‹ Le tour du mondeChapitre 10 sur 67 · X. — 239' LIV · texte numérisé non relu

X. — 239' LIV

nous préférons puiser dans les souvenirs de M. Trêves, le récit de visu d'une cause et d'un jugement modernes, a ....Les environs de Tien-tsin étaient infestés depuis quelque temps par de nombreuses bandes de voleurs affiliés à la secte du « nénuphar blanc » -. Tclwung-heou, le gouverneur de la ville, ayant reçu de Pékin l'ordre d'agir énergiquement pour rétablir la sécurité, a envoyé des détachements de soldats, qui ont ramassé indistinctement dans les villages suspects tous les individus qui

li. dans le Kan-sou et dans tout le nord-ouest entretient des rapports avec les rebelles du sud. Les dernières nouvelles venues de

leur sont tombes sous la main. 11 doit y avoir beaucoup d'innocents parmi ces malheureux; ou du moins, la plupart ne sout coupables que de connivence avec les voleurs. Quelques mendiants sans aveu ont été aussi arrêtés dans la ville. Le gouverneur a tenu de grandes assises; les coupables ont été jugés sommairement : quelques-uns ont eu la tète tranchée, beaucoup ont été condamnés à lacangue,mais aucun de ceux qui ont été arrêtés n'a échappé aux coups de bâton. Ces exécutions ont répandu la terreur; les vols et les attaques à main armée ont presque cessé, et, quoique quelques innocents aient payé pour les coupables, Tclioung-hcou a pu se vanter hautement auprès du gouvernement de Pékin d'avoir fait son devoir.

0 J'ai eu la curiosité d'assister à une des dernières séances de justice, et, sur ma demande, une place m'a été réservée d'où je pouvais voir sans être vu.

0 Le prétoire u'a rien de remarquable au point de

vue architectural. Il est délendu par un grand mur de clôture presque aussi élevé que l'édifice principal. La première cour d'entrée est entourée de bâtiments qui servent de prisons; on y remarque des loges basses, grillées avec d'énormes barreaux en bambou, où on renferme les prisonniers pendant la nuit. Dans cette cour gisaient accroupis en plein soleil une foule de malheureux aux membres décharnés, à la face livide, et recouverts à peine de quelques sordides baillons. Les uns étaient attachés par le pied à une chaîne de fer rivée à un cône en fonte d'un poids tel qu'ils ne pouvaient le changer de place, et ils tournaient autour comme des bêtes fauves, dans un rayon de quelques pieds ; d'autres avaient les jambes et les bras entravés, et ne pouvaient marcher qu'en fai.sant de petits sauts saccadés et très-douloureux, à en juger par la contraction de leurs muscles. Un de ces condiiranés avait la main et le pied droits retenus par une planche en bois haute à peine de quelques déciniè-

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très; un soldat de police le tirait en avant par une chaîne de fer attachée à un lourd collier qui erapiisonnait son cou, tandis qu'un autre bourreau le fustigeait par derrière pour le faire avancer. Le malheureux se traînait avec peine sur sa jambe restée libre, le corps courbé en deux, dans la position la plus pénible. Dans un coin de la cour, d'autres prisonniers subissaient leur condamnation à la cangue et à la cage. J'y remarquai une scène touchante : un voleur était enterré tout vivant dans une cage de bois. Qu'on se figure un lourd cuvier renversé sous lequel on fait accroupir un être humain, après avoir fait jjasser sa tête et ses mains dans des trous ronds tellement étroits qu'il ne peut ni les remuer ni les retirer. La cage de bois pèse sur ses épaules ; quelque mouvement ([u'il fasse, il faut qu'il la traîne avec

Cliine annoncent que cette insurrection fomentée en partie par les musulmans s'est rendue extrêmement redoutable et a été sur le point de s'empirer de la ville de Tieii-tsin.

l Lange d après une planche ch no se

lui. Quand il veut se reposer, il doit s'accroupir sur les genoux dans la posture la plus fatigante; quand il veut faire de l'exercice, il peut à peine soulever cette lourde machine. On recule d'effroi en songeant à ce que doit être l'existence d'un homme condamné à un mois d'un pareil supplice. Cet infortuné ne pouvant ni manger ni boire, sa femme s'était chargée de ce soin : elle était debout près de la cage, et tirait d'un panier qu'elle avait apporté quelques grains de riz et de petits morceaux de porc qu'elle lui faisait avaler avec des bâtonnets; elle essuyait de temps en temps avec un vieux morceau d'étoffe la figure livide de son mari qui ruisselait de sueur, tandis que son petit enfant, qu'elle portait attaché jjar une courroie sur son dos, souriait dans son ignorance de la douleur, et jouait avec les boucles de la chevelure flottante de sa mère. Ce spectacle m'a vivement ému, et j'ai pressé le pas pour ne jias céder à la tentation de me révolter contre ces atrocités.

diants forment une immense association qui a des règles fixes. Ils ont un roi nommé à l'éleclion, un trésorier chargé du partage des aumônes et des vivres. La part de mise dans l'association se compose d'infirmités ou de maladies plus ou moins hideuses. Quand des désordres ou des vols ont lieu dans la ville, le préfet s'en prend au roi des mendiants, qui est responsable de ses sujets. Pékin tout enlier a l'air d'une immense cour des Miraclos, et dans les premiers temps qu'on y séjourne, la vue de toutes ces misères, de toutes ces plaies \Taies ou simulées, cause un profond dégoût ; peu à peu cependanton s'y habitue, et onarrive à jeter dédaigneusement, comme les riches Chinois, quelques sapèques à la volée

au milieu des troupes de gueux, sans être autrement affecté de leurs souB'rances.

On trouve dans les mendiants chinois une variété de types, un chaos déguenillés, un ensemble de physionomies repoussantes et grotesques que Callot lui-même aurait été impuissant à reproduire : ici c'est un nain haut de deux pieds, gras et luisant, qui passe, tenant par la main un géant décharné et tellement maigre qu'on peut compter les os de son échine ; ces deux personnages sont couverts d'étoffes grossières en feutre de poils de chameau dans lesquelles ils se sont taillé des robes et un capuchon; on dirait des malades d'hôpital. Ce feutre est si plein de trous, si imprégné d'ordures,

que le Mongol, à qui il servait de couverture de cheval, l'a cédé à quelque revendeur parce qu'il le trouvait trop sale; c'est tout dire. Le géant s'arrête, ouvre une bouche large comme un four, et, pour montrer qu'il a faim, mange l'herbe des rues et fouille avidement dans les tas d'immondices, tandis que le nain, afin d'attirer les sapèques, danse avec des postures grotesques et en poussant des rires stridents. Plus loin, c'est un faux épileptique qui se roule dans la poussière en faisant des contorsions impossibles. Puis des bandes d'aveugles qui s'avancent en file en barrant la rue et sous la conduite d'un borgne ; ces aveugles ont la spécialité d'être tous plus ou moins musiciens, et se livrent impunément

au charivari le plus odieux. Beaucoup de mendiauls stationnent dans les endroits populeux de la ville presque entièrement nus, à l'exception d'un caleçon en guenille; personne ne s'en formalise. Pour attirer l'attention, ils se frappent à tour de bras sur le bas des reins, et si ces claques sonores n'atlirent pas l'aumône du passant, ils le poursuivent d'imprécations. Ces pauvres trop peu vêtus, qui laissent croître leurs barbes et leurs cheveux, forment sans doute une des tribus de l'association, car plusieurs fois Mme de Bourboulon leur fit distribuer des vêtements, et le lendemain ils reparaissaient dans le même costume, ou même un peu moins habillé^. Les mendiants chinois simulent les infirmité.s avec

une rare habileté : il ne iaut pas trop s'aCdiger en les regardant; s'il faut en croire un mandarin de la ))olice, à l'heure où ils sont enfermés dans leurs bouges, les aveugles voient, les paralyiii[ues marchent, les manchots retrouvent leur bras, les bossus perdent leur bosse, les lépreux reprennent leur teint naturel.

C'est le long des murailles de la ville chinoise que sont confinés les mendiants : ils habitent là de misérables huttes en torciiis et des cabanes construites avec des matériaux de démolition ; leur quartier est séparé de la ville par des portes où veillent des soldats de police. Tous ceux ([ui sont trouvés la miit dans Pékin reçoivent la bastonnade.

Il existe en dehors de la porte de Tchi-houu, dans les faubourgs de la ville tartare, un établissement philanthropique encore plus curieux. C'est la maison aux plumes de poule. Qu'on se figure deux vastes hangars eu bois, construits avec des poutres non équarries et couverts de lattes cimentées avec de la houe. Le sol , soigneusement battu , est couvert d'une couche épaisse de plumes de volailles achetées par l'entrepreneur dans tous les marchés et les restaurants de Pékin. Aussitôt que le couvre-feu a sonné , les bandes de mendianis se précipitent dans cet asile, où, moyennant un sapèquc qu'ils payent en entrant, ils reçoivent l'hospitalité pour la nuit. Tout le monde étant rentré, le gardien abaisse, au moyen d'une mécanique , une grande pièce de feutre de la dimension de la salle : cette couverture publique reste suspendue à quelques pouces au-dessus de la tète des dormeurs qu'elle défend contre le vent, contre la fioiduredes hivers rigoureux et contre la pluie, qui passe facilement à travers le.s trous de la fragile toiture. La plume et la concenlration de tous ces corps humains suffisent pour entretenir dans ces établissements une chaleur suffocante. Le soir, lorsque les soldais de police amènent dans ce taudis les mendiants retardataires, il faut avoir vu grouiller, se démener, se tordre cette cohue forcenée, pour comprendre ce que peut être la maison aux plumes de poule. Les rayons des lanternes venant à tomber dans ce trou profond sans horizon, où s'agitent, comme dans un boyau de mine , des centaines de créatures, on se croirait à l'entrée d'une bouche de l'enfer. C'est un entassement de bras, de jambes, de têtes. On y voit toules les infirmités, tous les âges et tous les seses, et quand les malheureux que les soldais y poussent à coups de fouet et de bâton y sont brusquement jetés, ils sont accueillis dans celle géhenne par un tonnerre de huées et de blasphèmes! Ou dirait alors que tout va s'écrouler, et on se précipite vers la porte, heureux d'échapper ;i des odeurs instipportables, à la vue et aux clameurs de ce pandemonium humain : on se demande après si on n'a jias rêvé. (A'oy. ji. 73.)

Les incendies sont excessivement communs dans le nord de la Chine ; la mauvaise disposition des cheminées etdes/can,'/, dont les briques ne sont pas assez épaisses et communiquent, en rougissant, le feu aux poutres sur lesquelles elles s'appuient, l'usage si habituel des pétards et des pièces d'artilice qu'on tire sans précaulion jusque

dans les maisons, enfin et surtout les matériaux inflammablesdes habitations chinoises, construites entièrement en bois verni, avec des châssis en papier, expliquent suffisamment la fréquence des sinistres.

11 ne se passe presque pas de nuit à Pékin qu'on n'entende le cliquetis précipité des crécelles et les cris des veilleurs de nuit qui annoncent le feu, tandis qu'au loin résonnent sourdement les tambours et les gongs du guet. Les mugissements entrecoupés de ces gigantesques bassins de cuivre sont d'un effet encore plus sinistre que le tocsin.

Dès qu'un incendie est signalé, on voit sortir de chacun des quartiers de la ville les brigades de pompiers courant au pas gymnastique. Les pompes, aspirantes et refoulantes, très-lourdes et d'une grande force, sont placées sur des traverses en bambou que tiennent dix ou douze porteurs. Les points d'appui et d'équilibre sont si bien ol)servés dans ces transports à bras , que la rapidité extrême de la marche n'en est pas retardée.

Les porteurs sont précédés et suivis du reste de la brigade, armée de haches, d'outils de démolition et de lanternes. Chaque quartier de la ville a sa brigade de pompiers et sa pompe : ces pompiers , qui n'ont pas d'uniformes, composent une milice spéciale et sont tenus, sous peine de châtiments sévères , d'accourir au premier signal. Quant aux pompes qui paraissent être une imitation des nôtres, elles ont la forme de dragons ou de serpents marins et on leur en donne le nom.

Les soldats de police éloignent les voleurs, trop disposés à profiter du désordre, font la chaîne, remplissent d'eau les cuves où s'alimentent les pompes, et montent la garde autour des objets mobiliers qu'on enlève aux flammes; les pompiers arrachent les poutres de bambou, enfoncent les portes, montent sur les toits pour jeter de l'eau, et font la part du feu avec une libéralili' qui fait le désespoir des propriétaires, dont on démolit les habitations, souvent éloignées de plus de cent mètres du foyer de l'incendie. En somme, l'organisation générale est bonne, mais elle manque de direction et d'unité ; les chefs ne savent ni commander, ni se faire obéir'.

Une chose étonnante, c'est la rapidité avec laquelle on reconstruit les maisons détruites. Il est vrai que les matériaux ne sont ni onéreux, ni difficiles à transporter.

Organisation patriarcale de la famille. — Re<ipecl pour les vieillarils. — Le culte des ancêtres. — La fête des morls. — Rigueur du deuil impérial. — Passion des Cliinois pour les cercueils. — C(5rémonic des funérailles. — Les cimetières. — Condition servile des femmes. — La polygamie. — Les veuves ne doivent pas se remarier. — Les fiançailles. — Fête du mariage. — Lii dame, — la jeune fille, — les petits pieds. — Urncments et objets de toilette, elc.

Nous avons dit comment les législateurs chinois avaient appuyé l'autorité de l'empereur sur le respect patriarcal si puissant en Chine. La vénération pour la vieillesse est aussi une loi de l'Etat. On rencontre souvent dans

1. Au nioinoiit de meltre sous presse, nous lisons dans les Jhnales de la l'iopagalion de la foi, que le beau monument de IVtliang, dont nous avons donné la description, page 41 de ce volume, a été en grande partie détruit par les llammes, le 9 janvier l8tJ/4.

les rues de Pékin des vieillards impotents, trop pauvres pour louer des chaises à porteur, qui sont assis dans des charrettes à bras traînées par leurs petits-enfants : sur leur passage, ils reçoivent les hommages de tous les jeunes gens, qui cessent leurs jeux ou leurs travaux pour prendre une attitude respectueuse. Le gouvernement est le premier à encourager ces sentiments, en donnant des robes jaunes aux vieillards d'un âge trèsavancé. La robe jaune (on sait que cette couleur est réservée aux membres de la famille impériale) est la plus grande distinction qu'on puisse accorder à un particulier.

A l'âge de soixante et dix ans, tout Chinois est tenu dé donner un repas et une fête à sa famille et à ses amis: il est arrivé à l'âge vénérable , et s'il a employé sa vie à accumuler des richesses, s'il a de nombreux enfants, il a acquis , suivant l'adage populaire, le comble du bonheur dont on puisse jouir ici-bas.

Le culte des ancêtres, si répandu, et qui est la reli-

gion du foyer domestique, doit son origine aux mêmes idées : c'est une chose touchante que cette vénération pour les aïeux, ce souvenir permanent donné à leur mémoire , et cette participation muette qu'on leur accorde dans les destinées de la famille. Il n'est pas une cabane, si pauvre qu'elle soit, où les tablettes sur lesquelles sont gravées les noms des ancêtres , depuis celui qui passe pour le fondateur de la famille jusqu'au grand-père défunt, n'occupent la place d'honneur dans une niche au fond de la chambre. Chez les gens riches, il y a une pièce réservée, espèce de sanctuaire domestique, qui contient tous les portraits et les reliques de famille. Devant un autel richement orné, près duquel on entretient constamment des lampes allumées, on vient au temps prescrit par les rites brûler des parfums, présenter des offrandes et faire des prostrations. Le chef actuel de la famille ne prendrait pas une décision importante sans aller méditer dans

Cercueil chinois. — Dessia de Catenacci d'après une peinture chinoise.

le temple des ancêtres qu'il semble ainsi inviter à prendre leur part des biens et des maux qui arrivent à leurs descendants.

Au dix-huitième siècle , ce culte et les hommages rendus à la mémoire de Confucius excitèrent des discussions entre les missionnaires catholiques. Les uns voulurent les tolérer comme innocents , les autres les condamnèrent comme idolâtres, et furent appuyés par la cour de Rome. Ces querelles malheureuses déplurent au gouvernement chinois qui y vit une preuve d'intolérance, et ordonna des persécutions contre les chrétiens.

Le culte domestique des ancêtres est d'accord avec les soins qu'on donne à leurs tombeaux : au mois d'avril on célèbre la fête du Tchancj-feu ou des morts. Tout le monde, hommes, femmes, enfants, et jusqu'aux animaux, sont ornés de petites branches de saule pleureur, symbole de la douleur et du souvenir; on se rend ensuite aux tombeaux des aïeux, soigneusement entretenus et décorés

de fleurs pour cette occasion ; on émaille le sol qui les entoure de découpures en papier doré , on y brûle des cierges et des bâtons d'encens, et, d'après les traditions, on dépose tout autour des plateaux et des vases pleins de mets délicats.

L'étiquette du deuil est rigoureusement observée : il dure trois ans pour un père ou une mère, et pendant cetemps les mandarins même ne peuvent exercer aucune fonction publique, ils doivent vivre dans la retraite, ne rendre aucune visite , et interrompre toute relation officielle. La couleur la plus généralement adoptée pour les vêtements de deuil est le blanc.

Durant le séjour de M. et de Mme de Rourboulon à Pékin, l'empereur Hieu-foung étant mort, le deuil impérial fut décrété dans toute la Chine. La sévérité de ces prescriptions est extrême. Aucun homme ne peut se faire raser la tête pendant quatre-vingt-dix jours; toute réjouissance de famille est interdite pendant un an et un

jour; les fêtes publiques, les théâtres, les représentations des bateleurs sont fermées pour trois ans; il )• a vacance des tribunaux, et aucun mariage ne peut être contracté pendant un laps de temps déterminé par la loi. On raconte qu'un garde-mafrasin chinois de la légation, ayant appris que l'empereur était à l'extrémité, et étant pressé de s'élalilir, demanda un congé pour aller se marier au plus vite; mais comme il n'avait pas vu sa

femme, suivant la coutume chinoise, et que les circonstances ne lui avaient pas laissé le temps de se renseigner auprès des entremetteurs, il revint quelques jours après fort piteux, déclarant que son épouse n'était ni belle ni jeune, et qu'il avait été odieusement trompé.

Bien n'égale le calme étonnant des Chinois en face de la mort. Les malades meurent sans gémissements, sans

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jutte, avec celte résignation calme qui est un des caractères les plus curieux des races orientales. Le P. Hue rapporte que, lorsrpie des néophytes chrétiens venaient l'appeler pour administrer les derniers sacrements, ils ne manquaient pas de lui dire : le malade ne fume plus sa pipe; c'était une formule pour indiquer que le danger était pressant.

En Europe, on s'abstient généralement de parler de cercueil : c'est un objet liipulire qui entre furtivement

dans les maisons, et qu'on dérobe à la vue des parents. En Chine , on en fait montre. Chez les riches particuliers près du temple réservé aux ancêtres, est la chambre 011 sont chissés et numérotés les cercueils de tous les membres de la ftxmille. On fait des économies pour s'acheter une bière plus riche que celle des autres, et un fds ne croit pas pouvoir faire un plus beau cadeau à son père vieux et malade que celui d'un cercueil qu'il a Ijayé du produit de son travail. Ces trophées de la mort

sont les ornements de la maison. Aussi faut-il voir avec quels soins ils sont sculptés, dorés et peints en couleurs éclatantes. (^'oJ•. p. 71.)

La fête funéraire d'un enterrement est la plus grande occasion pour les Chinois de déployer leur luxe et de faire ostentation de leurs richesses. On a vu des familles se ruiner pour célébrer le décès d'un de leurs membres.

Dès le matin, l'administration des pompes funèbres établit à la porte de la maison mortuaire une espèce d'arc de triomphe en nattes sous lequel des musiciens fragés exécutent des airs tristes et solennels. La salle d'entrée, drapée dans toute sa hauteur, reçoit les amis et les connaissances du défunt, dont le portrait est placé au-dessus des statues des

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dieux domestiques et de l'autel des ancêtres. Un repas somptueux est servi sur des tables dressées à l'avance, et tous les invito doivent par convenance s'y asseoir et manger, car c'est le mort, devant lequel sonl placés ses mets favoris, qui est supposé vous recevoir et manger avec vous. On ne voit pas le cercueil : il est placé dans une chambre retirée. Bientôt le gong annonce le départ du cortège :

en tête s'avancent les portebannières déployant des drapeaux et des cadres peints sur lesquels sont tracées des inscriptions louangeuses ; derrière eux la troupe des musiciens où dominent les instruments à vent, trompes, flûtes, cornes et surtout l'inévitable tam-tam , font entendre sans interruption des mélodies un peu monotones, mais d'un effet très-lugubre; puis viennent des bonzes qui portent sur leurs dos des autels et les statues des divinités. Ces prêtres précèdent la bière entourée d'une immense catafalque et de draperies avec des glands de soie. I^es dorures, les couleurs les plus gaies, les plus éclatantes, et les plus bariolées ornent le char funèbre et les panneaux du catafalque décorés de dessins sur verre. Cette louide machine n'est pas traînée par des mulets; elle est conduite à bras comme un palanquin, et il faut au moins quarante hommes qui se relayent successivement pour le transporter. Une troupe de pleureuses, tète baissée et voilée, suivent le cercueil et accompagnent les musiciens de leurs cris nasillards; enfin vient la famille cachée dans deschaises h porteur toutes drapées d'élolTes blanches. 11 est de bon goût qu'aucun ],arcnl Ju d.'i'iint

d'aprc

ne se laisse voir, h cause de la douleur où on suppose qu'il doit être plongé (voy. p. 77).

Tout se passe avec le plus gi-and silence : les Chinois qui aiment tant à tirer des pétards s'en abstiennent dans cette occasion.

Il ne faut pas croire qu'une pompe funèbre de ce genre soit celle d'un riche ou d'un mandarin; un pauvre ouvrier se privera toute sa vie de manger à sa faim pour avoir un bel enterrement, et le mendiant qui sent la mort approcher ne trouve pas de meilleur moyen d'exciier la générosité que de dire qu'il n'a pas de quoi s'acheter un cercueil convenable.

Les enterrements des grands personnages se font avec une ostentation extraordinaire : on porte devant eux , f-,,i tous les objets qui leur ont ^ 1/" /j l'i sern pendant leur vie; les

meubles, les uniformes, les armes, les insignes des dignités; plusieurs milliers de personnes accompagnent le cortège , mais on n'y voit ' jamais de soldats, même pour les mandarins militaires.

11 n'y a pas de cimetières publics à Pékin. Les cercueils très - grands et très-lourds sont recouverts d'un enduit qui les rend imperméables à l'air, et permet de les conserver longtemps sans inconvénient, même dans les maisons.

Aussi les gens riches gardent - ils quelquefois le corps de ceux qu'ils ont aimé, dans une pièce réservée de leur -habitation de ville. Mais il est généralement d'usage d'enterrer les morts dans la campagne au milieu d'un jardin qui appartient à la famille. Quant aux pauvres, qui n'ont pas un pouce de terrain à eux, leurs cercueils sont déposés dans un endroit isolé ou même jetés dans les fossés do Pékin. Lorsqu'on parcourt les environs des grandes villes, les yeux sont frappés de la quantité de tombeaux disséminés dans la campagne. Ce sont de petites éminences coniques en forme de pains de sucre, émaillées de gazon fleuri et entourée de saules pleureurs, de genévriers et d'ai bres verts. Les cercueils posés i plat sur le sol qui n'a pas été creusé, sont recouverts d'un monticule de terre, mais les pluies d'orage suivies de grandes sécheresses lavent les terres, fondent l'enduit, fout craquer le bois, et les cadavres pounissent au grand air. C'est un spectacle afi'reux, auquel il faut s'habituer eu Chine. Le gouverneuient ne ])reiid aucun soiu de faire

iiiiiï. — Dessin de Cali photographie.

disparaître ces épaves de la mort, aussi horribles à la vue que dangereuses pour la santé publique. Dans quelques villes, il existe, dit-on, des sociétés philanihropiques qui font donner la sépulture aux pauvres, mais la seule chose que nous ayons pu constater, c'est la spécu-

d'apercevoir ni leurs épouses, ni leurs filles, ni même les femmes âgées de leur famille. Pendant la guerre, lirsque les officiers européens pénétraient jusque dans les appartements les plus secrets pour faire des casernements, les jeunes femmes étaient cachées dans des

lation de certains industriels, qui, moyennant un droit coffres ou sous des monceaux de vêlements. Elles se fa-

assez élevé , conservent dans des locaux affectés à cet usage les corps des marchands ou des riches particuliers des provinces éloignées, morts en voyage, et que leurs familles font réclamer et transporter à grands frais.

Le mariage est loin d'être célébré avec la même pompe que les funérailles.

La condition de la femme est servile en Chine. Il y a un proverbe qui dit : La jeune fille est soumise. à ses parents, l'épouse à son mari, la mère à son fils. La femme est considérée comme inférieure à l'honime; sa naissance est un malheur; une fille ne peut être qu'à charge à sa famille, car elle doit être enfermée jusqu'à l'époque de son mariage, et comme elle n'exerce aucune industrie, elle no saurait dédommager ses parents des dépenses qu'elle leur occasionne. Elle vil en récluse dans la maison paternelle mangeant seule à l'écart, regardée comme une servante et en remplissant les fonctions. Toute son instruction consiste à savoir manier l'aiguille et à préparer les aliments. Le Gouvernement, qui attache une si grande importance à l'instruction publique, et qui a multiplié avec tant de soins les écoles et les maisons d'éducation, n'a pas songé aux enfants du sexe féminin. La femme, c'est la propriété de son père, de son frère, de son mari. Elle n'a même pas d'état civil. On la marie sans la consulter, sans lui faire connaître son futur époux, sans daigner lui en dire le nom.

Chez les riches Chinois, les femmes mariées sont complètement confinées dans le gynécée. Lors des rares occasions où leur maître les autorise à se visiter entre elles ou à aller visiter leurs parents, elles ne sortent que dans des chaises hermétiquement closes. Les Chinois de haut rang sont très-jaloux de tout ce qui touche à

objets de toilette d'bommes et de femmes (voy. p Dessin de Catenacci d'après une pliotc graphie.

miliarisèrent peu à peu cependant avec les figures européennes, et dans lesderniers temps de l'occupation, chaque fois que la musique militaire passait, faisant retentir les rues de la ville de ses vigoureuses harmonies, on voyait de petites mains ouvrir les châssis des fenêtres, et de jolies têies aux longues tresses brunes se pencher pour écouter. Il n'en est pas de même dans les classes pauvres : les femmes sortent à visage découvert et jouissent d'une certaine liberté chèrement achetée par les travaux pénibles et fatigants auxquels elles sont condamnées. Gesmalheureuses créatures, qui servent de bêtes de somme à leurs maris sont dégradées, courbées en deux, vieilles et laides à vingt ans.

La polygamie existe en Chine, quoiqu'elle ne soit pas reconnue par la loi qui ne fait que la tolérer.

Quelque nombre de femmes qu'ait un grand personnage, il n'a jamais qu'une épouse légitime, la première. Les Chinois appellent les autres, petites ffinmes ou femmes de second rang. Celles-ci doivent obéissance à la femme légitime, qui seule ne peut être répudiée sans des raisons légales. La loi ne dit rien des autres que le mari peut traiter suivant son caprice.

Les veuves ne doivent pas se remarier; l'usage fait considérer cela comme un déshonneur, et comme digne du mépris public. La loi interdit même aux veuves de mandarins de convoler à de secondes noces : la gloire qu'elles ont eue de vivre avec un homme honoré de distinctions publiques doit leur suffire.

Les mariages ou du moins les fiançailles sont souvent conclus avant que les contractants aient atteint l'âge d'adolescence. Cela dépend des conventions entre les parents, et, comme l'obéissance des enfants est absolue, la pensée ne leur viendrait même pas de s'opposer aux

leurs femmes, reléguées au fond d'un corps de bâ- : arrangements qu'on a pris pour eux. La cérémonie des liment réservé. Aucun des membres de la diploma- fiançailles est considérée comme le mariage définitil; tie européenne n'eût occasion, malgré des relations i personne n'oserait contester la sainteté de cet engagéjournalières et une certaine intimité avecles mandarins, ment qui est si .solennel qu't^ne fi:incéu qui perd son

fiancé ne peut se reiuarier : il n'en est pas de intime du jeune homme.

Après les fiançailles, on fixe en famille l'époque de la fête du mariage qui est quelquefois ajournée à plusieurs années. Cela dépend de la voloufé des parents, des horoscopes des deux fiancés, et des prescrijitions de l'almanach impérial, dont la science astrologitpie décide pour chaque semaine, pour chaque jour de l'année, les temps fastes et néfastes.

Une jeune chinoise n'apporte aucune dot; ce sont les parents de l'époux qui payent une somme d'argent pour

l'aclii-tcr, et qui font les cadeaux d'étofTes, de meuhles et de provisions. Si le père de l'épousée n'a pas d'enfants mules qui héritent de lui à l'exclusion absolue des filles, il s'engage par avance à lui laissçr une partie de sa fortune ; car ce sont ses neveux ou ses collatéraux masculins qu'il préférera pour légataires de ses biens, alin d'être assuré que ses héritiers accompliront les cérémonies rituelles devant sa tombe et devant l'autel de ses an cêtres, ce dont une femme est regardée comme indigne. Les premières démarches sont toujours confiées à des entremetteuses appelées mei-jin, et c'est seulement

Dame de Pékin. — Dessin de Slaal d'après l'album de Mme de Bourbonlon.

(]ii,'ind les conditions sont réciproquement acceptées, que les deux familles échangent des visites. Tout le monde alors peut voir la jeune fille, excepté celui qui l'épouse : il doit s'en tenir au ouï-dire de ses parents. Les cérémonies du mariage varient beaucoup dans leurs formes, suivant les provinces. A Pékin, la mariée se rend en pompe au domicile de son époux qui la reçoit à la porte de sa maison : elle est parée de ses plus beaux vêtements en soie brodée d'or et d'argent; ses longues nattes noires sont diaprées de pierreries et de fleurs artificielles (si la famille ne possède pas de bijoux, l'usage est d'en louer pour la journée chez les prê-

teurs sur gages), sa figure est fardée, ses lèvres rougies, l'arc de ses sourcils est noirci, et ses vêtements sont inondés de musc. Un palanquin richement orné et entouré de musiciens l'attend à la porte : elle se présente devant sa mère qui lui attache sur sa tête le voile nuptial dont elle est entièrement recouverte. Il est d'usage que la mère et la fille se confondent alors en gémissements, et la timide épouse doit être entraînée de force de la maison paternelle; agir autrement serait manquer aux lois de la pudeur et du bon goût. Au moment où le palanquin atteint la porte du domicile conjugal, on tire un feu d'artifice et les spectateurs font le

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plus de bruit possible pour marquer leur joie. L'épouse doit faire quatre gi'nuflexions devant son époux et maître qui vient la recevoir; puis les deux conjoints font leurs prières devant l'autel des ancêtres, accomplissent les libations prescrites, et boivent le vin consacré dans la même coupe. Un grand repas où se réunissent les hommes des deux familles achève la journée ; les femmes mangent de leur côté, et c'est seulement dans la chambre nuptiale que l'épouse enlève le voile sous lequel sont cachées pendant toute la cérémonie sa figuieetsa taille.

Le type convenu de la beauté chinoise a été très-exagéré et presque dénaturé par les peintures grotesques qu'on fabrique à Canton pour l'exportation européenne. Beaucoup de Chinoises ont le teint et tous les attraits des créoles; une main petite et charmante, de jolies dents, des cheveux noirs superbes, la taille longue, mince et souple; leurs yeux, un peu , ; ;■> -^. relevés vers les tempes, ,( ■■■-.;: donnent à leur physionomie quelque chose de j tiquant; leur grâce indolcnle et leur mignardise sont loin d'être sans charmes. Deux choses leur nuisent beaucoup, l'étrange abus du fard dont elles se couvrent la figure et qui détruit leur beauté de bonne heure ; et surtout la mode des ])etits pieds qui parait lidicule ei repoussante à un Européen .

Cet usage barbare, beaucou]) moins commun à Pékin que dans les provinces du sud , a été vivement combattu ])ar les empereurs Mandchoux, (jui ont rendu plusieurs fois des édits sévères contre ce système de mutilation. Les dames lartares et chinoises ([ui composent la cour des impératrices, ainsi que les femmes des nombreux fonctionnaires qui ré.sident dans la capitale, ont conservé leurs pieds naturels, mais telle est la force de la mode, que beaucoup d'entre elles ont adopté le brodequin de théâtre avec lequel il est tout aussi difficile de marcher. Dans ces chaussures, un haut talon fixé sous la plante des pieds dissimule leur forme naturelle et force celle qui les porte à s'appuyer seulement sur l'extrémité des doigts. Les brodequins de contrebande sont employés aussi les jours de fête par les femmes du ])euplequi, forcées de conserver leurs pieds naturels pour aider leurs maris dans leurs jiénibles travaux, se donnent au moins le plaisir davuii- de temps en temps la démarche à la mode.

CoiHurc de jeune fille. — Dessin de Vaumort d'après l'.ilbum de Mme de Bourboulon.

La mutilation qu'on fait subir aux femmes chinoises remonte à une haute antiquité. On prétend qu'une impératrice née avec le pied-bot imposa cet usage aux dames de sa cour, et que de là il se répandit dans tout l'empire. Ce qu'il y a de certain, c'est que la jalousie des hommes, la ])aresse et la vanité des femmes le firent adopter généralement. Avoir un petit pied, c'est prouver qu'on est riche, qu'on peut vivre sans rien faire puisqu'on est dans l'iucapacité de travailler. Une chinoise de bonne famille se croirait déshonorée si ses parents n'avaient pas pris soin de la déformer. D'ailleurs elle se marierait difficilement, car un pied long de deux ou trois pouces est un de ces charmes irrésistibles que les poètes indigènes ont célébré sur tous les tons de l'enlhousiasmc. Les habitauts des villes ^r de la côte qui sont en rap-

port journalier avec les Européens répondent aux observations qu'on leur fait à ce sujet en se moquant de la compression exagérée que nos dames font subir à leur taille ; leur argunirnt, qui ne manque pas d'à-jiro])os et de justesse, a .souvent embarrassé leurs interlocuteurs.

Dès qu'une petite fille a atteint l'âge de six ans, sa mère lui comprime les pieds au moyen de bandelelles huilées : le pouce est replié sous les quatre autres doigts qui sont rabattus eux - mêmes sous la plante du pied. Ces ligatures sont serrées de plus en ])lus tous les mois, et on arrive ainsi, lorsque la jeune iilleest adulte, à faire jirendre à son pied la forme d'un poing fermé. Les conséquences de cette mutilation sont souvent graves, en interrompant la circulation et en amenant des plaies difficiles à guérir. Aussi existe-t-il une corporation de pédicures : ce sont de vieilles femmes, qui, sous prétexte des soins h donner, pénètrent dans toutes les maisons, où en réalité elles servent aussi d'intermédiaires pour les mariages. C'est par elles cju'on a pu avoir ces détails, car une Chinoise, à quelque classe de la société qu'elle appartienne, et quelque peu honnête que soit d'ailleurs sa conduite , ne ferait voir à aucun prix son pied nu ; ce serait même l'offenser (juc de chercher à voir ses brodequins. On conçoit aisément quelle peine les femmes doivent avoir à marcher. Elles s'avancent en sautillant, les bras étendus en guise de balancier; on dirait qu'elles sont montées sur des échasses

Cependant, telle est la force de l'habitude, que les jeunes filles jouent à cloche-pied des journées entières, exécutent les postures de danse les plus difficiles et renvoient avec une adresse merveilleuse le volant sur le revers de leurs petits brodequins, qui leur servent de raquettes.

Avoir les ongles des mains très-longs est encore un genre de beauté fort estimé. Les dames riches y attachent une extrême importance, et, dans la crainte de les casser, elles y adaptent des étuis en argent qu'elles emploient en même temps comme cure-oreilles.

La coiffure des femmes varie dans chaque ville ; voici les plus usitées à Pékin : les jeunes filles laissent tomber leurs cheveux en touffes sur leur front et de chaque côté de la figure ; par derrière ils sont divisés en une multitude de tresses ornées de rubans et de fleurs artificielles ; lorsqu'elles sont fiancées, elles relèvent leurs cheveux à la chinoise, et les retiennent avec l'épingle d'argent en signe de leur engagement; enfin, le jour de leur mariage, on leur fait subir l'opération du kai-micn, qui consiste à leur raser le front j usqu'à une certaine hauteur,

puis à enrouler leurs longues nattes sur un coussinet en carton doublé en soie noire posé sur la nuque ; ce coussinet, qui supporte les fleurs artificielles en pierres précieuses non taillées, en plumes d'oiseaux, ou simplement en papier et en verre coloré, suivant le rang et la fortune, est attaché aux cheveux par la grande épingle en argent d'un pied de long qui traverse tout le chignon et qui a la même signification en Chine que la bague d'alliance en Europe.

Outre le fard dont elles se peignent, le noir qui teint leurs sourcils, leurs cils et le tour de leurs yeux, lesChi-* noises mettent deux larges mouches de taffetas noir sur chacune des tempes ; cette mode, qui est également sui- \ie par quelques hommes, a une raison médicale, les médecins indigènes considérant que ce taffetas entretient sur la peau une irritation favorable à la santé.

Leur costume se compose d'une tunique ou robe de dessous descendant jusqu'à mi-jambe, et d'un caleçon de soie serré à la taille dont l'extrémité est plissée comme des manchettes etnouéeavec un ruban. Elles portent des

Pieds mutilés et brodequins de dames. — Dessin de St.ial.

bas fabriqués d'étoffes différentes cousues ensemble, piquées et doublées en coton. Une robe longue, fendue sur le côté, peu ample, formant une sorte de fourreau qui s'adapte au corps, recouvre entièrement les vêtements de dessous; les manches sont larges et pendantes, le collet, qui monte très-haut, est très-étroit et s'attache par des agrafes ainsi que les revers de la robe qui se croisent sur la poitrine de manière à en dissimuler les contours. Userait aussi indécent pour une dame chinoise de laisser voir ses mains que de montrer ses pieds ; aussi ses manches lui servent-elles à la fois de gants et de manchon.

Quelque temps avant le départ de madame de Bourboulon pour la Sibérie, les chrétiens de la province de Pe-tclie-li lui firent hommage d'une robe de princesse impériale : des broderies exquises, représentant le dragon à cinq grifles, des animaux et des fleurs fabuleuses, encadrées dans des passementeries en soie blanche sur fond écarlale et terminées par une étofl'e rayée des couleurs de l'arc-en-ciel et doublée en brocart d'or, enrichissent ce beau spécimen de l'industrie chinoise (voy.

p. 80). Les dames de haut parage exécutent elles-mêmes presque tous les objets nécessaires à leur toilette, surtout les broderies et les fleurs artificielles. C'est leur principale occupation au fond du harem où les confine la jalousie de leurs époux. Elles passent le reste du temps à se parer, à cultiver les fleurs dans des jarres de porcelaine, à jouer avec des chiens et des oiseaux privés , et à se faire représenter les ombres chinoises, distraction qui passionne ces malheureuses privées de tout commerce d'esprit.

Ce qui donne un caractère particulier au costume des habitants du Céleste Empire, ce sont les accessoires de toilette, c'est-à-dire les éventails, les parasols, les pipes, les tabatières, les blagues à tabac, les étuis à lunettes, les bourses. Tout cet attirail de petits objets usuels dont les Chinois ne se séparent jamais est suspendu à leurs ceintures par des cordons de soie ; il faut y ajouter les montres d'or que les mandarins et les riches marchands recherchent beaucoup et sont fiers de montrer en toute occasion.

L'usage de l'éventail est général dans les deux sexes et dans toutes les conditions : hommes femmes, enfants.

riches, pau\Tes, prêtres, lettrés, soldais, l'ont sans cesse à la main. Les éK'cranls, à la place des cannes el cravaches de nos dandys, apitcnt leur éventail avec iirétenlion; les évolutions que les jeunes filles font faire au leur composent, dil-on, un lanf^age muet, mais signilicatit'. Les mères se servent de l'éventail pour endormir leurs enfants

au berceau, les maîtres pour frapper leurs écohers récalcitrants, les promeneurs pour écarter les moustiques qui les poursuivent; les ouvriers, qui portent le leur dans le collet de leur tunique, s'éventent d'une main en travaillant de l'autre ; les soldats manient l'éventail sous le feu de l'ennemi avec une'jjlacidilé inconcevable. Il y a des

Hube de iiriii

Uiiiulchuuc. — bu

éventails de deux formes, ouverts ou pliants : les ])romiers sont en feuilles de palmier ou en jilumes ; ce sont des espèces d'écrans ; les seconds sont formés de lames d'ivoiie ou de papier; ils servent d'albums autographiques, et c'est sur un éventail en papier blanc qu'un Gliinois prie sou ami de tracer une sentence, des caractères

de Culcii;;i;ci U'uiircs une iihului;r.i|ihii;,

ou un dessin ([ui puissent lui rappeler son souvenir. Les albums-éventails sur lesquels sont apposés les sceaux d'hommes illustres onde grands personnages acquièrent avec les années une haute valeur.

roUSSIELGLIE.

(La suite à la prociMuic livraisuii.)

Chambre ou salon d'i

— Dessin de CaLenacci d après un dessin original.

RELATION DE VOYAGE DE SHANG-HAÏ A MOSCOU

PAR PÉKIN, LA MONGOLIE ET LA RUSSIE ASIATIQUE

RÉDIGÉE d'après LES NOTES DE M. DE BOURBOULON, MINISTRE DE FRANCE EN CHINE, ET DE Mme DE BOURBOULON,

PAR M. A. POUSSIELGUE'

1859- I86'i. — TtXTE ET UESSINS INÉDITS.

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