III
Yvondrou. — Ferdinand Fictie. — Betzimisaracks et Betanimènes. — Les lacs. — Ambavarano. — Le Kabar. — Hospitalité malgache. — Les jeunes filles.
Notre seconde expédition nous conduisit à Yvondrou ; Ferdinand Fiche fut notre hôte et voulut bien être notre guide.
Yvondrou est un village jadis considérable, situé k quinze kilomètres au sud de Tamatave sur la rivière du même nom ; ancienne résidence d'un prince malgache, il commande le débouché des lacs qui s'étendent à plus de quatre-vingts lieues dans le sud, et la route de Tananarive dont il forme la première étape.
Ferdinand Fiche est fils de Juliette et du prince Fiche, le plus puissant des anciens chefs de la côte; élevé à Paris, ancien élève de l'Ecole centrale, Ferdinand possède une instruction remarcpiable que l'on peut hardiment dire sans égale à Madagascar; d'un caractère doux mais d'un extérieur un peu sombre , il faut le connaître pour l'apprécier; je ne lui trouvai qu'un défaut, défaut rare s'il en fut, Ferdinand est trop modeste, il s'annule trop devant des étrangers qui pour la plupart n'ont pas le centième de sa valeur. Mme Ida Pfeiffer en fait un ours mal léché. Elle n'a point su démêler les étrangetés de cette nature timide, elle n'a point su comprendre de quel poids pesait sur cette âme endolorie l'inquiète et atroce tyrannie des Ovas, l'humiliation de ce joug de brute sur une intelligence élevée réduite à l'impuissance; pour moi, j'ai trouvé Ferdinand Fiche le plus charmant des hommes.
Nos tacons nous déposèrent sur les bords de la petite baie qui fait pointe dans le village d' Yvondrou. Une collation nous attendait; nous devions, le déjeuner achevé, nous embarquer dans des pirogues que Ferdinand tenait à notre disposition; nous allions explorer les lacs, et nous comptions pousser jusqu'à Andevorande; le temps ne le permit pas.
Trois belles pirogues garnies de seize pagayeurs chacune nous attendaient dans la petite baie qui mouille le village ; Ferdinand les avait chargées d'un matériel complet nécessaire à une absence de plusieurs jours, c'est-àdire de provisions de toutes sortes, vins de France, bière anglaise, Champagne, etc. ; on le voit, notre nouvel ami faisait princièrement les choses. Nous avions des fusils pour la chasse, et les pirogues étaient recouvertes de tentes pour le mauvais temps. Le départ fut des plus gais; nous partions charmés de l'aspect du pays, de l'aimable réception de notre hôte, pleins de l'attrayant espoir de recueillir à chaque pas de nouveaux documents et de curieuses études de mœurs sur cette contrée presque vierge aux yeux d'un explorateur européen.
La navigation en pirogue demande une certaine habitude; l'e.squif est si mobile, que chacun doit le mieux possible garder son écpiilibre ; le vent nous prenait en poupe , et le fleuve soulevé nous jetait la crête des vagues; aussi une appréhension de quelques minutes est-elle un tribut bien naturel à cet exercice d'un nouveau genre; nos Malgaches, du reste, nageaient avec un ensemble merveilleux , et nous filions comme le vent. Nous atteignîmes bientôt le milieu de la rivière, où Ferdinand nous fit remarquer une langue de terre rougeàtre, sur laquelle se dénoua l'un des petits drames guerriers de l'iiistoire moderne.
« Vous savez, nous dit notre guide, que les habitants de Madagascar portent le nom générique de Sakalaves; quant à nous, populations de la côte, notre appellation de Retzimisarack, ainsi que l'indique ce mot composé, vient d'une vaste association de tribus, bc (beaucoup), t:i (ne pas), misarack (divisés). Nous nommons Ainbaiiivoules les Malgaches qui vivent à la campagne, les cultivateurs ou les paysans, et nous avons en outre les
Belanimènes, tril)u révoltoc qui gagna celle épilliète par sa honteuse défaite sur la langue de terre que nous avons doublée. Belanimènes vient debe (beaucoup), lani (terre) et mène (rouge), parce que la tribu en question, battue et acculée sur celte pointe, se rendit aux vain- ([ueurs qui, par dérision, se bornèrent à lui lancer des boulettes de terre rouge avec leurs sarbacane;^, les couvrant ainsi de fange et de honte. "
Cette petite anecdote me fit comprendre pourquoi il y avait si peu de Belanimènes et tant de Bctzimisaracks ; nous ne sommes pas les seuls à n'accepter d'héritage que sous bénéfice d'inventaire.
Cependant nous avions laissé derrière nous la livière d'Yvondrou pour entrer dans les canaux qui mè-
nent aux lacs; la végétation de ces terres marécageuses ne se compose que de ravenals, de raflias el de sauges gigantesques qui forment le long du rivage une ligne continue de sombre verdure ; sur la gauche, la mer brise avec violence, et, sur la droite, les terres plus élevées du second plan sont couvertes de forêts magnifiques.
Effrayés par les chants de nos rameurs, des canards de toutes nuances s'élèvent à l'avant des pirogues; des poules d'eau glissent dans les joncs, et des couples criards de pcrrocpiets noirs passent rapides, se dirigeant vers les bois. 11 n'y a dans celle nature rien du grandiose qui saisit l'âme, et les rivages américains ont plus de grandeur et de majesté. Cependant, la nouveauté de cette
pileuses de riz. — Dessin de G. Staal.
végétation iiizarrc, prfs(pie toute herbacée, excite une sorte d'admiration curieuse ; les chants uiadécasses de nos pagayeurs, le frôlement de la pirogue au milieu des champs de tantamo (nénufar), les larges fleurs jaunes et blanches émaillant les eaux, les cris joyeux et le vol léger du vorontsaranony, petit martin-pècheur de la taille du colibri, et, comme lui, émeraudc et saphir, jetient sur ce paysage monotone un voile de poésie sauvage ipii s'étend jusqu'à nous.
Nous devions bienlôL arriver à Anibavarano (bouche de l'eau); c'est un j)etit village placé sur une éminence, à l'entrée du lac de Nossi-Be (lac des lies), de nossi (ile) et bc (beaucoup).
L'une des pirogues nous avait précédés et devait annoncer notre arrivée; aussi trouvâmes-nous le village tout en mouvement; on déménageait à la hâte une case pour nous la donner. Elle fut prête on peu d'instants, el nous nous y installâmes.
Les chefs du village vinrent alors nous souhaiter la bienvenue; deux ou trois femmes les accompagnaient, et chacune d'elles portait, sur des feuilles de raveiial, du riz blanc comme la neige et quelques douzaines de poissons. Tout le monde s'assit, la petite cabane était pleine, et nous allions assister à notre premier kabar. (On appelle kabar toute réunion quelconque ayant pour but de causer, délibérer ou recevoir; rien ne se l'ail à
,^4*is
Groupe de ravenals. — Dessin de E. Thérond.
Madagascar sans une assemblée préalable : celait, en ce cas, le kabar de l'hospitalité.)
Quand chacun eut pris place, il y eut une minute de recueillement. Le chef prit alors la parole, et, réunissant devant lui le riz et les poissons qu'avaient apportés les femmes, il nous adressa le discours suivant :
« 0 i^asas (hommes blancs) ! soyez les bienvenus dans ce village, la case qui vous abrite est à vous, et nos bras sont à votre disposition ; nous sommes pauvres, ô vasas, mais nos oflrandes viennent du cœur; acceptez donc avec bienveillance ce riz que nous avons planté et ces poissons qui viennent de nos lacs, c'est tout ce que nous possédons. »
Nous serrâmes la main de ces bonnes gens, en signe de remercîment , et Ferdinand, qui nous avait traduit la petite harangue, leur traduisit aussi notre réponse. 11 leur dit que nous étions touchés de la généreuse hospitalité qu'ils nous oflraient, et leur présentant également, sur une feuiUe de ravenal, une piastre accompagnée de quelques hameçons et divers menus objets, il ajouta que nous les priions d'accepter ces légers présents, non comme prix de leurs offrandes, mais comme un souvenir de notre part. Nous leur fîmes en même temps verser quelques verres d'arack, qu'ils burent à notre santé ; puis, se recueillant encore, l'un d'eux prit la parole et nous dit :
« Nous remercions les nobles étrangers de leurs procédés pour nous et des touchantes faveurs qu'ils nous accordent; nous ne sommes point habitués à voir les Ovas, nos maîtres, et les vasas voyageurs nous traiter avec tant de douceur; nous les remercions donc de toute notre âme. En sortant de cette case aujourd'hui consacrée par leur présence, nous montrerons à nos femmes et à nos enfants les présents, objets de leur munificence; le .'îouvenir de leur bonté ne s'effacera point de notre mémoire, et la tradition le perpétuera jusqu'à nos arrière-neveux et nos petits-enfants. »
Nous étions véritablement touchés de la bonté de ces braves gens; les Ovas durent avoir beau jeu à soumettre des populations aussi douces , et la férocité qu'ils déploient à la moindre velléité de révolte, n'est que de la barbarie toute pure.
Pendant que les esclaves de Ferdinand s'occupaient du souper, notre petite troupe se divisa; les uns coururent explorer les bois, d'autres voulurent battre les roseaux des lacs h la recherche des canards.
Notre chasse ne fut pas des plus heureuses. Les pin tades que l'on nous avait dit fort communes fréquenli. ni les forêts plus reculées, et nous ne rapportâmes que des perroquets noirs, gros comme des jioules et délicieux en salmis, des merles étiques et beaucoup de petites perruches à tête bleue de la taille d'un moineau ; quant aux makis (espèce de singe) il nous fut impossible d'en trouver aucun. Les bois sont hauts, touffus, mais les gros arbres sont rares, la végétation parasite les dévore, les lianes et les orchidées surtout, dont plusieurs sont de couleurs et de formes ravissantes.
En regagnant le village, nous fimes route avec des
jeunes filles revenant de la fontaine. Elles étaient chargées d'énormes bambous dans lesquels elles renferment leur provision d'eau, qui s'y maintient fraîche et pure; mais leur manière de porter ce fardeau n'est point gracieuse ; il est impossible de rien trouver de poétique dans ce grand roseau lourdement placé sur l'épaule comme une charge d'esclave; les images si facilement évoquées de l'antiquité, ces tableaux charmants des Rebeccas et des jeunes Grecques aux amphores élégantes, se refusent à tout parallèle avec ces Malgaches crépues qui, malgré toute notre bonne volonté , nous semblèrent gauches et malhabiles.
Ces (emmes étaient du reste vêtues de rabanes grossières ; elles semblaient pauvres et malheureuses ; c'est que le village placé sur la route de Tananarive est sans cesse exposé aux visites des Ovas. Les habitants courbés sous le joug de fer de leurs maîtres, supportant des corvées continuelles et sujets à des exactions de toutes sortes, renoncent au bien-être qu'ils ne peuvent conserver et tombent dans un morne désespoir. A quoi bon de belles cases? on les leur brûle; à quoi bon de beaux vêtements ? on les en dépouille ; de quoi serviraient des provisions? on les leur vole. La misère fut toujours l'ennemie de l'élégance et des arts; elle est pour l'homme le fardeau le plus lourd et le tyran le plus impitoyable. Dans d'autres parages nous devions retrouver le Malgache plus semblable à lui-même ; moins de douleur et de souffrance, plus de sourires et plus de grâces.
Lac de Nossi-Be. — Nossi-Malaza. — Le chef du village et sa famille. — Intérieur malgache. — Mœurs malgaches.
Le climat de la côte de Madagascar à la hauteur de Tamatave est loin d'être enchanteur; cette contrée si peu connue ne mérite ni les éloges qu'on prodigue à la douceur de sa température et à la fertilité de son sol, ni l'effroyable surnom de « tombeau des Européens » que des voyageurs timides lui jettent dans leurs relations.
Le climat est humide et pluvieux , froid et brillant tour à tour; voilà pour l'éloge. Quant à la terrible fièvre, minotaure impitoyable dévorant l'audacieux colon ou l'imjirudent touriste , nous devons avouer (|ue dans nos fréquentes excursions, alternativement exposés à l'action du soleil et de la pluie, souvent mouillés jusqu'aux os, aucun de nous n'en a éprouvé le moindre symptôme. A Tamatave même, peuplée de plus de trois cents Européens, l'on nous assura que, depuis deux ans, pas un d'eux n'avait succombé aux atteintes de ce mal. ^ oilà pour le blâme.
Il est vraiment triste de voir les voyageurs donnera leur imagination si libre carrière au sujet de renseignements dont la vérité seule forme, la valeur, et, s'égarant, entraîner tant de gens après eux; toujours extrême dans ses écarts, une relation dénigrante ou flatteuse, trompe celui qu'elle attire et trompe celui qu'elle arrête ; désenchantement d'un côté, désastreux renoncement de
l'autre, le mal est le même, et ce système de roman, ce manque de renseignements vrais, entre peut-être pour plus qu'on ne le croit dans le pitoyable rôle que nous jouons au monde comme puissance colonisatrice.
Le lac de Nossi-Be, que nous allions traverser, peut avoir dix à douze kilomètres d'étendue; sa largeur est moindre , on aperçoit distinctement les deux rives ; le vent du sud-est l'agite comme une petite mer, et la navigation en pirogue n'y est pas sans danger. Souvent le Malgache voit sombrer son léger esquif et sa cargaison de riz, heureux quand il peut à la nage regagner la terre et sauver ses membres de la dent des crocodiles. Pour nous, que la grandeur de nos embarcations mettait à l'abri de semblables dangers, nous n'échappâmes point au désagrément d'une affreuse traversée; battus par l'orage, affreusement trempés par la pluie nous abordâmes en piteux état à l'île de Nossi-Malaza (Ile des délices.)
Nous accueillîmes avec joie ce nom d'heureux augure. L'Ile des délices est rapprochée de l'extrémité sud du lac à égale distance de ses deux rives; longue d'un kilomètre, sur une largeur de quelques centaines de pas, elle est tout feuillage et verdure ; au nord s'étend une belle prairie terminée par le cimetière, au centre est groupé le village, et la partie sud-est couverte de magnifiques ombrages.
L'accueil que nous firent les habitants fut en tout semblable à celui que nous avions reçu à Ambavarano ; kabar, discours, offrandes, toute la naïve diplomatie du cœur; mais la case était plus grande, nos hôtes mieux vêtus, les femmes plus élégantes et plus belles, et l'air d'aisance répandu partout reposait agréablement nos yeux des misérables tableaux de la veille.
Mais parions un peu des iMalgaches, de leurs mœurs, coutumes, industrie et religion.
Le Malgache de la côte est d'un caractère doux et timide , il est bon , fidèle et dévoué. La supériorité du blanc, qu'il reconnaît, s'impose à lui comme une chose naturelle, il ne s'en blesse point; le vasa lui semble un maître devant lequel il est prêt à courber le front.
Admirant tous nos actes pour le peu qu'il en connaît, stupéfié devant les phénomènes de notre industrie, son admiration naïve lui fait dire que si le vasa pouvait faire du sang, ce serait un Dieu véritable. On comprend la facilité d'une conquête chez des populations ainsi disposées à notre égard, et l'on a droit de s'étonner des pauvres résultats obtenus par plus de deux siècles d'expéditions successives.
Mais si le Malgache accepte le joug, il n'accepte point le travail. Il sera votre serviteur avec joie, parce que les devoirs faciles que cette charge impose conviennent à la douceur de sa nature ; les occupations variées de la domesticité ne le fatiguent point, et les faveurs du maître, conséquence naturelle de rapports journaliers et de soins constants, savent toucher son cœur. Grand ami du mouvement, infatigable au labeur qu'il aime, il pagayera tout un jour par le soleil et par la pluie, et cela sans fatigue apparente. Le violent exercice du tacon lui
plaît par-dessus tout ; il vous portera de l'aurore à la nuit, et le soir, oublieux des fatigues du jour, le chœur de ses compagnons et la sauvage harmonie des bambous prêteront de nouvelles ardeurs à son corps de bronze.
Mais un travail régulier l'ennuie. Paresseux avec délices, la facile satisfaction de ses besoins lui rend insupportable le lien le plus léger. Vous n'en ferez pas plus un esclave qu'un travailleur assidu. Vingt fois il brisera sa chaîne, et semblable à ces femmes nerveuses bravant impunément les longues insomnies du bal et que réduit la moindre fatigue, il fuira la besogne ou succombera sous la tâche.
Le Malgache a des formes élégantes, presque féminines; sa figure est miberbe; il porte les cheveux longs et tressés comme les femmes, et lorsqu'on le rencontre assis, drapé dans son lamba et buvant le soleil dans son farniente de lazzarone, il est difficile de distinguer son sexe. Quant à la femme, en dehors de la beauté, rare sur toute la terre, la douceur de sa physionomie en fait une créature agréable; elle est généralement bien faite et d'un galbe heureux. On peut voir, page 211, une iemme de Tamatave avec ses enfants; toutes les Malgaches se vêtent à peu près de la même manière, et le type que nous représentons peut être classé parmi les dames de l'endroit. Les cheveux divisés en carrés réguliers et tressés avec soin dégagent la tète en donnant à la personne un air de propreté remarquable ; ces tresses dissimulent l'effet disgracieux d'une masse crépue, et débarrassent de l'énorme touffe que produirait la chevelure abandonnée à elle-même. Le vêtement qui couvre les épaules est le canezou (le mot est malgache); ce vêtement serre les reins et maintient la poitrine sans la comprimer. Le jupon est remplacé par une draperie '^cette draperie est en rabane) ; il est d'indienne chez les gens aisés. Le vêtement qui entoure le buste, c'est le sunbou, étoffe de soie ou de coton, suivant la fortune des gens.
Des trois enfants, l'aîné porte un pantalon qui accuse le contact de la société européenne ; le second porte simplement un lamba , espèce de châle de coton avec frange de couleur; c'est le vêtement ordinaire des hommes.
En voyage, le Malgache se dépouille de son vêtement qu'il porte en paquet, et se contente du langouii, petit morceau d'étoffe.
L'industrie des Malgaches est toute primitive ; ils tissent avec la feuille du raffia des rabanes de différentes espèces. Les plus grossières .servent à la fabrication des sacs, aux emballages, etc. ; les plus fines, tissus vraiment remarquables, servent aux vêtements de femmes et feraient d'admirables chapeaux. On n'en trouve jamais qu'en petites quantités. Us tressent avec le jonc et les feuilles de latanier des nattes dont ils tapissent leurs cases. Quelques-unes ornées de dessins d'une grande pureté de lignes, s'importent comme objets de lu.xe et de curiosité. Ces deux industries fournissent à l'exjjortation un chiffre d'affaires montant à cinquante mille francs.
En fait de culture, le Malgache ne connaît que le riz
el malgré sa paresse de nègre et le peu d'encouragement donné à ses efforts, la côte est, dans un rayon de cent lieues, de Mananzari dans le sud, à Maranzet dans le nord, exporte quatre mille trois cents tonneaux de riz. Nous dirons en parlant des Ovas quels sont les produits naturels livrés au commerce el les règlements qui en proliibent rechange.
En fait de mœurs, le Malgache n'en a point; il est naïvement immoral....
Chez lui , les unions se brisent et se nouent selon le bon plaisir de l'homme; l'état civil n'existant pas et le
culte se bornant à quelques rares superstitions, l'on ne saurait appliquer le nom de mariage à des associations volontaires que ne consacrent ni Lieu ni l'État.
Dans le nord, l'Arabe a laissé quelque chose de ses mœurs; l'instinct rehgieaxs'y retrouve aussi plus développé.
Chez ces insulaires la pluralité des femmes est une loi fondamentale; chaque chef en a trois au moins, c'est : 1° La vadé-bé, épouse légitime, dont les enfants héritent; 2° La vadé-massayc, femme jeune, que le Malgache répudie aussitôt que sa beauté disparait ; 3° La
vadù-sindranijnon, esclave à laquelle on donne la liberté lorsqu'elle est devenue mère.
Les sœurs cadettes de ces trois feniines appartiennent de droit à l'épou.x jusqu'il ce qu'elles soient mariées.
Si la femme passe d'un toit à l'autre, les enfants restent, et la nouvelle épouse les chérit et les aime comme les siens propres; la chose paraît naturelle daus un pays où souvent l'adoption remplace la paternité ; là point de jalousie, point de discussions religieuses, point de sectes; peu ou point de discussions intestines pour l'héritage : on n'a rien à pai'tager. Cet état de choses, l'affection constante qui réunit ces braves gens entre eux dans des
Dessin de E. de Qérard.
conditions monstrueuses pour nous, tient à une grande douceur de caractère, à quelque impérieux besoin d'affection ; et si leurs rapports sont exempts des vives démonstrations qui accompagnent chez nous l'amour maternel, nous le répétons, les sentiments de la faniille n'y sont pas moins vifs. Nous vîmes une femme croyant sa fille adoptive empoisonnée par des fruits de tanghin, se livrer à la douleur la plus violente et se jeter sur les fruits, s'écriaut qu'elle voulait mourir avec son enl'an!.
D. Charnav.
{la suite à la prorhaine linnisnii.)
MADAGASCAR A VOL D'OISEAU
PAR M. DÉSIRÉ CHARNAY '
IV (Suite.) Mœurs et organisation malgaches. — Le cimetière. — Départ.
Béni'diclion de l'ateule.
Si l'un des membres de la famille tombe malade, tous les travaux sont suspendus; chacun s'empresse; les uns vont chercher des simples, d'autres interrogent le sort sur la cause de la maladie et les moyens de la guérir, pendant que les amis s'occupent des provisions et des choses nécessaires au ménage. Si le mal empire, la case se remplit alors de jiarents, d'amis et d'alliés venant mêler leur douleur à la douleur de la famille.
Cette douleur et cette affection s'étendent jusqu'aux esclaves qui se considèrent comme enfants de la maison. Ils mangent à la même table, sont vêtus h peu de chose près de la même manière. Un étranger les