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LE MESSAGER DES THEATRES ET DES ARTS

2 Juillet.

Encore une publication dont nous ne pouvons dire trop de bien, c’est le livre illustré, intitulé le Tour de Marne, dù à la collaboration de MM. É. de la Bédollière &. Ildefonse Rousset. Les photographies qui accompagnent le texte du célèbre écrivain sont de son collaborateur, un photographe d’aventure, il nous le dit du moins, & jamais rien d’aussi net n’illustrera un livre quelconque. — C’est joli au possible, c’est fait de main de maître; &, nous vous le déclarons franchement, monsieur Rousset, si tous nos photographes débutaient comme vous, la photographie serait incontestablement digne d’être appelée un art, & non pas un métier!... Et, du reste, avouons-le sincèrement, nous n’avons jamais eu dans l’esprit que la photographie fût un travail du hasard, car si le hasard était seul responsable des résultats, tout le monde ferait de même, il n’y aurait point d’amélioration possible. Si donc il en est, parmi tous, qui, comme M. Rousset, arrivent à une supériorité incontestable , l’homme est pour quelque chose, assurément, dans le travail, dont la nature n’est point seule maîtresse !

Jules Fernandy.

LA PRESSE. — 21 Juillet.

On avait bien souvent tenté d’illustrer les livres avec des photographies, &. l’on n'y avait guère réussi : la photographie, opaque dans les noirs & sans variété dans les blancs, s’allie difficilement avec l’aspect des caractères typographiques. Les fac-similé de gravures ou de dessins frisaient le ridicule. A peine les bas-bleus du demi-monde osaient-ils risquer un portrait en tête d’une petite plaquette à couverture rose ou gris-perle. M. lldefonse Rousset a prouvé, avec son Tour de Marne, qu’il n’y avait point de difficultés pour un homme de goût. Trente planches, nous devrions dire trente dessins d’après nature, ornent le texte & poussent la fatuité de la réussite jusqu’à s’étaler en têtes de chapitres & en culs-delampe. Ce sont des vues prises à chaque coude, du pont même d’un bateau. L’appareil est conduit par un artiste du sentiment le plus fin, en même temps que par un photographe habile, sur les berges de cette rivière charmante que les poètes ont trop oubliée. Jamais on n’avait mieux réduit dans un cadre déterminé, de façon à leur faire exprimer l’aspect d’un véritable tableau, les berges envahies par les nénuphars, les roseaux à quenouilles, les saules aux scions verdoyants. Jamais les peupliers d’Italie ne s’étaient alignés avec d’aussi douces cadences, & ja-

mais, du moulin à eau qui forme le premier plan, l'œil n’avait été conduit aux collines bleues de l’horizon par des masses plus harmonieuses, plus variées & plus fines. Voilà qui crée une grande concurrence à ceux des paysagistes modernes qui croient que les éléments d'un paysage sont sur leur palette, &. ne se préoccupent point d’en démêler la signification secrète, d’en traduire la muette éloquence ! Les Études photographiques de M. lldefonse Rousset forment un album cent fois plus amusant, naïf, piquant, fécond en surprises, que l’œuvre de tel maître paysagiste médaillé, décoré, etc., etc., &. aussi froid que sa peinture est terne. Chose étrange, ces vues si scrupuleusement précises semblent maniérer la nature & rappellent un peu les jolies manières noires des keepsakes anglais.

Ph. Burty.

LE JOURNAL DES DÉBATS. — 21 Août.

Je me souviens du temps où je ne voyais dans la photographie qu’une ennemie des plus dangereuses pour l’art. Je n’ai pas absolument changé d’avis : elle lui a fait du mal , & beaucoup. Quoiqu'elle ne la remplace que très-imparfaitement, elle a ruiné la gravure, qui ne se relèvera pas du coup qu’elle lui a

porté; elle a conduit nos peintres à faire, au lieu de tableaux, toutes ces reproductions exactes jusqu’à la minutie &. plates de la nature qui inondent nos expositions. Tout cela reste vrai. Mais il est juste de dire cependant que, par ses procédés expéditifs & peu coûteux, elle a répandu une foule de renseignements & de documents qui, employés avec discrétion &. discernement , peuvent être d’une grande utilité. Elle est un admirable instrument de vulgarisation. C’est à elle que nous devons toutes ces précieuses reproductions de dessins de maîtres, de monuments d’arehitec.ture , de manuscrits &. d’inscriptions même. Qu’elle reste donc dans son rôle modeste ; qu’elle abandonne, si elle l’a jamais eue, la prétention de supplanter l’art; qu’elle se contente d’être ce qu’elle est en effet, un miroir fidèle de la nature, de la réalité, &. nous pourrons la remercier sans remords des légitimes satisfactions qu'elle donne à notre goût pour ces informations exactes que nous prisons si haut aujourd’hui.

Il en faut d’ailleurs convenir, l’art joue un certain rôle dans la photographie. S’il s’agit d’une figure, il faut la bien poser, la bien éclairer; s’il s'agit d’un paysage, il faut choisir le site, le point de vue. C’est ce que vient de prouver un amateur passionné & des plus habiles de photographie, M. Rousset, dans le magnifique volume que nous annonçons. M. Rousset s’est épris d’un coin de pays charmant entre tous, bien voisin de nous &. que beaucoup de Parisiens

n’ont peut-être jamais vu , les borçls de la Marne de Joinville à Gravelle. M. de la Bédollière a joint à ce recueil d’images photographiques un texte très-vivement écrit, plein de renseignements topographiques St historiques, de récits de pêche St de chasse, de légendes même (car nous avons des légendes si près de nous), celle entre autres du Martin-Pêcheur de l’île de Saint-Maur.

M. Rousset est plein de son sujet, St je ne sais s’il ne préfère pas sa chère Marne au Tibre et à l’Arno : « Le tour de Marne m’a tellement ravi, dit-il , que j’ai voulu communiquer mes impressions à tous les amis de la nature luxuriante St poétique. Le dessin, la gravure exigeaient des talents que je possède peu ou même que je ne possède pas, et entraînaient des lenteurs qui ne répondaient pas à mon impatience. Ils ont d’ailleurs l’inconvénient de trahir parfois la vérité, tandis que l’image photographique, si elle est prise en temps opportun St si la production en est entourée de tous les soins minutieux qu’elle nécessite, rend exactement les objets. Et voilà pourquoi je fais de la photographie. »

Ces soins minutieux St jaloux, M. Rousset les a pris. Ses photographies sont d’une grande beauté St surpassent de beaucoup ce que l’on voit tous les jours dans ce genre. Les sites sont choisis avec un goût St un tact parfaits. L’exécution est excellente St elle arrive parfois à un degré inouï de finesse. J’ai surtout remarqué : les Tireurs de sable, étude d’eaux

&. de feuillages; le Lever du soleil , avec des lointains d’une délicatesse &. d’une douceur exquises ; Bry-sur- Marne; le Vont de Joinville, avec son beau massif de peupliers; la Vue generale &. le Moulin de Champigny; la charmante lie de Charenîon ; le Bras de Chennevières; Vile des Vignerons, avec ses arbres, d’une réussite d’exécution vraiment prodigieuse ; enfin la planche qui termine le volume, Soleil couchant, vue prise au confluent de la Seine & de la Marne. Ici le paysage est peu important, mais le ciel nuageux, éclairé des derniers rayons , est d’un éclat & d’un effet extraordinaires.

Ce volume achevé, M. Rousset ne s’est pas arrêté : il publie des études photographiques par cahiers de quatre feuilles , qui paraissent deux fois par mois. Ce sont des études de paysages & de figures qui valent, comme exécution, les planches du Tour de Marne, mais qui sont plus variées &. présentent à cet égard un intérêt plus général. Cette publication, avec sa liberté d’allures, peut rendre de véritables services. Mais il me semble que le plan que suit M. Rousset pourrait être avantageusement modifié. Chaque cahier se compose de quatre planches. Ne serait-il pas possible & convenable de consacrer une de ces planches à la reproduction de ces objets d’art classique que la photographie rend dans la perfection : statue, figurine ou bas-relief; monument d’architecture, dessin de maître ou même gravure rare? Notre réclamation en faveur de l’art est, on le voit,

bien modeste, &. il serait très-aisé, croyons-nous, d’y faire droit. Sans aller plus loin, les collections de Paris sont très-riches en œuvre simportantes &. peu connues, que les possesseurs, rassurés par le talent de M. Rousset, mettraient certainement à sa disposition. Ce n’est qu’un souhait que nous formons, une idée que nous indiquons. Que M. Rousset l’étudie & le mûrisse , &. nous croyons qu'il pourrait ainsi rendre de grands services à l’art &. doubler les chances de succès que mérite son intéressante publication.

Charles Clément.

LE CONSTITUTIONNEL. — 28 Août.

Tout le monde a vu & personne n’a oublié le charmant volume intitulé : le Tour de Marne , qui fut le grand succès de la dernière saison d’étrennes. Deux amis, deux rêveurs, avaient parcouru ce petit monde enchanté qui s’étend entre Joinville &. Créteil, dans un repli de la Marne ; l’un par la plume, l’autre par la reproduction des sites les plus aimables, ils voulurent fixer & nous communiquer leurs impressions de touristes dans la banlieue de Paris. Le récit, sous cette double forme, nous séduit tous.

Ce livre apportait avec lui, d'ailleurs, une petite révolution dans les usages & coutumes de la librairie illustrée. Inaugurant avec une certaine audace une application nouvelle d’un procédé merveilleux, les auteurs ne sollicitèrent le secours d’aucun dessinateur pour illustrer leur voyage. L’un d’eux, M. Ildefonse Rousset, compléta les contes de M. É. de la Bédollière en photographiant une trentaine de vues de la Marne, si douce & si pittoresque en ce court trajet.

Ces photographies, exécutées par un amateur homme de goût & d’une habileté pratique tout à fait supérieure, ont toute la transparence, toute la profondeur, toute l’harmonie des meilleures compositions originales. Les plans s’y succèdent en perspectives infinies, le ciel y déploie ses caprices de lumière &. ses mouvements de nuées avec une variété inépuisable.

Aussi l’admiration du public vient-elle de nécessiter une nouvelle édition de cet aimable livre. D’autre part, M. Ildefonse Rousset vient d’entreprendre une autre publication sous le titre d 'Études photographiques, paraissant par livraisons périodiques. Chaque livraison contient quatre épreuves. Le goût qui préside au choix des motifs est tel, qu’on croirait volontiers à une reproduction de tableaux plutôt qu’à des études d’après nature. Ces vues réunissent donc le charme de l’œuvre d’art à l’accent de nature qui fait le charme de la photographie. Elles ont tout à la fois la précision minutieuse du détail & la largeur des ensembles.

M. I. Rousset appelle cette nouvelle série des Études, &, en effet, ce sont d’excellentes études que les peintres de paysage consulteront avec fruit &. que les amateurs regarderont toujours avec plaisir. Les uns y apprendront à voir la nature sous son angle pittoresque, les premiers y rencontreront des phénomènes des plus curieux, des effets imprévus, des fuites de perspectives d’une légèreté & d’une vérité singulières, des transitions de plans étonnantes succédant à des premiers plans d’un touffu & d’une vigueur de détails admirables. Le même succès qui a rendu le Tour de Marne célèbre nous paraît donc réservé aux Études photographiques.

Ernest Chesneau.

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