CHAPITRE ONZIÈME
OAXACA. -- Les montagnes sauvages et désolées, —— Les orgues. — Fondation de la ville, — Foyer de plusieurs révolutions, — La ville des roses et des héros. — Juarez, — Porfirio Diaz, —— L'église de la Soledad,— La cathédrale, — San-Domingo. — Pourquoi tant d’églises et de si riches églises ? — Les affamés qui guettent.
ALANCÉS de droite à gauche et de gauche à droite, comme dans un berceau qui menace
æ de verser à toute minute, nous n'avons guère dormi dans nos wagons-lits, Ce matin, le
19 février, nous étions à franchir des montagnes sauvages et affreuses par leur désolation. Ce sont
d'énormes rochers nus qui s'enchevétrent et s'étrei-
gnent dans une confusion chaotique, Rien ne pousse Sur ces flancs incultes, si ce n'est quelques maigres arbrisseaux qui ont accroché leurs racines aux rares
interstices du roc vif. Des aigles qui doivent avoir là leurs aires, planent majestueusement au-dessus des gouffres béants. Nous passons et repassons près des précipices qui donnent le vertige. Quand l’univers sera visité par le feu du ciel, au dernier jour, sa désolation aura quelque ressemblance, il me sem-
ble, avec le morne tableau que nous avons ici, sous
nos yeux. Nous avons gravi et descendu cette
chaîne de montagnes, tantôt avec deux locomotives pour escalader les rampes, tantôt avec une seule pour assujettir les freins dans les pentes. Que les voies ferrées du Mexique ont dû exiger d'énormes sacrifices ! Si jamais les deux Amériques viennent à ‘être reliées, dans ‘in avenir plus ou moins prochain, par le chemin de fer Pan-Americain, c'est dans ces gorges de montagnes, où nous sommes, que les trains de Montréal et de New York passeront, pour 8e rendre à Buenos-Ayres, la capitale de la République Argentine.
Nous voyons, comme toujours, des villages nombreux sur notre route : nous arrêtons à Almoloyas, Santa-Catarina, Parian et Las-Sedas ; à partir de ce dernier bourg, notre train roule sans avoir besoin de
vapeur, nous sommes à descendre le penchant de la
montagne. À Huitzo les horizons s'élargissent et à Etla, la station voisine d'Oaxaca, nous sommes dans une vallée fertile, parsemée de florissanteshaciendus.
Les cactus, qui nous sont si familiers, depuis que
nous sommes au Mexique, prennent, dans la vallée d'Oaxaca, une autre forme. Ils ressemblent, d'une manière surprenante, à de longs tuyaux d'orgue,
groupés par centaines, au-dessus de leurs troncs. C’est pour cette raison qu'on leur a donné ici le nom d'organos, les orgues.
Nous arrivons à Oaxaca à li heures de l'avantmidi.
Une partie des touristes s'embarquent immédiatement pour les ruines de Mitla ; les autres ne prendront part, que demain, à cette excursion. En attendant, nous allons visiter Oaxaca, qui est une ville de 35,000 âmes, et la capitale de l'État du même nom.
La ville de Oaxaca est située dans une belle vallée, entièrement entourée de montagnes, Sur la
montagne, en face de la station, on est à élever un monument qui sera vu par toute la ville.
Comme un grand nombre d’autres villes mexicaines, Oaxaca était déjà cité importante avant même l'arrivée des Espagnols. On ignore complètement le dute de sa première fondation, qui est peutêtre aussi reculée que celle de Mitla. C'est en 1521, que Fernand Cortez ÿ établit une colonie espagnole et qu'il nomma la place Antequera, à cause de sa ressemblance avec la ville d'Antequera d'Espagne, et que saint Martial lui fut donné pour patron. Onxaca a été érigé en évêché par Paul III, le 21 juin 1535, et en archevêché en 1891. par Léon XIIL. Mgr Euloge-Grégoire Gillow est l'archevêque actuel.
LE
Oaxaca a eu sa large part des maux causés par les guerres du XIXe siècle ; et elle a été trop souvent hélas ! le foyer des révolutions qui ont bouleversé ce malheureux pays. À cette époque troublée, le Mexicain qui savait monter à cheval, faire le coup de feu et plonger son coutelas dans le dos de son
adversaire, croyait avoir complété son éducation.
LE TOUR DU MEXIQUE 161 Un muletier, ou un Sardeur de troupeau, ancien bedeau, se réveillait un bon ma homme, avec la mission de régénérer son sitôt il passait à sa ceinture une paire d
s'armait de Poignards, Prononçait un dise diaire contre le pouvoir établi, récompenses mirobolantes à ses par!
rilla était déclarée, Par petites © assassinait lâchement dans des Ceux qui ne voulaient Pas suivre
parfois un tin grand Pays. Ause pistolets, ours incen- Promettait des tisans, et la guébandes détachées, embuscades, tous l'expédition ; on
c'est déjà de l'histoire présente est Pacifique et
ne connaît rien des choses de 1 Buerre ; elle porte
plus haut ss aspirations
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Oaxaca est encore appelée la “ ville des roses et des héros ”.
Les roses y fleurissent en toute saison, et elles sont de toute beauté et de toute suavité. Dans les
plazas que nous parcourons, nous admirons des
rosiers gigantesques en peine floraison, qui ont toutes les allures de petits arbres. Pour quelques sous, nous pouvons acheter sur les marchés, des gerbes de fleurs qui nous coûteraient plusieurs piastres au Canada, à pareille époque. Mais aussi le climat des deux pays est bien différent. Sous notre latitude mexicaine, le soleil semble être, aujourd'hui, trop prodigue de ses chaudes caresses ; cependant nous supportons cette chaleur, sans trop maugréer, quand nous pensons et avec un plaisir malin, que les amis de par chez nous, grelottent probablement sous la brise glaciale du nord.
Les héos de la ville sont ses deux fils : les prér\dents Benito Juarez et Porfirio Diaz. Le premier, de race zapotèque, naquit le 21 mars 1806, près de Oaxacs, et fut proclamé président de la république, le 19 janvier 1858, et en a contrôlé les destinées jusqu'au 18 juillet 1872, date de sa mort. En mourant
il juissa sa patrie déchirée et pantelrnte par une
Iques , des piasssi le notre d'hui, ndant igréer, n, que
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s prériremier, près de ablique, 1ées jusnourant
par une
longue guerre -‘ sile : la désolatio.. étuit partout et la détresse commerciale générale S'il & doté son pays d'un gouvernement constitutionnel, ce qui est non titre de gloire, Juarez s'est montré farouche persicuteur de l'Église. Par ses lois de la Réforme, les couvents furent détruits ou sécularisés ; les religieux chassés du pays, les séminaires fermés, et l'instruction catholique complètement ruinée.
Le second, qu'on appelle “ l'homme du Mexique ” est né le 15 septembre 1830, à Oaxaca. Lorque Porfirio Diaz, le président actuel, fut élu en 1876, il trouva un pays 6: ruine, avec un crédit nul et une caisse vide, Il se mit aussitôt à l'œuvre pour pacifier les esprits et Pour imprimer un élan généreux aux entreprises agricoles, industrielles et financières. Grâce à son génie et à sa politique modérée, Diaz Parvint en quelques années, à fournir les garanties de paix et de sécurité, absolument nécessaires pour établir le règne du travail e% du capital ; et ce n’est seulement que depuis l'avènemeut de Diaz à la direction des affaires du Pays, que la charrue dans les champs, et qne le pic dans les mines, font jaillir des
trésors de la terre mexicaine ; et que les capitaux étrangers affluent Pour faire naître et développer
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