CHAPITRE QUINZIÈME
QUERETARO, — La colline des cloches, — Les derniers mo-
ments de Maximilien, — Réception chez M, le Gou. verneur, — La cathédrale, — L'église Santa-Rosa, — Un aqueduc monumental, — Achetons de: op:
On
Sérénade au départ, — San-Miavez. -- La paroisse
du curé Hidalgo, — La &uerre de l’Indépendance,
E matin, (27 février), nous sommes en gare À
Querctaro. La chose qui attire le touriste ici, et qui excite son plus vif intérêt, c'est moins la brillante cité, assise dans la verdure, et dont les nombreuses coupoles scintillent et miroi-
tent sous les feux du soleil, que ce mamelon rocail.
leux, cette butte plantée d'énormes aloès, appelée le
Cerro de las Campanas, la colline des cloches, se trouve là, à gauche. C’est que, des cloches,
qui sur cette colline s’est jouée une e‘royable tragédie dans
le sièels dernier ! C'est ià que l'infortuné Maximi.
lien et ses deux généraux fidèles, Miramon et Méjia, ont été fusillés, le 19 juin 1867, par les ordres de Juarez. L'ombre du chevaleresque et magnanime empereur semble planer sur cette ville, encore remplie de son souvenir. Tout nous rappelle Maximilien : là-bas, au-delà de la ville, nous voyons le couvent et la citadelle de la Cruz, où il fut lâchement vendu à l'ennemi par l'ignoble Lopez, Judas moderne ; plus près de nous, c'est le couvent des Capucines qui devint sa prison et où il passa les derniers jours de sa vie. Au centre même de la ville, c'est le théâtre Iturbide où s’est déroulé le simulare de son inique procès ; enfin ici, cette colline des cloches, où il tomba en héros avec son empire :p'émère. Jamais l'empereur ne fut plus grand, plus noble, plus chrétien que sur cette éminence qui domine Queretaro ! En débarquant de notre train, on veut nous faire acheter des pes08 frappés à l'efligie de Maximilien ; dans les magasins où nous entrons, on nous offre des cartes illustrées représentant la scène attendrissante de la dernière entrevue de l'empereur avec son confesseur, le bon Père Soria ; aussi nous éprou-
vons, je ne sais quel sentiment de profonde tristesse
ement as MO- Capuerniers c'est le de son hes, où Jamais 18 chréretaro !
as faire milien ; 1s offre tendrisir avec s éproutristesse
et de sympathique mélancolie, quand nous prenons nos voitures pour aller visiter le lieu de l'exécution du dernier empereur du Mexique.
En route, un Allemand qui nous accompagne,
nous raconte les dernières années de la pauvre reine Charlotte qui, comme chacun le sait, a perdu triste. ment la raison, à la suite des échecs et des déboires qu'elle essuya dans son suprême effort pour prévenir la chute de l'empire. Quand Maximilien mourut, Charlotte était renfermée au château royal de Tervucren.
A l'endroit précis, où tombèrent, foudroyés par les balles, les trois nobles victimes, s'élève une modeste petite chapelle bâtie par les admirateurs de Maximilien, Trois colonnes en marbre indiquent la place qui occupaient les suppliciés ; sur celle de Maximilien, est déposée une couronne de fleurs artificielles, offerte par la maison d'Autriche. Audessus de l'autel, des mains pieuses ont placé un beau tableau de la Mate Dolorosa. Je l'avouerai, j'ai senti une larme humecter ma Paupière, dans cette petite chapelle de Maximilien.
J'ai recueilli plusieurs détails fournis par des témoins oculaires, sur le dernier jour de l'empereur, je me permettrai de les transcrire ici :
Le 19 juin, l'empereur se fait réveiller avant l'aube. A quatre heures, il entend avec dévotion la sainte messe que célèbre l'évêque de Queretaro dans la chapelle du couvent. Méjia et Miramon sont agenouillés à.ses côtés, et ensemble les trois condamnés reçoivent la sainte communion.
A sept heures, l'empereur en tenue de ville, habit et pantalon noirs, gilet blane est prêt le premier : appuyé contre le chambranle de se porte, il regarde mélancoliquement l'azur du ciel en causant avec le Père Soria : “ Voilà, dit-il, le ciel que j'ai toujours rêvé pour le jour de ma mort ”. Il faisait, en effet, un temps magnifique. Miramon et Méjia le rejoignent bientôt. Le lugubre cortège se met en route et les cloches des nombreuses églises de la ville sonnent le glas funèbre. Des Indiens portent trois cercueils et trois grandes croix en bois noir. Une femme, jeune encore et folle de douleur, portant un enfant sur les bras, court après la dernière voiture. C'est
la future veuve de Méjin que Maximilien n'a pas
rec le jours effet, rejoiroute le sonis cererame, enfant . C'est Va pas
oubliée dans son testament, en lui faisant un legs de 8100,000.
Presque au sommet du Cerro, les trois croix sont appliquées à un épaulement en briques ; les trois pelotons d'oxécution, composés de quinze sergents commandés par un capitaine, prennent position à douze pieds en avant.
L'empereur sort alors de voiture en tenant son chapeau à la main. I] embrasse tendrement son confesseur et Sa Grandeur l'évêque, il serre vivement
dans une dernière étreinte ses compagnons d'infor-
tune. Il embrasse aussi l'officier qui, les yeux mouillés de larmes, le prie de lui pardonner le rôle qu'il joue dans cette circonstance douloureuse. “ Faites votre devoir, jeune homme, dit l'empereur en lui remettant la médaille de bronze qu’il porte sur lui ; un soldat doit toujours exécuter les ordres qu’il reçoit ”. Il donne ensuite à chacun des sergents qui doivent tirer sur lui une somme de vingt piastres en or et frappées à son effigie, en les priant de “viser au cœur et de ne pas blesser sa tête, pour que sa mère pût le reconnaître ”. Puis il s’avance de quelques pas et Prouonce d’une voix ferme et vibrante les paroles suivantes, que la postérité ne
saurait manquer d'enregistrer : “ Mexicains ! les “ gens de ma classe et de ma race sont créés par “ Dicu pour faire le bonheur des peuples sur lesquels « ils sont appelés à régner, ou pour en être les mar- “ tyre. J'ai voulu régénérer ce pays ; tous mes efforts “ ge sont tournés vers un seul but : votre bonheur. Je “ n'ai pas réussi ; mais je meurs innocent des crimes “ qu'on m'impute. En mourant, je demande que “ mon sang soit le dernier répandu par ma patrie “ d'adoption ”.
Maximilien prend ensuite Miramon par la main et lui donne la place, au centre, en lui disant : « Un brave soldat doit être honoré par son roi, même à l'heure suprême ; c'est pourquoi permettezmoi de vous offrir la place d'honneur À
Enfin, un sinistre roulement des tambours se fait entendre, suivi aussitôt de la détonation des armes à feu. Les trois victimes de Queretaro avaient vécu.
Ce fut une funeste ambition qui poussa l'archidue Maximilien et l'archiduchesse Charlotte à abandonner les grandeurs d'un rang princier en Europe, pour venir au Mexique, asseoir un trône sur un volcan. Leur règne éphémère et stérile fut pour eux
une marche au Calvaire : ils ne rencontrèrent sur
LE TOUR DU MEXIQUE 231 leur chemin que trahison, défection, lâcheté et hypocrisie. Maximilien aimait ce peuple mexicain qu'il n'avait pu, ni su gouverner. Il aurait voulu
se faire tout à tous, ménager tous les partis, il
réussit à ne contenter personne,
Que restait-il de cet empire imposé par la force des armes ? Rien que les fruits amers de plusieurs années de guerre civile et d'occupation étrangère.
Mais je m'oublie ! Je ne suis pas à Queretaro pour faire de hautes et de savantes considérations sur les hommes et sur les choses ! mais bien pour voir tout ce que la ville renferme d'intéressant,
Queretaro est la capitale de l'Etat du même nom, et compte une population de 38,000 âmes Elle est mexicaine jusqu’au bout des ongles, s'il m'est permis de m'exprimer de la sorte. Des nuées d'indiens qui traînent nonchalamment leurs haillons à travers la ville ; des marchés regorgeant des légumes et des fruits du tropique ; des plazus plantées de palmiers gracieux qui ombragent un peuple gai et heu-
reux ; des églises par douzaines qui rivalisent de
: richesse et de splendeur : tout cela c'est bien mexi- ‘ cain ;et certes Queretaro n'est rien autre chose que cela.
On nous a donné rendez-vous sur la place de la fontaine publique. M. Campbell, qui s'évertue à être agréable à ses compagnons de voyage, nous & ménagé une réception chez Son Excellence le Gouverneur de l'Etat, Senor Don Francisco Gonzalès de Coseo.
Nous nous mettons en rangs comme au collège, et maintenant en route pour le palais de l'Etat. Nous passons par l'alameda, couverte de beaux arbres que je voudrais, mais que je ne puis nommer ; au centre s'élève le monument de Christophe Colomb ; on me dit que toute l’histoire de Queretaro est écrite sur les façades, je brûle de briser les rangs pour lire les dates gravées sur la pierre, mais la discipline l'emporte sur la curiosité, je suis la procession ! On nous introduit dans le splendide patio, nous prenons nos airs les plus distingués en entrant dans les vastes salons de M. le Gouverneur! Celui-ci, avec une courtoisie toute eastillane, nous souhaite la bienvenue en disant à chacun de nous ces aimables paroles : “ Z am glad to meet you ” et en nous
pressant main.
(S6r 28ed 104) vavivf aa vzvia vi 14 AIVAGHLVO V1 SIVIVA 47
#00 des allures de fiers Akdalgos / Nous entrons dans la cathédrale,
car Queretaro est une ville épiscopale depuis le 26 janvier 1862 ; On y chante l'office, C'est un su style Renaissance, | dans son ornemen
perbe monument en avec peut-être plus de sobriété tation qu'ailleurs, Nous visitons tres églises, tou jours flamboyantes | de dorures et (1: sculptures,
Malheureusement le temps nous a fait défaut pour nous rendre à l'église de Santa-Rosa, la plus dorée du Mexique. I] Paraîtrait que les soldats français, en 1867, auraient enlevé pour au-delà d'un million
| et demi d'or pur, Pris rien qu’au maître-autel, Les | autres églises sont : Santa-Clara, San-Felipe, San- | Domingo, San-Antonio, San-Agustin, El-Carmen, La Merced, Santa-Teresa et Santa-Cruz.
Queretaro est une ville ind tante, ses manufactures de coto sidérables du pays.
trois ou quatre au
ustrielle très imporn sont les plus con.
Nous n'avons Pas vu non plus l'aqueduc monu-
Mental de Querotaro, bien que notre trai sous une de ges arcades,
n ait passé vers 4 heures ce matin. Cet
aquedue a cinq milles de longueur, prend une eau fraîche et limpide dans la montagne et la verse dans les fontaines publiques. La plus élevée de ses arcades a près de cent pieds.
Quoique nous n'ayons plus que quelques minutes avant de prendre le train, nous courons quand même à un magasin pour acheter des opales : c'est ici la place aux vraies opales, ailleurs ce que l’on nous présente pour des opales, n’est la plupart du temps que de la vitre de la plus belle eau. Je sais que dans ma paroisse, il y a boaucoup de senoritas qui seraient très fières de posséder à leurs doigts ces diamants aux feux vifs et qui coûtent si peu cher ici. Je me laisse éblouir par les chatoiements de ces belles opales, alors j'achète, j'achète encore, jusqu'à ce que mon porte-monnaie me dise d'une voix discrète : c'est assez !
Nous retournons à notre train, il est midi. On dirait que tous les déguenillés de la ville et de la banlieue se sont donné la main pour venir nous saluer à notre départ. La fanfare de M. le gouverneur est déjà à la gare pour nous jouer sa plus jolie
sérénade : uotre convoi g'ébranle aux ronflements