L. Dutailly
LA PRESSE. — 15 Décembre.
La partie des environs de Paris connue sous le nom de Tour de Marne passe à juste titre pour une des contrées les plus pittoresques de la France. Un véritable artiste, Ildefonse Rousset, a entrepris de reproduire par la photographie Joinville, Chenevière, Champigny, le fonds de Beauté, l’île d’Enfer & tant d’autres sites incomparables. Qui ne les connaît pas peut les voir dans un magnifique volume imprimé par Claye. Émile de la Bédollière raconte dans ce volume, dans un récit plein de verve & d’humour, les légendes, les traditions & l’histoire de ces contrées remarquables.
LE JOURNAL DES DÉBATS. — 15 Décembre.
Récits pleins d’intérêt, légendes émouvantes, détails historiques peu connus, paysages charmants, vignettes d’après nature, exécution typographique irréprochable, tout cela se trouve réuni dans le magnifique volume que la librairie internationale vient de publier sous le titre du Tour de Marne. M. Émile de la Bédollière pour la partie littéraire, M. Ildefonse Rousset pour la partie artistique, & M. Claye pour la partie typographique, ont rivalisé à qui mieux mieux, & de
cette féconde émulation est sorti ce que l’on peut véritablement appeler un beau livre. Le Tour de Marne, du reste, a conquis dès son apparition le suffrage de tous les gens de goût.
LE TEMPS. — 16 Décembre.
Le caractère artistique du beau volume que la Librairie Internationale vient de publier sous ce titre : le Tour de Marne, a tout de suite placé ce livre en tête des plus attrayantes nouveautés récemment écloses. 11 s’agit, en effet, du plus beau livre qui se puisse offrir, mieux que cela, d’un livre dont la place est marquée dans tous les salons &. dans toutes les bibliothèques, où il restera comme un monument littéraire, artistique et typographique, dû à la collaboration de MM. Émile de la Bédollière, Ildefonse Rousset &. J. Claye. Récits charmants, photographies admirables, impression fastueuse : voilà ce qu'offre le Tour de Marne.
LA. PATRIE. — 17 Décembre.
Un volume d’un caractère excessivement artistique vient de paraître à la Librairie Internationale. L’impri-
merie Claye a mis tout le luxe des vieux types au service des pages pleines de vie, de fantaisie &. d’humour qu’Ëmile de la Bédollière a écrites à propos d’une pérégrination le long des rives verdoyantes &. des coteaux accidentés qui forment &. encadrent le cours de la Marne.
Mais ce qui mérite d’être noté dans ce volume remarquable, ce sont les trente photographies qui en forment l’illustration. M. lldefonse Rousset est arrivé à des résultats que l’on ne croyait pas pouvoir attendre de la photographie. Le choix des sites & de leur encadrement, les effets de lumière saisis aux moments les plus opportuns font de chacune de ces photographies autant de petits tableaux.
LE SIÈCLE. — 17 Décembre.
Il est des mots qui ont d’incroyables prestiges, des mots magiques ! Je ne veux pas parler ici de ceux qui, dans l'ordre politique, font battre les cœurs; non ! pas si haut ! je parle des mots qui éveillent dans nos âmes des souvenirs de jeunesse, de gaieté, d’amour &. de bonheur.
Quoi ! vous vous payez de mots, diront les pédants. Eh ! oui ; j’avoue, pour ma part, que je me paye volontiers de mots quand ils représentent des idées,
ou quand derrière eux je vois sourire les joies, les enchantements, les témérités des premières années.
Quand ce beau volume, signé de deux noms amis, m’est arrivé, son titre seul a produit sur moi un effet que je ne saurais décrire. Le Tour de Marne ! Je ne sais ce que ces quatre petits mots vous diront, chers lecteurs, mais à coup sur ils diront beaucoup à tous ceux qui, dans leur jeunesse, ont côtoyé ces bords enchantés.
Ah ! quelle charmante école buissonnière que cellelà ! quel gai pèlerinage ! Longtemps à l’avance on en parlait, on recrutait des compagnons, on faisait les préparatifs de cette nautique excursion si longtemps rêvée. Bien que déjà la plupart d’entre nous eussent couru le monde, ces poétiques abris de Port-Créteil, Bretigny, Champigny, Champignolle, apparaissaient dans notre imagination comme autant d’îles Fortunées.
On partait gaiement, l’esprit était souvent de la partie ; on riait, on devisait, on discutait la valeur des doctrines nouvellesqui envahissaient le monde des lettres &. de l’art ; les partis ennemis se réconciliaient deux fois par jour autour de festins improvisés, & l’on rentrait à Paris plus amoureux que jamais du Tour de Marne.
Les jeunes gens de ce temps-ci font-ils encore le tour de Marne? Pour leur plaisir, j’aime à le croire, &. en ce cas le livre heureux que viennent de produire MM. Émile de la Bédollière et lldefonse Rousset leur fera une joie égale à celle que nous avons nous-même
éprouvée. Ils y chercheront, comme nous, &. comme nous ils y trouveront la trace de ce qu’il y a de plus fugitif ici-bas, la trace des heures bénies, des illusions, des folles insouciances, des chimères poursuivies, des rêves caressés.
Se doutaient-ils seulement, ces chers enchanteurs, qu’en photographiant & en décrivant ces poétiques sites, si frais, si ombreux du tour de Marne, ils allaient réveiller toute la nichée des jeunes souvenirs?
Quoi qu’il en soit, le photographe et l’écrivain, l’un stimulant l’autre, ont fait un livre très-original, trèsintéressant, qui résout, ce me semble, un problème dont on cherche depuis longtemps la solution, & ce problème est celui-ci : Jusqu’à quel point la photographie peut-elle concourir à l’ornement, à l’illustration d’un texte typographié?
Entendons-nous bien ! Ce n’est pas la première fois que la photographie &. la typographie s’unissent pour produire un beau livre. Il y a longtemps déjà qu’un des écrivains les plus originaux de ce temps-ci, M. Maxime Du Camp, a publié, en un magnifique volume, son voyage en Égypte & en Syrie. On sait, depuis lors, quels services peut rendre la photographie appliquée à la reproduction des monuments, des ruines historiques, des médailles, des tableaux, etc. Mais ce dont on doutait, c’était que la photographie pût reproduire avec succès des paysages, en leur conservant le charme de la nature, le moelleux des contours, & cette physionomie, cette grâce, ce flou,
ce je ne sais quoi enfin qui est l’idéal de l’art du paysagiste.
Le doute n'est plus permis quand on a vu les photographies du Tour de Marne. On ne peut dire qu’elles aient toutes le même caractère de perfection, mais l'ensemble est inespéré & saisissant. Les sites reproduits ont été choisis avec un profond sentiment de la nature & de l’art, & ce photographe amateur qui chaque jour, dans le Siècle, analyse avec tant de sagacité les causes de la hausse &. de la baisse, a fait pour son coup d’essai un coup de maître. La vue du soleil couchant, prise au confluent de la Marne et de la Seine, celle du pont de Charenton, l’île d’Enfer, le moulin des Corbeaux à Saint-Maurice, Port-Créteil, le moulin de Bonneuil, les îles et le bras de Chennevière, le pont de Champigny, la maison du Gardien, une étude de végétation entre Joinville et Champigny, le pont de Joinville, l’île d’Amour, etc., etc., sont de petits chefs-d’œuvre photographiques &. de charmants tableaux de chevalet dont notre ami Rousset a choisi les points de vue en véritable artiste.
11 y a bien longtemps, hélas ! que je n'ai fait mon tour de Marne ; mais ces photographies me rendent si vivants, si vrais, si lumineux tous ces sites, tous ces beaux arbres, tous ces doux paysages de la Marne, qu’il me semble encore sentir les balancements du bateau & entendre les éclats de voix des compagnons de ma jeunesse.
Pendant que Rousset photographiait, le sage de la
Bédollière décrivait, & ceux qui ne connaissent cet aimable homme que par ses Courriers politiques du Siècle ne se doutent guère de la verve joyeuse, de l’esprit gau'ois dont il émaillé ses descriptions. Nul mieux que ce bénédictin ne connaît les environs de Paris. Non-seulement il sait l’histoire de chaque localité, mais l’histoire de chaque maison, de chaque pierre. Ici le peintre Watteau vint mourir; là était un manoir où Chilpéric Ier reçut, en 581, la visite de Grégoire de Touis. Voici un site célèbre, le fonds de Beauté, où Charles V passa les dernières années de son règne, où Charles VII aima Agnès Sorel. Cette presqu’île fut le quartier général des Bagaudes, que les légions romaines défirent sous le commandement de Maximien. Voyez-vous ce coin de terre? Rabelais y écrivit son immortelle satire. Nous sommes à Saint- Maur, où Henri III, dans un si étrange équipage, donna audience à Sully laissons parler Sully : « Je « me souviendrai toujours, dit-il dans ses Mémoires, « de l’attitude &. de l’attirail bizarre où je trouvai ce « prince dans son cabinet ; il avait l’épée au côté, « une cape sur les épaules, une petite toque sur la « tête, un panier plein de petits chiens pendu à son « cou par un large ruban, &. il se tenait si immobile « qu’en nous parlant il ne remua ni tête, ni pieds, ni « mains. » Voilà qui donne une haute idée de la royauté !
Nous n’en finirions pas si nous voulions suivre cet infatigable érudit dans ses descriptions &. dans ses
digressions historiques. Faire le tour de Marne avec de la Bédollière et Rousset, c’est faire presque le tour* de notre histoire nationale. Que d’événements se sont accomplis sur les bords de cette paisible rivière ! Notre cicerone, mêlant le grave au doux, le plaisant au sévère, n’en néglige aucun ; il prend tous les tons : il fait de l’archéologie en riant ; il n’oublie aucune des légendes merveilleuses qu’il rencontre sur son chemin, & il parle avec la componction d’un gourmet des écrevisses qu’il a mangées le matin, de la cuisine de Robert, de la friture qui pétillé chez le père Hédeline, ou du bishoff exquis servi par les gracieuses filles du Vatel de l’île des Vignerons. 11 est à remarquer que ces deux touristes, le photographe & l’écrivain, connaissent les bons endroits & donnent un soin particulier aux besoins de l’existence; ce n’est point là un des côtés les moins amusants de leur livre. S’il est vrai, comme on l’affirme, que Rabelais, en faisant le tour de Marne, ait rêvé sa molle abbaye de Thélême, nos deux auteurs me paraissent réaliser, autant que faire se peut, le rêve de maître François.
Ainsi compris, avec ce large amour du comfortable, avec ces préoccupations d’artiste & d’archéologue, avec ces esprits toujours alertes & ces appétits sans cesse éveillés, le tour de Marne, croyez-moi bien, n’a rien de périlleux ; c’est la plus calme des navigations, le moins dangereux, mais non le moins accidenté des voyages.
Je m’aperçois que j’aurais dù commencer par dire
ce qu’est en réalité ce tour de Marne si vanté, car bien des gens pourraient croire qu’il s’agit de remonter indéfiniment le cours de la rivière et de le redescendre ensuite.
Quand elle a quitté Nogent et le fonds de Beauté, la Marne décrit une vaste courbe qui représente assez bien un O ouvert à l’une de ses extrémités. La navigation commerciale se souciant fort peu de faire ce long circuit, on a rejoint par un canal, qui porte le nom de canal de Saint-Maur, les deux portions de la rivière, séparée à une des extrémités de l’O. 11 en résulte que toute cette courbe n’est plus fréquentée que par des artistes , de gaies caravanes qui vont s’ébattre sur les bords de cette rivière , où ne se rencontrent que de légères embarcations de plaisance.
Descendre la Marne du pont de Joinville jusqu’à l’île des Corbeaux, en traversant des sites délicieux, sans être troublé par l’approche des lourds bateaux chargés de marchandises qui montent & descendent la rivière, c’est faire le tour de Marne, c’est-à-dire le tour d’une oasis privilégiée.
Non contents d’avoir reproduit les plus beaux aspects de cette oasis, de les avoir spirituellement décrits, Rousset & de la Bédollière ont joint à leur livre une très-belle carte du tour de Marne, si bien que le moins parisien des provinciaux , en parcourant ces sites si exactement reproduits & si vivement décrits par le photographe & par le conteur, pourra dire,
comme le peintre italien : Anch’io . &. moi aussi !... j’ai fait le tour de Marne !
Louis Jourdan.
LE CONSTITUTIONNEL. — 18 Décembre.
En fermant ce beau volume, on est tenté de dire, comme cet artiste mis en scène par M. Émile de la Bédollière dans l'introduction, qu’il n’y a rien aux environs de Paris de plus admirable que le tour de Marne.
Les photographies qui illustrent cet agréable livre présentent un caractère artistique qui charme dès le premier coup d’œil. Chacune d’elles est un petit chef-d’œuvre de finesse, d’harmonie &. de délicatesse. Trente tableaux — car ce sont de véritables tableaux — représentent les sites les plus variés & les effets les plus divers. L’air et la lumière circulent à profusion dans ces photographies où l’artiste est parvenu à fixer avec toutes les dégradations de teintes les plans multipliés qui se succèdent jusqu’à perte de vue. Le soleil lui-même a posé devant l’objectif de M. lldefonse Rousset. Le volume débute par un harmonieux effet de soleil levant & se termine par un splendide soleil couchant.
La librairie a rarement produit un livre aussi remarquable que le Tour de Marne.
La partie typographique a été confiée à l’imprimerie Claye. Quant à la partie littéraire, M. Émile de la Bédollière a jeté au milieu de ces photographies de l’esprit, de l’érudition et de la gaîté. 11 a fait du Tour de Marne une oeuvre pleine de fantaisie et d’humour. 11 y a la légende du Martin-Pêcheur, celle de l’île d’Enfer, l'épisode du père Lemaître, le pêcheur d’anguilles, l’histoire de la diligence engloutie & une foule d’autres anecdotes qui font de cet ouvrage un récit des plus intéressants.
Veut-on connaître la théorie de la pêche au goujon, ou apprendre la manière de prendre des écrevisses au moyen d’un petit poisson placé au bout d’un bâton? on peut consulter le père Gabriel. 11 ne quitte pas M. Émile de la Bédollière dans ses excursions nautiques. C’est lui qui conduit f Helioscaphe, le bateau photographique d’où sont sorties toutes les merveilles que nous examinions tout à l’heure. Le père Gabriel, surnommé le Petit caporal de la Marne, est un vrai type, à la façon de Bas-de-Cuir de Cooper. C’est de lui que M. de la Bédollière a appris toutes les légendes qui émaillent son volume, car le récit, de même que les vignettes qui l’accompagnent, a été pris sur nature. L’écrivain a fait, comme l’artiste, de la photographie.