‹ Le tour du Mexique [microforme]Chapitre 4 sur 44 · PT NE · texte numérisé non relu

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M. Duff, qui retourne à Montréal par le premier train ; et nous voici maintenant sous l'escorte de M. McDonald, qui nous suivra jusqu'à Chicago, encore pour assurer notre confort. Nous nous croyons presque des personnages !

Nous passons les frontières sans être molestés par la douane, Comme il commence à se faire tard, pensons à doræir. Le wagon-palais se transforme alors comme par enchantement en dortoir, non pas sous la baguette d'une fée mais bien avec le bâton du nègre, L:e parois s'abaissent, les couchettes s’allongent, les rideaux se tirent. Chacun gagne son alcôve. Bonne nuit !

Dormons ferme et sans soucis, Révons aux fruits d'or du Mexique. Hélas ! durant la nuit, un vieil Irlandais égaré dans le corridor obscur du pullman, prend mon lit pour le sien, et veut à tout prix partager mon oreiller. Réveillé en sursaut, croyant avoir affaire à un horrible bandit, je saisis mon nocturne visiteur par les épaules, et sans respect Pour son grand âge, je le fis sortir plus vite qu'il n'était entré.

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30 JANVIER, — Nous arrivons à Chicago dans la matinée. Immédiatement, la Compagnie de Transport de Parmelee nous conduit à la gare de l’Zllinois Central, où se trouve rotre train privé. C'est un splendide convoi, composé de six wagons-lits : le Colombia, le N icaragua, le Salvador, le Monaco, l'Avis et l’Olean, d’un Wagon pour le bagags, d’un immense wagon restaurant, le Quantzintecomatain, d'un wagon pour la cuisine, d’un wagon décruvert, le Chililitli, pour prendre le bon air et admirer les

scènes des montagnes. Dans ce train idéal, nous avons : bibliothèque, piano et même une barberie. Nous prenons place, nous, les prêtres, dans l'Avis, nous avons chacun à note disposition deux amples fauteuils, où nous prendrons nos aises ; je me le promets, En attendant le départ, nous faisons connaissance avec M. Campbell, notre chef d'expédition, et avec nos compagnons de route.

Nous sommes cent-un Passagers, dont sept du Canada. Il est évident, rien qu’à jeter un coup d'œil discret sur notre entourage, que la plutocratie américaine est largement repr“sentée dans ce Tour of all Mexico. Beaucoup de dames et de jeunes misses

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sont de l'excursion, je crois même qu'elles forment

la majorité.

La locomotive est resplendissante, la vapeur condensée fait gronder ses entrailles. A 10 heures, un all abord to Mexice, se fait entendre, notre train s'ébranle aussitôt, pour courir ensuite à pleine vapeur vers le vieux Mexique. Je ne ferai pas la description de l'Etat de l'Illinois que nous traversons ; c'est un pays plat qui manque de pittoresque, surtout en hiver. D'ailleurs nous brûlons l'espace, à peine deux ou trois fois sommes-nous mis en garage, pour laisser passer des trains réguliers. Nous saluons sur notre parcours les villes prospères de Kankakee, Gilman, Gibson, Clinton, Mount Pulaski et Springfield.

Il est près de 6 heures, lorsque ayant traversé le Mississipi, nous entrons en gare dans la populeuse ville de Saint-Louis. Cette cité, l'un des grands centres commerciaux des Etats-Unis, est pour moi une vieille connaissance ; en 1904, j'y demeurais dix jours pour admirer les merveilles de son exposition universelle. Nous nous contentons de faire le tour de sa gare immense, la plus riche et la plus

imposante de l'univers. Un bon groupe de passa- 8ers nous attendent ici, pour prendre part à l'expédition.

Nous quittons Saint-Louis à 10 heures du soir par la voie de l’Zron Mountain. Toute la nuit nous avons oyagé dans les Etats du Missouri et de l'Arkansas.

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31 JANVIER. — À mon réveil, vite, je relève le store de ma fenêtre ; nous étions À Bald-Knob,. L'hiver est disparu avec ses glaces et sa neige.

A 9 heures, notre convoi stoppait à Little Rock, la capitale de l'Arkansas. Little Rock est une jolie vil'e avec toutes les caractéristiques des autres cités américaines. Elle est le siège d’un évêrhé, dort l'évêque titulaire, Mgr Fitz Gerald, nous fait penser aa Concile du Vatican.

Nous roulons toute la journée dans le pays du

coton. Sur les quais de presque toutes les gares, nous voyons d'innombrables balles de coton, deutinées aux manufactures américaines ou européennes. Tout naturellement Valleyfield, la ville épiscopale

de mon diocèse, célèbre Par ses produits manufacturés, est présente à ma mémoire pendant tout ce trajet,

Nous passons aussi à travers d'immenses forêts de pins qui alimentent plusieurs scieries mécaniques,

L'Arkansas est peuplé en rande partie de nègres de la plus belle eau, Les habitations pauvres et délabrées que l'on voit Partout, nous donnent une idée défavorahle de la population noire. Ont-ils gagn* jar l'émancipation ces pauvres fils de Cham ? Les faits semblent démontrer le contraire. Lors-

‘ils étaient esclaves, les maîtres en avaient soin

‘mme des choses utiles ; mais depuis l'affranchiss aent, laissés à eux-mêmes, ils sont aussi misérables, peut-être plus qu'avant, et la natalité a beaucoup diminué, Je laissse la solution de ce problème à de plus graves penseurs que moi.

Le sol de l'Arkensas ne me paraît pas très fertile. C’est une terre de couleur rouge, on dirait de la brique. Ses villes que nous voyons sur le passage sont Malvern, qui sert de jonction aux célèbres Hot- Springs et Texarkana.

Cette dernière est bâtie, pertie sur l'Arkansas et

partie sur le Texas, d’où son nom. On me dit que la porte principale de la gare du chemin de fer est juste au-dessus de la ligne de démarcation entre les deux Etats.

Comme notre train doit ici changer de locomoil tive, nous profitons de ces quelques minutes d'arrêt, |! pour jeter un coup d’œil rapide sur la ville. La | gare est dégoûtante par sa malpropreté : ici les | nègres : : sont pas admis avec les blancs ; il y a la | | salle d’attente pour la population blanche et la | salle d'attente pour le peuple de couleur. On touche du doigt l'antipathie profonde qui existe entre les

deux races ; et les scènes barbares de la loi de Lynch, que tant de fois les journaux nous ont racontées, se présentent instantanément à notre esprit.

Nous partons vers 3 heures de Texarkana, nous

sommes maintenant dans le Texas. La température

devient douce et tiède, nous ouvrons nos fenêtres

pour respirer avec délice le bon air. Déjà on laboure

dans les champs et les négrillons courent nu-pieds

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dans le chemin. Nous saluons sur le passage les villes de Jefferson, Marshall, Longview, Jacksonville, Palestine, toutes très actives et très américaines,

Durant la nuit nous passons à Austin, la capitale du Texas, et qui possède le plus beau Capitole d'Etat, si on excepte celui d'Albany.

Texas est un mot indien qui veut dire, “lieu de chasse ” ; sa superficie, plus grande que celle de la France, est d'environ 40,000 lieues carrées. Les Toltèques avaient habité le Texas, avant leur émigration au sud du Rio-Grande, vers le VIIe siècle ; et c'est également du Texas que les Aztèques partirent pour conquérir le Mexique au XIIe siècle, A plusieurs reprises, les Espagnols, au XVIe s' ile, essayèrent de coloniser ces immenses Pampas, suais toujours avec des résultats malheureux ; les tribus nomades des Comanches et des Apaches qui sillonnaient en tous sens ces terres en friche, semaient la

terreur et la mort parmi la population blanche, trop

faible. Ce fut un français, M. de La Sale, qui eut l'honneur de former le premier établissement en

Ex 1691, les Espagnols du Mexique, firent la conquête du pays et y fondèrent des missions pour la conversion des Indiens, et des comptoirs pour faire la traite des pelleteries.

Leur premier établissement fut San-Antorio de Bexar qui date de 1698.

En 1821, Etienne Austin, un américain du Missouri, autorisé par le gouvernement espagnol, y amena de nombreux émigrants et donna une vive impulsion à la colonisation. On peut dire que jusqu'à cette époque, le Texas formait de vastes solitudes habitées ou plutôt parcourues sans cesse que par les Peaux-Rouges féroces, ennemis jurés de la race blanche. Des troupeaux de :zstangs provenant des andalous lâchés jadis dans le Nouveau-Mexique, et des bandes de bisons vivant en société, paissaient les grandes herbes des prairies immenses ou prenaient des courses folles poursuivis par le chasseur Indien. Les serpents à sonnettes foi sonnaient dans les forêts vierges et dans les savanes.

Quand le Mexique se sépara de l'Espagne, le Texas forma avec la province de Cohahuila, un des Etats de la nouvelle république.

Les Texiens se révoltèrent en 1835, sous la conduite du général Houston. Santa-Anna qui venait d'être nommé président du Mexique arrive en 1836 avec une armée mexicaine pour réprimer les rebelles. A San-Antonio, le 6 mars, il délogeuit les insurgés de l’Alamo, leur dernier fort, mais le 22 mars suivant, il perdait la bataille de San-Jacinto et était fait prisonnier, L'indépendance du Texas fut alors déclarée.

Le général Houston fvt élu président de la nouvelle république. Le Texas était trop faible et trop pauvre pour conserver son autonomie, entre deux voisins si jaloux l'un de l'autre. En 1845, il abdiqua son indépendance pour devenir un Etat de la confédération américaine.

En 1846, une dispute s’éleva entre le Mexique et les Etats-Unis à propos des frontières du Texas : les Américains réclamaient tout le territoire jusqu'au Rio-Grande, les Mexicains prétendaient que les bornes du Texas n'allaient pas plus loin qu'à la

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rivière Nueces. La dispute dégénéra en guerre entre les deux pays. Battus dans toutes le: : .ncontres, les Mexicains obtinrent la paix en cédant aux Américains : le Texas, le Nouveau-Mexique, la Californie, le Nevada et l’Arizona,

1 FÉVRIER. — Nous sommes ce matin, à San- Antonio de Bexar ; et le nom de cette ville est sur notre itinéraire, comme place qu'on doit visiter. Nous prenons nos voitures à 9 heures, pour faire une charmante promenade à travers cette ville mimexicaine, mi-américaine. Les monuments publics les plus remarquables sont l'hôtel-de-ville, le palais de justice, le marché, le théâtre et le bureau de poste.

Nous entrons dans l'antique cathédrale de San- Fernando, qui sert d'église paroissiale aux Espagnols et aux Mexicains. Deux prêtres espagnols très courtois nous montrent ce qu'il y a de plus intéressant dans le vieux temple. S'il n’y avait pas

dans le chœur un trône d'évêque, nous n'aurions pu

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croire que cette église si pauvre, fut une cathédrale. Les catholiques de langue anglaise sont desservis, eux par les Oblats de l'Eglise Saint Mary; tout est propre ici, mais la splendeur et la richesse n'y règnent pas non plus. Le presbytère en briques blanches qui touche à l'église est très joli,

L'hôpital Santa- Rosa et l’orphelinat Saint John pour les garçons, sont deux splendides maisons de charité : l'avenue de l'hôpital est superbe avec ses parterres et ses arbres encore verts.

Nous traversons quelques rues, et, nous voici à l’Alamo, ancienne église des Jésuites, bâtie en 1718, C'est dans ses murs épais, que Travis et 176 Texiens se réfugièrent en 1836, pour tenir tête à l’armée de Santa-Anna, forte de 5,000 hommes. Tous préférèrent mourir plutôt que de mettre bas les armes, Sur une plaque commémorative, il est dit : “ Aux “ Thermopyles un soldat se sauva pour porter à ses “ concitoyens la nouvelle du désastre, mais ici tous “ périrent plutôt que de se rendre ”. C'est le monument glorieux de San-Antonio. Il y a de l’Alamo à toutes les sauces, depuis l'hôtel Alamo jusqu'au cigare Alamo.

Par-ci, par-là, nous trouvons de vieilles bâtisses avec des te-rasses, au lieu de toits, ce qui indique l'origine espagnole de la ville. De très beaux parcs, qu'on appelle ici des Plazas, remplis d'arbres artistement taillés, donnent à San-Antonio un air distingué et aristocratique. Il n'y a que sa population nègre qui jette du discrédit sur sa beauté,

La température est délicieuse, on se croirait en juin ; c'est la terre idéale de l'été perpétuel et du soleil brillant,

Mais la visite la plus i éressante du jour fut celle des vieilles Missions franciscaines, situées à quatre ou cinq milles de San-Antonio, Ces Missions sont aujourd'hui en ruines fiques ruines !

Nous visitons tout spécialement la Mission de “ la Purissima” fondée en 1731 etqui pouvait servir aussi de forteresse contre l'invasion des Indiens. Les prisonniers de guerre étaient détenus dans ces églises, où les missionnaires franciscains travaillaient à leur conversion. Il y a encore dans “ la Purissima ” un autel surmonté de la statue de l’Immaculée. Le

jeune garçon qui nous sert de ciceror

: mais quelles magni-

? nous montre

une porte qui s'ouvrait sur un conduit souterrain de deux milles, et qui reliait les deux missions de “la Purissima ”et de San-José. Nous passons près de San-José, la façade a été sculptée et porte encore

l'empreinte de son ancienne splendeur. A San-Antonio, il y a des sources d'eaux chaudes célèbres. Tout près est bâti un superbe hôtel qui

ouvre ses portes aux chercheurs de santé et de confort.

Dans les bois, de magnifiques arbres portent dans leurs branches d'énormes paquets de mousse, et dans les chemins poussent les cactus, qui sont comme les chardons du pays. De beaux oiseaux rouges et d'autres couleurs brillantes s'envolent à notre passage.

Nous partirons durant la nuit de San-Antonio ; dem ‘ . nous serons sous un autre pavillon.

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