‹ Le tour de MarneChapitre 14 sur 24 · I IO · texte numérisé non relu

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Les nautoniers qui s’attardaient dans ces parages risquaient d’être portés par le courant contre la pointe anguleuse de cette île', et c’était un désastre certain. L’île Rose, au contraire, était entourée d’une eau calme comme celle d’un lac.

L’île des Saints-Pères vient à la suite de l’île Rose. Un Belge, M. Schaken, entrepreneur de chemins de fer, s’est fait dans cette île, en y réunissant plusieurs parties du sol continental, une ravissante retraite. Le château participe à la fois du style de Louis XIII et de celui de la Renaissance. La façade est flanquée de tourelles à pans coupés; une gracieuse galerie embellit la toiture. Dans le parc, dont les massifs et les pelouses ont été distribués avec une rare intelligence, passe un viaduc qui n’en est pas le moins remarquable ornement.

Le moine Planude, dans la Vie d’Esope , raconte que ce fabuliste avait imaginé un moyen de construire en l’air, en faisant enlever de jeunes maçons par des aigles.

Qui le croirait^ ce viaduc, dont la longueur

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esc de trois cent quatre-vingt-un mètres, a été bâti par un procédé analpgue. La Compagnie de l’Est, comme l’aigle d’Esope, a, trouvé le moyen d’enlever ses maçons dans les airs , et l’on pourrait croire que le viaduc a été -descendu tout achevé et posé sur la place qu’il occupe, tant les jardins et les propriétés qu’il traverse ont été respectés. Les arbres euxmêmes de la grand’route sont restés en place et entrelacent leurs rameaux au-dessus du viaduc .

La Compagnie n’avait pas voulu troubler dans leurs possessions de paisibles propriétaires sur le domaine desquels il lui suffisait de jeter un pont. Aussi n’acheta-t-elle que le terrain strictement indispensable. Il fut entouré de palissades. Des wagons, portés sur un chemin de fer aérien, envoyaient aux ouvriers renfermés entre ces clôtures de bois des matériaux qui semblaient tomber du ciel.

Une fois l’opération achevée, les palissades retirées ont rendu aux propriétaires la jouissance du sol au-dessus duquel se dessinent les voûtes gracieuses des arches.

Un printemps a suffi pour faire pousser au travers des pelouses et surgir du milieu des massifs les élégantes piles qui ont ajouté aux charmes de ces jardins la possession d’une œuvre d’art fort remarquable.

Voilà les prodiges que savent accomplir nos ingénieurs; l’école des ponts et chaussées a hérité de la baguette des fées.

Le viaduc de Saint-Maurice a une hauteur de douze mètres, et chacune de ses trente-huit arches a sept mètres quatre-vingt-cinq d’ouverture.

Après avoir passé devant ce magnifique travail, nous voici à l’entrée du canal que nous avons traversé le matin. Le tour de Marne est accompli.

Il ne nous reste plus qu’à descendre jusqu’au confluent où cette rivière mêle ses flots à ceux de la Seine.

En nous rapprochant de la capitale, dont le tumulte va faire un si pénible contraste avec la paix des campagnes que nous venons de parcourir, nous entrons sur le territoire de Saint-

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Maurice, commune séparée de Charenton depuis l’année 1842 et sur le territoire de laquelle sont deux établissements célèbres, l’un qui remonte à l’année 1644, l’autre qui a été ouvert le 30 août 1857. Le premier est la maison d’aliénés, le second est l’asile impérial pour les malades convalescents.

La partie orientale de Saint-Maurice, connue sous le nom de Gravelle, forme un centre industriel important qui possède des fabriques mists en mouvement par les eaux dérivées du canal. La partie occidentale de Saint-Maurice est composée d’habitations bourgeoises.

IL Hélioscaphe. pressé d’arriver avant le coucher du soleil, semble en ce moment rivaliser avec la locomotive. Nous nous reposons, toutefois, en avant d’un moulin pittoresque, dans une anse de l’île des Corbeaux. Ces oiseaux de sinistre augure ont dû jouer là un rôle important. Les champs de la rive gauche s’appellent plaquis des Corbeaux, et la rampe qui mène au kiosque du restaurateur Robert, que nous avons de nouveau en vue, est connue sous

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le nom de montée des Corbeaux. Ce fut là que se déroulèrent les sanglantes péripéties d’un drame terrible dont les causes mystérieuses n’ont jamais été bien éclaircies. Le 29 avril 1303, plusieurs centaines de corbeaux s’assemblèrent et se ruèrent les uns contre les autres. Leurs légions formaient un noir rideau qui voilait le soleil' leur sang tombait comme la pluie. Après, une boucherie acharnée, les belligérants se séparèrent, laissant le champ de bataille jonché de cadavres. Tout extraordinaire qu’il paraisse, cet événement n’est pas unique. « Le 14 mai 1492, dit Henri Sauvai dans son Histoire et recherches sur les antiquités de Paris , quatre ou cinq cents corbeaux se rassemblèrent au-dessus de Villejuif en poussant d’effroyables croassements et se battirent avec tant d’acharnement qu’un grand nombre tombèrent morts ou blessés. »

Pendant notre station à l’ile des Corbeaux, tout en dégustant la ration du bord, Gabriel se prit à dire :

(( J’ai bu de meilleur vin ici !

— Est-ce que l’île en produit?

— Il y eut un temps où on aurait pu le croire. En 1814 — il s’agissait ici aussi de Cosaques — le vieux meunier des Corbeaux me lit venir : « File-bon-train! » — il avait la manie de m’appeler ainsi , comme le père Lemaistre celle de me nommer Fricoteaux • — « File-bon-train, me dit-il donc, tu sais' que a j’ai une bonne cave; je ne veux pas qu’elle « serve d’abreuvoir aux Cosaques ; nous allons « enterrer nos bouteilles dans l’île.

« — Fameuse idée! ça bonifiera encore le (( vin.

(( — Seulement, comme dit le proverbe, il (( ne faut pas mettre tous ses œufs dans le (( même panier. Une seule cachette aurait des « inconvénients. Nous mettrons les bouteilles « deux par deux, trois par trois ; les unes sous (( les saules, les autres sous les osiers ; celles-ci « en amont, celles-là en aval; de sorte qu’on (( ne parviendra jamais à nous les voler a toutes. »

— C’était bien calculé.

— Trop bien! reprit Gabriel , car nous eûmes tant d’émotions coup sur coup que, le danger passé, il nous fut impossible de retrouver toutes les cachettes. Il fallait s’en rapporter au hasard.

« Depuis lors, le moulin a changé plusieurs fois de maîtres. L’île a été vendue sans que les propriétaires sussent qu’ils pourraient en extraire du bourgogne, du bordeaux, du champagne, du madère et du malaga, comme de la bouteille inépuisable de ce magicien qu’on m’a mené voir sur le boulevard, à Paris.

« Il m’est arrivé plus d’une fois en pêchant à la truble, sous les saules qui entourent l’île, de voir tomber dans mon filet, au lieu du poisson attendu, quelques-unes de ces vieilles bouteilles que j’avais cachées dans le temps et que les affouillements de l’eau avaient été découvrir à moitié. Je suis sûr qu’il en reste encore et beaucoup ! »

— J’ai toujours regretté, dis-je à Rousset, de ne pouvoir prendre part aux explorations d’Hereulanum : si nous en faisions ici !

— En route , répliqua sévèrement l’inflexible capitaine. »

Non loin du moulin des Corbeaux, à la place où s’ouvrait un bras de rivière supprimé depuis la création du canal Saint-Maurice, Gabriel nous montre un assemblage de pierres et de pilotis : c’est le Nez-de-Fer ! Ce môle était destiné à défendre l’extrémité d’une jetée, qui détournait une partie du courant au profit des moulins situés sur la rive droite : que de bateaux sont venus se briser contre le Nez-de- Fer aujourd’hui désarmé !

L’eau redevient calme dans le spacieux et profond bassin qui baigne l’île de Charentonneau, dont les arbres gigantesques abritent un moulin construit sous Louis XV. Au-dessous de cette île, le courant est de nouveau trèsrapide. Comme je m’étonnais des changements subits éprouvés par l’allure de la rivière : « C’est, me dit Gabriel, que la Marne n’est qu’une succession de râpes et de baissiers. Un baissier est le contraire d’une râpe. L’un est un trou, l’autre est une bosse. La même quan-

ticé d’eau passe par un baissier que par une râpe; elle court d’autant plus vite qu’elle a moins d’espace pour s’écouler. »

Notre bateau, emporté par le courant, laisse à sa droite le kiosque de Gravelle, où l’heure avancée ne nous permet pas, hélas ! de faire une station. Nous sommes aussi privés du plaisir de visiter la Ferme impériale de Vincennes qui rappelle la Hollande par ses constructions, la Suisse par sa belle race de vaches Schwitz, l’Angleterre par ses magnifiques Southdown et par ses jolies petites bêtes laitières d’Ayr. Nous ne verrons pas non plus l’annexe consacrée à la sériciculture, où a été entreprise l’éducation du Bombyx hyma layensis , gigantesque ver à soie qui n’a vécu jusqu’ici qu’à l’état sauvage, et que l’on va discipliner pour l’enrégimenter dans les magnaneries.

La végétation de l’île qui vient après celle de Charen tonneau se trouve à l’étroit ; elle déborde aux alentours ; les saules s’allongent sur l’eau, les plantes dont la berge est ta-

pissée vont rejoindre les longues plantes aquatiques qui poussent vigoureusement dans le lit de la Marne. Une exclamation admirative s’échappe de mes lèvres.

u Ne vous y fiez pas, dit Gabriel, c’est l’île d’Enfer ! et vous ne m’oteriez pas de l’idée qu’elle est sous la domination des diables. Des centaines de baigneurs se sont noyés, là-bas, dans le bras du moulin, sous les saules. Chacun le sait, puisque les vieux canotiers ont baptisé cet endroit : le Rendei-vous des Noyés. et ça n’empêche pas d’au:res baigneurs de venir, tous les ans, y chercher la mort ; il y a là un trou profond d’où personne n’est jamais sorti. Il faut que ce soit un soupirail de l’enfer, et que des suppôts de Satan s’y cachent pour tirer les gens par les pieds...

— Vous êtes donc superstitieux, père Gabriel ?

— Moi ! Dieu m’en garde ! mais je me rends à l’évidence. Comment résister à des preuves? J’ai vu, dans ma jeunesse, un pêcheur et sa femme venir ici dans un bachot,

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toutes les semaines, fouiller le trou, et en extraire une quantité innombrable de cornes.

— Eh bien, quoi de plus simple? Ce sont des cornes d’animaux qui ont été jetés dans ce trou, ou dont la Marne a charrié les carcasses. La proximité de l’Ecole d’Alfort a probablement, dans certains cas d’épizootie, fait choisir cette île comme lieu de sépulture pour les animaux infectés.

— Non, reprit le vieux pêcheur, ces cornes ne faisaient pas l’effet d’avoir poussé sur des crânes de bêtes à quatre pattes. Et puis, pourquoi se noie-t-on invariablement dans ce trou?

— Parce que la rivière est remplie d’herbes, parce que le fond est inégal, parce que c’est un trou.

— On s’en sauverait s’il n’y avait pas là quelque diablerie : une preuve encore de ce que j’avance, c’est que, pendant la nuit, des flammes bleuâtres dansent autour de l’île d’Enfer.

— Ce sont des feux follets, des vapeurs de gaz hydrogène phosphoré.

— Allons donc ! reprit Gabriel, est-ce que les vapeurs ont des figures? Au milieu des flammes dont je vous parle, on voit distinctement des fantômes. Je tiens d’un garçon meunier qui loge près d’ici, au moulin d’Alfort, que des spectres rôdent souvent le long des berges, en poussant de tels gémissements qu’on n’entend plus la roue du moulin tourner. »

Je ne jugeai pas à propos de dissuader Gabriel ; j’aimais mieux contempler, aux derniers rayons du soleil, l’île Robinson, toujours verte et fraîche, mais veuve du cabaret qui chantait sous ses peupliers ; Alfort, cette capitale du monde vétérinaire, qui compta ou compte encore parmi ses professeurs les Bourgelat, les Chabert, les Renault, les Delafond, les Magne, les Bouley, les Reynal ; sur la rive droite, la ville de Charenton s’élevant en amphithéâtre, et en face de nous, les arches élégantes du nouveau pont achevé en 1863.

L’hôtel de ville de Charenton, dont nous apercevons le toit élevé, est une aile d’un château en pierres et en briques que Henri IV

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avaic fait construire pour Gabrielle d’Estrées, la quatrième maîtresse royale dont nous trouvions le souvenir sur les bords de la Marne. Grâce à la protection du roi qui avait signé l’édit de Nantes, un temple magnifique s’éleva près de la charmante résidence qu’il aimait à visiter. Jacques de Brosse, l’architecte du palais du Luxembourg, fit ce temple assez spacieux pour contenir quinze mille personnes, et il s’y tint des synodes qui eurent du retentissement dans toute l’Eglise réformée ; mais lorsque Louis XIV fut revenu sur les dispositions libérales de son aïeul, le 23 octobre 1685, une multitude fanatisée se rua sur l’édifice signalé à ses fureurs, et le démolit si bien que, cinq jours après, on en aurait en vain cherché une seule pierre. L’emplacement fut occupé par un couvent de religieux de l’Adoration perpétuelle.

Un autre monastère florissait aux Carrières, hameau dépendant de Char en ton, et les Carmes déchaussés, qui en étaient les propriétaires, sont cités parfois dans les malicieux

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ponts-neuls du xvuie siècle. Dans leur enclos se trouvait un écho qui passait pour un des plus merveilleux de l’Europe. « La voix, disent les Antiquités de la France , frappoit souvent l’oreille jusqu’à dix fois, et d’un ton si violent, que les boulets de canon emportés des feux et de la poudre ne sifflent pas avec plus de violence. »

Avant la Révolution, Charenton et ses annexes, Saint-Maurice, les Carrières et Conflans, n’avaient pas ensemble plus de sept cents habitants ; bien que Saint-Maurice en ait été détaché, on compte maintenant plus de six mille habitants dans la commune de Charenton-le-Pont.

Que de changements a subis le pont de Charenton ! Il est mentionné, dès le vne siècle, dans la vie légendaire de saint Merry. En 865, il est rompu par les Normands et reconstruit par les soins de Charles le Chauve. Les Anglais s’en emparent en 1435 ; mais dès le 11 janvier de l’année suivante, il leur est enlevé par Ferrière, capitaine de Corbeil.

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Henri IV, avec deux pièces d’artillerie, canonne le pont de Charenton, le jeudi io mai 1590, et force le passage à quatre heures du soir. « Le capitaine, dit le journal de Pierre Fayet, fut pendu avec douze soldats. » C’était, en ce temps, la loi de la guerre ; quiconque osait résister au roi sans forces suffisantes était envoyé au gibet. Triste temps et triste loi !

Pendant les troubles de la Fronde, le 2 février 1649, le pont de Charenton fut emporté d’assaut par le prince de Condé. On lit dans les Mémoires de Guy Joly : « Le marquis de Clanleu, qui y commandait, y fut tué, n’ayant pas voulu de quartier, avec plusieurs officiers distingués. Il n’y eut presque que le marquis de Coignac , petit-fils du maréchal de La Fère, qui se sauva heureusement, sur un glaçon qui l’apporta auprès de Paris, après qu’il eut très-bien rempli son devoir à la tête de son régiment. M. le prince y perdit aussi beaucoup de monde, entre autres le duc de Châtillon, qui fut emporté d’un coup de ca-

non. » Ce beaucoup de monde . suivant les Mémoires du cardinal de Retz, devrait se réduire à douze ou quinze tués.

En 1814, les élèves de l’Ecole vétérinaire d’Alfort essayèrent d’arrêter au pont de Charenton des masses autrichiennes. Si vous la visitez, vous y lirez, sur un modeste monument, cette simple et glorieuse épitaphe: « Cigît Jean-Marie Pigeon (de la Seine), élève de cette école, tué à la défense du pont de Charenton, le 30 mars 1814. Priez pour son âme. »

En aval de l’arche marinière de l’ancien pont, les cataractes qui s’engouffraient dessous avaient creusé dans le sable et dans les roches un entonnoir d’une incalculable profondeur.

« Par une nuit de brouillard, nous conta Gabriel, une diligence arrive au grand trot par la route de Maisons. Le postillon avait bien soupé ; aussi comme il s’escrimait avec son fouet ! On ne pouvait pas le voir, mais, au moins, on l’entendait : clic ! clac ! et les grelots des chevaux sonnaient, drelin ! drelin !

et les roues grondaient comme un tonnerre !... Mais voilà que, tout à coup, après un épouvantable fracas, on n’entend plus rien !

— Ah ! mon Dieu ! le pont s’était brisé sous le poids de la diligence }

— Pas du tout. Le postillon n’avait pas songé que la route faisait un angle avec le pont, et galopant toujours tout droit, il avait passé par-dessus le parapet. Chevaux, voiture, voyageurs, conducteur, postillon, bâche et bagages entrèrent en bloc dans la Marne. Personne n’eut le temps de crier, de se plaindre, de faire une prière, de dire seulement : « Nous sommes perdus ! » La maison roulante et ses habitants furent enfournés dans le gouffre, et on ne les a jamais revus. »

Aujourd’hui le gouffre est bouché. Au bas de l’ancien pont, qui était moitié en bois, moitié en pierre, était un énorme rocher, presque à fleur d’eau. Quand les ouvriers qui refaisaient le pont examinèrent de près ce prétendu rocher, ils découvrirent que c’était une vieille arche, écroulée du temps du roi Dagobert. Avec des

cabestans, des chèvres et autres manivelles, ils la portèrent dans le trou où elle est actuellement. Le courant, que le nouveau pont a déplacé, a apporté par-dessus cette arche des monceaux de sable ; un bas-fond existe aujourd’hui là où, suivant Gabriel, il y avait un trou sans fond.

L'Hélioscaphe glissa sans encombre sur la place où la diligence avait été engloutie. Il passa sous le pont du chemin de fer de Lyon, et atteignit en quelques instants le confluent de la Marne et de la Seine.

Il est question du village situé sur la rive droite, Conflans ( Confluentiwn ), dans une bulle d’Urbain II, datée de 1097. Le roi Jean y eut un haras auquel s’adjoignit bientôt une maison de campagne que Charles V et Charles VI habitèrent. Louis XI y termina la guerre du bien public par la signature d’un traité, et l’humiliation qui lui fut alors imposée lui rendit odieux ce domaine dont il abandonna la jouissance à Jean de Saint-Omer en 1481.

Nous nous arrêtons presque devant Con-

flans, et en montrant le promontoire qui sépare la rivière du fleuve, Gabriel, rendu facétieux par le plaisir d’avoir accompli dignement sa périlleuse mission, s’écrie d’un ton joyeux :

« Voici la bosse de Marne ! ce serait le moment de nous en donner une.

— Le jeu de mots est médiocre, répondit Rousset ; mais l’intention est excellente. Et puis la nuit tombe ; allons dîner ! »

Je ne me le fais pas dire deux fois ; je saute sur la berge ; mais, à mon grand étonnement, en me retournant, j’aperçois Rousset immobile et en contemplation devant un nuage splendidement frangé par les dernières lueurs du soleil .

« Eh bien ! lui dis-je, le dîner refroidit.

— Qu’il refroidisse, répond l’intrépide artiste; voilà un nuage que je ne retrouverai peut-être jamais.

« Encore une photographie ! »

La presse entière a bien voulu faire le plus gracieux accueil au Tour de Marne. Si nous reproduisons ici les principaux articles qu’elle a consacrés à la première édition de cet ouvrage .publiée à la fin de Vannée i86q. ce n’est point par un puéril mouvement de vanité. L’écrivain et le photographe auraient su tomber avec grâce dans le cas où leurs efforts n’auraient pas obtenu le succès dont ils se fiattaient.

Il est tout naturel qu’ils triomphent avec modestie.

Nous remercions bien sincèrement les auteurs des articles qu’on lira ci-après : non parce qu’ils ont tenu compte de nos travaux } mais surtout parce qu’ils se sont associés à nous pour rendre hommage à une magnifique contrée qui est aux portes de Paris et que l’on connaît à

peine. Certes, des milliers de canotiers ont parcouru les rives de la Alarne depuis Nogent jusqu’à la Bosse ; d’ innombrables voyageurs visitent ces parages , et pourtant ce plantureux pays n’est pas encore asse\ populaire , asse i popularisé.

' Alerci à vous, qui ave i complété nos descriptions ! Merci à vous, qui ave^ prouvé l’inépuisable richesse des bords de la Marne, en trouvant des expressions qui avaient échappé à ses fervents admirateurs.

Nous n’aurions pu, sans ingratitude, ne pas ajouter votre texte au nôtre. Nous n’aurions pu, sans manquer notre but, délaisser vos tableaux poétiques, signés des noms les plus célèbres et les plus autorisés.

Nous avons fait le tour de Marne, mais nous ne nous attendions guère à entraîner avec nous une phalange de publicistes qui peignent mieux que nous les sites enchanteurs dont nous avons esquissé la description.

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