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CHAPITRE DEUXIÈME

Nuevo LAREDO,— Arrêtons 208 montres et notre manière de juger, — La belle langue espagnole, — Echangeons notre Types mexicains,

La douane, — argent avec des profits énormes, — Le chapes:: national, — Le désert

> es gardeurs de troupeaux et leurs villages, — La vie mexicaine, — Monrerey, — Une rue monotone, — La cathédrale, — Dans Je Patio de l'archevêché, — Le Casino, — La Plaza. — Les montagnes de Monterey, — Une curiosité à la crête d’

une Montagne, — Une hacisnda et la vie du peon.

PRÈS une course vertigineuse de quatre jours à travers le continent américain, mes, le 2 février,

nous som-

sur les confins du Texas,

dans la jolie ville de Laredo. De la gare,

nous pouvons apercevoir les falaises sablonneuses et monotones du Mexique.

Vers 9 heures,

nous traversons le Rio-Grande.del.

Norte, ce mince fleuve bourbeux qui n’a de grand que son nom et qui sert de fron républiques,

tières aux deux

Nous voici à Nuevo-Laredo, dans le Mexique, Sur le pont métallique, qui relie les deux pays, notre conducteur nous a avertis de retarder nos montres de trente-six minutes, pour avoir l'heure exacte de la contrée, et de reporter notre manière de voir et d'apprécier à plusieurs siècles en arrière, pour comprendre et juger le Mexique, ce ‘“ Vieux Monde ” du Nouveau-Monde,

Quelle transformation brusque et complète s'opère ici! Rien qu'une petite rivière aux eaux boueuses

qui nous sépare des Etats-Unis, et le changement

de scène et de décor est tel, que nous nous croirions transportés tout à coup sur un autre continent, en Algérie, par exemple, ou bien en Egypte. Ce sont d'autres mœurs, d’autres coutumes, un autre peuple, une autre langue. Du côté américain tout est fièvre d'activité, ici tout est quiétude.

Notre oreille accoutumée depuis quatre jours aux sons si peu harmonieux de l'anglais, n'entend plus que la sonore langue castillane. Sur les indicateurs

de la gare, on ne lit que de l'espagnol : le tichkett office, c'est maintenant le despacho de boletos ; le Railroad, c'est le Ferro-Cwrril £ c'est la Sala de equipajes.

le Baygage room,

st La douane msxicaine est excessivement bénigne, les officiers font l'inspection des colis et des mailles que pour la forme. Nous échangeons notre argent américain pour de l'argent mexicain : c'est vraiment ici un paradis pour les usuriers, puisque avec 3100.00 américains, nous avons bel et bien 209 pese

mexicains, En un clin d'œil nous avons doublé notre capital,

A l'arrivée du train, sont accourus en toute hâte, à la gare, jeunes Sarçons et fillettes, au visage rond, aux yeux vifs et à la peau brune ou olivâtre ; les uns sont coiffés du haut chapeau national, le som-

brero, les autres portent gracieusement sur leurs têtes une écharpe ou petit voile de couleur bleu-

foncé, le reboso. Tous ont la muin tendue vers nous, et cette main est médiocrement nette ; on nous demande des sous : donnez-moi un sou, monsieur, deme un centavo, senor. Il faut les voir courir, se jeter même dans la boue, lorsque nous leur lançons des monnaies, pour constater leur âpreté pour le gain facile. Les Mexicains adultes viennent à leur tour, nous rendre visite. Ils portent, d’une manière typique, sur leurs épaules la zarape, qui est une espèce de châle aux couleurs vives. Le matin, ils ont bien soin de se couvrir la bouche de leurs zarapes, car ils craignent beaucoup la pneumonie, paraît-il. Or, avec leurs sombreros et leurs zarapes, nous ne leur voyons que le nez ; si c'était aujourd’hui le mardi gras, nous penserions assister à une mascarade parfaitement réussie, D'autres types que nous prenons pour les descendants de quelques nobles hidalgos, sont drapés fièrement dans leurs manteaux espagnols.

Dans les rues, l’antique tramway vert-bouteille tiré par une mule, nous rappelle les anciens petits chars de Montréal : il est vraiment étonnant qu'un

si petit animal puisse traîner un si lourd véhicule.

La ville de N uevo-Laredo, de for-lation moderne, | est assez vulgaire et n'a rien de b on intéressan’. Sa | population s'élève à 8,000 âmes, | Un déraillement survenu ce matin, à une quin- ? zaine de milles sur notre ligne de chemin de fer le Nacional, nous retient toute la journée à Nuevo- Laredo. Cet arrêt forcé nous fait trouver le temps assez ennuyeux ; pour en rompre la monotonie, nous Prenons de nos petits Mexicains, devenus nos amis d'occasion, notre première leçon d'espagnol ; et après notre classe, comme récréation, nous admirons l'habileté de nos professeurs à lançer le lasso.

Enfin, une dépêche nous annonce que notre voie

est déblayée, et, sans retard, nous partons vers 4 heures pour Monterey.

Nous traversons le désert du Mexique qui s'étend

d’un océan à l’autre ; C'est une immense étendue de

terrain couvert surtout de cactus, de Yuccas et d’aloës, qui sert de pâturages À de de chevaux, de bœufs,

gros troupeaux de chèvres et de moutons, Nous avons vu en Passant ces troupeaux et leurs

gardiens (rancheros) qui sont presque toujours à cheval. Le ranchero ne marche jamais : n'aurait-il qu’une distance d’un demi-mille à parcourir, il la franchit invariablement à cheval. Le cheval est son compagnon inséparable et son orgueil. Il faut voir de ses yeux ces villages (ranchos), où demeurent les rancheros mexicains pour en avoir une idée exacte. C'est une agglomération de misérables cabanes construites, les unes avec des vieilles feuilles de tôle, les autres avec des branches d'arbres, bousillées de terre mêlée de paille, d’autres encore avec des cannes à sucre. Tout le village est sur pied à notre passage : les enfants sales, déguenillés, dépenaillés, crottés jusqu'aux yeux galopent comme des jeunes chevreaux. Le suicide de la race n'est pas à l'état de problème social ici, c'est évident. La vie familiale, je dirais plutôt la vie villageoise est tout à l'extérieur. Tout le monde vit en plein air, pour l'excellente raison qu'il n’y a pas de fenêtres, ni de meubles dans la casa mexicaine. Mais on vit heureux ; toutes ces figures épanouies, illuminées par un large sourire ne nous chantent-elles pas leur bonheur ? Du reste le Mexicain est très modéré dans

ses désirs, du café, du chocolat, un petit pain cuit sur la cendre et un peu de viande de bœuf séchée au soleil, c’est tout ce qui lui faut pour son frugal repas. Sous ce ciel doux et tiède, il peut se coucher où il veut, en plein air, où à l'ombre d'un figuier : il ne manque pas de faire la sieste après le repas de midi. La plupart de ses nuits se passent à danser, à chanter, à pincer de la guitare ou de la mandoline, à raconter des histoires fantastiques, en fumant la cigarette. Sans soucis et sans ambition pour le moment présent, comme il est sans calcul et sans préoccupation pour le lendemair, *» Mexicain a sa large part de bonheur. Le v:' ji de Chicago, l'honorable M. Copeland qui est assis près de nous ne peut s'empêcher de s'écrier en Passant devant ces villages : Happy people ! Happy people ! Peut-être que ces Aztèques préfèrent leurs cabanes en torchis aux somptueux palais de Chicago. Savent-ils même s’il y à une ville qui s'appelle Chicago ?

3 FÉVRIER — Nous sommes à Monterey, ville de 62,266 âmes, et la capitale de l'Etat de N uevo-Leon.,

Cette ville, qui portait autrefois le nom de Santa- | Lucia, a été fondée en 1560, par les Espagnols.

Il a plu, la nuit dernière ; aussi les rues sont dans un état lamentable : mais pour le Mexicain, qu'estce que cela lui fait ? Il marche dans la boue avec la même tranquillité d'âme que l'Américain sur l’asphalte. Le Mexicain ne vise qu'à son couvre-chef, pourvu qu’il ait un chapeau pointu, très haut et

importe le reste.

| | | | | | D: | orné de quelques galons d'argent ou d'or, peu |

Après notre déjeuner, nous prenons les tramways traînés par deux petites mules, qui stimulées par le

long fouet qui s'abat sur elles régulièrement et presque automatiquement, et les cris sh, sh, sh ! de leur conducteur, partent au grand galop. Les rues sont encombrées de montures diverses. Une fois, nous rencontrons, monté sur son âne, un brave Mexicain qui tient dans ses bras et avec une sollicitude touchante et quasi-maternelle un... cochon. Va-t-il vendre sa bête au marché, ou la promène-

t-il pour simple raison de santé ? Nous n'avons

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(Voir page 39)

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jamais pu le savoir, Nous Passons d'abord dans la banlieue de Monterey, nous y retrouvons nos Indiens insouciants dans leurs casgs surdides. Nous pénétrons ensuite dans le cœur même de la cité : c'est une série de maisons basses, à un seul étage, qui se touchent, peintes en couleurs foncées : bleu, rouge et brun. Le toit cst plat et forme une terrasse qui sort de réunions de famille, Derrière les maisons, s'étendent des jardins ou croissent les orangers, les grenadiers, les pêchers, les figuiers. Pour avoir une idée plus ou moins juste de ces résidences, supposez un mur de vingt pieds de hauteur, sur trois cents pieds de longueur, percé de portes et de quelques rares fenêtres et vous avez une rue de Monterey,

A côté de ces habitations monotones, il y a des palais somptueux.

Toute la richesse du Mexique réside dans les égli-

ses. Nous visitons l'antique église de San- Francisco fondée en 1560 ; il y a là un très vieux baptistère en bronze qui a dû servir pour le baptême des Aztà. ques convertis. Les ruines d’un ancien couvent qui avoisinent cette église soilicitent notre curiosité,

Nous entrons ensuite dans la cathédrale dédiée à

l’Immaculée-Conception. C'est un riche monument

en marbre blanc orné d'une belle frise dorée. Le gacristain très officieux, attire notre attention sur le devant du tombeau du maître-autel qui est en argent pur. Les statues des saints portent ici des habits en soie ou en satin, brodés d'or ou d'argent, et elles sont représentées avec un réalisme naïf et des attitudes maniérées qui nous font sourire.

Près des autels, plusieurs dames sont là agenouillées qui récitent tout haut leur chapelet. Les femmes créoles sont généralement remarquables par leur élégance et leur grande distinction, elles portent avec une grâce parfaite la longue mantille espagnole.

Nous allons à la gacristie, sur les murs sont suspendus de nombreux portraits de papes et d'anciens évêques. Monterey est le siège archiépiscopal du diocèse de Linarès, érigé par Pie VI, le 25 décem-

bre 1777, et en métropole par Léon XIII, en juin

A gauche de la cathédrale est le palais de l'archevêque, construction massive ; nous voyons dans le

patio, ou cour intérieure entourée de plantes, des

Orange:r couverts de fruits d'or. Un prêtre nous offre de voir l'archevêque, mais comme Sa Grandeur ne parle que l'espagnol, nous ne pouvons accepter cette gracieuse invitation,

Nous faisons quelques pas et nous voici au Casino, bel édifice en style mexicain. C'est le club des riches de la ville, Celui qui nous fait visiter l’établissement est un français très aimable ; il nous explique en détail la destination des salles que nous traversons : salle de danse, salle d'attente, salle de jeu de cartes, cantine, salle à diner. Il nons fait remarquer que l'on ne joue pas l'argent, et que non plus on s’enivre au Casino. Il nous fait monter sur le toit, où nous avons une splendide vue de la ville et des montagnes qui l'entourent.

Ce qui est superbe au Mexique, ce sont les plazas. Quels magnifiques pares couverts d'arbres et de fleurs des tropiques ! Que je regrette done je ne pas être botaniste, pour Pouvoir donner un nom à toutes ces plantes exotiques ! Dans la Plaza de la cathédrale,

ilya plusieurs orangers chargés de belles oranges mûres. Sur une pelou se de verdure, la reconnaissance de tout un peuple a fait élever la statue du

prêtre patriote Hidalgo, le Washington du Mexique. Nous allons au bureau de poste, (Correo), acheter des timbres pour le voyage, et, nous nous asseyons

paresseusement sous les orangers, en attendant nos

tramways.

Située à proximité des Etats-Unis, la ville de Monterey se ressent quelque peu de la fièvre commerciale u ses puissants voisins ; elle possède plu-

sieurs manufactures et hauts fourneaux : ses bras-

series fournissent une des meilleures bières du pays.

A quelques milles de la ville, sont les sources d'eau chaude de Topo-Chico, où suivant la légende, la fille de Montezuma vint faire une cure miraculeuse, au XVIe siècle,

Monterey est environnée de très belles montagnes à l'aspect fantastique. L'une d'elles, le Cerro de La Silla, représente ce que son nom indique : une selle du type militaire ; et le Cerro de las Mitras est l'image parfaite d’une mitre d'évêque. Sur le flanc

d’une colline sont les ruines d'un palais épiscopal :

os. mr : #00

en y jetant des rails d'acier

c'est exactement l'endroit où & eu lieu la bataille de Monterey, le 20 septembre 1846, entre Américains et Mexicains,

Nous partons à 2 heures pour Saltillo. Un Paysage grandiose Par excellence s'offre à notre vue, dès notre départ de Monterey : ce sont les montagnes sublimes du Mexique qui en rangées formidables semblent défier l’homme de s'y trouver un chemin. Mais le génie de l'homme à su triompher des mille obstacles amoncelés ]à, comme à Plaisir,

qui les traversent de Part en part.

Quelle grandeur ! On prétend que les Alpes si vantées ne sont Pas supérieures en beauté et en splendeur, La nature est dans toute sa sauvagerie, des blocs énormes de pierre ou de granit, détachés de la montagne, sont comme Süspendus sur nos têtes ; une fois nous entrons dans le flanc obscur des rochers, et, notre train Comme pour se rire des bravades de cette nature revêche, file À toute vitesse, Sans regarder les abîmes qu'il cotoie.

Nous arrêtons un instant, près du village de Santa-Catarina, pour contempler une curiosité vraiment extraordinaire de la nature. Nous apercevons à la crête d'une montagne, un trou parfaitement rond et percé à jour, comme s'il avait été fait par le boulet de quelques canons monstres.

Nous montons sans cesse ; aussi notre train est tiré par trois locomotives qui paraissent essoufflées parfois.

Nous traversons des villages mexicains, pauvres et sales : ce sont des cahutes presque enfouies dans la terre. L'élevage des troupeaux est la seule richesse du pays. Le sol semble improductif, si ce n'est pour les cactus, les aloès et les palmiers nains. On fait ici des clôtures avec des palmiers. Il y a cependant par-ci, par-là, des vallons fertiles ; nous admirons de très intéressants travaux d'irrigation, exécutés du temps des Espagnols. On ne gaspille pas l’eau au Mexique; car où il y a de l’eau la terre

donne deux ou trois récoltes par année.

A Ramos-Arispe, nous voyons pour la première fois une grande ferme mexicaine, appelée ici une hacienda. L'hacienda est une espèce de château féodal du moyen-âge, ou de manoir seigneurial, Le morcellement des terres est inconnu au Mexique, on n'y trouve que la grande culture. Le seigneur de l'hacienda possède des terrains qui ont cinq, dix, vingt, jusqu'à cinquante lieues carrées, Les Indiens mexicains qui vivent avec le seigneur, pour lui et de lui, portent le nom de Peones ou tenanciers. Les salaires sont très minimes, presque ridicules. Le seigneur paie en logement—quel pauvre logement ! —€n nourriture et une fois l'an, en argent. Les Peones achètent chez lui : vêtements, nourriture, tout le nécessaire de la vie. Le seigneur pourvoit au culte, à l'instruction, à la sécurité publique, aux habitations de tous, aux eaux publiques et aux fêtes populaires, L'esclavage a été aboli légalement, mais les peones continuent venévolement leur heureux servage, qui semble nécessaire à leur tempérament insouciant, C’est donc une royauté paisible et patriarcale que celle du seigneur mexicain. Avant les Lois de la Réforme, le clergé catholique, surtout

les ordres religieux, possédaient d'immenses haciendas. Les Jésuites étaient propriétaires d’une hacienda de cinquante lieues carrées, et les Carmes d’une de quatre-vingts lieues.

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