‹ Le tour du Mexique [microforme]Chapitre 32 sur 44 · LE TOUR D! MEXIQUE · texte numérisé non relu

LE TOUR D! MEXIQUE

d'amour pour elle, se précipite en cascades d'argent et vient s'y jeter : en tombant il métamorphose ses ondes en émeraude liquide. Tout autour de la grotte, des minces filets d'eau viennent aussi faire leur cour à la grotte enchanteresse et fascinatrice. Si les fées ont véeu quelque part, cette grotte fut sans doute la demeure d'une des plus belles et des plus jeunes.

L'autre grotte n'est atteinte qu'après une descente très raide et assez longue aussi. Celle-ci est une beauté sauvage et imposante. Sa voûte granitique, haute comme celle d’une cathédrale, est percée de deux orifices qui ne laissent passer qu’une lumière incertaine et presque craintive. Il règne dans cette étrange enceinte, une demi-obscurité indécise et pleine de mystères. Des plantes grimpantes tapisgent les murs trop sévères. Tout au fond, elle a placé sa fontaine rem! d'une eau qui semble être une teinture d’indigo, tant elle est d’un bleu intense. Sila première grotte fut la résidence d’une fée jolie ec coquette, celle-ci a été certainement le palais de quelque géant misanthrope, qui fuyant le commerce du monde, passait ses loisirs au fond de la montagne ; ou encore de quelque Barbe-Bleue ayant

1à sa fontaine ; les lierres qui verdissent les parois

que, e de einette e et apislle a être ense.

e fée palais comde la ayant

parois

de ce château ne decèlent-ils pas la main de la femme malheureuse du tyran ?

Retardés Par un »scident de chemin de fer, nous

arrivons à Tampico que durant ia nuit,

L' MARS, — Tampi o sise à l'embouchure de Ia rivière Panuco, à quelques milles seulement de ln mer, à bonne mine avec ses maisons blanches ornées de véran: … Elle ressemble, me dit-on, plutôt à une ville de la Louisiane qu'à une ville du Mexique. Des steamers nombreux ont jeté l'ancre dans le

voisinage ; chaque moi: plus de quarante vaisseaux

viennent chercher ici ur cargaison pour Mobile, Galveston, La Nouvelle-Orléans, New York, La H:vane et les ports d'Europe, Aussi » ‘ec ses jetées et sa rivière aux eaux profondes, Ta ;ico est-elle

la rivale de Vera-Cruz, comme port de mer.

Nous visitons le marché excessivement intéressant. Il est encombré de légumes et surtout de poissons rares, que les pêcheurs viennent d'apporter de la mer. La rivière qui coule à côté est couverte de canots et d'embarcations typiques.

Bon nombre de touristes munis d'engins de pêche, prennent ici des chaloupes pour faire la guerre aux habitants du golfe. Les autres, et nous sommes du nombre, continuent leur route, jusqu'à La Barra, sur l'Océan.

Avant d'atteindre la grève à La Barra, nous avons à traverser des collines de sable mouvant. Le vent l’amasse en bancs de deux à trois pieds, et les cantonniers doivent enlever ce sable à la pelle, comme on fait pour la neige au Canada.

Enfin, nous sommes en face de l'océan majestueux et plein de mystères. La température est parfaite, une bonne brise souffle du large. La mer est calme et belle, elle ne fait qu'une petite colère avant d'arriver sur la plage, mais ensuite amoureusement elle vient baiser le sable doré de la grève.

Les touristes comme des enfants en vacance, vagabondent par-ci, par-là, ramassent des coquillages, jouent dans le sable ou se couchent paresseugement sur la grève. Dans les vagues des baigneurs prennent leurs ébats. Nos gens à leur tour se payent le plaisir d’un bain d’eau salée Des gros oiseaux à la mine étrange et au bec démesuré volent lourde-

ment sur la crête des vagues, et des allouettes affai-

aite, me d'arelle

ance, uillasseUuneurs ayent aux à urde-

affai-

rées trottinent allégrement sur le sable, e7 quête de

mollusques. Pour tout horizon, l'Océan infini et les

dunes du rivage. Nous nous reposons des fatigues

du voyage,dans ce tableau d'une désespérante monotonie. Rester ici une semaine serait suffisant, il me semble, pour mourir de nostalgie. Ne serait-ce point pour nous faire soupirer après la patrie qu'on nous a conduits dans cette vaste solitude, juste quelques

heures avant de repartir pour nos foyers ?

2 Mars. — Nous avons couché sur le bord de la mer, dans nos wagons-lits, et nous nous sommes endormis au clapotis musical de la vague, Ce matin, c'est la même monotonie qui nous enveloppe. :a mer chante éternellement sa chanson grave et solennelle. Nous reprenons notre même marche sur la grève, sans but défini. C'est la même cueillette de coquilles, c’est le même repos, c’est l’inertie !

Fuyons ces plages fades, et allons nous promener sur les rives du Panuco pour y trouver un peu de vie. Des petits garçons pêchent des écrevisses à eau

profonde, avec des paniers amorcés de débris de

poissons. Un énorme requin, sur un des quais, se débat dans les dernières transes de son agonie ; et dire que nos touristes, hier, prenaient sans souci leurs Lains dans ces parages et s'en donnaient à cœur-joie, quand le danger était si près !

Nous partons de La Barra à 11 heures, pour le retour.

A Tampico nous retrouvons nos sportsmen qui en embarquant nous montrent avec orgueil le produit de leur pêche. Ils ont pu saisir vingt-trois splendides tarpons. Le tarpon qu'on ne rencontre que dans le golfe du Mexique, est un beau poisson d’une longueur qui varie entre cinq et six pieds, ses écailles très larges sont couleur d'argent. Rien d'aussi beau, me dit un touriste, que de sortir de la mer un tarpon ; le soleil qui fait étinceler ses écailles, lui donne l'apparence d’une masse de feu. Il faut encore emmagasiner dans notre train ces spécimens de l’habileté de nos pêcheurs.

Qui pourrait dire ce qui s’emporte du Mexique, dans cette expédition ? J'ai visité le wagon réservé au bagage, j'en suis sorti ébahi. Partout d'immenses caissons, limitent à sa plus extrême étroitesse, le

passage nécessaire pour circuler. Des paniers rem-

plis d'objets fragiles sont suspendus à la toiture, et je ne vois Pas une place vacante Pour un autre panier. Dans nos pullmans, les valises et les mannes s'empilent et forment partout des petites tours de Babel. Aucune Patère qui ne serve à suspendre au moins deux ou trois énormes sombreros ; des faisceaux de cannes menacent à chaque pas, de faire culbuter l'imprévoyant, qui ne voit pas plus loin que son nez, Les sièges de nos fauteuils recèlent dans leurs entrailles des centaines et des centaines de cigares, sans compter leurs petites sœurs, les cigarettes. Parlons bas, ou mieux ne parlons plus ! Car il nous faudra bientôt subir le regard sévère et scrutateur de la douane américaine.

Nous devions, suivant notre itinéraire, passer par les villes de Victoria, Linares et Montemorelos, Pour atteindre les frontières ; mais je ne sais plus quel désastre est arrivé la veille, sur la ligne du

chemin de fer ; c’est ou un viaduc qui a été emporté

Par la crue des eaux, ou une partie de la voie qui a été balayée par un torrent. Toujours est-il que nous avons été obligés de revenir sur nos pas et de remonter le terrible Canon de Tamasopo : ce qui

allonge notre chemin de quelques centaines de milles,

3 MARS, — Nous arrivons dans la matinée, à San- Luis-Potosi, — Saint-Louis-du-Trésor, On nuus donne rien qu’une heure pour visiter une ville de 61,000 âmes ! Comme la plupart des autres cités mexicaines, San-Luis a ses quartiers aristocratiques, riches et brillants, où se trouvent les Palais, les magasins, la cathédrale et les alamedas ; et des faubourgs malpropres remplis d'enfants sales et débraillés, de chiens maigres et de pourceaux errants. Mais il me semble, qu’il y a ici plus d'indiens misérables qu'ailleurs. Grands dieux ! que nous en avons rencontré de la guenille dans ce beau pays du Mexique ! Chose remarquable ! c'est surtout dans les villes d'argent, comme Zacatecas, Guanajuato et San-Luis- Potosi que les Indiens sont les plus sordides. Est-ce que l'argent qui engendre l’avarice sordide, inluerait à rendre le peuple sordide ?

La ville de San-Luis est entourée de collines qui regorgent du métal précieux. Depuis au-delà de

trois siècles qu’on exyioite avec des profits énormes,

LE TOUR DU MEXIQUE 251 les filons argentifères de San-Luis ; et ces mêmes

mines qu'on croirait inépuisables, donnent encore aujourd’hui, un rendement annuel d

e plus de trois millions.

Ici comme ailleurs, nous trouvons beaucoup de belles églises dont l'extérieur est sculpté avec un luxe presque extravagant, et l'intérieur littérale. ment couvert d'une épaisse couche d'or. Nos églises

Canadiennes paraissent froides et ternes

en regard de ces églises

mexicaines, étincelantes de dorures et de sculptures, Nous visitons la cathéd somptueusement décorée entrés. on chantait la me diacre. Tout près de la épiscopal de Mgr Montes prétend que c'est le plu Mexique. Mgr l’archev donné ses cartes pou auprès de l'évêque de Pour nous,

rale qui est ; quand nous y sommes sse avec diacre et souscathédrale, est le palais de Oca y Obregon ; on 8 merveilleux évêché du êque de Montréal nous avait F que nous fussions admis San-Luis, mais par mslheur le prélat est à Rome depuis deux mois, à accomplir son voyage ad limina.

L'alameda qui porte ici le nom de Plaza Hidalgo, est peutvilles :

être moins fleurie que dans d’autres d'ailleurs les travaux d'embellissements

qu'on est à exécuter dans les allées lui enlèvent un peu son cachet de propreté ; la cathédrale est sur une de ses faces et le palais du Gouvernement sur une autre. C’est dans ce palais ionique, — j'allais écrire inique,—que Juarez signa l'arrêt de mort du malheureux Maximilien.

Après l'évacuation la Mexique par l’armée française, Juarez établit en 1867, le siège de son gouvernement à San-Luis. Qui pourrait redire toutes les démarches, toutes les sollicitations qui furent faites dans ce ralais en juin 1867, pour obtenir la grâce de l’empereur condamné ? Aucune n’est aussi touchante que celle de la princesse de Salm-Salm. Cette jeune femme sublime de dévouement, voulut . être l'ange consolateur de Maximilien, dans sa captivité à Queretaro. Tous les jours, elle venait voir l'empereur, pour le distraire des tourments de sa prison. Avant la date fatale, elle ne craignit pas d'entreprendre une course de 160 milles par des chemins impraticables, pour venir ici, à San-Luis, se jeter aux pieds de Juarez, implorer, les yeux baignés de larmes, le pardon de Maximilien. Mais le vieux dictatenr, qui était resté sourd aux instan-

ces de tous ies gouvernements européens, se montra

encore inexorable : il fit sonner bien haut la justice du peuple qui demandait vengeance, et l'exécution eut lieu le 19 juin.

Nous sentons encore des Desos qui pèsent dans notre bourse : vite allons les dépenser dans les superbes magasins qui bordent la plaza. J'ai cru remarquer que sous mon siège de pullman, il y avait encore une petite place pour une boîte de cigares ; comme l'ancienne nature, j'ai horreur du vide dans cé voyage, achetons donc encore des cigares et puis.... une pipe. Je n'oserais pas parler d'une chose aussi vulgaire, si ma pipe ne s'élevait pas de dix coudées au moins, au-dessus du vulgaire. Figurez-Vous une pipe, la plus élégante des pipes, recouverte de filigranes dorés, comme le plus noble sombrero : c’est ma pipe.

Une heure, la dernière heure sur cette terre bénie du Mexique, est vite écoulée ; le départ vient de sonner, nous courons prendre le train. Aurons-nous encore l'occasion de mettre le pied sur ce sol mexi-

Cain si beau, si poétique et qui 8 su capter notre

cœur ? Je l'avoue, c'est avec une certaine mélancolie que je me réinstalle dans mon pullman, car cette fois-ci, d’après notre itinéraire, le prochain arrêt doit se faire qu’à Laredo, sur le territoire des Etats- Unis.

Toute la journée nous avons filé vers le nord, en faisant du quarante milles à l'heure. Le pays traversé est presque aussi ennuyeux que la pluie fine qui nous accompagne et qui répand une monotonie grise sur les champs, les arbres et les villages. A La Maroma nous franchissons sans le moindre soubresaut la ligne du Tropique du Cancer, et, à notre

insu nous avons changé de zone.

Je ne sais plus à quelle station, le télégraphe nous apprend que nous avons égaré deux passagers à San-Luis, et chose dure pour notre orgueil national, ce sont deux compatriotes de Toronto ! Des rumeurs de toute espèce circulent dans nos wagons, mais généralement on jette la faute sur la femme, car il y 8 une femme dans cette infortune. On prétend

que c’est en discutant le prix d’un couple de perro-

quets superbes, que nos amis ont perdu leur passage. Mais qui est-re qui, je me le demande, a pu dépécher cette nouvelle fantaisiste, dans un convoi lancé à toute Vapeur ? Ce n’est pas la télégraphie sans fil, c'est évidemment l'œuvre d'une imagination bouillante, N'importe, il nous faudra ce soir, à Saltillo, attendre nos retardatai- es,

À Saltillo nos deux Canadiens n

ous rattrapent, et ils n'ont pas plus de Perroquets que sur la main, Allez-

done vous fier maintenant aux racontages !

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