffer.

C'est tout dire.

Ces peintres, dont tu connais les toiles et les eauxfortes, n'ont eu, pour devenir ce qu'ils sont, qu'à contempler la campagne de Genève, à étudier ses magiques décors, ses harmonies, ses contrastes, ses perspectives changeantes et variées, ses horizons bleus, car une

course d'artiste, le sac au dos, la palette à la main, dans les vallées du Rhône et de l'Arve, me parait beaucoup plus profitable à un paysagiste que toutes les reproductions qu'il pourrait faire des meilleurs ouvrages d'autrui.

Copier un paysage, fût-il de Decamps, ce n'est, après tout, que copier une copie.

Il y a dans les Nouvelles genevoises de Topfler de l'honnêteté, de la décence, de la bonhomie, de la finesse de teintes, de l'humour à la manière de Xavier de Maistre, et un vif sentiment de la nature alpestre.

Je regarde la Bibliothèque de mon Oncle (une de ces nouvelles) comme un petit chef-d'œuvre; l'action très simple captive, attache, charme et donne de douces émotions; les figures m'ont paru d'un naturel exquis, surtout celle du vieux bibliophile Tom.

TopfTer est à la fois un conteur charmant, un observateur exercé et un dessinateur habile; il a illustré lui-même très agréablement plusieurs de ses livres pour nous montrer qu'il sait manier avec un égal succès la plume et le crayon.

Combien l'esprit de parti, les sympathies trop vives de coreligionnaire gâtent lejugement,aveuglentetabusenl!

M. Audin, dans sa moderne Histoire de la vie, des ouvrages et des doctrines de Calvin, avance d'amusantes choses; il prétend que l'épiscopat genevois eût prêté les mains aux patriotes de la Cité pour secouer le joug de la maison de Savoie, ce qui est notoirement erronné, car il appert de tout ce que l'on a écrit sur Genève que les catholiques, soit les gentilshommes de la Cuiller, soit les mammelus et les réfugiés genevois du château de Peney (brigands et pillards qui ravageaient la campagne et commettaient toutes sortes d'atrocités), soit les réfugiés du château de Jussy, fiefs de l'évéque, conspiraient contre la ville avec le duc, et avaient formé l'odieux projet de la livrer à celui-ci.

Si les derniers prélats de Genève eussent fait cause commune avec les citadins, ils n'auraient pas livré au bourreau l'héroïque et malheureux Philibert Berthelier, un des premiers champions de la liberté genevoise, et appliqué Pécolat, homme de bien, à la torture, pour lui arracher l'aveu de projets criminels qu'il n'avait point formés.

Je lis encore dans la même histoire que : de toutes les formes religieuses, le protestantisme est celle qui est la plus ennemie de la liberté des peuples.

Il ne suffit pas de lancer une proposition tranchante, absolue, il faut, si l'on veut lui donner quelque poids, quelque valeur, l'appuyer de preuves; or, pour réduire

à néant colle de M. Audin, il suffit de jeter un coupd'œil sur In Suisse. A qui persuadera-t-on que la liberté règne dans les cantons ultra-catholiques du Valais, de Fribourg, de Lucerne, par exemple? à qui fera-t-on croire que les cantons protestants de Berne, de Vaud, de Genève, de Zurich soient des contrées d'esclavage ?...

Est-il pays plus -destitué d'indépendance que les États du pape?

Je soutiens, moi, que pour être dans le vrai on doit retourner la proposition de M. Audin...

Les faits dont nous sommes témoins donnent un formel démenti à ces étranges assertions et à une autre dont je m'occuperai pendant mon excursion en Savoie.

On doit déplorer qu'un écrivain, dont le style est coloré, la manière originale, l'érudition remarquable, ait mis son intelligence et sa plume au service d'une cause qui n'a pas d'avenir, d'une cause hostile à la liberté, au progrès, à la vérité et à la raison.

Les premières armoiries de Genève furent la double aigle impériale ou aigle éployée de sable sur champ d'or.

Dans le quinzième siècle, l'évéque Jean de Bertrandis les modifia en y ajoutant la clef de Saint-Pierre sur champ de gueules.

SANS TITIŒ.

Depuis lors la ville a pour blason un écu parti d'or à l 'aigle de sable, et de gueules à la clef d'or.

Je reviens du théâtre qui est joli et où I on a donne le Domino noir, la plus agréable production d'Auber, selon moi. J'ai trouvé l'exécution de cet opéra extrêmement faible. — Quelle différence de ces chanteurs et chanteuses sans voix avec ceux de la salle Favart qui pourtant n'en ont guère!

Nous nous plaignons de nos artistes lyriques et dramatiques, et nous ne savons les goûter que quand nous revenons de la province.

11 n'était pas permis sous Calvin (et cette prohibition dura jusque vers la fin du siècle dernier) de bâtir de théâtres à Genève et dans toute V étendue de son territoire.

Les amateurs, pour satisfaire leur goût, se rendaient à Châtelaine, localité voisine appartenant alors à la France, où l'on avait fait élever un théâtre.

Cluunpd, M sept.

Le soleil a cessé de faire relâche aujourd'hui et je cours la campagne; puissé-je ne pas la battre en t'écrivant, ce qui marrive quelquefois.

Je suis à un quart de lieue de la ville, sur la funèbre ( colline qui fut arrosée du sang de tant de suppliciés célèbres ou obscurs; sur la colline de Champel, ancien lieu des exécutions de la justice civile de Genève, et où, en premier lieu, un comte du Genevois, ennemi de la ville et d'un comte de Savoie Edouard, lit bâtir une petite forteresse que ce dernier détruisit.

Je ne trouve aucunes traces du gibctauquel fut clouée la tête de Berlhelier, rien ne m'indique le lieu où Michel Serve!, l'anti-trinitaire, fut brûlé vif, où Jean Philippe,

2fHÎ CIIAMIMX.

qui avait fait une émeute en faveur de la faetion dite des Artichauds dévouée aux intérêts de Berne, fut décapité en 1540; partout des pensionnats, fies enelos, de petites campagnes paisibles, de belles plantations, des prairies, des sentiers bordés de buissons. Qui pourrait imaginer, s'il ignorait l'histoire, que le sol de ee eoteau délieieux est, en quelque sorte, formé de la poussière de cadavres; que là où les bourgeois de Genève viennent se livrer aux douceurs de la villeggiature, où les enfants folâtrent dans les vergers, où les fleurs s'épanouissent et les fruits se colorent, où les oiseaux murmurent et sifflent de branche en branche, où les parterres exhalent leur arôme, des milliers de malheureux périrent dans les angoisses, dans les tortures, par le feu, par la corde ou par la hache, pour des crimes, des systèmes, des croyances, des opinions, des partis?...

Tout ici respire la quiétude, le bien-être, le bonheur reposé; mais sous l'allée de catalpas que parcourt une belle promeneuse un livre à la main, et rêvant de sa lecture, agréable sans doute, il y a peut-être plusieurs couches d'ossements humains...

Oh ! si me présentant lout-à-coup devant elle, je lui apprenais que Champel fut le eoteau des agonies affreuses, des atroces souffrances, des horribles désespoirs, des pleurs de sang, un théâtre de mort violente, elle serait troublée, péniblement impressionnée, et ces

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