‹ Le tour du Mexique [microforme]Chapitre 8 sur 44 · LU (| À · texte numérisé non relu

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qui ont charmé notre enfance. D'ailleurs ceux qui connaissent la Judée, affirment que Zacatecas a

beaucoup de ressemblance avec les villes de l'Orient.

À 9 heures, nous prenons les tramways spéciaux pour aller à la Guadelupe, quatre milles plus loin. Le chemin qui y conduit va toujours en pente, aussi nos voitures roulent, entraînées par leur seule pesanteur. Nos mules sont attachées en arrière du tramway ; elles n'ont qu'à suivre, c'est ici que nous revient en mémoire l'expression : mettre la charrue devant les bœufs. Nous passons dans un terrain minier, le plus riche du monde par ses gisements d'argent : nous voyons plusieurs puits qui nous indiquent où il faudrait descendre pour devenir millionnaires. De 1548, date de la fondation de Zacatecas, à l’année 1810, ces mines ont rapporté la somme fabuleuse de dix milliards de piastres. C’est un pays pittoresque au possible, je doute qu'on puisse trouver nulle part un plus beau paysage. Quand nos voitures s'arrêtent, c'est pour nous faire descendre dans la plaza émaillée de mille fleurs de la Guadelupe.

TE ne ———

Nous entrons dans sa grande et vénérable église, bâtie en 1707, par le Frère Antonio-Marpil-de-Jésus. L'autel principal est surmonté de statues, grandeur naturelle, représentant le crucifiement. Le culte de la croix est comme la dévotion à la Sainte ancré au fond des cœurs de tous les Mexicains.

Attenant au vieux temple se trouve la chapelle moderne, dédiée à l’Immaculée-Conception, C'est un bijou de chapelle, la plus belle et la plus élégante du Mexique, assure-t-on. C’est une masse d'or et de marbre blanc, son architecture est Parfaite. Les balustrades qui entourent les autels sont en onyx et en argent massif. Nous sortons émerveillés de

cette perle de chapelle.

Tout à côté, c’est un ancien cloître de Franciscains très riche et très grand. Depuis l'expulsion des religieux, on y a installé des métiers, où l'on tisse des 2arapes ; rien d'aussi joli que ces marchandises, Plusieurs touristes, et, moi le premier succombons à Ja tentation en achetant des ?arapes. Quand on est au Mexique, il faut être du pays : et on est Mexicain que par la zarape nationale. Nous passons dans un

corridor, où sont exposées de curieuses peintures faites par des fils de saint François : quelques-unes

Vierge,

sont pour nous dc véritables énigmes. Il y a au milieu du cloître, une vaste cour intérieure, pavée en pierre rouge, et où se trouvent deux antiques puits très profonds.

Nous revenons à notre tramway à 11 heures ; cette fois, il faut prendre cinq mules pour remonter la voie que nous avons descendue si facilement. Sur le passage, nous nous croisons avec un convoi funèbre. Rien d'aussi pittoresque et en même temps d'aussi impressionnant que les sépultures mexicaines. La bière du défunt est portée sur les épaules desix hommes. Ici, les cercueils diffèrent des nôtres, ils sont peints en bleu ou en rouge, quelques-uns aussi en noir. Les entrepreneurs de pompes funèbres ne craignent point d’exhiber leurs macabres marchandises à la devanture de leurs boutiques. Nous sommes souvent embarrassés par des troupeaux d'ânes qui remplissent la rue ; car on se sert de ces animaux pour charroyer le minerai d'argent.

Après le dîner, nous retournons visiter Zacatecas. C'est une très belle ville de 34,438 âmes, sise entre deux montagnes ; on dirait qu’elle a glissé des hauteurs pour venir se tasser dans le ravin.

Ex REVENANT DE LA FONTAINE

(voir rage 57)

ces, de superbes cs, mais surtout de sont peintes dans

vec la moitié vraiment pittoresde les voir toutes ensemble plonger dans la fontaine, et les revider pleines rs urnes, Et lorsque Ja Provision d'eau , elles mettent cette urne sur leurs

que et idyllique, leurs écuellés

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épaules, et fières comme des princesses d'Asturie, elles retournent au logis, la tête haute.

Nos touristes ont pris ici un grand nombre d'instantanés avec leurs cameras.

La cathédrale de Zacatecas, fondée en 1612, est une des belles églises du Mexique. C'est toute une épopée que sa façade en pierre brune, ciselée du bas au sommet et garnie de nombreuses statues de saints, Il y avait des sculpteurs fameux à cette époque ; rien d'aussi délicat que cette sculpture fine comme une dentelle,

L'intérieur de la cathédrale est splendide. L'architecture qui est de style sarrasin, est à mon sens, un superbe genre. Ses hautes colonnes massives de pierre polie et de différentes couleurs ; ses voûtes décorées avec art et ses dômes d'où ruisselle la lumière, enchantent et séduisent les yeux. Ilya

au-dessus du maître-autel, un très beau tableau de l'Assomption de la Sainte Vierge. Nous entrons aussi dans l'église de San-Domingo ; là, se sont les eutels, et il ÿ en & tout autour de l'église, qui sont

remarquables, ils s'élèvent jusqu’à la voûte et sont tout dorés, Quelles belles églises nous trouvons au Mexique ! C'est Pour nous, toute une révélation. Les Américains sont éblouis ; leur cathédrale de New York, à leur dire, est loin d’être riche comme les églises du Mexique.

Zacatecas a été érigée en évêché par Pie IX, le 26 janvier 1862.

Nous aurions voulu apporter quelques souvenirs de la ville, mais c'est impossible, tous les magasins sont fermés ; le 5 février est une fête nationale pour la république, le drapeau mexicain flotte sur beaucoup d'édifices.

Nous revenons à notre train à 4 heures, et nous y retrouvons nos Mexicains assis par terre qui nous attendent. Un vieillard aveugle vient jouer de la harpe, sous nos fenêtres, pour récolter des centavos, Vous tous qui allez au Mexique, garnissez bien vos Soussets de centavos, car il Y & toujours quelqu'un, qui la main tendue vers Vous, vous demande :

K°T UN centavo, senor.

vus partons de Zacatecas vers 4 heures, pour Guanajuato ; nous aurons En arrêt d'ase hogte à Aguas-Calientes dans la soirée : encore une tentation

pour les dames de l'expédition, à propos des fameuses dentelles !

Par

6 FÉVRIER. — Cette nuit, nous avons passé par les villes de Lagos et de Leon : cette dernière, la plus mexicaine de tout le Mexique. Dans les veines de ses habitants coule le sang pur des Aztèques, car peu d'Espagnols se sont établis ici. C’est une des villes les plus populeuses et des plus industrielles de tot le pays. Chaque maison est une boutique et chaque individu un manufacturier. Leon est un siège épiscopal depuis 1862.

Ce matin nous sommes à Silao, mais c'est pour nous rendre dans une autre ville d'argent, Guanajuato. Guanajuato, en langue aztèque, signifie la colline des grenouilles,

De Silao à Guanajuato, nous traversons un pays sauvage au suprême degré. De hautes montagnes tourmentées, portant dans leur sein le métal blanc, dressent, à notre gauche, leurs crêtes fantastiques. Leurs flancs gonflés d'artères d'argent et d’or, décèlent par leur teinte plus ou moins verdâtre, les richesses qu’elles cachent avec un soin jaloux.

ns encore sur notre pas- Sage de nombreuses et

ânes, on se sert ici,

pour amalgamer l'argent et l'entraîner au fond. Il ya là des Mexicains qui pataugent jusqu'aux genoux, dans cette espèce de boue, avec des mules aux yeux bandés, pour faire le mélange.

Nous arrivons enfin à Guanajuato, ville bâtie sur les penchants de deux collines escarpées. Ses maisons sont perchées un peu partout, sur les hauteurs ; nulle crevasse, nulle saillie, nulle anfractuosité de la montagne qui ne soit habitée : on se demande avec effroi, quel serait l'effet d’une dégringolade du haut de ces côtes raides. Comme ailleurs, il y a à Guanajuato, des beautés qui nous enthousiasment à côté des laideurs qui nous dégoûtent. Nous trouvons maintes résidences princières, qui appartiennent à la noblesse du blason ou à l'aristocratie du capital.

Le Mexique est la patrie de la verdure, mais je crois que Guanajuato est le jardin de prédilection. Les villas des grands seigneurs disparaissent presque sous les ceps de vigne et les arbrisseaux grimpants. Nous voyons ici, pour la première fois, la superbe fleur pourpre du logwmbilla, en grappes de trois à quatre pieds de longueur.

Nous allons visiter Notre-Seigneur dans une des

LE TOUR pu MEXIQUE

Brera

nt de Guanajuato est son théâtre, Bâti en pierre verte ; il est l’un des plus

Somptueusement décorée par les meilleurs peintres du Mexique,

Une visite qui nous intéresse beaucoup, c'est celle de la prison, {4 Castilla de Granaditas. Nous pas- S0n8 entre deux haieg de soldats, carabines au poing. C'est ici que le fameux prêtre Hidalgo, après avoir

de Notre-Dame-de-Ia-Guales Paysans des environs, 88gna en 1810, Sa première bataille contre les Pararÿ de la place,

64 LE TOUR DU MEXIQUE hua. On voit encore les terribles crochets au sommet de la bâtisse.

Sur une colline, à l'ouest, sont les catacombes ou le panthéon de Guanajuato : une autre curiosité de la ville. C'est un cimetière ou plutôt un immense charnier, comprenant plusieurs centaines de voûtes pratiquées dans l'épaisseur du mur, pour recevoir les cadavres. Les familles ont à payer une certaine somme, pour acquérir le droit d'y ensevelir un parent défunt ; et ce droit est pour une période de cinq ans. Si après cet espace de temps, on discontinue de payer pour ur autre termo, ce qui advient assez fréquemment, surtout si le veuf ou la veuve inconsolables ont convolé en justes noces, on jette alors dans la fosse commune, les ossements du défunt oublié. Mais il arrive parfois, vu la sécheresse de l'air, que le cadavre n'a fait que se transformer en momie pétrifiée.

Au lieu d’être enfouies sous terre, ces momies grimaÇçantes sont exposées debout dans un corridor spécial. C’est là, qu’eiles attendent, enveloppées dans un linceu |, le grand jour de la résurrection.

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SASERRRPE Se CERN, (VONT PAC 9) en SALE

LE TOUR DU MEXIQUE mn Nous prenons notre tramway à midi, mais c'est Pour nous faire descendre Presque aussitôt dans une délicieuse plaza très graude et très belle, avec ses bois d'orangers et de citronniers, ses haies vives d'acacias et ses pelouses de fleurs odorantes ; On nous réserve ici une surprise. Nous croyions faire cet atrêt pour nous reposer ; mais non, c'est pour diner. Chacun reçoit son lunch dans une boîte de carton : des sandwiches, des œufs durs, des oranges et avec, une délicieuse petite bouteille de vieux Sherry. Un charmant Pique-nique dans un bosquet enchanteur

d'orangers, le 6 février ! N'est-ce pas féerique ? Nous reprenons encore nos voitures, mais c'est

Pour arrêter de nouveau, à quelques arpents plus loin. Des centaines d'ânes sont sur notre voie ; on se demande avec impatience, Pourquoi on laisse ainsi errer sur la route publique ces maussades baudets ? Mais tout doux ! c'est pour faire promener à dos d'ânes nos nobles senores et nos belles senorgs, à travers les rues de la colline escarpée.

Nous voici de retour à Silao, pour prendre le train qui se dirige sur Irapuato.

A Irapuato, nous faisons un arrêt de quelques minutes, juste le temps d'acheter des fraises, les fameuses fraises qui ont valu à la ville son surnom : “ La ville aux fraises ”. Il y a des fraises ici, tout le long de l’année, en février commen juin, et-elles sont très sucrées Nos Mexieains qui ont crié, à la station : fresas, fresas ! voient disparaître en un instant, les magnifiques corbeilles de ces fruits entre les mains des touristes, pour des beaux pesos en retour.

Maiïmtenant, préparons-nous à dormir, malgré les vacillations peu soporifiques de notre train : sous nous en allons à Guadalajara, la capitale de l’Etet de Jalisco.

CHAPIIRE CINQUIÈME

GuapaLasaRa. — La Perle de l'Occident, — Quelle belle poterie ! — Les églises. — La cathédrale, — Un Murillo authentique. — L'église San-Jose. — Ave Maria. — Le pénitencier et l’hospice. — Un petit servant franciscain.—Chariots de Cortez. — Un Christ remarquable, — Le petit Niagara du Mexique, — Dolce far niente.

E 7 février, nous arrivons à Guadalajara,

ville fondée par les Espagnols en 1541,

dans la vallée de Atemaxac. Elle est la

seconde ville du Mexique par son commerce

qui est très important, et sa population qui est de 101,208 âmes.

On l'appelle “ La Perle de l'Occident ”.

C'est dit-on la plus belle, la plus propre et la plus brillante cité de la république ; ce que je crois sans peine.

Elle possède une trentaine d'églises, cinq théâ-

tres, vingt-cinq buins publics, vingt-trois restaurants et vingt-huit hôtels. Ses rues, droites et parfaitement pavées, sout d’une propreté irréprochable,

Ses édifices sont splendides ; nous n'y voyons pas L de cabanes, comme ailleurs, qui déparent sa beauté. C’est une vieille coquette, occupée sans cesse à se faire belle et à cacher ses rides vénérables sous le pinceau du peintre. Elle n’est mexicaine que par

son architecture, ses riches églises et ses plazas fleuries.

C'est la ville, où se fabrique la plus belle poterie du pays. Nous sommes entrés dans un magasin, près de la gare, tout plein de très jolis articles de cette industrie. Il y a là des urnes, des pots et des statues vraiment artistiques. Nous achetons quel-

ques souvenirs, sous la forme de statuettes en terre cuite.

Les églises de la ville sont : la cathédrale, San- Francisco, San-Agustin, San-Felipe, la Compania, Guadalupe, Mexicaltzinco, Jesus-Maria, la Merced, Santa-Monica, El-Carmen, San-José, San-Sebastiande-Analco, la Parroqua-de-Jesus, San-J uan-de-Dios,

Aranzazu, la Soledad, San-Diego, Belen, la Conception, la Trinidad, ete.

Nous allons à la vieille église de San-Francisco, Pour savoir si nous y pourrions dire demain la sainte messe. Le Père Franciseain qui dessert la paroisse, nous permet gracieusement de célébrer à l'heure que nous le désirerons. Il parle l'italien avec grande facilité, ce qui donne le plaisir à M. l'abbé Préville de cunverser longuement en cette langue. Tous deux ont suivi les cours des Universités romaines, aussi les souvenirs les plus charmants de la Ville Eternelle font le sujet de leur entretien.

Nous nous rendons ensuite à la esthédrale qui est très riche et très belle. Elle fut commencée le 31 juillet 1571, par ordre de Mgr Ayala, second évêque du diocèse. C'est la seule église du Mexique, je crois, qui a des clochers comme les nôtres : ses tours ont été renversées par le tremblement de terre de 1818. L'intérieur est grandiose, cette église a trois nefs formées par trente superbes et majestueuses colonnes de l'ordre dorique, desquelles se détachent quarante-huit arcs qui, à leur tour, soutiennent des voûtes tout à la fois élégantes et hardies. Sous l'avant-dernière voûte de la nef centrale

LÉ TOUR DU MEXIQUE se trouve le maitre-autel, en magnifique marbre ; avant les révolutions, il était tout en argent. Aux coins, quatre grandes statues de marbre de Carrare représentent les évangélistes.

On nous conduit dans le sanctuaire, où sont lea stalles en acajou des chanoines : sous y voyons des lutrins supportant d'énormes psautiers imprimés avec des lettres de un pouce !2 hauteur, Le sacristain nous fait entrer aussitôt dans la chapelle où l'on conserve le chef-d'œuvre de Murillo : l'Assomption de lu Vierge. L'archevêque a refusé $75,000.00 pour cet original.

Guadalajara a été érigée en évêché par Paul III, le 31 juillet 154$, et en archevêché par Pie IX, le 19 mars 1863.

Le clergé, instruit et vertueux, a fourni et fournit encore les évêques les plus nombreux de la nation.

Nous allons aussi à l'église de San-José, encore une très belle église. Chaque coté du maître-autel, nous y voyons les statues de sainte Thérèse et de saint Jean-de-la-Croix. Ici les statues ne sont pas habillées en soie ou en velours, comme dans les autres églises. Nous faisons connaissance avec le

LE TOUR DU MEXIQUE 71 curé, un gentilhomme tout à fait aimable. Il nous montre une chapelle où il y a des vieilles peintures très précieuses. On prie donc bien dans les églises mexicaines :nous voyons des hommes du peuple, agenouillés sur les dalles, et comme Moïse, priant les bras étendus.

Nous visitons ensuite l'église dédiée à Notre- Dame-de-la-Guadeloupe, toute belle et toute resplendissante. Nous y admirons un superbe groupe de statues représentant : La Fuite en Egypte. Le Mexicain a un culte spécial pour la Sainte Vierge Marie, surtout sous le titre de Notre-Dame-de-la- Guadeloupe. Je demande quelquefois aux enfants

qui nous entourent à la gare, quel est leur nom ? Que es su nombre de Vd ? Jose-Maria, Guadalupe ! telles sont généralement les réponses qu'on me

donne.

Ce qui nous frappe et nous édifie beaucoup en parcourant les rues de la ville de Guadalajara, c'est de lire au-dessus de la porte de chaque résidence les mots Ave Maria, gravés en lettres dorées. Nous avons remarqué aussi avec un religieux étonnement, en haut de la corniche du Palais du Gouvernement, ce verset sacré : Visi Dominus custo-

d'ierit civitatem, frustra vigilat qui custodit eam.

N'est-ce pas surprenant de voir un tel texte, sur l'édifice officiel d'un Bouvernement qui se proclame avec forfanterie libre-penseur et athée ?

Dans l'après-midi, nous allons, tous les touristes ensemble, visiter le Pénitencier et l'Hospice, qui sont les deux principaux édifices publics de la ville, Nous entrons dans le Pénitencier sous la garde de la sentinelle ; toutes les portes de fer s'ouvrent devant nous ; les prisonniers, avec leur livrée bleue, sont là qui nous entourent, Nous nous amusons à leur lancer des monnaies, et comme des enfants ils se culbutent pour faire une riche récolte, Tous ont quelque chose à vendre : des dentelles, des anneaux d'argent, des breloques en mosaïque, des bouquets de roses et de violettes, Nous leur faisons un petit présent et quand ils s'aperçoivent que nous sommes prêtres, ils nous baisent respectueusement Ja main. Les Mexicains ont une grande vénération pour le prêtre, d'après ce que j'ai constaté bien souvent. Avant notre départ, la fanfare de la prison joue ses plus beaux morceaux, les prisonniers nous applaudissent ; pour ces Pauvres malheureux notre visite à été une gaie récréation.

Ce pénitencier est très grand, il se compose de seize rangées de cachots qui toutes viennent aboutir à un patio central, C'est ici qu'est la garde, et que partent les commandements donnés par une voix de stentor. Sur le sommet des murs, des offciers armés veillent aussi.

Nous allons ensuite à l'Hospice. Cette maison de charité recueille et abrite tous les déshérités de la nature : l'enfant trouvé, l'orphelin sans asile et le vieillard impotent. Les petits orphelins nous chantent un hymne en espagnol et les petites filles font la même chose. Nous voyons là de jolis travaux de peinture et de broderie exécutés par les élèves de la maison. Cet hospice est immense, il contient dans son enceinte vingt-trois patios tous couverts d’arbres. Nous y Voyons, pour la première fois, des régimes de bananes pendus aux bananiers. Ici, au Mexique, dans le même oranger, se trouvent côte à côte des oranges mûres, des petites oranges vertes et des fleurs à peine épanouies. :

Dans les plazas de Guadalajara, et elles sont nombreuses, des arbustes appelés logumbillas donnent des fleurs d’une beauté idéale. Nous voyons sur des pelouses vertes des roses et des violettes à

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profusion, et nous sommes en février. Mais ici, février est aussi beau que le plus beau mois de juin au Canada, et il en est ainsi toute l’année.

Heureuses gens de Guadalajara !

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8 FÉVRIER, — Nous sommes encore à Guadalajara. Depuis l'établissement de son chemin de fer,en 1888, qui l'a fait sortir de son trop long isolement, cette ville est devenue l'endroit favori des touristes ; elle est si pimpante aussi et sa banlieue si attrayante !

Ce matin, nous avons dit la sainte messe À l'église de San-Francisco, il y a déjà plusieurs jours qu'il nous a été impossible de le faire. Je célèbre à l'autel de Saint-Joseph ; mon petit servant est revêtu de l’habit franciscain, c’est gentil ce costume porté par un enfant. Pour la première fois, nous nous servons de la petite cuiller d’or pour mettre l’eau dans notre calice — car ici, au Mexique, dans tous les calices il

y à une cuiller en précieux métal pour cette fin. — Pendant nos messes, le curé chante une grand'messe avec orgue et encensement.

Après le déjeuner, nous faisons une promenade dans la cité. Nous rencontrons souvent de lourds chariots traînés par des bœufs au Pas pesant, qui jettent du diserédit sur la “ Perle de l'Occident ”. Hâtons-nous de le dire, ce sont les Indiens demeurant dans le voisinage de Guadalajara, qui conduisent ces lourds véhicules, pour apporter les provisions sur les marchés. Rien d'aussi primitif que ces charrettes criardes, tirées par de grands bœufs, qui n’avancent que sous les aiguillons de bois de leurs conducteurs : elles remontent,m'assure-t-on,au temps de la conquête. On ne travaillait pas le fer alors au Mexique et Cortez faisait construire ses chariots complètement en bois ; les roues en étaient faites d'épais madriers rejoints en queue-d’aronde et sciés en cercle. Quand le Mexicain a trouvé une formule qui lui va ou un modèle qui lui plaît, il n’en

sort jamais ; le chariot de Cortez qui a fait les déli-

ces des contemporains de Montezuma, est encore la voiture à la mode du XXe siècle.

Pr

Nous visitons deux églises ; dans l’une, il y a exposition du Très Saint-Sacrement, dans l'autre, nous

LE TOUR DU MEXIQUE admirons une chapelle dédiée à la Passion du Sauveur. Il ya ici un Christ attaché à la colonne vraiment remarquable, le corps est d’une couleur cadavérique, livide, violacé, bleui, la bouche haletante, les yeux mourants, les genoux et les épaules déchiquetés, la chair en lambeaux. Les oracles du prophète se présentent instantanément à notre esprit : “ Mon ennemi s’est jeté sur moi avec la force d'un “géant, il a frappé sur mon dos comme le forge- “ ron sur une enclume ”, C’est bien là l’homme de douleur du prophète Isaïe, c'est le grand lépreux, que la main du Seigneur a frappé.

Puis nous retournons à la cathédrale, pour admirer avec Un nouveau ravissement le tableau de Murillo. Nous ne pouvons rassassier nos yeux à contempler la douce figure de la Sainte Vierge : Tota pulchra. es, Maria !

Nous faisons un tour à notre magasin des poteries. Oh ! que nous sommes tentés de faire d'autres achats ; il y a dans cet étalage, des urnes qui nous font tomber en extase : mais le Canada est si loin et les objets sont si fragiles.

Il nous resterait Pour vider le Programme de notre itinéraire, à visiter la banlieue de San-Pedro, où se trouvent les villas princières des riches et les ateliers des fameuses poteries, et, à aller à quelques milles plus loin, voir les chutes de Juanacatlan, le petit Niagara du Mexique. Mais dans ce siècle de dynamos et de turbines, on a harnaché la fougue de Juanacatlan, parait-il, comme on est en train de je faire au vrai Niagara, pour la création de l'énergie électrique fournissant la force motrice aux manufactures.

Nous sommes fatigués d'avoir déjà tant vu, aussi nous nous reposor- sur les Coussins moelleux de notre pullman, à 14, manière mexicaine.

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