‹ Le tour de MarneChapitre 18 sur 24 · L. U LBA CH · texte numérisé non relu

L. U LBA CH

LA FRANCE. — 23 Décembre.

Depuis quelques années , les éditeurs ont pris l’excellente habitude de mettre à contribution les meilleurs auteurs & les plus habiles artistes pour offrir au public ces beaux livres d’étrennes où, gravure &. impression, tout est oeuvre d’art, & qui ont le rare avantage de s’adresser à peu près à tous les âges.

Après la magnifique édition de Dante, nous avons eu successivement les Contes de Perrault , l’Amour & Psyché, &. enfin Don Quichotte. Ces grandes images,

si joyeuses et si follement fantastiques de Gustave Doré & ces eaux-fortes si gracieuses de Frœlich nous ont peut-être même un peu gâtés ; aussi n’avons-nous pu nous défendre d’un léger mouvement d’inquiétude en voyant paraître, comme grande publication du jour de l’an, ce livre dont le titre ne présageait rien de bien pittoresque : le Tour de Marne. Mais nos appréhensions ont été promptement dissipées lorsque nous eûmes fait route quelques instants en compagnie de MM. Émile de la Bédollière &. Ildefonse Rousset.

Si nous n’étions plus avec Dante, Perrault ou Cervantès, nous nous trouvions en pleine nature ; & sans quitter le coin de notre feu, question capitale en ce moment, nous avions passé gaiement dans la vraie campagne une chaude journée de juillet, tout étincelante de soleil &. de verdure, tout embaumée de parfums pénétrants.

Le tour de Marne est un voyage plein de découvertes, d’aventures, auquel il ne manque même pas l’attrait des petits dangers indispensables à toute excursion sérieuse. Et cependant la contrée inconnue &. charmante que racontent les deux touristes est à peine à quatre lieues du boulevard des Italiens.

Ce pays aux aspects si divers, où l’on rencontre, presque à chaque pas, de grands souvenirs historiques ou d’intéressantes chroniques, qui a même ses légendes, est situé dans la presqu’île formée par la Marne depuis Saint-Maur jusqu’à Gravelle. Un canal, en reliant ces deux localités, a fort heureusement

privé toute cette partie de la rivière de l’activité peu poétique de la navigation commerciale, & la nature s’en est donné à cœur joie sur ces rives qu’on lui a abandonnées.

Nous avions aussi vu avec peine la photographie détrôner, dans ce livre, la gravure et l’eau-forte. Sans avoir de parti pris contre la photographie, nous n’aimons guère ses prétentions artistiques, qui ne nous paraissent pas encore suffisamment justifiées.

C’est une admirable découverte, qui a créé des moyens de reproduction prodigieux. Mais ses œuvres ne sauraient prétendre à se placer à côté de celles de la gravure, tant qu’elles ne seront pas arrivées à cette harmonie de composition qui caractérise les œuvres d’art.

Comme la photographie ne peut rien créer, c’est par le choix de ses modèles seulement qu’elle doit s’élever. Cette intelligence du beau qui éclaire l’esprit de l’artiste dans la recherche des sujets qu’il va reproduire, un bien petit nombre de photographes semblent jusqu’à présent la posséder. Mais, parmi ceuxlà, M. lldefonse Rousset peut être placé au premier rang. Le sentiment si pur & si juste dont il a fait preuve dans le choix de ses vues révèle un véritable artiste par le goût & par la pensée. Presque toutes ses photographies représentent de magnifiques paysages, d’une harmonie de lignes, d’une composition à peu près irréprochable; &. nous n’avons pas été longtemps à lui reconnaître le droit d’illustrer ce précieux album.

Le Tour de Alarne.

Le Tour de Marne renferme environ trente photographies. Elles nous conduisent à travers une nature si variée, que l’on a peine à s’imaginer en un si petit espace tant de richesses pittoresques. Dans ce voyage de quelques heures, les sites se transforment, les perspectives se renouvellent avec une rapidité qui tient du changement à vue. 11 faudrait mentionner à peu près chacune des épreuves de M. lldefonse Rousset pour n’oublier aucune de celles qui méritent d’être remarquées. Nous nous bornerons à en signaler seulement quelques-unes qui nous ont paru plus particulièrement belles.

Nous indiquerons, presque au commencement de l’excursion, le Lever du soleil. Il y a dans cette photographie, où les légères vapeurs de l’aurore flottent autour des grands peupliers immobiles qui semblent encore endormis, un calme, une fraîcheur, qui tenteraient le pinceau de Corot. Un peu plus loin, au delà de Bry-sur-Marne, nous recontrons Vile d’ Amour, qui s’élève sur la rivière comme un grand bouquet de feuillage dont le reflet se prolonge dans l’eau avec une incroyable netteté. Plus loin encore, après avoir dépassé le Pont de Joinville, le Pont de Champigny & le Moulin de Champigny, nous arrivons à Vile des Vignerons. Un immense rideau de verdure se dresse sur la berge, & c’est bien là une des photographies les plus étonnantes que nous ayons vues. L’exécution des arbres est parfaite au point que l’on distingue toutes leurs feuilles, & cette production si minutieuse

n’enlève rien à l’effet des grandes masses du feuillage. L’aspect de cette épreuve est surprenant ; c’est la nature vue par le gros bout d’une lorgnette. 11 y a sous les arbres, au bord de l’eau, des personnages à désespérer Meissonier, le grand peintre des infiniments petits. Us n’ont pas, à coup sûr, plus d’un demi-centimètre de haut, &. cependant l’on oserait presque affirmer qu’on les reconnaît.

Nous passons ensuite devant les Laveuses de Ch'enevieres, qui composent un fort joli tableau ; puis, laissant derrière nous le Moulin de Bonneuil &. Port- Crèteil, nous nous arrêtons un instant devant le Moulin des Corbeaux , devant le Moulin de Charentonneau, & nous abordons à Vile d’Enfer.

Nous touchons au terme de notre excursion, le soleil descend rapidement vers l’horizon, &. la nature commence à se revêtir des teintes sombres du soir. Dans l’eau se mirent de grands arbres à l’allure majestueuse, découpés en masses touffues, troués par la lumière, pleins de style, comme sait les peindre Français.

En quittant cette île, un peu au delà du ponî de Charenîon, nous sommes au confluent de la Marne & de la Seine. La rivière disparaît dans le fleuve ■ la Marne n’existe plus, et il faut bien arrêter là son voyage. Mais, avant de s’éloigner, M. Ildefonse Rousset profite des derniers rayons de lumière pour faire un beau coucher de soleil. Cette photographie termine l’album du Tour de Marne ; elle nous semble

supérieure à toutes les autres par la puissance de son effet. La couleur en est remarquable, d'une intensité &. d’une finesse de tons qui en font un magnifique modèle à imiter avec l’eau-forte.

Maintenant que nous avons suivi le photographe, nous voulons remercier de son intéressante causerie le spirituel touriste qui l’accompagnait dans cette excursion. On ne saurait avoir un plus agréable &. plus savant cicérone. M. Émile de la Bédollière trouve sur chaque village que l’on traverse, sur chaque île que l’on côtoie, presque sur chaque accident de terrain que l’on rencontre, une foule de souvenirs qu’il retrace avec une rare érudition, dissimulée gracieusement par l’esprit de conversation le plus léger et le plus aimable.

Le tour de Marne n’était connu jusqu’ici que de quelques canotiers sérieux, explorateurs hardis qui dédaignaient les séductions d’Asnières & les fantaisies de Bougival. Des artistes aussi avaient découvert cette inépuisable terre d’études, mais ils se gardaient bien d’en montrer le chemin aux profanes. La pensée que maintenant, après les révélations de MM. de la Bédollière &. Ildefonse Rousset, la manie de bâtir des Parisiens peut aller se jeter sur ce pays providentiellement épargné &. émailler de chalets ridicules les perspectives de Champigny & de Chènevières, trouble un peu le plaisir que nous a donné leur livre. Si le tour de Marne allait devenir à la mode, le tour de Marne que nous venons de voir ne serait plus bientôt qu’un

Le Tour de Alarne.

souvenir, car la mode capricieuse n’abandonne les choses qui ont charmé un instant sa fantaisie qu’après les avoir détruites, comme font les enfants de leurs jouets. Les hommes, les oeuvres, les choses, qu’elle comble aujourd’hui de ses faveurs passagères, sont usés lorsqu’elle s’éloigne. Être à la mode aujourd’hui, c’est peut-être le présage le plus certain que l’on sera oublié demain.

Aussi, en terminant, faisons-nous des vœux pour que les lecteurs du Tour de Marne, &. ils seront nombreux, veuillent bien croire les auteurs sur parole & résister à la tentation d’aller vérifier leur récit.

A. Bonnin.

LA PRESSE. — 26 Décembre.

Je recommande à tous les bibliophiles ce splendide volume, illustré par M. Ildefonse Rousset de photographies d’une exquise finesse. Le daguerréotype n’a jamais produit de paysages plus colorés & plus transparents. L’eau glisse, les feuillages filtrent la lumière, les buissons tressaillent, de pittoresques masures plongent dans la rivière leurs reflets tranquilles ; des groupes de lavandières égayent çà &. là le rivage. — Claude Lorrain avait intitulé : Liber

Veriîatis, « Livre de Vérité, » l’immortel cahier où il traçait les esquisses de ses paysages : le Tour de Marne, de M. lldefonse Rousset, pourrait porter ce beau nom.

Paul de Saint-Victor.

LES DEBATS — 24 Décembre.

Un splendide volume, c’est le livre qui a pour titre : le Tour de Marne. La littérature y est illustrée par la photographie. — Esprit, érudition, philosophie aimable, se mêlent aux légendes locales dans le texte qui a pour auteur M. Émile de la Bédollière.

Les illustrations sont de M. lldefonse Rousset. Ce sont les sites les plus beaux de la presqu’île de Saint- Maur. Il a su les rendre avec un grand charme.

Il y a là trente photographies sur papier de Chine, dont chacune est une oeuvre exquise & dont la réunion compose un album du plus haut goût.

Les Parisiens désormais n’auront plus besoin de se déranger pour revoir ces paysages délicieux qui sont aux portes de Paris ; ils n’auront qu’à ouvrir ce livre, vrai régal pour les yeux &. pour l’esprit, &. qui fait le plus grand honneur à M. de la Bédollière, à M. Rousset &. à l’imprimeur M. Claye,

Émile Deschanel.

LE CHARIVARI. — 24 Décembre.

Tout le monde connaît les beaux vallons de la Suisse, les rives pittoresques du Rhin, les montagnes escarpées dqs Pyrénées. Si on n’a pas exploré toutes ces contrées en hardi voyageur, on les connaît du moins pour les avoir admirées assis tranquillement au coin de son feu, dans des livres ornés de dessins représentant toutes ces merveilles. C’est le moyen le moins fatigant & le moins coûteux.

Bien des Parisiens ont voyagé en Italie & n’ont jamais vu le bois de Vincennes ; d’autres ont grimpé sur les plus hautes montagnes des Pyrénées & ne savent pas de quelle vue splendide on jouit de la lanterne de Diogène placée au milieu du parc de Saint-Cloud.

Chacun a la manie de chercher bien loin ce qu’il peut voir tout près de lui.

Si les eaux de Vichy étaient transportées à Batignolles, les Parisiens cesseraient d’en prendre.

Si la forêt Noire quittait le pays de Bade pour venir se planter près de Montrouge, on regarderait à prendre une voiture à l’heure pour aller s’y promener.

Par exemple, à une demi-heure de Paris, il y a un endroit ravissant que l’on appelle les bords de la Marne &. dont bien des Parisiens ignorent les beautés,

Le Tour de Alarne.

nous en répondons, excepté toutefois les canotiers. Tout novice, avant de passer maître d’équipe, doit avoir fait au moins une fois son tour de Marne.

Deux hommes de talent, un écrivain & un photographe, ont exploré dernièrement avec le soin le plus minutieux les bords de la Marne pour en faire connaître les sites pittoresques aux Parisiens paresseux qui restent chez eux &. aux maniaques dont nous parlions plus haut, qui prétendent que le beau ne se rencontre que quand on va le chercher très-loin.

M. de la Bédollière s’est fait l’historien de ces coteaux fleuris, &. il vient de faire paraître un charmant volume intitulé le Tour de Marne.

Rien n’est oublié, chaque point de vue, chaque village, chaque îlot a son chapitre.

Tout est raconté avec cette verve piquante que l’on connaît au spirituel écrivain.

Mais ce n’est pas tout. Cet ouvrage est orné d’une trentaine de magnifiques photographies représentant les principales vues des bords de la Marne. Nous avons surtout remarqué : le Lever du soleil, une Vue de Joinville à Nogent, Vile des Vignerons à Ch 'encvi'eres, Vile d’ Enfer, etc., etc.; il faudrait les citer toutes, car elles sont toutes splendides. La dernière planche, représentant un Coucher de soleil f fait rêver.

C’est à un artiste amateur, à M. Ildefonse Rousset, que l’on doit ces ravissantes épreuves.

C’est une excellente idée d’introduire des reproductions photographiques dans ces sortes d’ouvrages.

On a de cette façon l’exacte vérité ; l’artiste ne peut embellir ses sujets, c’est la nature que l’on a sous les yeux.

Nos sincères compliments à M. Rousset, ses épreuves sont au-dessus de tout éloge.

M. de la Bédollière a eu une excellente idée d’aller faire une petite promenade au bord de la Marne, dont il peut être nommé le Christophe Colomb. Pour bien des Parisiens, il aura découvert un pays nouveau, donc il leur aura rendu un grand service tout en ne risquant pas de se faire dévorer par des sauvages.

C’est peut-être cela qui nuira un peu à son récit. Quand on sait que l’auteur n’a pas manqué d’être dévoré ou simplement scalpé, cela intéresse moins le lecteur.

Le monde est ainsi fait.

Notre explorateur n’a rencontré le long des rives charmantes de la Marne que des canotiers qui se bornent à manger des goujons frits.

N’oublions pas non plus de parler de la reliure du Tour de Marne, qui est splendide.

Rien n’a été négligé pour assurer le succès de cet ouvrage, qui figurera bientôt sur toutes les tables de salon.

A. Brémond.

Le Tour de Alarne.

L’ÉCHO AGRICOLE. - 28 Décembre.

Qu’est-ce que c’est que le Tour de Marne? C'est une promenade de quatorze kilomètres sur une rivière qui enferme dans ses gracieux méandres un pays charmant, où, pendant des siècles, les rois &. les grands seigneurs cherchèrent un abri momentané contre les préoccupations de la cour &. les fatigues de la grandeur.

L’industrie moderne, qui se soucie peu des frais ombrages & des sites pittoresques, a coupé la presqu’île par un canal destiné à abréger la route aux bateaux, aux chalands & aux remorqueurs. Le tour de Marne, délaissé par la navigation commerciale, a été, depuis cette époque, abandonné aux embarcations de plaisance, aux canotiers parisiens &. aux heureux et paisibles habitants de ces lieux enchanteurs.

Un de nos amis, qui a planté sa tente, sous la forme d’une ravissante villa, aux bords de la Marne, a voulu faire parcourir ces rives fleuries à ceux qui aiment l’art & la nature élégante des environs de Paris. Journaliste de profession, il s’est fait photographe, photographe amateur, c’est vrai, mais, rassurez-vous, plus habile que beaucoup de photographes patentés. Accompagné d’un écrivain adoré du public, il a entrepris de nous conduire, d’étape en étape,

Le Tour de Alarne.

autour de cette presqu’île célèbre, séparée du reste du monde par le canal de Créteil. Pendant qu’Émile de la Bédollière cause avec cette grâce native qui en fait un des plus charmants écrivains de ce temps-ci, Ildefonse Rousset, oubliant la finance et ses graves soucis, braque son appareil sur les paysages de la rive &. fixe, tour à tour, sur sa plaque docile, des compositions dignes du pinceau de Corot ou de Daubigny.

Rousset ne compose pas les paysages ; le bon Dieu s’est chargé de ce soin ; mais il choisit les sites avec un tact, un goût, une intelligence du beau, qui font de lui non plus seulement un photographe très-habile, mais un véritable artiste.

Ses paysages aux eaux transparentes, aux lointains vaporeux, soutenus par des premiers plans pleins de vigueur, ont autant de grâce que la plus belle peinture à laquelle s’ajouterait le charme inexprimable d’une inimitable réalité.

Le Tour de Marne n’est pas seulement un livre agréàble, spirituellement écrit, imprimé avec le luxe typographique dont M. Claye a gardé le secret ; c’est aussi un album sans pareil, contenant, sous une riche enveloppe, une collection de vingt à trente photographies comme il n’en a jamais été publié.

Victor Borie.

LE CHARIVARI. — 26 Décembre/;

Mais que signifie ce tumulte et que diable la foule a-t-elle à courir ainsi ?

— C’est, me dit-on, le Tour de Marne qui fait son entrée dans la Bourse.

Je me précipitai comme les autres, & je reconnais mon confrère Rousset du Siècle, tout couvert de vignettes photographiées dont il s’était fait un costume pittoresque &. coiffé d’un chapeau de marin portant en lettres dorées cette inscription : le Tour de Marne.

De sa précédente incarnation gallinocultrice il ne lui restait qu’un bec.de brahma-pootra &. qu’une magnifique queue de coq s'épanouissant au travers des photographies dont il était orné.

Au moment où je l’aperçus, il venait d’arracher une plume de sa queue, &. après l’avoir taillée pour écrire son bulletin, il se préparait à la plonger dans l’encrier qu’il portait en bandouillère.

« O Rousset ! lui dis-je en lui retenant le bras, tu es donc insatiable de gloire? Après avoir trituré pendant vingt ans la matière financière dans les sept mille deux cents bulletins que le Siècle a distribués à ses cinquante mille abonnés & à son million de lecteurs; après avoir créé la race des poules d’Alfort, battu tes concurrents sur la volaille et obtenu des couronnes dans les diverses expositions, tu viens en-

core tâter de la gloire artistique, rivaliser avec Disdéri &. Nadar & publier en collaboration avec de la Bédollière, cet autre ambitieux, ce Tour de Marne, qui est le roi des livres d’étrennes de cette année ! Rousset ! cesse de vaincre ou je cesse d'écrire !

« Ah ! par Brahma-Pootra et tous les coqs de la Cochinchine, je comprends à présent pourquoi tes bulletins ont généralement l’aspect assez sombre. L’habitude de plonger tes regards dans une chambre noire, de t’envelopper la tête d’un voile noir & de te noircir les doigts au contact de tes noirs produits, tout cela a déteint sur ton imagination, &. je m’explique à présent pourquoi tu vois tout en noir. »

Alors Rousset me répondit avec le calme du sage :

« Regarde bien ces photographies ; toutes sont sorties de cette même chambre noire dont tu parles, toutes sont dues à l’emploi des mêmes produits, &. pourtant elles ne sont pas toutes semblables ; s’il y en a de sombres, il y en a de brillantes. Sache donc que, comme photographe ou comme bulletiniste financier, j’opère constamment de la même manière, qui consiste à faire de la photographie à la Bourse comme j’en ai fait au bord de la Marne. Je me borne à reproduire ce que je vois. Est-ce mon objectif qui rend le ciel obscur? Est-ce mon bulletin qui. cause la baisse? Photographique ou financier, mon objectif est impassible comme la vérité, inexorable comme le destin, & pourtant, je l’avoue, j’aimerais mieux n’a-

voir que des effets de soleil &. des effets de hausse à reproduire !

— Le fait est, repris-je, ô Rousset! que l’année n’a pas toujours brillé du plus vif éclat &. qu'elle a eu plusieurs éclipses de toute sorte ; espérons que celle oui va commencer n’offrira à ton objectif que des tableaux de prospérité et de joie. Bonne chance en attendant à ton Tour de Marne. »

Rousset répondit à ce vœu par un co-co-ri-co retentissant du meilleur augure.

Castorine.

Pour copie conforme :

S. Zabban.

L’OPINION NATIONALE. — 28 Décembre.

La belle & curieuse partie des environs de Paris, désignée généralement sous le nom de Tour de Marne, est le cours sinueux de cette rivière autour de la presqu’île de Saint-Maur. C’est une contrée riche en sites pittoresques, en souvenirs historiques, en légendes, &. parée d’une végétation luxuriante. Grâce aux magnifiques photographies d’ildefonse Rousset, grâce au récit vif &. animé d’Émile de la Bédollière, qui accompagne les photographies, dans un superbe

volume imprimé par Claye, tout le monde peut, sans se déplacer, accomplir ce charmant voyage; &. il devient à la mode de l’accomplir avec ces aimables compagnons, qui ont relevé les sites les plus charmants & recueilli les émouvantes légendes de ces contrées privilégiées.

L’UNION. — 30 Décembre.

La vieille sagesse a dit qu’il ne fallait pas chercher au loin ce que l’on pouvait trouver autour de soi. Mais l’appétit des choses inconnues, le mirage des excursions par delà les neiges et les mers, cette ardeur de l’esprit humain qui nous porte à chercher des cieux nouveaux, font mentir tous les jours les calmes avis de la sagesse qui avait compté probablement sans la vapeur. Les Pyrénées et l’Oberland, les cathédrales de l’Espagne & les glaces de la Baltique sont devenues, en quelque sorte, la monnaie courante des voyageurs cosmopolites. Aussi comment penser que, pouvant faire en quelques mois le tour de l’Europe, le citadin de Paris veuille se contenter de faire, en quelques journées ou quelques heures, le Tour de Marne ?

Et cependant la sagesse n’a pas tort quand elle dit aux habitants de Paris de ne pas porter leurs regards

à de trop grandes distances. Si la capitale de la France est le rendez-vous du monde entier, les environs de Paris, aux bords de la Seine comme aux bords de la Marne, sont prodigues d’émotions &. de surprises que l’on a sous la main & que l’on rêve peut-être ailleurs sans les trouver. Heureusement, la maladie caniculaire des longues pérégrinations à grand fracas kilométrique n’a pas séduit toutes les intelligences. 11 est un coin de Paris où s’est conservé le goût antique des tranquilles promenades, des horizons prochains, où l’on aime à ne pas trop s’aventurer loin des brises voisines &. des ombrages de la treille. Ce coin modeste, qui le croirait? c’est le journal le Siècle, le vrai journal le Siècle.

Deux rédacteurs de cette feuille se sont réunis fraternellement dans une commune indignation contre les explorateurs de la Chine ou de l’Océanie, préférant le pont de Joinville &. les frais bosquets de Champigny à la fureur des tempêtes & aux périls de la fièvre jaune. L’un a pris le verre du photographe, l’autre la plume du conteur ; &. gaiement, doucement, sur un canot simplement muni de la vieille rame troyenne, au lieu de la fougueuse locomobile, ils ont suivi les rives délicieuses de la Marne. Leur satisfaction a été si complète qu’ils n’ont pas craint de passer pour des hommes d’un autre âge, pour des barbons irréconciliables avec les idées modernes, en publiant un charmant volume renfermant tout à la fois un texte intéressant &. quarante photographies du plus haut mérite.

Le Tour de Alarne.

Après avoir lu et admiré ce beau travail, nous n’hésitons pas à dire que l’on ne saurait trouver de plus recommandable volume que le Tour de Marne, décrit &. photographié par MM. Émile de la Bédollière & lldefonse Rousset. L’éloge de M. Émile de la Bédollière peut paraître, sinon surprenant, du moins assez imprévu dans les colonnes de Y Union; mais tous nos lecteurs comprendront qu’il est permis à ces écrivains d’avoir de l’esprit, &. même beaucoup d’esprit, quand s'offrent à leurs yeux de riants paysages, des moulins à fleur d’eau, des îlots & des bois qui n’ont rien de commun avec l’odyssée piémontiste.

Les photographies du Tour de Marne, par leur pureté &. leur extrême délicatesse, sont appelées à faire une réputation d’artiste consommé à M. Rousset, qui, du premier coup, s’est placé à la hauteur des maîtres, d’après l’avis unanime des juges les plus compétents.

Paul Evian ( A . Pagès-Duport ).

LE MONITEUR. - 31 Décembre,

Le Moniteur a déjà signalé le charmant volume que viennent de publier MM. de la Bédollière &. lldefonse Rousset. Le Tour de Marne n’est pas seulement un

Le Tour de Alarne.

livre écrit avec esprit & illustré de charmants paysages ; c’est encore une œuvre qui montre tout le parti que la librairie de luxe peut tirer de la photographie. A ce titre, il nous sera bien permis d’en dire aussi quelques mots. Les épreuves de M. I. Rousset ont, en outre du mérite artistique qu’une autre plume plus autorisée a fait ressortir, des qualités exceptionnelles d’exécution, que nous ne saurions mieux faire comprendre qu’en les comparant aux chefs-d’œuvre de la photographie anglaise ; elles en ont toute la finesse, toute la vérité de perspective, tout le charme harmonieux.

11 y a des soleils couchants, des effets de nuages dont les connaisseurs apprécieront mieux que d’autres la beauté, parce qu’ils savent quelles difficultés l’artiste avait à vaincre. Le succès obtenu prouve que M. Rousset est aussi habile praticien que les maîtres les plus expérimentés.

Ernest LaTan.

LE MESSAGER DE PARIS. — 30 Décembre.

Je ne savais pas que mon ami Rousset s’appelât lldefonse. Dans ce nom de Rousset, il n’y a vraiment que la moitié de lui-même : c’est bien lui, Rousset, un gros garçon dont on ferait moins vite le tour que

le tour de Marne ; Rousset, un des piliers de la Bourse, à qui on demande cent fois par jour : Vois-tu la hausse? Vcis-tu la baisse? Rousset, l’éleveur & l’amateur de volatilles, tout Rousset là est bien dans son nom de Rousset. Mais je me demandais souvent à quelle enseigne' il fallait chercher en lui cette finesse d’esprit , cette petite phrase nette & tranchante comme un rasoir, qui est le propre du Bulletin de Bourse & qu’il possède par excellence. Cette sobriété dans les journal le Siècle , cette étendue dans sa rédaction au journal de Y Indépendance belge ? Ildefonse a soulevé le voile. A ce nom d’ Ildefonse je reconnais l’artiste, la sève gauloise, le brin de plume, le bulletinier du Siècle, le photographe du Tour de Marne.

Le Tour de Marne, ce titre est un peu trop elliptique. Au premier mot, il a besoin d’être expliqué. On ne comprend qu’au second. Le second mot, le voici : figurez-vous un fer à cheval d’une circonférence de quatorze kilomètres ; on part de Joinville, on arrive à Gravelle, &. le Tour de Marne est achevé. Entre Joinville &. Gravelle, pour faire court à la batellerie, le gouvernement a pratiqué le canal de Saint- Maur. Est-ce compris?

Ildefonse & Rousset, l’âme & le corps, se sont donc lancés de compagnie dans le Tour de Marne avec Émile de la Bédollière, qui n’est pas si gros que notre ami Rousset, mais qui n’a pas l’esprit moins fin que lui. Toute la France, qui lit 1 e Siècle, s’instruit à l’école de la Bédollière. C’est le chroniqueur par excellence,

il est né ad narrandum ; s’il prouve, c’est que les faits portent avec eux un enseignement & qu’il a acquis à un rare degré l’art de les enchaîner. C’est un puits de science &. de vérité.

Us ont donc fait ensemble le Tour de Marne sur un bateau, chaloupe un peu massive, avoue ingénument la Bédollière ; Rousset photographiant, la Bédollière écrivant. 4* l’arrière' du bateau était une vaste cabine de planches & d’étoffes, dont la forme faisait parfois dire aux passants arrêtés sur la rive : « Tiens, le théâtre de Guignol qui va sur l’eau. »

Le Tour de Marne se divise en huit chapitres & est illustré de trente photographies. Livre d’amateur par excellence, instructif, amusant, original ; vrai voyage d’enfants entrepris &. écrit par deux hommes de talent.

N’êtes-vous pas charmé de cette gaie science de la Bédollière, qui va trouvant, se rappelant, butinant tant d’anecdotes, de légendes, de renseignements, d’histoires, d’instructions, de Joinville à Bry, de Champigny à la Varenne? Quel conteur, quelle érudition ! & ces chapitres coulent de source ! 11 ferait le tour du monde comme il a fait le tour de Marne, les mains dans les poches & jasant sur tous les pays^ les climats, les races, les familles royales, impériales, les saints, les bourreaux, les martyrs, les géants, les nains, & tout cela à vue de pays, au fur & à mesure que filerait le vaisseau le long des côtes. Heureux Ildefonse !

Mon ami Rousset vient donc de prouver qu'un bulletinier était bon à quelque chose & qu’on pouvait en faire un photographe. Est-ce beaucoup, est-ce peu, faut-il en tirer vanité, gagnons-nous au change? Je n’en sais rien 5 mais c’est un si mince individu sous le soleil qu’un bulletinier de la Bourse de Paris, que ma foi je ne suis pas fâché d’avoir cette corde de plus à mon arc. Photographie pour photographie, comme a dit mon ami Zabban, mieux vaut peut-être reproduire l’ombre & la lumière du tour de Marne que la hausse & la baisse de la Bourse de Paris. Quand nous serons las de découper la silhouette des banquiers & des agents de change, il nous restera au moins une ressource, celle de reproduire la physionomie des tireurs de sable & des blanchisseuses de Chènevières.

Jules Paton.

SOCIÉTÉ DES AQUA-FORTISTES. — l«r Janvier.

Certes, si deux choses furent jamais aux antipodes de l’art, c’est l’eau-forte &. la photographie. La première, tout élan, tout feu & imagination, ne subissant d’autre loi que la fantaisie de l’artiste, n’obéissant qu’à son inspiration, ennemie de la gêne, ne demandant au procédé qu’une interprétation prompte, ra-

Le Tour de Alarne.

pide & fière de la pensée, cherchant ses plus magnifiques ressources dans la hardiesse des oppositions, aimant les coudées franches, la simplicité élégante, la désinvolture & fuyant la manière, préférant, trop souvent peut-être, la simple indication au fini ; œuvre entière & personnelle de l’artiste, qu’elle vienne de la main, du cœur ou du cerveau ; l’autre, rivée à la froide reproduction, à la réalité, soumise à l’instrument &. au procédé, attendant tout du rayon de soleil qu’un nuage modifie, améliore ou gâte, de l’immobilité des traits, qu’un clignement d’yeux, un sourire, une émotion de l’âme détruit et bouleverse, de la tranquillité de la feuille qu’un souffle met en danse, ou d’une réaction chimique fantasque & capricieuse qui déjoue le plus souvent son habileté & son expérience, &. tellement impersonnelle en apparence, que l’opérateur n’est jamais sûr de son œuvre avant qu’elle soit terminée. Le photographe ne créera pas comme le peintre, il n’inventera pas comme l’aquafortiste. Le domaine de l’idéal dans lequel ce dernier plane, lui sera toujours fermé, mais il mettra dans la reproduction de la réalité un charme, une poésie, une certaine manière de voir & d’aimer la nature qui sont bien de lui & qui font de l’image qu’il obtient une œuvre artistique empreinte de sa pensée personnelle, presque une création.

Mais pour arriver à ce résultat, il s’établit une telle lutte entre l’instrument ou le procédé, & l’artiste qui opère en rase campagne, loin du laboratoire outillé

comme un cabinet de physique &. machiné comme le sous-sol d’un théâtre, qu’on s’étonne &. l’on s’émerveille lorsqu’on se dit que la plupart de ces trentedeux vues ont été prises en pleine Marne, sur une barque toujours balancée par le courant. Que les peintres regardent & étudient ces vues, ce sont pour eux des leçons vivantes ; c’est la nature surprise à cette minute fugitive dont l’aspect ne se reproduira jamais, car il manquera un nuage au ciel ou une feuille à l’arbre, mais dont le sentiment renaîtra toujours, car il est dans l’âme de celui qui la regarde ; c’est le lien sympathique & éternel qui nous unit à l’âme du monde. Que ceux surtout qui, exclusifs dans leur admiration, ne reconnaissent de l’art & du talent que dans un homme ou une école, les regardent & les étudient, ils trouveront les manières les plus différentes des artistes les plus opposés de style &. de tempérament, des Ruysdaël, des Claude Lorrain, des Daubigny, des Corot, des Français, la justification qu’elle lui montre presque toujours dans l’image, l’aspect qu’il n’avait pas deviné ou entrevu dans le modèle.

L’opération qui s’accomplit dans la chambre noire reste, malgré le bavardage outrecuidant des physiciens &. des chimistes, oeuvre de cabale ; l’opérateur est obligé d’y faire trop large part au hasard & à l’inconnu, le plus souvent, soit faute d’une formule oubliée dans l’accomplissement du rite, soit par méchant caprice du génie qu’on évoque, un monstre naît

au lieu de la beauté idéale entrevue dans le rêve. Mais aussi quand le grand œuvre est bien conduit &. le génie favorable, quelles visions charmantes se fixent sur la plaque &. comme ce hasard, cet inconnu, ces procédés purement matériels, ces forces occultes savent dérouter toute critique & récompenser par d’éclatants triomphes l’artiste qui a eu la patience, le savoir, le bonheur de préparer, de saisir, de forcer le Dieu à lui livrer son secret au moment propice. Nous employons ici le mot artiste, au lieu de celui d’opérateur, car pour obtenir du daguerréotype la suite de ces trente vues qui déroulent sous nos yenx le tour de Marne, il faut être artiste, c’est-à-dire comprendre &. sentir la nature, saisir les sublimes harmonies qui naissent de l’éternel mariage de la lumière & de l’ombre, voir la couleur, apprécier le vrai &. le beau & savoir composer le tableau dans son imagination &. dans sa pensée avant de confier à l’instrument le soin de le rendre en apparence. Ce n’est en réalité que l’interprétation de la nature- vue au moment &. sous l’aspect qui fait le mieux vibrer les fibres de l’artiste.

Nous ne connaissons pas de photographies plus fines &. plus vraies que celles qui nous ont charmé dans le Tour de Marne, au point de nous forcer à en faire un si vif éloge dans un bulletin créé, en grande partie, pour combattre l’invasion de la photographie, ou plutôt du métier &. du procédé industriel dans le domaine de l’art. Comme ces nuages flottent bien

dans le ciel ; il y a de l’air &. de la lumière dans ces arbres ; quelle fraîcheur sous ces saules, comme la végétation est luxuriante &. plantureuse sur les bords de ces îles ; la rivière coule, calme &. transparente, hauts peupliers, lavandières &. canotiers se mirent dans ses ondes, sur lesquelles jouent, glissent & miroitent les rayons lumineux, l.a dernière planche, un soleil couchant au confluent de la Marne, est splendide ; sous ce tableau nous n’oserions pas mettre un nom d’artiste, la comparaison l’écraserait. Je ne sais pourquoi, en la regardant, on songe à la simplicité de composition &. au grandiose de certains paysages du Poussin, quoique rien dans le sujet, si ce n’est l’impression produite, ne les rappelle.

Et maintenant, nonchalant canotier, livrant votre voile au vent &. la barque au courant, descendez de Nogent à Charenton ; ou intrépide rameur vous courbant avec effort sur l’aviron, remontez, malgré le flot, de Conflans à Joinville : vous connaissez alors ce qu’on appelle le tour de Marne. Quatorze kilomètres, que la rivière parcourt en flâneuse qu’elle est, semant d’îles ses méandres, chuchotant dans ses rapides &. dormant calme & sombre sur ses bords, pour faire la joie des cent mille Parisiens que le chemin de fer amène sur ses bords tous les dimanches, &. des artistes, ces friands de la belle nature, qui y picorent toute la semaine. Vous retrouverez dans ce livre, par ces jours de décembre, les beaux soleils &. les parties des étés passés. Et si vous ne connaissez pas encore

ce pays enchanté, plus plaisant, plus pittoresque, plus riche en souvenirs que ceux que vous avez été chercher au loin au prix de si grandes fatigues, embarquez-vous de suite, sans quitter vos chenets &. vos pantoufles, sur YHélioscaphe ; Gabriel, le petit caporal de la Marne, vous pilotera. M. lldefonse Rousset vous montrera les plus ravissants points de vue que vous ayez jamais admirés, & M. Émile de la Bédollière, un fin, un spirituel &. un docte causeur, celui-là, vous dira les péripéties du voyage, l’histoire & la légende des villes, des bourgs, des îles, des cabarets, que vous saluerez au passage.

Nogent, Petit-Bry, Joinville, Saint-Maur, Champigny, Chennevières, Ormesson, Bonneuil, Créteil, Alfort, Charenton, ont tous leur chronique se mêlant à notre histoire nationale &. leur légende se mêlant à nos souvenirs populaires ; puis les charmants contes sur ces îles de Beauté dont Agnès Sorel fut dame souveraine, l’île Fanac, où le restaurateur Julien sert de si fins dîners, l’îlot Saint-Babolein & l’îlot du Diable, &. la légende du Martin-Pêcheur, &. le pont de Champigny, sur lequel on ne met pas le pied sans payer, où il est défendu de fumer, de faire trotter les chevaux, de s’asseoir, &. peut-être de s’accouder pour voir couler l’eau. Cependant ce pont, bientôt aussi célèbre que celui d’Avignon, repose sur une île hospitalière aux canotiers de la Marne, que MM. Pelletier, aidant la nature, ont changé en séjour féerique, &. qui a aussi sa légende racontée en vers par M. Henri Drapier.

Les lutins, les diablotins, les sylphes & les ondines, dont parle la légende, faisaient sabbat dans l’île au moment où passa YHélioscaphe, aux plus belles heures de la journée, &. M. Rousset dut, en maugréant, renoncer à prendre quelques-uns des charmants points de vue qu’offre le royaume de la fée Crevette, dont le chalet, — un palais de branchages, d’ombrage & de mousse, à la cave bien meublée, — a fourni à M. Émile Vernier le sujet d’un fort joli tableau. Quant à ce nom d’île de la Crevette, qu’on peut trouver étrange dans des parages où l’on ne pêche que des écrevisses, la légende dit aussi son origine. M. Emile de la Bédollière vous la racontera à la prochaine édition du T ouf de Marne. Le premier de l’an épuisera vite le petit nombre d’exemplaires qui ont été tirés de ce merveilleux volume, chef-d’œuvre de typographie. Mais au printemps les canotiers de la Marne en exigeront un nouveau et plus nombreux tirage.

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