CANTON — LE CHAMP DES EXÉCUTIONS
Il paraît que d’après la loi chinoise on ne peut condamner quelqu'un sans qu’ il ait avoué son crime. Singulier moyen pour les faire avouer! On vient de découvrir que deux riches marchands accusés de meurtre et exécutés, il y a trois ans, après leur aveu arraché sous la torture, étaient innocents ; pour les pousser à l’aveu, on leur avait écrasé les doigts.
L’ institution du ministère public est inconnue en Chine. Un crime ne sera jamais poursuivi sans un accusateur, et les accusateurs manquent souvent, soit parce que l’accusé est parfois puissant ou riche, soit parce qu’il faut débourser beaucoup d’ argent pour cbtenir la justice.
Je ne puis longtemps supporter le spectacle de la torture, et je sors tout bouleversé pour rencontrer un spectacle plus triste encore.
Dans un coin de la ville, un petit triangle d’environ 800 mètres carrés est entouré de poterie que des fabricants voisins y font sécher ; au centre, le guide me montre trois mares de sang : ce sont les exécutés d’hier, nous dit le gros bourreau qui survient ; et si vous voulez venir, il y en a autant pour demain.
Le guide me montre contre le mur la croix où les grands coupables sont suspendus, puis étranglés ou décapités ; et un crâne qui gît à
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