CHAPITRE TROISIÈME
SALTILLO, — Comment on se drape avec une vieille couverture. — La cathédrale, — Le champ de bataille de
Buena-Vista, — En route pour Aguas-Calientes, —Le nopal et l’aloës, — Lag
lation de 24,000 âmes.
sition. Nous courons voir la cathédrale,
tance qui nous en sépare est assez grande,
-Salinas, — Une messe dite à midi, — AGUAS-CALIENTES, — Les églises, — L’encyclique de Pie X mise en pratique, — Les bains chaude, — Les dentelles mexicaines. — Le marché de la ville, — Les Parasols blancs, — Le concert sur la Plaza. — La fenêtre de la Senorita cigarette À madame,
d’eau
+ — Passez une
E surprise en surprise, nous arrivons à El-
Saltillo, la capitale de l'Etat de Coahuila, à 4.45 heures,
Cette ville, fondée en 1586, a une popu-
Nous avons ici quarante minutes à nôtre dispo-
car la dis-
Nous
revoyons nos mêmes maisons basses et avec toits plats ; c'est toujours notre mur percé de portes. Nous nous côtoyons avec notre même race malpropre et déguenillée ; 'est toujours notre Mexicain, enveloppé dans son inséparable zarape. Avec quelle dignité on se drape ici avec une vieille couverture à cheval ! On ne porte qu’un modeste pantalon de coton blanc et une chemise souvent déchirée ; on a des sandales usées, à des pieds couverts de boue: mais qu'importe la pauvreté de l’accoutrement, si on a l'énorme sombrero et la zarape nationale, on peut marcher la tête haute et avec morgue parmi ses concitoyens.
Les rues de Saltillo que nous avons parcourues, sont de véritables casse-cou ; les unes sont sans trottoirs, les autres ne possèdent que des trottoirs en briques à moitié détruits.
La cathédrale est très belle, sa façade blanche, ciselée par un instrument amoureux de l’art, nous montre des pierres que nous dirions enguirlandées de dentelles. Actuellement on est à faire des réparations dans le chœur et on y construit un maîtreautel monumental. Il y a là des pieuses Mexicaines qui prient dévotement. Sur un prie-Dieu est age-
nouillée une jeune fille, tout de blanc habillée et couverte d’un grand voile blane, elle doit faire une heure d’adoration. Nous traversons la plaza, toujours si coquette, et nous courons reprendre notre train.
El-Saltillo a été érigé en évêché par Léon XIII, en 1893.
Nous partons à 5.30 heures. A cinq milles du sud, notre train franchit le champ de bataille de Buena-Vista, où les Mexicains furent défaite par les Américains, le 23 février 1847. Nous nous enga-
geons ensuite dans une vaste solitude agrémentée
de montagnes : c'est la variété dans la monotonie. #**
4 FÉVRIER. — Nous avons passé par San-Luis- Potosi, cette nuit, en route pour Aguas-Calientes, la capitale de l'Etat du même nom.
Ce matin, après notre lever, nous apercevons une montagne très haute et très plane sur son sommet ; on dirait la table des dieux de l'Olympe. Les palmiers et les cactus prennent de plus amples proportions. Les cactus sont ici des arbres, j'en vois qui ont
plus d’un pied de diamètre, avec cette taille, ils s'appellent des nopals et deviennent précieux. Leurs fruits assez agréables font la base de l'alimentation des Indiens, et leurs feuilles qu'on a fait griller pour les dépouiller de leurs épines, servent de nour- riture pour les bestiaux. On me dit, que les vaches \ sont très friandes du nopal, et lorsqu'elles aperçoivent quelque part de la fumée, elles y courent immédiatement, croyant y trouver un bon repas. Nous traversons d'immenses champs d’aloès ou d'agaves, plus connus ici sous le nom de magueys ; c'est avec la racine de cette plante que sont distillés | le mescal et le tequila, liqueurs très fortes en alcool. Nous passons an milieu des villages mexicains de Espiritu-Santo, ‘lvlosa, Penon-Blanco, etc. ce sont toujours les mêmes entassements de chétives cabanes. Nous rencontrons souvent des Mexicains, le long de la ligne du chemin de fer, les uns montés sur des petits ânes pelés (burros), les autres sur des petits chevaux maigres à faire peur. La maigreur semble être de mode, par ici. Les chiens efflanqués ‘qui viennent aboyer à notre train, crient leur famine,
Ce qui est remarquable dans ce pays, ce sont les
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fe ee LE
rurs de clôture qui sont de beaux Ouvrages de Maçonnerie, Par ci Par là, nous Voyons des blocs en forme d'obus énormes, qui servent à marquer leg
bornes des Concessions minières et des haciendas, avec leurs Champs sans limites,
C'est son immense dépôt de sel qui a fait sa for. une et qui lui a donré son nom, Nous voyons l'église Paroissiale de notre fenêtre,
e la patrie absente et des chers amis qui sont si loin de nous, Enfin nous arrivons à Aguas-Calientes à 11,30 ures. Vite, nous Prenons une voiture Pour la plus Proche église, car la gare est à Plus d'un mille de
pourra dire
e s'étant conservé à jeun nous sommes accompagnés d'un tous deux catholiques.
ville. Mon frèr
]a sainte messe ; Américain et de sa femme, evant une P pelle, elle est fermée et il est midi moin frappons à la résidence du prêtre ; nous devons parler latin pour être compris. Mon frère revêt les ornements sacerdotaux, il est presque midi ; sntendons la messe comme de bons catholi-
etite église ou Ch&-
Nous nous arrêtons d s dix. Nous
mais
nous ques.
Dans l'aprèstrès anciennes et très sition
tons les églises, toutes
midi, nous visi Dans
riches en peintures.
deux, il y a xp° du Très Gaint-Sacrement ; des confréries sont réunies au pied de l'autel, et les dévots et les dévotes qui récitent l'office, portent un costume spécial un grand scapulaire. Dans us trouvons un prêtre qui, metclique de Pie X, enseigne le
eur une autre église no
tant en pratique V'ency
catéchisme aux petits enfants.
Je me suis laissé dire que l'ignoranc parmi les Indiens mexicains étis, surtout dans les campae deux sacrements,
e en matières
religieuses est grande
et même parmi les m
gnes. Ïls ne connaissent guère qu
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le baptême et le mariage ; et encore se passent-ils trop facilement de ce dernier. L'éducation et l'i
ssez nombreux vaque avec zèle au ministère Pastoral ; et ce prêtre qui fait actuellement le catéchisme à son jeune troupeau, Confirme ce que nous disons,
Il y a aussi une Magnifique église en Construction, en pierre blanche et rose, dédiée à San-Antonio. Aguas-Calientes à été créée en évêché le 27 août 1899, par Léon XIII.
En face de l'église cathédrale est la plaza, vrai
eurs ; avec un monument
la tourmente révolutionnaire, la statue a été jetée en bas de son socle et n'a jamais été relevée depuis.
Pr
Quatre choses nous intéressent beaucoup dans cette ville.
D'abord ce sont ses bains d'eau chaude qui lui ont donné son nom ; Aguas eaux, calientes chaudes. L'eau sort chaude du sol, nous entrons dans l'un de ses bains, nous constatons que l'eau est plus que tiède, nous voyons des baigneurs qui y prennent leurs ébats. Un ruisseau d'eau tiède traverse la ville
en torrent, c’est dans ses ondes que les citadines font leur lavage.
Une autre célébrité de la ville, c'est sa fabrique des fameuses dentelles mexicaines. Toutes les fabricantes accourent à la gare, avec leurs délicates marchandises ; déployant et faisant valoir les fines broderies qu'elles mettent en vente, Il y a de magnifiques morceaux que nos Américaines enlèvent à haut prix. C’est impossible de ne pas acheter, les dentelles sont si belles et les marchandes si éloquentes ! J'apporte quelques spécimens comme souvenir.
LE patio (voir page 31)
Beaucoup d'autres marchands sont autour de notre train ; les uns avec des fausses opales très authenti. ques ou des joujoux d'enfants, les autres avec des bonbons ou des oranges. C'est à Aguas-Calientes que nous goûtons pour la première fois aux oranges fraîches cueillies : elles sont d'une saveur délicieuse.
Les marchés sont une autre curiosité, Nous constatons avec peine, qu'au Mexique, le dimanche n'est Pas fidèlement observé comme au Canada. Les églises sont remplies de fidèles, c'est vrai ; mais les marchés battent leur plein. Nous avons ici une exhibition de tous les légumes imaginables et de tous les fruits nombreux des tropiques ; ce sont les oranges qui occupent le Premier rang. Nous voyons aussi de gros sacs de Pistaches. Le tout est étalé Par terre, Des parasols en toile blanche, plantés dans le sol, abritent les vendeurs contre les rayons trop ardents du soleil. C'est vraiment typique que ces rangées de parasols et cette foule de marchands assis par terre. Pour les “Mexicains, s'asseoir par terre, c'est le siège le plus facile à irouver. N, ous voyons des hommes et des femmes assis partout sur les trottoirs.
Le souvenir le plus vivace qui nous restera de
Aguas-Calientes, c'est le concert en plein air qui nous a été donné ce soir, sur la plaza. Toute la ville est ici, il y a peut-être 20,000 personnes, Cette foule compacte et placide circule, comme en procession, autour de la plaza. Il faut voir ce long défilé de Mexicains qui marchent quatre par quatre ; autant notre regard peut s'étendre au ivin, il n'aperçoit que des chapeaux pointus, hauts de deux pieds. Les jeunes filles sont nu-têtes ou sont voilées de leurs rcbosos bleus ou brins. Ici, chose remarquable, les garçons ne vont jamais avec les jeunes filles : il n’y a pas de /:… sur les plazas ! La lumière électrique éclaire ce tableau mouvant et la fanfare, à chaque quart d'heure sonné per le cadran de la Casa municipale, joue un morceau de musique. Tout ce monde cet silencieux ou presque. Nous remarquons que la population créole ne se mêle pas aux Mexicains dans leur promenade autour de la plaza.
Nous comprenons maintenant pourquoi l'on donne tant de soin aux plazas, car c'est le rendez-vous favori de tout le peuple. Les rues sont sales, mal pavées peut-être, mais les plazas sont toujours propres et coquettes. Celle de Aguas-Calientes a bien six arpents carrés, toute couverte d'arbres rares :
LE TOUR pu MEXIQUE 51 Orangers, palmiers, ete., de fleurs qui donnent leur Parfum et leurs couleurs variées, Les allées qui servent pour la prr menade sont pavées de belles Pierres de taille.
, Par les portes
entr'ouvertes, toute une suite de salons, de chaque côté du patio.
Les rares fenêtres que nous voyons sont généralement protégées par un grillage ; c'est ici que la Senorita mexicaine, qui n'a Pas la liberté d'allure de sa sœur américaine, Passe ses nombreux moments de loisir : derrière sa croisée, ainsi grille de fer, la colombe du Mexique est en sûreté contre l'épervier !
Tout le monde fume la cigarette ici, et, on ne se formalise Pas de rencontrer des femmes du peuple déguster en amatrices de tout petits cigarillos, pas plus grands que des allumettes.
Des jeunes élèves du collège de San-Miguel, Curieux comme tous les écoliers, viennent nous
rendre visite à notre train ; que j'aime à les entendre converser en espagnol ! on dirait qu’ils chantent plutôt qu'ils ne parlent.
Aguas-Calientes a une population de 37,816 âmes et est un centre considérable pour les chemins de fer. Il y a ici des usines importantes pour la réparation des locomotives et un hôpital pour les employés malades ou infirmes.