CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
L'Unele Sam se montre paternel. — Une volée de good by, — Où l'on bénit la lenteur du cuisinier, — Pourquoi nous n’arrôtons pas à Saint-Louis, — Le Grand-Tronc me
fait tressaillir d’allégresse, — Nous crevons de dépit de ne pas voir de neige, — Coteau-Station,
UAND nous arrivons, le 4 mars, à Nuevo- Laredo, la cloche sonne l'Avgcius du midi,
Nous nous hâtons de nous présenter au
guichet du changeur pour avoir des bank
notes des Etats-Unis contre nos rares pesos du Mexique. Mais 6 tempora ! 6 mores ! ! s'écrierait de nouveau Cicéron. Il Y&un mois, à ce guichet exactement, nous avions redoublé notre capital, et cette fois on nous offre plus que 48 cents par peso. Pendant que nous sommes oceupés à échanger les monnaies qui nous restent, la douane mexicaine fait la revue de nos malles, Pour savoir si nous n'appor-
tons pas des antiquités ou des objets d'arts : ce qui est strictement prohibé par les lois du pays. Il faut croire que nos malles out l'air très honnête, puisque l'officier se contente de marquer la lettre r avec de la craie sur chacune d'elles. C’est tout.
Mais il y a encore la douane américaine, et ce n’est pas la plus facile à amadouer. Avouons-le, nous étions un peu dans les transes sur le fleuve Grande-del-Norte, avant d'atteindre la rive américaine ; et il y avait de quoi, avec tous nos colis remplis de souvenirs. N'arrive pas qui veut aux Etats- Unis. L’'Uncle Sam, sur ses frontières, se montre défiant: à l'extrême. Il sait en imposer aux étrangers qui frappent à sa porte, avec ses formalités solennelles et un cérémonial à n’en plus finir. Il envoie toute une nuée d'officiers galonnés au-devant de chaque train qui s'apprête à traverser sur sa rive. Les uns s'enquièrent d'où vous venez et où vous allez ; si vous êtes Mexicain, il vous faudra payer une taxe de 82.00 pour avoir le droit de fouler le sol de votre voisin, mais si vous êtes Canadien, vous aurez un gracieux salut de l'officier. Le médecin, qui soit dit entre parenthèse est un Cana-
dien d’Ontario excessivemeut aimable, fait ensuite
e qui | faut
isque
sa visite officielle :
dans sa sacoche d
malheur à celui qui apporterait es microbes de la fièvre jaune !
Enfin ce sont les douaniers Proprement dits, qui
c de sont chargés de percevoir les droits de douane.
Mais l’Uncle Sam a vite reconnu ses neveux dans les exCursionnistes.
bonhomie,
et ce Aussi il s’est montré d’une d’une gentillesse accomplie, Il s'est contenté de nous demander si nous plus de
ns-le, leuve apportions pour
s du Mexique. Et sur notre réponse négative, il nous a souhaité un bon voyage,
méri- 8100.00 en marchandise rec
Etatsontre Stranalités dir. Il levant A Laredo, sur sa
sans commettre l’indiscrétion dont il
est coutumier, de regarder dans les valises,
nous débarquons quelques passagers qui s’en vont finir l'hiver soit à la Nouvelle-Orléans où ou soit en Floride, Les good by s'entre-croisent din avec des shake hand vigoureux.
e fou- Nous avançons nos montres de trente-six minu-
Cana- tes pour avoir l'heure officielle : ce sera autant de
er. Le
pris sur ce dimanche qui nous paraît bien long : Cana-
un dimanche sans messe, pour le prêtre,
ressemble nsuite à un jovr sans pain.
Nous entrons en gare à San-Antonio, dans la soirée ; ici un bon nombre de touristes nous quittent pour prendre le train de San-Francisco. Notre sort
à nous est bien plus enviable, nous nous en allons au Canada.
5 Mars. — Toute une journée en chemin de fer avec la perspective de deux autres journées, c'est long, c’est très long. Aujourd'hui pour la première fois nous bénissons presque, l'extrême lenteur de nos cuisiniers à nous apprêter nos repas. Pour le touriste curieux qui veut tout voir, il lui faut une dose de patience presque héroïque, quand il va s'asseoir dans le wagon-restaurant pour satisfaire son appétit Attendre une demi-heure les plats que nous avons commandés, c'est généralement l'ordinaire, ajoutons un autre quart d'heure pour le dessert et avec le temps de consommer le tout, nous passons très facilement une heure ou une heure et demie à table.
Nous aurons bien aussi la distraction qui n’est pas à dédaigner, de brûler quelques cigares mexicains . dans le compartiment-fumoir. Puis avec la récita-
aire, rt et SNS nie à
t pas cains scita-
» Oser sortir de notre Pullman pour nns mettre en quête d'un hôtel quel- Conque. Conti ons alors notre route, décidément c'est ce qu'il Y a de mieux à faire, lors même que NOUS n'aurions pas de bagages,
Voilà le tour des Canadiens de quitter le train Privé, après avoir fait nos adieux AUX amis si sym- Pathiques que nous &VOnS appris à aimer et à admirer durant ce long Voyage, nous débarquons à Har- VeY, pour prendre le convoi de Montréal,
Bientôt une Puissante machine apparaît conron-
née d'un long panache de fumée ; c'est notre train, c'est le Grand-Tronc.
J'ai fait une étonnante découverte à Harvey : j'ai surpris, endormie au fond de mon âme une tendre affection pour le Grand-Tronc ! A la geule vue de ses wagons, j'ai senti mon cœur bondir de joie. Ah ! c'est qu'il évoqua en moi à ce moment précis : mage du Canada et tout spécialement de Coteau-Station, ma paroisse bien-aimée. Demain il me déposera chez moi, et avant de passer devant mon église de Saint-Médard, il la saluera par un sifflement strident.
7 MARS. — En sortant du lit, nous nous apercevons que nous sommes à Berlin, non pas le Berlin d'Allemagne, mais bien notre Berlin canadien.
O Canada, mon pays, mes amours !
Si quelqu'un ane demandait quel était le sentiment qui dominait dans mon âme, sur ce beau sol de la patrie ? Je lui répondrais : un sentiment de profond dépit. —Mais pourquoi donc ? — Comment nous sommes sur la terre canadienne, en plein hiver, sur Les quelques arpents de meige de Voltaire, et
pas un grain de neige ! Nous épations nos amis du
er ce- Berlin
genti-
au sol
nt de ament hiver, ire, et nis du
Sud, quand nous leur parlions du royal manteau d’hermine, dont se Couvre notre beau Canada cha-
que hiver, et tout cela n'était qu'une blanche légende !
N'importe, nous ne perdons pas espoir ; nous la trouverons bien cette neige séculaire. Toronto la pure, où nous laissons quatre touristes, est noire comme de l'encre ! Belleville, Kingston, Brockville, Cornwali sont noires ! Mais les Canadiens n'ont donc pas eu d'hiver ? Mais le Canada ne serait done plus “ Our Lady of the Snows ?” Attendons il ya
encore la Province de Québec qui tient mieux que cela à ses traditions. En effet la Rivière-Beaudette
et Saint-Zotique nous offrent bien deux pouces de neige.
Nous débarquors au Coteau à 5 heures : un grand nombre da mes Paroissiens viennent me saluer au débarcadère. Jamais je n'ai goûté avec autant de plaisir, le beau vers du poète :
“A tous les cœurs bien nés, que la patrie est chère AE
TASLE Di8 MATIERES
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