‹ Le tour du Mexique [microforme]Chapitre 25 sur 44 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

En chemin de fer au-dessus des Nuages, — JALAPA, — Le pays du café, — Végétation du tropique. — Les Jalapanaises sont des ensorceleuses. Québec est battu, — Les églises, — Système abusif de l'Espagne envers ses colonies, — En voulez-vous du jalap ? — Vera. CRUZ. — Le vomito, -- Une église bleue, — 11 faut faire sa provision de cigares, — Les zopilotes, — Les requins ne mangent pas de chrétiens ! — Nous sautons les montagnes, — CorDoBa. — Un riche ostensoir.—Le traité de Cordoba -Sumidero.—Un orage,

OUS avons voyagé toute la nuit, affreusement ballottés dans nos étroits wagons mexicains, A notre réveil, le 23 février notre train courait à toute vitesse sur la cime d’une chaîne de montagnes, Quelle

grandiose perspective s'offre ici à notre regard ! En bas, comme par échelons, d’autres cimes de monta- &nes, dans le lointain, les nuages, comme une

immense nappe blanche, nous donnent l'illusion de l'océan. Ce n’est pas banal du tout de voyager en chemin de fer au-dessus des nuages !

Sur les crêtes, dans les ravins, des petites églises dressent fièrement leurs tours couronnées de la croix : les villages mexicains semblent dormir en paix, près de l'église paroissiale. Il fait froid le matin sur ces hauteurs. Des forêts de pins verdissent partout l'horizon. Nous arrêtons un instant à Cruz-Verde, car c'est à partir d'ici que nous commençons à descendre la montagne pour aller au cœur même des tropiques. Avec quelle précaution, notre train descend, degré par degré, cet immense escalier ; il sait être gracieux dans ses tours et ses détours savants. On dirait qu'il laisse avec regret les sommets.

De ce point élevé, où nous sommes encore, le regard embrasse une vallée charmante, entourée d’une ceinture de montagnes brumeuses. Le Cofre de Perote, volcan éteint, qui se présente sous la forme d’un bloc carré, domine cette ceinture. Au pied du pic de Macuiltepetl, sur le tapis de verdure qui couvre la vallée et au milieu de plantations de

bananiers et de caféiers, s'élève la ville de Jalapa.

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LE TOUR ZÙ rx IQUr 191

Placée entre le brouills, à gai

4! des montagnes qui l'entourent et l'atmosphère e

mbrasée du rivage de la mer, Jalapa n'est visitée que par de tièdes épaisses vapeurs,

n dais mobile audessus de la plaine, lui prêtent une fraîcheur délicieuse ; mais aujourd’hui le soleil seu

Phant, sur la ville inondée de lumièr.

brises chargées de doux parfums. D qui d'ordinaire, forment comme u

l règne triome.

Nous voici à la gare de Jalapa, vers 10 heures ; Mais nous ne faisons que chan Car nous allons visiter le tropique.

ger de locomotive ici, Pays du café, en plein

Précisément en arrivant à Jalapa, nous assistons à un accident de chemin de fer : deux locomotives Qui traînent un convoi de charbon, sur la voie ferrée

Parallèle à la nôtre, se renversent lourdement devant

e à quelques ton- S par terre.

Nous traversons, dans notre trajet qui s'effectue au milieu d’un Pays très accidenté, leg trois petites villes de Coatepec, Xico et Teocelo. Notre train

Nous ; heureusement tout se résum

2es de charbon violemment lancée

passe et repasse plusieurs fois sur un chemin public pavé de pierres et qui date des Espagnols : c'est la route qu'a suivie Cortez dans son expédition de la conquête. Nous franchissons des ponts en acier jetés au-dessus des précipices : en bas il y à une petite rivière qui court en torrents. Dans ses eaux limpides, les femmes lavent leur linge. Rien d'aussi pittoresque que le paysage qui s'offre à nos regards

Le soleil est ardent, car il est dans son royaume. La végétation est de toute beauté et de toute richesse. Dans les forêts, les arbres sont étreints par les lierres et les lianes qui les enlacent de leurs mille bras, et retombent ensuite de tous côtés, en guirlandes gracieuses. Les fougères arborescentes, agitées par la brise, comme d'immenses éventails, viennent frôler notre train sur son passage. Pénétrer dans ces forêts du tropique, vrais fouillis inextricables, nous semble chose presque impossible. Les ravins et les coteaux sont couverts de plantations de bananiers, de caféiers, de maïs, de cannes à sucre et de tabac. Mais c'est surtout le café qui est cultivé dans cette région.

Les caféiers sont rangés symétriquement et for-

ment d'innombrables lignes parallèles, car les arbus-

(ile oned non) HILL

(voir paye

tes sont invariablement plantés à environ douze pieds d'intervalle, Au bout de trois ans, le jeune plant donne une faible cueillette, mais à partir de la quatrième année, il fournit deux ou trois fois l'an, son fruit pendant une trentaine d'années. En cette saison, il est en pleine maturité, des femmes et des enfants, une hotte sur la dos, ou le panier au bras, cueïllent les fruits qui ressemblent À une belle cerise longue, d’un rouge brillant. Nous avons visité

une ferme (ferreiro) à Teocelo, où l’on fait sécher

en quantité les précieuses graines. Pendant des semaines le café sèche au soleil ; des ouvriers armés de racloirs en bois, sont sans cesse occupés à le retourner en tracant tout le long de la couche de minces sentiers, Quand la pulpe est bien sèche, on emploie une machine qui dévortique le grain, le débarrasse de son enveloppe et le rend propre à l'usage. Chaque fruit contient deux grains qui en

forment le noyau.

Cette excursion dans le pays du café, nous a tout particulièrement. intéressés.

Nous revenons vers 2 heures à Jalapa, cette foisci, c'est pour la visiter. Jalapa est une ville de 20,000 âmes, où réside l’évêque de Vera-Cruz, ainsi que le gouverneur de l'Etat. C'est une ville où tout est vieux, et qui sent le XVIe siècle à chaque coin de rue ; volontiers nous la prendrions pour la grand'mère de toutes les autres villes mexicaines, si elle avait quelque ressemblance avec ces dernières. Mais non, Jalapa est plutôt mauresque qu'espagnole par l'apparence. Les maisons sont typiques, avec leurs combles qui avancent sur le rue et leurs fenétres grillées de grosses barres de fer : on croirait qu’elles sont toutes des prisons renfermant de dangereux criminels;s’il n'y avait pas derrière le grillage, une jeune Senorita qui fait valoir à toute heure du jourses beaux yeux noirs.Il y a un proverbe mexicain qui dit : Las J'alapenas son halaguenas, les Jalapa-

naises sont des ensorceleuses. Je ne sais jusqu’à quel point, on est dans le vrai, quand on proclame que les femmes de Jalapa sont les plus belles du Mexique ; nous les avons vues à leurs treillis durant notre promenade, et ma foi ! nous nous demandons encore, sielles n'ont pas volé ou du moins si elles n'ont pas acheté cette réputation à trop bon marché. Mais de

grâce,qu'on n’aille pointébruiter notre sentiment; car nous ne pourrions plus Jamais retourner à Jalapa !

Les rues sont tortueuses, à pic à tel point, qu'elles seraient capables de faire rougir de honte ou pâlir de jalousie le vieux Québec. Les voitures n'y passent pas, tout est charroyé à dos d'ânes ;il ya cependant un tramway, traîné Par six mules, qui fait le trajet de la gare à la plaza. Le système d’égout s'opère à découvert, au beau milieu du chemin, pavé de gros cailloux ; c’est une ville très propre, puisque chaque Pluie est pour elle un lavage complet. Et il pleut horriblement à Jalapa.

Nous arrivons à la Cathédrale, en escaladant un magnifique escalier de pierre ; c’est une antique église qui est à faire sa toilette par d'importantes réparations à sa façade. Dans son unique tour, se trouve la plus ancienne horloge de l'Amérique. L'intérieur est sobre mais imposant ; quand nous y Pénétrons, les chanoïnes aidés de jeunes enfants, chantent l'office. C’est vraiment édifiant que d'entrer dans une cathédrale du Mexique ; nous Sommes toujours certains d'assister à des cérémonies religieuses : le matin, c’est la messe du chapitre et les heures Canoniales, et dans l'après-midi, ce sont

les vépres et les matines. Les autres églises de Jalapa sont : San-Francisco, 1555 : San-Juan-de-Dios, San- Hipolito, 1641 ; San-Z 986, 1770 ; El-Calvario, 1805. Le diocèse de Vera-Cruz, dont le siège épiscopal est à Jalapa, a été érigé le ler juin 1850 par Pie IX.

En face de la cathédrale est la plaza, très belle et très fleurie, le rendez-vous de tous ceux qui ont des moments de loisir ; et les désœuvrés au Mexique ne manquent Pas ; ici, on sait prendre la vie par son beau côté, on n’use du travail qu'avec une extrême réserve : ne pas faire aujourd'hui ce qui peut se remettre à demain, semble être la devise de plus d’un citoyen de la grande république.

Le plus beau monument civil de Jalapa est le palais de son gouverneur : grande et imposante construction, avec des arcades espagnoles.

Jalapa a, je ne sais, quel air de vieille bourgeoisie qu'on ne rencontre pas ailleurs ; il n’y a pas ici notre

race sale et mendiante.

Cette ville nous fait « .itre par son histoire,

le système abusif de l'Espagne vis-à-vis de ses colo-

lapa Sanal est [X.

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histoire, ses colo-

nies. Les deux grandes industries du Mexique, sous le régime colonial, furent l'agriculture et les mines. Elles n'étaient Pas sans entraves, L'Espagne pratiquait envers ses colonies, dans toute sa rigueur, la politique restrictive qui était alors en honneur Parmi tous les cabinets européens. La métropole se réservait de fournir les habitants des colonies d’ar-

ticles manufacturés, La seule concession qu'on

leur fit, consistait à permettre aux chefs de famille de produire Par le travail domestique, chacun pour soi, certains objets usuels. L'Angleterre n'avait-elle Pas interdit toute manufacture au Canada, dans le siècle dernier, Pour nous vendre son drap ? Dans les provinces espagnoles on allait plus loin. I] était défendu de se livrer à certuines cultures dont le bénéfice était réservé à la rftropole, Rien de plus

aisé que de cultiver la vigne et l'olivier sur le pla-

teau mexicain ; mais il était posé en Principe que la Péninsule devait fournir au Mexique le vin et l'huile. L'accès du pays était hermétiquement fermé aux étrangers, quels qu'ils fussent. Il fallut une autorisation spéciale, Pour que M. Humboldt, pt faire dans les colonies espagnoles, le grand voyage qui a été si profitable à la science. Le commerce

osé pe 2 om

me avec la métropole et les possessions espagnoles de Vera-

mê n'était permis que par deux ports : celui Cruz pour l'Espagne, celui d’'Acapulco pour les Philippines ;et de toute l'Espagne, deux villes seules,

Cadix et Séville, avaient le monopole du commerce

avec le Mexique. Les commerçants de ces deux cités

prenaient leurs aises à l'égard de cette belle colonie.

Tous les trois ou quatre an8 seulement, les navires

chargés de marchandises partaient de Cadix en

flotte. L'achat de tout ce qu'ils apportaient était

entre les mains de huit ou dix maisons de Mexico,

qui exerçaient ainsi le monopole. Il se tenait alors

une foire à Jalapa, et l'approvisionnement d'un vaste empire se traitait, dit M. de Humboldt, comme

celui d’une place bloquée. Ce fut seulement en 1778,

que l'on mit fin à ce régime abusif. L'honneur de

cette réforme, qui changea In face du commerce

mexicain, est dû au roi Charles LIT (1).

Jalapa a toujours exporté et expurte encore plu-

sieurs drogues médicinales, entre autres la salsepa-

sur le système abu-

(1) La plupart de ces renseignements, ont été puisés dans

sif de l'Espagne à l'égard de ses colonies, l'Encyclopédie du X IXe siècle.

les Ta les iles, erce ités nie.

rires ; en était xiCO, alors d'un ) mme 1778, ur de

merce

e plu-

1sepa-

me abués dans

reille et le jalap ; cette dernière surtout qui a fait la terreur de notre jeune âge, lorsqu'il nous fallait

Prendre une purgation, suivant le jugement du docte médecin de Ja famille.

Nous partons ce soir de Jalapa ; et le dirai-je ? si nous ne craignions point tant la douane, nous remplirions certainement nos sacs de voyage de jelap, pour donner à tous nos amis un petit souvenir du Mexique !

24 FÉVRIER. — A notre réveil, la première chose que nous voyons, c'est la haute mâture d’un steamer

tout près de notre train ; Car nous sommes dans le

port de mer de Vera-Cruz, le principal et le plus

fréquenté du Mexique. C'est Cortez lui-même qui

lui a donné ce nom : La Santa- Vera-Cruz, la Sainte

Vraie Croix, parcequ'il y débarqua avec sa petite troupe, le 21 avril 1519, le soir du Jeudi-Saint.

Nous allons sur les quais ; des navires y déchar-

gent leurs marchandises ou prennent leur cargaison.

C'est d’ici, que partaient au XVIIe et au XVIIIe siècle les galions chargés de barres d'a

rgent pour l'Es-

pagne : que de millions de dollars venant du Mexique, allaient chaque année enrichir le trésor de la mère-patrie !

On a fait de grands travaux dans le port, dont le mouillage était peu sûr autrefois, en y construisant d'immenses jetées et un magnifique môle. Ce matin, des brouillards épais répandus sur le golfe, limitent joliment notre horizon : à peine pouvons-nous voir le môle, qui inet la ville à couvert de l'impétuosité des vagues.

Il fait déjà une chaleur intense, à 9 heures ; le soleil est dans toute sa brûlante splendeur et verse à profusion ses gerbes étincelantes ; heureusement que notre séjour ici sera de courte durée. Je me promets bien aussi, à mon retour au Canada, de dissuader quiconque serait en quêt® de fraicheur, l'été prochain, d'aller en villégiature à Vera-Cruz, sous prétexte que c'est une place d’eau, car il serait cruellement désabusé ; sans compter que la fièvre jaune pourrait le guetter et le saisir au débarcadère même.

Vera-Cruz est, dit-on, la ville la plus inhospita-

Mexide la

ont le 1isant natin, nitent 8 voir

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lière de l'univers, à cause de son fléau de la fièvre jaune qui a établi ici son domicile,

Trois causes, paraît-il, déterminent la fièvre jaune, le vomito, comme l'appellent les Mexicains : une forte chaleur, le voisinage de lieux marécageux et une réunion de personnes non acclimatées. C'est au

mois de mai, quand le soleil arrive au zénith

dans ces contrées et embrase l'atmosphère, que se

développe le germe de l'affreux vomito. La maladie augmente en intensité jusqu'en septembre et disparait en novembre, Une particularité remarquable de ce fléau à Vera-Cruz, c'est que les personnes nées dans la ville n’en sont pas atteintes, tandis que l'étranger qui n’y séjourne qu'une seule nuit, peut très bien en être victime.

Une grande joie nous était réservée sur ce port de mer : nos luxueux Wagons de Chicago que nous avions échangés pour des petits mexicains tout étroits, en la ville de Puebla,

sont venus à notre rencontre ici, C'est la petite patrie absente qui nous apparaît, jamais nous n'avons chanté, dans notre cœur, avec plus de sincérité le home, sweet home ! Nous nous installons avec plaisir dans notre cher “ Avis ”, en disant un adieu éterne! à notre coche

dormäitorio (wagon-dortoir) qu'un Américain fantaisiste appelait dans son vulgaire langage un sweat box, une boîte à transpirer.

Nous allons dans la ville qui est assez jolie dans son ensemble ; beaucoup d'antiques constructions avec quelques-unes assez modernes. Il y a près de la mer, un magnifique hôtel des postes qui ferait l’orgueil d’une ville plus considérable que Vera-Cruz. Suivant notre habitude, nous nous dirigeons tout d’abord à l’église prineipale pour y faire une courte prière. Celle-ci est dédiée à l'Assomption de la Sainte Vierge. Elle est toute peinte de bleu-pâle, et la lumière qui passe à travers des croisées bleues, teint de bleu toute la nef. Comme dans les autres églises mexicaines, tout autour, il y a des chapelles, mais de différentes couleurs. Il y a la chapelle rouge, la chapelle verte, la chapelle jaune et la chapelle bleue.

Nous pénétrons dans l'alaméda, elle est admirable avec ses palmiers, ses arbrisseaux rares et ses fleurs de la terre chaude. Cependant il faut que je le dise encore une bonne fois : notre ignorance de la botanique ne nous a jamais pesé autant que depuis notre arrivée au tropique. À chaque instant, nous

sommes en présence d’un arbre curieux ou d'une

fleur gracieuse et nous ne pouvons l'appeler par son nom.

Nous entrons dans plusieurs magasins pour acheter des cigares, car Vera-Cruz est renommée pour son tabac qui est presque légal du havane ; nos touristes ne manquent pas non plus de se procurer des panamas très authentiques.

Dans les rues, sur les quais, au-dessus des corniches des maisons nous remarquons des oiseaux singuliers que les Mexicains nomment zopilotes, et que nous prendrions, nous, pour des vautours ou

d’énormes corbeaux, très haut perchés sur leurs pat-

tes et armés d’un long bec, large et crochu, qui voltigent et cherchent leur pâture. A Vera-Cruz, il y a des nuées de zopilotes ; rien ne les effraie, on croirait des oiseaux domestiques. Ils font l'office ici, ce que le département de la voierie, fait dans d’autres cités ; ce sont des balayeurs de rues. Aussi on a des considérations à Vera-Cruz, pour ces employés fidèles qui ne menacent jamais de se mettre en grève, en infligeant une amende de cinq piastres, à quiconque tuerait malicieusement un de ses précieux auxiliaires,

Il y à autant de requins dans la rade de Vera-

Cruz, qu’il y a de zopilotes dans les rues. Un voyageur se rendant à bord d'un steamer, demanda au batelier si, en cas de bain forcé, il rapporterait tous ses membres à terre. “ Oui, Senor, répondit le loup de mer. Les requins aiment notre rade, on dirait qu'elle est pour eux un lieu de plaisance ; ils s'y nourrissent bien. Ils mangent tout ce qui tombe à la mer, tout, excepté Los cristianos (les chrétiens) ”.

La ville de VerarCruz a une population de 30,000 âmes.

Nous partons de Vera-Cruz à 11 heures, sous une température qui nous fait transpirer un peu trop.

Nous nous dirigeons vers Orizaba par le Mexicano, le plus ancien chemin de fer du Mexique, et l'un des plus hardis et des plus pittoresques du monde. Le commencement de la route jusqu’à La Soledad est assez monotone, nous passons dans un pays plat et qui se change facilement en marécages, pendant la saison des pluies ; c'est là que se multiplient à l'infini les microbes de la fièvre jaune, durant l'été. À Yhorizon nous ne voyons paraître aucune montagne,

chose extraordinaire au Mexique ! Des beaux Coco

tiers chargés de fruits, des palmiers élancés, des dattiers et d’autres arbres qui semblent me dire au Passage : nomme-nous donc, ignorant, si tu le peux ! bordent notre ligne de chemin de fer. Aux deux villages de La Tejeria et de La Purga, les maisons de bambou avec toits faits de branches de palmier, seraient des modèles d'habitations hygiéniques, si elles n'étaient pas assises dans le foyer même de 1pestilence !

Mais à La Soledad, des montagnes altières se dressent soudain, et mettent devant nous une barrière qui nous paraît infranchissable. Il nous faut pourtant, en les grimpant, traverser ces obstacles qui ont 8,043 pieds de hauteur. Notre train est divisé en trois tronçons, chacun tiré par une forte locomotive des Montagnes, très originale avec ses deux feux et ses deux cheminées : on dirait deux machines soudées bout-à-bout.

C'est encore le Paysage sauvage et sublime de l'escalade des monts. Nous sommes au-dessus des précipices de plusieurs centaines de pieds de profon-

deur, au fond du ravin, une petite rivière qui serait féroce si elle était plus considérable, charroie en torrents ou en cascades ses eaux limpides, En face

de nous, se dresse une autre montagne non moins grandiose, l'ingénieur a jeté, au dessus de l’abime qui nous en sépare, un pont en acier, et nos trois trains sautent d'une montagne à l’autre. Par six ou sept fois, nous pénétrons au cœur même de la montagne, dans des tunnels obscurs: il nous faut fermer nos fenêtres, si nous ne désirons pas terminer nos jours par l’asphyxie. Ces courses à travers les montagnes, et en longeant des gouffres, sont bien de aature à exciter lès émotions les plus diverses.

Je ne sais plus quel écrivain a dit :‘“ La nature est le livre de Dieu, chaque page raconte l'une de ses perfections ”. Dans ces montagnes, nous lisons la grandeur et la toute-puissance du Créateur. Notre âme, à la vue de ces magnifiques spectacles, s'élève ravie au-dessus de la terre, plane comme dans une extase, et voudrait chanter l'hymne de l'adoration et de la reconnaissance pour l'Auteur de ces merveilles.

Nous sommes au cœur même des tropiques, aussi quelle riche végétation : des arbres de la plus rare espèce, aux formes bizarres, ombragent la route ; le caféier se marie avec l’oranger, le bananier avec le

cocotier ; la vanille se mêle à la canne à sucre ; des

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champs de tabac offrent de tous côtés leur verdure veloutée, près des cultures de citronniers aux fruits d’or. Nous traversons plusieurs villages de la terre chaude : Camaron, Paso-del-Macho, Atoyac ; les costumes sont excessivement légers : les enfants surtout, qui pourtant ne sont pas des chérubins, portent trop souvent des habits tissés que d'air et de lumière,

À Cordoba, nous faisons un petit arrêt pour ache. ter des paniers d'oranges juteuses et de beaux ananas parfumés. On veut nous vendre aussi des jeunes orangers et d’autres arbrisseaux, en même temps que des bouquets de roses, Cordoba et Orizaba sont les terres Par excellence des ananas, on les trouve amoncelés en tas, dans les champs et contre les haies. Au marché on achète ce fruit succulent, un centavo pièce ! Les Mexicains préfèrent à l'ananas le piment brûlant qu'ils avalent à pleine bouche.

Cordoba est une jolie petite ville de 7,000 âmes, dans l'Etat de Vera-Cruz. Des montagnes tapissées de forêts au feuillage toujours vert, l'entourent Comme d’une ceinture merveilleuse, Dans le vallon,

des massifs d'orangers, sous bois des caféiers, là des groupes de bananiers aux longues et larges feuilles et chargés de fruits, partout des oiseaux et des fleurs. Cordoba serait un nouvel Eden, si la fièvre jaune n'y exerçait de temps en temps des ravages meurtriers. L'Eglise de Cordoba est très belle et très élégante. Le tabernacle de l'autel du Saint-Sacrement est une œuvre d'art vraiment remarquable. Il est tout en argent et possédait autrefois de belles statues en or massif qui ont été volées par des mains sacrilèges. L'ostensoir d’or, est cout brillant de diamants et de pierres précieuses. C’est un des plus beaux bijoux, à part la couronne de Notre-Dame de la Guadeloupe, que l'on puisse voir au Mexique; on assure qu'il a couté 880,000, et que pour le seul travail de l'artiste on a donné $15,000.

C’est à Cordoba que fut signé, le 23 août 1821, par Iturbide et le vice-roi O’Donoju le traité qui reconnaissait l'Indépendance du Mexique en sanctionnant le plan d'Iguala.

O'Donoju crut que c'était le seul moyen de conserver les droits de la maison royale sur le Mexique, vu l’état des esprits.

Il avait raison, c'était tout ce que l'Espagne pou-

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vait obtenir, mais les Cortez d'Espagne, par leur décret du 13 février 1822, déclarèrent le traité de Cordoba nul et non avenu ; ce fut la perte complète du Mexique pour la mère-patrie,

De Cordoba, nous montons sans cesse, Nous pénétrons bientôt dans le ravin profond de Metlac. N, ous Passons sur un immense pont en forme de fer à cheval. A Sumidero, nous arrétons pour contempler une excentricité de la nature : une petite rivière t--*he en cascades bouillonnantes dans un gouffre, et sans doute, rougissant de montrer sa colère, elle se

cache alors sous terre et ne reparaît que quatre milles plus loin.

Un orage accompagné de quelques Coups de tonnerre,—et nous sommes Presque dans les nuages — NOUS poursuit jusqu'à Orizaba où nous arrivons à 5 heures du soir,

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