‹ Le tour de LémanChapitre 50 sur 53 · I.aiiftanne, — 40 oct · texte numérisé non relu

I.aiiftanne, — 40 oct

Je suis sombre, morose, et je cherche pourquoi... Un ennui sans motif mVtreint, pèse sur moi. Je vous aime pourtant, rivages doux et rudes, l,ac bleu, monts étages! — ô grands sujets d'études. De contemplations! — J'éprouve une langueiir Étrange, inexplicable; un serrement de cœur. 0 mon àme ! qu'as-tu ? d'où te vient cette angoisse ? Parle donc!... quel chagrin te tourmente et te froisse Tu l'ignores, ton mal ne se peut définir, Rien ne peut le tromper longtemps et l'assoupir. Il atteint les puissants, les heureux de la terre. Les riches et les forts; son souffle délétère Flétrit tous les bonheurs impitoyablement;

49<i LE MALAISE l»K LA VIE.

Qu'il serait moins c ruel s'il était violent !...

Ni les plaisirs choisis, les voluptés <lu monde.

Ni même la famille en douceurs si féconde,

Si féconde toujours en consolations,

Ni les succès Hat leurs, les vives passions.

L'amour et l'amitié, la gloire et le génie,

Ne sauraient te guérir, malaise de la vie !

Vague ennui d'exister, sentiment douloureux

Qui nous mets malgré nous des larmes dans les yeux,

Qui fais que sans misère on se voit misérable,

Que I on gémit sur soi d'un accent lamentable.

En mon esprit lassé, nul robuste ressort...

Tout m'accable et je suis triste jusqu'à la mort.

Aujourd'hui, qu'ètes-vous pour moi, beautés alpestres !

Un vulgaire tableau, — toutes choses terrestres

N'ont rien qui m'assouvisse et me puisse calmer.

Je regarde le sol où je dois m'abîmer.

Puis je lève les yeux vers l'immensité morne.

Vers l'infini des cieux, vers cet éther sans borne

Que le soir d'un jour pur nous montre scintillant.

Ici : fange et poussière, et là : vide effrayant...

Je sais où va le corps. 0 Seigneur! où va l'àme ?

Lorsque le tison meurt on voit mourir la flamme,

L'être moral, dit-on, franchit le divin seuil...

Si ce n'était pourtant qu'un vain rêve d'orgueil!

JJcnsérs D'un 2lbbé~(tapitûim De Ijussar&s.

UuMnnc, — *> octobre.

Croirais-tu, ami, que j'ignorais complètement que le chevalier de Boufflers eût écrit à sa mère neuf petites lettres pimpantes, rieuses, gentilles, folâtres, pleines de drôleries, intitulées : Voyage en Suisse?... Oui, tu le croiras, car peut-être tu ne savais rien toi-même de cette excursion faite bien plus pour voir Voltaire que les Alpes, pour voir Ferney que Genève et Lausanne. — On ne peut pas tout connaître, on ne se rappelle pas de tout.

In quidam m'a parlé ici de cet opuscule, et voilà les extraits que j'en ai faits à bâtons rompus :

«... Ce peuple-ci me représente le peuple gaulois; il en a la stature, la force, le courage, la fierté, la douceur

498 PENSÉES DÏ'N ABBÉ-CA IMTALNE DE IIUSSABDS.

et la liberté... La terre est cultivée par des mains libres. Les hommes sèment pour eux et ne recueillent point pour d'autres. Les chevaux ne voient pas les quatre cinquièmes de leur avoine mangés par les rois. Les rois n'en sont pas plus gras, et les chevaux ici le sont bien davantage. »

« ... C'est une belle chose que le lac de Genève. 11 semble que l'Océan ait voulu donner à la Suisse son portrait en miniature. Imaginez une jatte de quarante lieues de tour remplie de l'eau la plus claire que vous ayez jamais bue qui baigne d'un côté les châtaigniers de la Savoie et de l'autre les raisins du Pays-de-Vaud. »

* ... Nous voyons plus d'honnêtes gens dans une ville de trois mille habitants (Vévey) qu'on n'en trouverait dans toutes les villes des provinces de la France. Sur trente ou quarante jeunes filles ou femmes il ne s'en trouve pas quatre de laides et pas une de catin. Oh! le bon et le mauvais pays! »

« ... Oh! pour le coup, me voilà dans les Alpes jusqu'au cou (1). Il y a des endroits où un enrhumé peut cracher à son choix dans l'Océan ou dans la Méditerra-

née... Où est l'abbé Porquet? que je le place lui et sa perruque sur le sommet chauve des Alpes, et que sa calotte devienne, pour la première fois, le point le plus <;levé de la terre.

(I l BoiiflWs était a|or« dan* l«; ValaK

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