FER NE Y
Les maisons de Ferney sont en grande partie des bouchons, des cafés, des cabarets, des auberges et des hôtels, ce qui indique une grande affluence de voyageurs. Pourtant j'ai eu de la peine à trouver un gîte, soit que mon modeste équipage indiquât un étranger dans l'impossibilité de faire One grosse dépense, soit que toutes les hôtelleries fussent véritablement encombrées. Enfin, après beaucoup d'allées et de venues, j'ai été hébergé dans un assez mauvais restaurant tenu par un boucher.
Je trouve ici des journaux de Paris et je les dévore comme un homme affamé de politique et de nouvelles, car depuis mon départ de Lausanne je n'ai pu mettre la main que sur un v ieux numéro du Journal du Léman que je rencontrais invariablement dans tous les villages de ma route. C'était une maigre pitance, par ma foi!
Cette feuille écrite en patois roman m'a paru hostile à notre pays. J'y ai lu avec stupéfaction des inepties prodigieuses et entre autres celle-ci (je. ne me rappelle ■ que le sens de l'article) :
La France n'a du sa gloire qu'à Napoléon... Avant lui nous n'étions rien, après lui nous ne pouvons rien être... JSotre histoire est infiniment moins riche en grandes actions que celle de la Suisse... Nous sommes la dernière des nations, etc.
Deux ou trois colonnes dans le. même goût !
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Il y avait là jalousie liasse, crasse ignorance historique ou insigne mauvaise foi.
Dans mon indignation j'ai saisi une plume et j'ai écrit au rédacteur pour réfuter toutes ces sottises.
Après je m'en suis -repenti.
À quoi bon avoir pris cette peine? le ridicule n'est-il pas là pour faire justice de l'insensée diatribe du publiciste roman : son journal, qui s'imprime à Nyon, ne se lit guère que dans le district de cette petite ville.
Il y a beaucoup de forfanterie, de jactance, d'outrecuidance républicaine chez certains journalistes vaudois et genevois prenant leur pays trop au sérieux. Il arrive parfois à ces messieurs de parler de nous assez cavalièrement, assez irrévérencieusement, surtout depuis la quasi-rupture à propos du jeune Napoléon-Louis; chez nous on ne s'en aperçoit pas ou on ne fait qu'en rire.
Les roquets sont plus hargneux que les dogues; les dogues ne s'émeuvent guère des aboiements des roquets.
J'ai trouvé dans ma chambre une carte de l'Europe collée au mur, et comme je l'examinais avant de me fourrer entre deux draps, je fus frappé de la mauvaise, de la pitoyable distribution des Étals qui composent ce continent, et je m<ï mis à construire une utopie fort belle sur son remaniement général, avec la supposition
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de l'accord et do 1 entente sincère de tontes les puissances.
S'il était |H)Ssil»le que ee plan chimérique, absolument impraticable, du moins pour le moment, lût mis à exécution, une importance à peu près égale serait donnée aux nations, chaque pays aurait ses frontières naturelles, et les peuples de menu* origine seraient réunis.
Il faudrait pour cela que la France cédai la Corse (qui est toute italienne) à l'Italie; que l'Angleterre se retirât de la ville espagnole de Gibraltar, nous livrât les trois îles toutes normandes qui sont dans la Manche, sur nos côtes, se dessaisit eu faveur de la (irèce des îles Ioniennes qui sont toutes grecques, et donnât Malte à la Sicile; que le Portugal fût réuni à l'Espagne; que l'Algérie fût laissée à Abd-el-Kader ; que la Savoie, Nice, Genève, la Belgique et la rive gauche du Illiin fussent données à la France; que l'on fit un seul royaume de toute l'Italie avec Naples, Home ou Florence pour capitale; que tous les fctats germaniques formassent un empire; que la Suisse fût divisée en trois fédérations compactes, l'une composée des pays où l'on parle français, l'autre de ceux où Ton parle allemand, la troisième enfin «lu Tessin et de la partie italienne ; que la Turquie cédât à la Grèce la Thessalie et l'Archipel ; que la Suède, la Norwège et le Danemarck fussent sous le même sceptre: que la Pologne lût reconstituée entièrement.
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ta grande diflicultc pour la réalisation d'une pareille refonte des Etats serait de donner quelque chose en Europe à la Russie ci a l'Angleterre, car il faudrait nécessairement les indemnisai de leurs pertes. — On y songerait !
N ai-je pas deVoirvcrl le secret du véritable équilibre européen. .'
Il est impossible de voir FVrney sans se rappeler les deux pièces de vers dans lesquelles Voltaire ;i célébré cet endroit, savoir : VÊjrfire <m La* Genève (t75ô) et celle à Horace ( 1771).
Dans la première, il s'occupe fort peu du lac mais beaucoup de Marathon, de la Çrèce, de Kotne, de Bru tu s, du Sarmaie. de l'Anglais, du Batave, etc.. Dans la seconde, il commence par se plaindre de Boileau, puis il reproche a Virgile et a Horace leurs flatteries à l'endroit d'Auguste, ensuite il déclare net h I nu leur de l'art poétique latin qu'il croit Terney plus beau que Tibur. il s'étend avec complaisance sur le bien qu'il a lait au Pavs-de-(iex dépeuplé par l'tëdit de Nantes, en poursuivant il attaque, selon son habitude, le tiers et le quart, Ignace de Loyola, Calvin et le pape qu'il appelle plaisamment Vice-Dieu. Voilà à mon sens ce qu'il y a de meilleur dans ce morceau :
J'm vécu plus que toi ; mes vers dureront moins ; .Mais au bord du tombeau je mettrai tous mes soins
F Kit M. Y.
A suivre les lirons Se la philosophie,
A mépriser la mort en savourent la vie,
A lire les irrils pleins «le grâce cl «le sens
Comme on boit d'un vin vieux rçul rajeunil les sens.
Avec loi l'on apprend a souffrir l'indigence.
A jonir sagement d'une honnête opulence.
A vivre avec soi-même, ù servir ses amis,
A se moquer un |ieu île ses sols ennemis.
A sortir d'une vie OU triste ou fortunée.
Rn rendant Rrnce aux dienx de nous ravoir donnée...
Ceaili honore le plus In vie du grand homme de Ferney, c'est d'avoir rappelé l'industrie dans le bailliage de Gex, d'avoir remis I agriculture en honneur, d'avoir lait (l'un pauvre hameau un bourg populeux, bien bâti, et d avoir créé des voies de communication.
On pourrait répliquer que Voltaire, seigneur du sol. agissait un peu dans son propre intérêt, j'en conviens, mais il n'en a pas moins accompli une rouvre éminemment philanthropique.
Cet arrondissement se ressent encore de ses malheurs passés, les villages sont clairsemés, rares, chétifs, de grands marécages et des terrains pierreux, incultes, s'étendent entre (iex et Saint-Genis, au pied de notre Jura, généralement aride, nu, déboise''.
Pourtant ce pays touche aux riches campagnes de Genève et de Vaud ; comment ses habitants ne se piquentils point d'émulation !
FKHNKY.
tardagny. #
J'ai dirigé mes pis vers quelques villages du Jura français et visité successivement Sergy, Allemogne, Toiry et Fenière, puis je suis venu coucher à Dardagny (canton de Genève), en passant par des gorges tristes et désertes que ravage en tout temps le torrent de la London.
Au petit château du Haut-Sergy, ancienne propriété du général baron Tissot, sur le versant de la chaîne jurassienne, en face du Mont-Blanc, à treize kilomètres de Genève, non loin de la grande route de Lyon et du village de Saint-Genis, une société genevoise vient d'établir des bains de pelit-lait qui seront très prochainement ouverts au public; le site en est si magnifique et le local si élégant, que j'ose prédire à cet établissement la faveur du beau monde.
De Sergy on fera dans toutes les directions de romantiques courses de montagnes, on ira voir les cimes de Heculel, point le plus élevé du Jura, les abondantes sources d'Allemogne et de Toiry, la vallée agreste de Chésery que sillonne le torrent de la Valsérine, la perte du Rhône, le fort de l'Ecluse qui défend un délilé, une des avenues de la France, la cascade de Bellegarde et les bergeries de mérinos à Naz qui appartiennent :VM. Girod do l'Ain.
234 FERNCY.
Mais ces excursions entraînent hors de la vallée <lu Léman et je ne veux point sortir de mon sujet qui, par lui-même, est très vaste comme tu le verras à la fin de ma correspondance, à
K:iuis d<> Si'i<r\ .
Genève, il tepl.
J'aime celte définition de Genève par Victor Hugo : «... Une République et un Océan en petit. * Voltaire a tracé un portrait peu flatteur de sa voisine : «... Une ville peuplée de vingt-quatre mille raisonneurs, une pétaudière ridicule ; la petitissime, la parvulissime, la très pédantissime république. »
Après avoir fait la part de la manie satyrique, de la malveillance coulumière sur toutes choses à peu près et de l'exagération, on est obligé de reconnaître qu'il y a du vrai dans ce jugement; les Genevois n'ont pas changé et ne changeront jamais, ils ont la mine froide et raide, l'abord sec, le ton sentencieux et doctoral, l'air biblique, ils sont gourmés et collet-montés; au fond
pourtant ils valent mieux, je crois, que leurs dehors.
J'ai trouvé dans leurs murs de fort aimables gens; — l'exception, tu le sais, confirme la règle.
M. Joseph Bard, antiquaire et poète (antiquaire surtout), a consacré à la ville où j'arrive un excellent article dans sa Vénus (V Arles; on y trouve un cachet d'observation sagace, des aperçus très neufs; le passage suivant mérite, je crois, d'être cité :
«... Genève a imité de la France son exquise urbanité, son bon goût en toutes choses, son amour des convenances, sa délicatesse et son aménité sociales; de la Grande-Bretagne, ses principes de gymnastique et d'éducation, ses habitudes graves, réservées, ses idées rationnelles appliquées à la vie domestique, ses raouls, ses thés, ses recherches du confortable, son luxe de chevaux et de voilures; de l'Italie, ses traditions d'art; de la Germanie enfin, sa passion pour les livres, l'histoire philosophique et les savantes éludes... »
Je pourrais consigner ici mille autres opinions de gens célèbres, si je me proposais, mon cher Émile, de l'adresser la matière d'un in-folio sur la seule ville de Gai vin.
Kn voilà assez comme cela.
Genève est admirablement placée sur le Rhône qui sort du lac, limpide, diaphane, clapotant, pailleté, splendide à voir du charmant îlot de Jean-Jacques, du quai de Herbues ou du bastion de Chantcpoulet. — Le Jura français et les Alpes savoisiennes closent le bassin enchanteur de sa campagne, dont les routes bordées de beaux arbres, garnies de bancs commodes, ressemblent aux avenues d une (erre de prince.
Mais je m'arrête J'oubliais que tu as fait ici une
grande partie de tes études.
Certes la ville respire l'opulence, l'activité, le bonheur, mais saus le Léman et les montagnes je n'admirerais pas plus les quais qui sont spacieux et la rue de la Corraterie, que je n'admire la rue de Rivoli et les habitations tirées au cordeau.
Je professe une très médiocre estime pour les constructions modernes, et Ton en voit peu de vieilles dans celte vieille cité rajeunie.
Je ne m'enthousiasme donc nullement de Y hôtel des liertjues, de celui de la Couronne et de cette double rangée de hautes et blanches maisons toutes neuves, à quatre . ou cinq étages, que l'on a tant reproduite sur des panoramas lithographies et qui fait l'admiration du vulgaire.
Je suis venu prendre gîte, selon mon habitude, au Lion d'Or, bonne et simple maison de la rue du lUiône, où l'on n'a pas ce luxe inutile que l'on paie si cher dans
23H UKNÈVE.
les grands hôtels liantes par les voyageurs à berlines.
11 y a ici un cuisinier italien à qui il ne manque que de la réputation ; j'apprécie d'autant mieux ses talents distingués que je viens de l'aire une assez longue abstinence forcée dans l'intérieur du canton de Vaud.
C'est un grandiose et noble édifice que la cathédrale de Saint-Pierre, au point culminant de la ville; on y trouve h' style architectural de la transition mêlé à celui des treizième et quatorzième siècles; par malheur, le comte Allieri, oncle du célèbre auteur tragique, a plaqué' sur la faeade principale, à la place d'un vieux pignon à clocher, un péristyle imitant celui du Panthéon de Rome. Ce travail n'est pas sans mérite par lui-même, mais il forme ici, avec la vieille église, une discordance atroce, un disparate des plus pénibles, des plus choq liants.
Cette malencontreuse colonnade m'a rappelé la façade par laquelle on a bêlement défiguré Saint-Kustache. L'intérieur de la nef a un caractère solennel, grave, religieux, poétique, mais les bancs «les calvinistes étages dans l'abside, éclairée mystérieusement par des verrières qui m'ont paru belles, l'encombrent et «mi gâtent l'ellel.
Les antiquaires regrettent un beau jubé qui fut démoli au temps de Calvin.
J'ai mal visite cette basilique, grâce à un concierge importun, loquace, inepte, dont les voyageurs m>
peuvent se débarrasser, <'t qui veut (aire l'archéologue, le connaisseur, le savant.
Il me lit voir un chapiteau à feuilles tValîcantc (d'acanthe). Vous voulez parler sans doute de feuillettes d'Alicantc, dis-je ou gardant mon sérieux.
Kl plus loin (1rs fûts canulès (cannelés).
Ce mot m'a rappelé certaine profession ou confession de foi des Réformés de Mérindol, ru Provence, dr laquelle j'ai extrait ce passage curieux et bon à citer :
«- ...Le baptême est signe par lequel la purgation qu'obtenons par I*! sang «le Jésus-Christ est en nous corroborée c* tel h? façon que c'est le vray lavement de régénération et rénovation. •»
Cette pièce, rédigée évidemment par un apothicaire, se trouve, je crois, dans V Histoire des Églises réformées de Bèze.
.le suis ailé, au sortir de la cathédrale, dans la rue des Chanoines qui en est voisine et où demeurait Calvin, mais on n'y trouve aucune inscription qui indique la maison du législateur-apotre, de celte maison si bien située, disent les écrits du temps, d'où lïeil pouvait
embrasser les deux Salèves, le Mont-Blanc, le Jura et le lac, devant laquelle il y avait un jardinet jonché de verdure, de (leurs, et égayé par les oiseaux.
IVesl-il pas étrange que Genève n'ait élevé aucun monument à son Réformateur, au père de son église?
Personne ji'a pu ou n'a voulu,me montrer le tombeau du savant picard dans le cimetière de Plainpalais.
J'allais oublier les tombeaux de Saint-Pierre, ils ne méritent pourtant pas cet oubli et Talent bien ceux de Lausanne et d'Aubonne; ils recouvrent, comme dans cette dernière ville, des ossements français, des dépouilles célèbres :
La sépulture du fameux Henry, duc de Rohan, prince de Léon, un des meilleurs et des plus fidèles capitaines de notre Henri IV, son ami de coiur, colonel-général des Suisses au service de France, l'un «îles chefs du parti huguenot, de celui qui lit la guerre de la Yalteline, occupe une chapelle latérale; c'est un beau morceau en marbre blanc. Le duc est représenté assis sous des colonnes. Sur le monument, au pied duquel sont couchés des lions, on voit les armes de Rohan et la couronne ducale.
Tu sais, mon ami, que le prince fut forcé, sous le règne de Louis XIII, de se réfugier à Genève, ville qu'il chérissait d'ailleurs, et mourut à Kcenigsfeld des suites de la blessure qu'il avait reçue à Rheinfeld en combat-
UENÈVÏ. 24 1
tant les Impériaux (1638). Son corps avant été embaumé fut porté à Cenève, suivant sa volonté dernière, et sa veuve (Marguerite de Béthune, fille «le l'illustre Sully) lui éleva ce mausolée, comme il est dit dans Tépitaphe latine qui est fort longue et résume la vie et la mort également glorieuses du prince :
Posvil infelix fpternvm OPterni lu-Us woiivmontMii.
Plus tard, les restes mortels de Tancrède, lils putatif du prince, exhumés de Charenton, vinrent prendre place dans ce tombeau, qui, au dire de Spon, reçut aussi la duchesse de Kohan le 3 janvier 1061.
Le mausolée fut enlevé à l'époque de la Terreur par ordre du gouvernement de Paris, mais depuis on l'a rétabli tel qu'il était avant l'occupation française.
Kohan lit «tlu bien à la ville, qui lui doit la superbe promenade du mail de Plainpalais. Ce prince n'était pas seulement un général de la plus haute distinction, mais aussi un écrivain ; il a laissé des mémoires et divers autres ouvrages.
J'ai encore remarqué contre un mur Tépitaphe latine, en style baroque, d'un autre Français, d'un autre réfugié protestant, d'un autre ami de Henri IV, de Théodore Agrippa d'Aubigné.
Cette inscription tumulaire, composée par le défunt lui-même, est une espèce de leçon publique et perma-
242 qkxève.
nente qu'il lait à ses descendants; en voici à peu près la traduction : *■
« Au nom du Seigneur très excellent ei très grand, ceci, mes enfants, est ma dernière volonté et mon dernier souhait pour vons : jouissez du doux repos que je vous ai acquis par beaucoup d'inquiétudes, par des moyens honnêtes, en dépit des orages et des traverses qui m'ont assailli. Ce repos vous sera assuré si vous servez Dieu et suivez les traces de votre père. Mais en agissant autrement vous ne pourrez pas avoir le bonheur. Votre père, qui vous a été deux fois père, qui vous Hait cette recommandation, par lequel et non pas duquel vous avez reçu l'être et le bien-être, Théodore Agrippa d'Auhigné, octogénaire, a voulu écrire ces choses pour que vous vous en serviez comme d'un témoignage honorable si vous héritez de son ardeur pouf l'étude, ou pour qu'elles vous soient un reproche déshonorant (opprobramentum) si vous dégénérez.
» Il est mort le 29 avril 1«30. »
Je ne pense pas qu'il existe ailleurs une plus excentrique épitaphe. On y sent l'affaiblissement intellectuel causé par la vieillesse. D'Aubigné, obligé de quitter sa patrie sous Louis XIII, à cause de sa fameuse Histoire universelle qui fut livrée aux flammes par arrêt du parlement de Paris, trouva un refuge agréable à Genève où il vint précipitamment avec trois cent mille écus cachés
dans les harnais de ses chevaux; il lut reçu avec de grands honneurs par les hospitaliers citadins, ses coreligionnaires ; donna son avis toutes les fois que l'on augmenta ou répara les fortifications de Genève, — car il avait de grandes connaissances militaires;. — épousa à soixante-douze ans une très jeune et très jolie fille de la famille du fameux juriste Rurlamaqui, et acheta un fief que je visiterai bientôt.
Quelle existence agitée, errante, incertaine, troublée, pleine de luttes, de périls et d'étranges vicissitudes que celle de ce personnage !
Né en Saintonge, élevé dans les troubles civils, il lui fallut laisser longtemps l'étude à laquelle il s'était adonnée! saisir l'arquebuse et la rapière pour défendre sa tète, sa croyance, son parti, comme il l'avait juré à son père à Amboise. Il encourut quatre ou cinq condamnations capitales, — ce qui ne l'empêcha pas de mourir
fort paisiblement dans son lit.
Tour à tour aventurier armé, capitaine huguenot, pamphlétaire, ami et grand écuyer de Henri IV, historien, il dut quitter à jamais la France. — On l'inhuma dans le cloître de Saint-Pierre. M™ de Maintenon était sa petite-fille.
In des plus célèbres évèques de Genève fut le cardinal deBrogny; il fonda la chapelle des Machabées contiguë à l'église et où se tient maintenant l'auditoire de théologie.
tJK.NKV r.
J'ai l'ait de la cathédrale le sujet de celle lettre, mou bien cher, parce que tu habitais Genève à un âge où l'on préfère le jeu du hallon et du cheval fondu aux epilaphes, au style lapidaire et aux basiliques.
Je ne pense pas que tu te sois occupé beaucoup alors de Rohan ei de d'Aubigné.
Aiiric» carrefour de Grotte.
An