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CHAPITRE PREMIER

Un beau rêve qui se réalise, —Mes compagnons de voyage. —

L’American Tourist Association, — L’archevêché de

Montréal, -— Nous sommes sous escorte, — La carte

illustrée, une peste et une bénédiction. — Un vieil

Irlandais maussade, — Notre train privé. — Sarnr-

2 Louis. — Le pays du coton et des nègres, — TExar. 3 KANA ——La loi de Lynch.—Le Texas. —-SAN-ANTONIO. -- La cathédrale de San-Fernando. — L’Alamo. — Les

Missions.

L ÿ ‘UN des rêves chéris de mon enfance et surtout 1 de ma jeunesse studieuse se réalise enfin ; je | pars ce soir de Coteau-Station, pour un | voyage de quarante jours, à travers le

Mexique. Trois villes ont toujours eu, je ne sais

pourquoi, des charmes irrésistibles pour mon imagination, ce sont : La Havane, Mexico et Lima. Serait-ce, à cause de leur histoire héroïque et mouvementée ou de la richesse fantastique de leur sol ? Peut-être. Serait-ce, parce que ces trois favorites sont placées sous le soleil ardent du tropique, et que les lianes les enserrent en berceaux fleuris, et que les orangers et les essences exotiques les embaument d’un parfum enivrant ? Peut-être encore. Mais des trois capitales, la plus séduisante pour moi, c'est Mexico.

Je me vois tout à coup transporté au beau temps de ma rhétorique, au Collège Joliette : il me semble entendre notre professeur, le R. P.J. Peemans, c.s. v., qui nous décrivait en termes colorés, l’histoire légendaire de Montezuma et de Guatemotzin et, la civilisation étonnante des Aztèques que Fernand Cortez trouvait au Mexique, lors de la conquête. Aussi, “ Voir Mexico et mourir ” me semblait plus vrai que l’autre adage à la mode.

Or je m'en vais à Mexico et dans quelle heure"-e circonstance !

Mgr l'évêque de Valleyfield, qui aime tant à faire

à Rein és

plaisir à ses prêtres, a bien voulu, malgré le personne] déjà trop restreint de son évêché, nommer pour mon remplaçant, M. l'abbé Clairoux, du palais épiscopal. Je serai donc sans inquiétude, puisque mes ouailles seront parfaitement desservies, durant mon absence.

De plus, j'ai pour compagnons de voyage, mon frère, M. l’abbé Z. Lippé. vicaire à la cathédrale de Joliette et M. l'abbé N. Préville, curé de Saint-Jean- Chrysostôme, un condisciple de collège qui fut aussi un peu mon professeur.

Cette excursion, Tour of all Mexico, est orgenisée par l'American Tourist Association, dont M. Réau Campbell, de Chicago, est le gérant général. Toutes les dépenses sont comprises dans l'achat de notre billet : Passage en pullman, repas, hôtels, voitures, tramways, etc, ete C’est un train exclusivement réservé pour les touristes ; des guides et des interprètes seront à notre disposition. Enfin nous n’aurons pas à voir aux mille et mille petits détails qui

enlèvent parfois beaucoup d'agréments, dans un Voyage sur une terre étrangère. De Montréal, jusqu'aux extrêmes limites de notre course, nous serons dans les mêmes wagons luxueux et nous n’aurons à nous occuper qu'à admirer les paysages et à visiter les villes. On nous promet, en ouire, que nous serons traités princièrement ; que pouvons-nous désirer de plus pour le confort, dans une si lointaine expédition ?

Chargés des vœux et des bénédictions de mes bons paroissiens, et assurés que les petits enfants qui forment la portion privilégiée de mon troupeau, prieront pour nous durant tout le voyage, nous partons à 5 heures du Coteau, pour Montréal.

À Montréal, nous allons demander une franche hospitalité à l’archevêché, cette Alma Mater que je n’oublierai jamais, Puis-je songer sans une douce émotion qu'en 1890, je faisais partie du personnel de cette illustre maison ? Et quel personnel distingué ! Nos Seigneurs Bruchési, archevêque de Montréal ; Emard, évêque de Valleyfield : Arckambeault,

évêque de Joliette ; Racicot, évêque de Pogla ; MM. les chanoines Vaillant et Martin, faisaient alors une couronne d'honneur à Mgr Fabre, de douce et de sainte 5 émoire.

Nous avons le plaisir de rencontrer Mgr Bruchési, au palais archiépiscopal ; et comme Sa Grandeur a déjà visité le Mexique, Elle nous fournit de précieux renseignements sur le pays, et pousse la condescendance jusqu’à nous donner de ses cartes, pour que nous soyons admis chez des grands personnages de Mexico et de San-Luis-Potosi.

29 JANVIER. — C’est enfin le jour du départ, et mon cœur bondit de plaisir à la pensée que bientôt je foulerai cette terre merveilleuse du Mexique. Je veux être, comme l’a décrit, M. le juge Routhier dans son beau livre, De Québec à Victoria : “ le voyageur sensible à toutes les beautés de la nature et de l’art et qui est généralement porté à voir tout en beau ”. Mais je proteste, comme l’aimable auteur, que je serai sincère et que je verrai réellement les

choses comme je les décrirai.

Nous prenons notre train à la gare Bonaventure, à 9 heures. C'est Par le Grand-Trone que nous nous rendons jusqu'à Chicago. Nous sommes installés, nous, les trois prêtres, dans le wagon-lit, le Dickens. Comme c'est une excursion admirablement bien Organisée, M. Duff. l'agent générai des Passagers, NOUS accompagne jusqu'à Toronto, uniquement pour notre accommodation.

Nous arrivons à Toronto à 4 heures de l'aprèsmidi ;nous nous empressons de mettre à la poste Un paquet de cartes illustrées Pour nos amis.

On a parlé beaucoup et avec raison contre cette } nouvelle mode devenue Presque un fléau ; car il | | faut l'avouer, la carte illustrée s’est faite dévergon- | ! dée et obscène. Mais la carte honnête, véritable j f | photographie des Principaux monuments de | est pour le voyageur pressé, le moyen pa lence, d'envoyer un salut affectueux aux a leur faire connaître le Pays traversé,

8 villes, r excelmis et de Fe Nous nous

I] Proposons durant tout le Voyage, de nous servir de ||

ce moyen, pour donner de nos nouvelles à ceux

qui nous sont chers.

À Toronto, nous disons adieu à notre aimable

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