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LE TOUR pu MEXIQUE 177
Ma couchette est entourée de dentelles,
mais mon matelas est dur comme du bois.
21 FÉVRIER — Après le déjeuner, sous la conduite de notre che
f d'expédition, M. Campbell, nous allons visiter les fameuses ruines de Mitla.
Ves ruines tant vantées dans les anciennes chroniques des premiers visiteurs, grande splendeur ; il n'y a rien gaire dans ces murs eacore in
sont en effet d'une de trivial, ni de vultacts, d’une trentaine
‘ère chrétienne, Som- Mes-nous en face d'un temple immense, élevé à quelque divinité inconnue, adorée par les peuples préhistoriques de ce continent ; ou d'un palais somptueux, habité Par un roi qui fut tout-puissant Sur ce sol d'Amérique, dans la nuit des temps ? Rien ne peut soulever le voile épais qui couvre le mystère de ces ruines, Ici, il n'y à pas d'histoire, pas même de légende. Le célèbre franciscain, Martin de Valence, qui a visité Mitla en 1533, s'est contenté de faire la description des ruines, sans nous dire un mot de snn histoire.
Nous pénétrons dans la vaste enceinte, où il y à
plusieurs grandes salles ; l’une d’elles est appelée la salle des mosaïques, remarquable par ses dessins compliqués, faits avec des petites pierres taillées, qu'on ne trouve nulle part ailleurs, chez aucun peupie de l'antiquité ; une autre salle dite des monolithes, possède six énormes blocs de pierre parfaitement cylindriques et qui doivent peser plusieurs tonnes.
Nous nous demandons, qui a taillé ces monolithes et avec quels ciseaux ? Car le fer n’éiait pas en usage alors. D'où a-t-on extrait ces immenses pierres pour les murs ? Comment a-t-on pu charroyer ces pesants matériaux jusqu'à cet endroit, vu qu ’au Mexique, avant l’arrivée des Espagnols, il n'y avait aucune bête de somme, aucun quadrupède domestique ni grand ni moyen © ? Le bœuf, le cheval, l'âne, le chameau manquaient complètement ; de même le mouton et la chèvre.
Sous ces constructions, il y a des corridors souterrains, aussi enjolivés de mosaïques et très bien conservés : nous les traversons, éclairés par des
chandelles.
Ce qui nous paraît être indubitable, c'est qu'à
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une époque perdue dans les siècles passés, il y avait à Mitla une ville opulente, habitée par des ouvriers très habiles,
Secouant le charme du mystère qui nous a envahis, dans ces ruines si intéressantes, nous retournons à notre haciendu Pour y retrouver toute la gent écolière qui nous attend avec des brassées de paniers. S'il n’y a plus aujourd’hui à Mitla de ces architectes, constructeurs de temples Païens, il y a encore des faiseuses de Paniers très adroites, Les petites filles aux Yeux noirs comme la nuit et aux cheveux plus noirs encore, veulent à tout prix nous faire acheter leurs Paniers, et lorsqu'elles nous en ont vendu à chacun une demi-douzaine, elle revien. nent ensuite avec toute une collection de petites Pierres sculptées grossièrement, qu’elles disent avoir été trouvées dans les ruines, Achetons encore, achetons toujours ; Car nous allons dire bientôt un adieu éternel à ces lizux.
C’est le complément du Voyage que cette excursion à Mitla, mais qu’elle coûte cher! Nous sommes Contents de l'avoir faite, mais nous ne voudrions
point y retourner. Je dirai au futur touriste : Allez
à Mitla, mais n’y allez qu'une fois. Car il nous faut revenir à Oaxaca, par le même chemin, dans la même poussière et avec le même
gous le même
soleil, équipage.
Nous arrêtons encore à Tlacolula, où nous avons
de nouveau l’occasion de jeter des centavos à la race
quêteuse. Pendant que je suis entouré de toute la brillante jeunesse du village qui se bouscule pour
saisir les sous que je leur lance : voilà que le photo-
graphe de l'expédition a braqué soudain son instrugroupe pittoresque que nous formons.
delà de toute
ment sur le Je suis heureux de l'évènement, aupuisque mes arrière-neveux pourront
expression, combien leur
constater par une image authentique, cher oncle était populaire chez les Zapotèques en
l'an 1906 !
Nous arrivons à Oaxaca à 5 heures du soir.
22 Février. — Nous partons d'Oaxaca, un peu avant le jour. Nous sommes dans un pays monta-
gneux au possible, dans des solitudes à l’aspect sau-
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vage et désolé. Nous avons voyagé jusqu'ici, tantôt sur la cime des montagnes, tantôt sur leurs pentes ; aujourd'hui c’est à leur pied que notre train file à pleine vapeur vers le nord. Nous suivons une petite rivière, encaissée dans des contreforts abrupts d’une immense hauteur, nous faisons comme elle,les mêmes sinuosités Capricieuses ; les méandres tortueux de son lit, ont fourni le tracé du Chemin de fer du Sud. Il nous semble, qu'il n'y à pas plus de trois cents pieds, entre ces deux chaînes de montagnes gigantesques. Quelques fois elles se rapprochent davantage Comme pour s'étreindre ; alors notre train perdant son droit de Passage près de la rivière, sa compagne de route, s'enfonce résolâment, par des tunnels, dans leurs flancs granitiques. Il est 8 her , et ces gorges affreuses sont encore remplies d'ombre, les sommets seuls sont inondés de lumière,
Ces montagnes sont de toutes les couleurs : rouges, verdâtres, bleues, grises, striées de blanc. Tantôt leur lit de pierre est horizontal, tantôt oblique ; Partout d'énormes blocs erratiques, lancés par quelques volcans éteinte, parsèment ou leur crête ou leur penchant. C’est évident, qu'il y a eu au Mexique des tempêtes épouvantables, durant les époques
géologiques. Ce pays bouleversé nous rappelle éloquemment ces paroles du psaliniste : Montes, exultustis sicut arietes, et colles sieut agni ovium. À facie Domini mota est terra. Pourquoi, montagnes avez-vous sauté comme des béliers ? et vous, coilines, comme les agneaux des brebis ? C’est que la terre a été ébranlée à la présence du Seigneur. Quara nous sortons de ces contrées tourmentées,
nous sommes en vue de Tomellin.
Ici, nous sommes sur la terre chaude (tierra caliente) ; aussi la température est élevée et la végétation luxuriante du tropique s'étale dans toute son exubérance. Champs de cannes à sucre, de mais et d'orge mûre se succèdent indéfiniment. Des plantations de bananiers chargés de fruits et d'orangers fleuris, ombragent de leur verdure les huttes couvertes de paille des Mexicains. À Tomellin, des marchandes de fruits nous attendent au débarcadère ; nous achetons d'elles, par simple curiosité des grenades, des chirimoyas, des goyaves, des manyos
et d’autres fruits exotiques. Mais pour nos gourmets,
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la merveille de Temellin, c'est son restaurant chinois, tenu par Don Dyck ; nous y trouvons des tables chargées de mets choisis, et servies avec une élégance que nous ne pouvions soupçonner dans ces parages. Il était temps qu'un bon repas vint remplacer le menu trop uniforme d'Oaxaca, car déjà, comme du temps des Israélites dans le désert, on entendait des murmures à Propos de la nourriture.
Parmi nos touristes, j'en cunneis quelques-uns qui
me paraissent très soucieux de leur ventre : le plus touchant paysage pour eux, c'est d’apercevoir snr une nappe, une série de petits plats. Dans notre Compartiment, nous avons un de ces types grincheux chargé de rhumatismes et de caprices, et que nous avons baptisé à l'aventure sous le nom de “ vieux garçon ”. Il nous fait entendre, à tout instant, ses doléances ; et entre deux jérémiades, il note dans son carnet avec une scrupuleuse exactitude le menu de chaque jour.
Nous visitons le village pittoresque de Tomellin ; nous entrons même, sous les regards bienveillants des maîtres de céans ‘intérieu des huttes. Une seule pièer compose station ; pour plafond, la Paille de la toiture et les perches qui la soutiennent
dans un coin, un immense lit de camp et quelques nattes ; la muraille en bambou est ornementée d'une vieille image de Notre-Dame-de-la-Guadeloupe. A l'extérieur, près de la cabane, s'élève un petit fourneau de terre, recouvert d’une tôle : c'est là que la Mexicaine fait les tortillus, petites galettes de maïs en forme de crêpes, et qu'elle cuit au fur et à mesure et qu'on mange chaudes. C'était plaisir de voir assis par terre, près du fourneau, un brave péon (ouvrie:) mangeant avec grand appétit des tortillas saucées dans des confitures. Je suis sûr que celui-ci
n’a ni rhumatisme, ni carnet de menu.
Nous partons, vers 10 heures, de ce pays de la bonne chère, pour la ville de Tehuacan. Nous nous enfonçons presque aussitôt dans d'autres gorges de montagnes, non moins affreuses que celles de ce matin. A tour de rôle nous traversons les Canons de Tomellin, de los Cuës et du Rio-Salado ; et comme nous sommes dans les vrais tropiques, les villages de Cuicatlan, Quiotepec, Tecomavaca, San-Antonio
et Pantzingo qui se trouvent sur notre route, dispa-
raissent presque dans les plantations de bananiers.
Des tramways spéciaux nous attendent à la gare de Tehuacan. Nous nous faisons conduire immédiatement aux fameux bains d'eau tiède qui ont rendu la ville célèbre. Un hôtel-sanatorium très spacieux, avec toutes les améliorations modernes, est bâti sur les sources. Il y a dans cette construction, de splendides cours intérieures et de nombreuses chambres particulières, pour les malades qui viennent demander des cures merveilleuses aux eaux de Tehuacan. Il nous semble qu'il ferait bon d'être malade ici ! Plusieurs de nos touristes profitent de l'occasion Pour prendre un bain ; je souhaite en particulier, que notre “ vieux garçon ” se guérisse radicalement de ses rhumatismes et de ses autres infirmités !
En face de ce paradis des malades et des convalescents, il y a de superbes avenues bordées d'arbres fleuris. Quelle belle promenade pleine de chaïme nous faisons dans ces allées ombreuses, qu'égaie le murmure d’un petit ruisseau, qui coule ses eaux limpides, tout à côté! Si nous avions passé deux heures de plus dans ce lieu enchanteur, nous en serions sortis probablement poètes lyriques ; et
nous aurions pris peut-être notre mule très prosaïque pour un Pégase en chair et en os !
Nous allons ensuite visiter la ville qui contient dans ses annales un incident historique.
D'après la convention de la Soledad (1862), les troupes alliées des puissances, en attendant l'essai d’un arrangement par voie diplomatique de leurs réclamations, pouvaient pénétrer jusqu'à Jalapa, Orizaba et Tehuacan pour échapper aux miasmes mortifères de la côte. La ville de Tehuacan fut désignée pour le campement de l’armée française. La France ne voulut point souscrire aux terme” de cette convention ; des renforts, sous le commanuement de Lorencez, furent envoyés au Mexique et ce fut le commencement de la campagne du Mexique (1862-1867).
Tehuacan est une belle petite ville de 7,395 âmes. Ses rues, avec Jour rangée d'arbres, juste au milieu de la voie, lui donnent une physionomie très originale. Nous allons faire une courte prière dans
l’église principale, car ilyena plusieurs. Elle est
LE TOUR DU MEXIQUE 187 jolie avec sa blanche façade, mais l'intérieur est assez modeste, Nous traversons la plaza toujours ravissante |! mais ici, on dirait que tous les oiseaux de la république se sont donné rendez-vous. Il y en a des milliers et des milliers pour le concert du soir, quel concert !
Nous achetons de l'onyx, car Tehuacan est encore une ville d'onyx. De fait, toute la vallée de Puebla est très riche en carrières de marbre, et ses lits
d'onyx sont presque inépuisables.
Heureux de nos transacticns, nous revenons prendre notre train pour Jalapa.
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