‹ Le tour du mondeChapitre 19 sur 67 · Chlorure (le Eodium · texte numérisé non relu

Chlorure (le Eodium

Chlorure de calcium 0,030

Bromure de sodium 0,00.')

lodure de sodium 0,002

Sulfate de soude 0,0!I2

Sulfate de magnésie 0,197

Sulfate de chaux 0,0":i

Carljonale de chaux 1,422

Carbonate de magnésie 0,292

Alumine 0 011

Oxyde de fer 0,009

Silice \

Traces de sulfate de baryte I

Silicate de cliaux ) 0,l'i.'i

Silicate d'alumine \

Silicate de magnésie '

Substances organiques 0,110

leur occupation de la Rhélie, si elles n'avaient été cachées au milieu des forêts et dans un site aussi inaccessible. C'est, dit-on, un chasseur du couvent de Pfàfers qui, cherchant à dénicher des oiseaux , s'avança jusqu'audessus du gouffre et frappé de l'aspect des vapeurs qui en sortaient, se fit descendre avec une corJe et toucha de ses mains les torrents d'eau chaude (]ui se précipitaient à cet endroit dans la Tamina. Quoi qu'il en soit de cette histoire, il paraît certain ([ne ce fut seulement deux cents ans plus fard que la source fut utilist'e pour les malades. Un manuscrit de la bibliothèque du couvent, écrit au commencement du quinzième siècle, semble indiquer qu'elle avait été complètement perdue de vue durant cet intervalle. « Là, dans les replis d'une montagne très-élevée, sortait l'eau chaude, et pendant deux cents ans elle n'avait point paru lorsqu'enfin elle fut découverte par hasard. » C'aurait donc été une seconde découverte, mais celle-ci du moins ne fut pas mise en oubli. L'abbé Hugode Villingen, qui gouvernait l'abbaye au milieu du treizième siècle et aux domaines duquel appartenait cette belle source, fit exécuter les premiers travaux qui aient 'Jiermis d'y ajccéder; et, si imparfaits qu'ils aient été, plus encore sans doute par la faute du temps que par celle de leur ordonnateur, il ne faut pas moins rapporter à cet abbé l'honneur d'avoir indirectement fondé par son initiative intelligente les établissements actuels de Pfàfers et de Ragaz ; et il n'y aurait que justice à placer sa statue, soit à l'entrée de la caverne , soit dans la sombre niche qui s'élève au-dessus de la source.

C'est à la fin du quatorzième siècle seulement qu'appartient à proprement parler le premier établissement de bains. Cet établissement était situé au fond même du gouffre, installé sur des madriers passés en travers de la Tamina et encastrés à droite et à gauche dans le rocher. Il consistait en plusieurs cellules et trois grandes piscines où l'on se baignait en commun. On se figure l'horreur d'un pareil séjour, les ténèbres, à peine la vue du ciel et de la verdure à travers une étroite fissure perdue dans la hauteur, sous le plancher un torrent mugissant et terrible, et, pour toute perspective de noires murailles s'enfonçant dans la nuit. La descente dans ce gouffre était effrayante. Il n'y avait d'autre moyen d'y accéder que par des échelles pour les plus hardis et un siège suspendu à l'extrémité d'une longue corde pour les plus timides et les plus faibles. Beaucoup ne consentaient à se laisser glisser dans l'abîme qu'après s'être fait bander les yeux ; quelques-uns reculaient épouvantés et renonçaient à la guérison plutôt que d'en surmonter les préliminaires. Pascalis qui était notre ambassadeur chez les Grisons sous Henri IV, nous a laissé une description précieuse des bains de Pfàfers en vers latins, In Fabarvv thermas. Ou y voit l'impression sérieuse qu'ils causaient, impression dont, grâce à notre goût pour les accidents pittoresques, nous sommes aujourd'hui bien revenus. En voici le début.

« Il existe chez les Rhétiens un antre merveilleux par sa grandeur. D'horribles rochers couverts de mousse se hérissent tout autour. La face des ombres et de la nuit

s'y épaissit, et dans ces ténèbres voltigent des spectres. Un torrent s'y jette avec d'horribles mugissements et semblable k un furieux, précipite ses eaux boueuses du haut des montagnes, et rongeant la base de ces ardus rochers, il perce la caverne et en jaillit lui-même. Ici ni Pan, ni les Faunes, ni les satyres lascifs ne prennent leurs ébats. Quiconque, ayant oublié les amours, ayant oublié les jeux, s'approche de l'entrée et aperçoit les formes redoutables dans lesquelles s'enveloppe cet antre, tombe dans le tremblement et plus rapide que l'Eurus, il s'enfuit en arrière. C'est ici en effet que les inhumaines divinités de Pluton , la Terreur et l'Horreur semblent avoir fixé leur séjour. ^

Il est difficile de trouver un contraste plus authentique et en même temps plus frappant entre les sentiments qu'inspirait la nature sauvage à l'époque du moyen âge et même de la Renaissance et ceux qu'elle nous inspire depuis que les régions abruptes sont devenues un objet de plaisir et d'admiration pour tous ceux qui les visitent. Les vers de Pascalis rajjpellent la lettre de Boileau, sur son passage dans les Alpes, qui ne suscitaient en lui qu'épouvante et horreur. Quoi qu'il en soit, on peut aussi voir là une preuve de la haute estime dans laquelle étaient tenues dès ce temps-là les eaux de Pfâfers, puisque les malades prenaient le courage de se mettre au-dessus d'une telle répulsion pour profiter de leurs bienfaits. « Quoique la pâle multitude, dit un autre poète du même temps, subisse le danger de mort en descendant au fond de cet abime, elle ne s'arrête pas cependant, tant il importe de jouir d'un corps valide et de se délivrer des maux qui nous assiègent ! i>

Aussi les malades, une fois arrivés à l'établissement, n'étaient-ils pas pressés d'en sortir avant que leur cure ne fût complètement achevée. On demeurait dans le bain toute la journée, pour en finir plus vite, et même y restait-on quelquefois toute la nuit. Il résultait d'une immersion aussi prolongée , comme il est aisé de le pressentir, des accidents morbides de diverses natures, et particulièrement de la fièvre, des éruptions et finalement des ulcérations développées sur une grande échelle. En résumé , on se donnait une véritable maladie du tissu cutané, mais cette maladie n'était que passagère, et en attirant les humeurs à la périphérie, elle les déournait souvent de l'intérieur et devenait cause de la guérison. On pouvait dire, en toute rigueur, que les malades rajeunissaient en faisant peau neuve. Cette médication violente est tombée peu à peu en désuétude, et aujourd'hui, loin de prendre, comme jadis, des bains d'une quinzaine de jours, on les prend tout au plus d'une quinzaine de minutes.

Du reste, les affections qui faisaient afiluer de toutes parts les malades à Pfâfers étaient à peu près les mêmes que celles qui continuent toujours à les y attirer : l'efficacité des eaux à ce sujet a donc pour elle la voix des siècles. Voici ce que dit là-dessus Pascalis : a Ceux dont les membres sont paralysés, dont les muscles sont roidis, que tourmente la goutte, chez lesquels une vieille cicatrice se rouvre et fermente, dont la tête ou les reins

sont sujets à des douleurs aiguës, dont la mémoire commence à se troubler, dont les yeux s'affaiblissent ou sont malades, dont la peau est ulcérée, dont les membres sont contractés, dont le cerveau laisse découler dans les organes qui lui sont soumis quelque chose de nuisible, dont l'estomac desséché éprouve des défaillances et des dégoûts, n'ontqu'à se rendre là et se plonger dans ces eaux médicales. Qu'ils y fassent aux nymphes d'abondantes libations et qu'ils sollicitent les naïades en vidant en leur honneur de nombreuses coupes, ils sentiront quelle puissance possèdent ces eaux, quoique plongées dans une nuit épaisse. » On voit que les maladies de poitrine, pour lesquelles les médecins s'accordent aujourd'hui à éviter les eaux de Pfâfers, n'y élaient pas non plus traitées autrefois.

Ce singulier établissement, unique au monde assurément, dura jusqu'au commencement du dix-septième siècle. Mais dans l'hiver de 1627, il fut enlevé en partie par un éboulement de neiges et de glaces, et bientôt après un incendie en consuma les derniers restes. C'est alors seulement qu'au lieu d'envoyer les malades chercher les eaux avec tant de peine, de tristesse et de danger dans le fond de cet abîme, on eut l'idée bien simple d'amener au contraire les eaux vers les malades. Malheureusement, l'idée ne se développa d'abord qu'à moitié. On se borna à pratiquer une entaille dans le bas des escarpements, au débouché de la grotte, de manière à pouvoir y construire à ciel ouvert un bâtiment d'une étendue suffisante pour les besoins. On y descendait par une rampe taillée dans l'escarpement, et finalement l'amélioration consistait en ce qu'on se trouvait au fond d'un paits et non plus au fond d'une caverne. La vallée était coupée à pic et entièrement occupée dans sa partie inférieure par le torrent; aucune promenade n'était possible, à moins de remonter péniblement le long des parois jusque dans les pâturages; l'habitation, collée en partie contre le rocher, soumise à une humidité constante, à peine visitée pendant quelques heures par le soleil, n'offrait poiut toute la salubrité désirable ; le séjour était plus que sévère et l'on s'y ennuyait. Au commencement du dk-hiiitième siècle, les bâtiments étant en mauvais état, et devenant d'ailleurs insuffisants pour l'affluence sans cesse croissante des malades, il fallut les reconstruire, et dès lors, la question se posa de les transporter plus loin. Rien n'était plus naturel : on avait fait un premier pas vers la lumière et l'on s'en était bien trouvé, tout conseillait d'en faire un second. Mais les moines sont rarement novateurs, et le chapitre décida que le nouvel établissement s'élèverait à la même place que l'ancien. Cet établissement, empreint d'un style si monastique, qu'on le prendrait à première vue pour un couvent ou pour un hôpital, subsiste encore : c'est la maison actuelle de Pfâfers.

Le monastère ayant été sécularisé en 1838, une ère nouvelle s'ouvrit immédiatement pour l'administration de ces eaux précieuses sous la direction éclairée du gouvernement du canton. On revint à l'idée de les amener en pleine campagne et de convier les malades, non

plus à une vie île retraite et d'austërité, comme au moyen âpre, mais à une vie de distraction et d'épanouissement comme dans tous les établissements thermaux des temps modernes. Sur l'avis d'une commission chargée d'étudier la question sous le côté pratique comme sous le côté .scientifique, on décida qu'une partie des eaux de la source serait conduite jusqu'au village de Ragaz,

situé au débouché de la Tamiua, dans la plaine du Rhin. Le site était aussi riant que salubre, et sa distance de la source n'étant que d'environ trois kdomètres, l'on pouvait conclure, d'après l'expérience de travaux analogues, exécutés ailleurs, et notamment à Gastein, que les eaux ne perdraient guère que deux degrés de température : variation insignifiante et même avanta-

Tcimbeiiu du ScUcUing, à Hagaz.

geuse en ce qu'elle répond justemeut au degré le plus convenable pour les bains dans la plupart des cas. Les moines eu.x-mèmes avaieut préparé l'établissement, car, au milieu du dix-huitième siècle, trouvant leur couvent trop monotone, ils avaient bàli à Ragaz même, au milieu de leurs vignes, une grande maison de plaisance, qui, moyennant quelques additions, présentait toutes les

conditions désirables pour le but que l'on avait en vue. Telle est l'origine des thermes actuels. Ils ont été livrés au public eu 1840, et une vogue sans cesse croissante justifie la pensée qui leur a donné naissance.

Jean Reynaud.

(Vole )«edî(e. 1863.)

Projet de mission chez les Chontaquiros de l'ile de Saiita-Rosa,

VOYAGE DE L'OCÉAN PACIFIQUE A L'OCÉAN ATLANTIQUE

A TRAVERS L'AMÉRIQUE DU SUD, PAR M. PAUL MARCOY'

PÉROU

HUITIEME ETAPE

DE TUNKINI A SARAYACU.

Les plages de rApurimac. — Une hoîte de sardines à l'huile. — Coup d'œil jeté en passant sur la rivière Tampu-Apurimac. — La mission de Santa-Rosa et ses néophytes. — Pseudo-chréiiens et voleurs véritables. — Qui traite de l'Apu-Paro et de la population bigarrée de ses rives. — De l'homme considéré comme accessoire animé du paysage. — Les trois habitations de Consaya. — Où le chef de la commission française, en voulant enfourcher une chimère ailée, reçoit un coup de pied du fantastique animal. — Arrivée à Paruitcha. — Dissertation sur le passé et le présent des Indiens Chontaquiros.

L'endroit où nous venions d'aborder, offrait une plage spacieuse , jonchée de sable et de menus galets et figurant un arc dont la rivière formait la corde. Au fond de cette plage, bordée de taillis clair-semés et de grands ro-

1. Suite. — V. t. VI, p. 81, 97, 241, 257, 273; t. VII, p. 225, 241, 257, 273, 289; t. VIII, p. 97, 113, 129; t. IX, p. 129 et la note 2, 145, 161, 177, 193 et 209.

2. Les dessins qui accompagnent le texte de M. Marcoy ont été exécutés d'après ses albums et sous ses yeux par M. Riou.

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