SUR
LE SIÈCLE. — 3 Décembre.
Le Tour de Marne, tel est le titre d’un magnifique volume in-40 que vient de publier la Librairie Internationale. C’est l’histoire d’un voyage d’exploration entrepris dans ce beau & curieux pays que la Marne arrose près de son embouchure. Les deux touristes sont nos collaborateurs, É. de la Bédollière & 1. Rousset. L’un a décrit les sites, recueilli les traditions, observé les mœurs, raconté les légendes de la rivière ; l’autre a photographié les vues principales à l’aide d’appareils spéciaux &. par des procédés dont il est l’inventeur. Ces admirables paysages rendent avec autant de poésie que de fidélité la transparence des eaux, les ondulations des feuillages, la richesse de la végétation, le jeu des lumières & des ombres, la valeur relative des plans. La photographie n’a jamais produit d’œuvres d’art plus complètes, &. n’a jamais été appliquée aussi largement &. avec autant de succès
Le Tour de Alarne.
à l’illustration d’un livre. Le Tour de Marne, imprimé avec luxe par M. Claye, en caractères fondus exprès, est une des productions les plus remarquables et les plus originales de la typographie contemporaine.
A. Husson.
LE MONITEUR. — 7 Décembre.
Une œuvre tout à fait originale &. qui marquera dans les Annales de l’art contemporain, vient de paraître à la Librairie Internationale. Dans une série de photographies tout à fait hors ligne &. appliquées pour la première fois à l’illustration d’un volume, M. Ildefonse Rousset a reproduit les sites délicieux qui font du Tour de Marne une des parties les plus complètement belles des environs de Paris. Le texte qui accompagne ce recueil sans précédent est une charmante fantaisie due à la plume élégante d’Émile de la Bédollière.
L’ILLUSTRATION. — 10 Décembre.
Qu’est -ce c’est que le Tour de Marne? Est -ce seulement la description écrite & illustrée des rives
de la Marne? Est-ce, en un mot, une succession de descriptions &. de points de vue admirablement reproduits par l’appareil photographique? C'est cela, &. c’est autre chose. Le Tour de Marne , grâce à l’esprit de M. É. de la Bédollière, sera tout ce que l’on voudra : une histoire, une rêverie, une symphonie, un aimable traité philosophique. Pourriez- vous me dire au juste ce qu’est le Voyage autour de ma chambre? Il est des œuvres qu’on ne peut définir d’une façon absolue, & le Tour de Marne est une de ces œuvres-là.
Mais ce qui est certain, ce qu’il est impossible de contester quand on a lu le Tour de Marne, c’est la grâce du récit, la belle humeur du conteur, le charme de cet esprit improvisateur qui voit les choses sous l’aspect le plus favorable, &. qui, — quelque atrabilaire que puisse être le lecteur, — finit toujours par le dérider, l’intéresser et lui prouver que le Tour de Marne est tout simplement un livre plein de délicatesse, de finesse &. d’esprit.
Le rôle de M. Ildefonse Rousset dans ce livre n’est pas non plus sans importance. C’est lui qui, avec l’objectif, a fixé sur le papier tous les points de vue, tous les sites, toutes les scènes muettes ou vivantes de ce charmant voyage au pays de la Marne &. de la fantaisie. Jamais encore nous n’avions vu quelque chose de plus suave, de plus gracieux, de plus réussi. MM. É. de la Bédollière &. Ildefonse Rousset n’ont pas seulement été habiles, ils ont été heureux. 11 faut,
en effet, avoir du bonheur pour réussir à ce point.
Mes sincères compliments aux deux auteurs, et vive le Tour de Marne! Il vivra.
Edmond Texi
LE MONITEUR UNIVERSEL. — 12 Décembre.
Un livre nouveau se présente habillé d’une couverture bleue à riche gaufrure. Sur le plat, un fer de reliure dessiné comme un bois d’illustration estampe en or un grand paysage dans lequel un soleil levant épanouit sa gloire rayonnante répétée par l’eau d’une rivière. Au-dessus de ce soleil s’arrondit ce titre : le Tour de Marne. Le Tour de Marne ! qu’est-ce que cela? Nous connaissons le tour du monde &. même le tour de France... D’intrépides navigateurs, des canotiers au cœur ceint d’un triple bronze ont donc risqué un voyage d’exploration dans ces contrées inconnues qui s’étendent de Joinville à Gravelle ?
C’est cela même, & en ouvrant le volume magnifiquement imprimé par Claye, avec ses vieux caractères françois qu’ont mis à la mode les Contes de Perrault, nous apprenons en effet qu'il s’agit d’un voyage au long cours de quatorze kilomètres sur la
Le Tour de Alarne.
Marne, cette rivière moins explorée, à coup sûr, que l’Amazone, le fleuve Amour, le Niger ou les cours d’eau mystérieux de l’Australie.
La nef qui porte les modernes Argonautes au pourchas, non de la Toison d’or, mais du pittoresque, s’appelle YHélioscap/ie. Elle a pour capitaine lldefonse Rousset ; Emile de la Bédollière, une fine plume humouristique, tient le livre de bord, relève le point &. note tous les incidents du voyage.
Cette portion de la Marne, que la batellerie ne fréquente plus, trouvant plus court et plus commode de prendre le canal de Saint-Maur, est retournée doucement à l’état sauvage. On dirait une de ces rivières sans nom qui coulent dans les solitudes à travers les régions encore inexplorées. Les chemins de halage, devenus inutiles, se sont peu à peu effacés, n’étant plus rasées par les cordes de traction, toutes les folles herbes aquatiques s’en sont donné à cœur joie. Dans une familiarité charmante que rien ne trouble, l’eau &. la rive se confondent, empiétant l’une sur l’autre ; l’eau creuse de petites anses, la rive pousse des promontoirs mignons. Aux graminées qui descendent se mêlent les joncs qui montent.
Les aulnes, les osiers verdoient sur la berge indécise, au-dessous des saules penchant leurs troncs noueux. Plus loin, le pied dans l’herbe humide, les peupliers dressent leurs fines arêtes aux feuilles toujours émues ; les grands arbres versent leur ombre et leur reflet aux transparences de l’onde. Ici, dans un
Le Tour de Alarne.
endroit stagnant, les roseaux, les prêles, les sagittaires à la feuille en fer de lance, forment une forêt en miniature, là les nénuphars étalent leurs larges feuilles et dressent leurs lis jaunes. Ce sont à chaque pas, ou plutôt à chaque coup de rame, mille accidents pittoresques à faire prendre le crayon ou le pinceau à un artiste. Tantôt c'est un mur de soutènement en planches qui font ventre sous le poids de la berge & se déjettent, forçant leurs poteaux, à travers un fouillis de ronces, de glaïèuls &. de végétations sauvages ; tantôt c’est un arbre trop près du bord qui crispe curieusement ses racines jaunies de limon &. cherche à se rattraper au sol qu’affouille le courant. A cette place l’eau profonde prend des tons de miroir noir ; à cette autre elle étale une mince gaze d’argent sur le sable qui affleure, ou bien elle se diamante de points brillants au soleil comme des écailles de poisson; des canots amarrés découpent leurs coques élégantes contre les mousses veloutées de la rive. Une masure au toit de chaume darde sa fumée blanche entre les masses de feuillage ; un moulin obstrue une arche de pont ou coupe la rivière avec ses batardeaux, ses écluses, ses vannes, ses roues verdies, d’où pendent des barbes d’herbes ; des îles aussi désertes que celle de Robinson Crusoé divisent le courant & noient dans l’eau l’image renversée de leurs grands arbres ; des marches d’escaliers rustiques descendent au rivage ; des débarcadères abandonnés se disloquent au fil de l’eau, &. leurs vieilles charpentes composent des pre-
Le Tour de Alarne.
miers plans à souhait pour les peintres ; des lavandières agenouillées frappent le linge de leurs battoirs &. font des groupes pittoresques ; un bateau de tireur de sable reçoit à propos un rayon de soleil et produit un effet charmant ; dans les petits bras que forment les îles, les feuillages s’enchevêtrent d’une rive à l’autre, & il faut, pour y passer, relever les branches, au risque d’effrayer quelque bergeronnette ou quelque martin-pêcheur, qui file coupant l’eau avec son aile de saphir : tout un monde de choses pures, calmes, fraîches, primitives, charmantes, épanouies dans le silence, l’abandon &. la solitude, & dont il semble qu’on ait la virginité.
Ces beautés de la nature ne sont pas perdues, &. il n’est pas besoin de faire « le tour de Marne » pour en jouir. Mieux instrumenté que la nef Argo , le canot YHélwscaphe, parti pour cette exploration lointaine, avait à sa poupe un château de forme bizarre ; en un mot une cabine de photographie. Le capitaine Ildefonse Rousset, dès qu’il apercevait un site, un point de vue, un détail remarquable, arrêtait le bateau, braquait l’objectif, s’encapuchonnait de noir, &. bientôt la plaque, impressionnée d’un délicat reflet, était portée dans la cabine sombre. Le soleil est comme Saturne qui dévorait ses enfants, il mange les images qu’il vient de produire, si on ne les soustrait bien vite à sa gourmandise.
Ce n’est pas une chose facile que de faire poser la nature. On ne peut lui prendre le col dans ce demi-
Le Tour de Alarne.
cercle qui vous emboîte la tête chez les photographes. Même aux moments où elle paraît le plus tranquille, elle vit, elle palpite, elle remue. L’air tremble, le rayon scintille, l’ombre tourne, l’eau coule, l’arbre frissonne, le buisson tressaille. Le sein de Cybèle s’enfle &. s’abaisse par une respiration invisible pour nous, mais qui n'échappe pas aux organes précis de l’instrument. Quelle patience, quel soin, quel tact il faut à l’opérateur ! Un nuage passe sur son effet de soleil, un vague souffle de brise se lève, l’eau se ride, la danse des feuilles commence, les arbres se brouillent comme si on les estompait avec le doigt, &. l’épreuve est perdue.
M. lldefonse Rousset n’est pas un photographe de profession, &. on le voit bien à l’exquise finesse, à la perfection étonnante de ses planches. 11 faut tout le loisir d’un amateur artiste, persévérant &. passionné pour arriver à de tels résultats. Les vues du Tour de Marne sont des merveilles. M. Rousset a obtenu des effets d’une douceur &. d’une poésie dont nous n’aurions pas cru le daguerréotype capable. Les premiers plans sont nets, sans dureté ; les seconds &. les troisièmes fuient avec une légèreté vaporeuse, bien rare dans les épreuves photographiques. Certaines planches rappellent Corot ou Daubigny, dont elles semblent refléter des tableaux inconnus. Cette morbidesse, cette transparence, ce flou, ne sont achetés par aucun sacrifice. Regardez de près, &. vous serez surpris de la délicatesse infinie du détail, réduit à
des proportions microscopiques, mais d’une netteté admirable.
Ces belles épreuves , jointes au texte amusant, instructif &. spirituel de M. Émile de la Bédollière, forment un magnifique volume.
Théophile Gautier.
LA FRANCE. — 12 Décembre.
Il vient de paraître, à la Librairie Internationale, un volume sans pareil, dans lequel la photographie, se révélant sous un nouvel aspect, s’est chargée de faire directement œuvre d’illustration. Trente magnifiques photographies, représentant les sites si pittoresques du tour de Marne, laissent bien loin en arrière tout ce que la gravure avait pu produire jusqu’ici. M. lldefonse Rousset a obtenu dans cette tentative un résultat artistique qui mérite d’être noté.
Le livre auquel cette parure merveilleuse a été donnée se recommande d’ailleurs par d’autres qualités. Typographiquement, c’est un nouveau chefd’œuvre à ajouter à ceux qui sont déjà sortis de l’imprimerie Claye. Littérairement, c’est une délicieuse fantaisie due à la verve inépuisable d’Émile de la Bédollière.