‹ Le tour du monde en 240 jours [microforme] (volume 2)Chapitre 19 sur 307 · LE PEI-HO · texte numérisé non relu

LE PEI-HO

nombreux ; ils m’ont répondu : « Nous sommes plus de cent, en comptant nos femmes et nos enfants. » Ce sont des Anglais, ils sont facilement reconnaissables à leur queue et barbe blonde. Ché-fou compte 10 à 15 mille habitants et une centaine d’ Européens ; sa bonne plage sablonneuse y attire les Européens de Shangaï pour les bains de mer durant l’été.

La ville chinoise est horriblement sale et puante comme partout. Le batelier qui nous conduit à terre ne s’est peut-être pas lavé de sa vie.

9 heures du matin. Nous voilà de nouveau en route; nous avons 200 milles à parcourir pour arriver demain matin, à 6 heures, à la passe du Pei-ho ; si nous manquons cette heure qui est celle de la marée, il nous faudra attendre la marée suivante.

Jeudi, 13 Octobre.

Nous voici depuis quelques heures arrêtés au milieu de la rivière, attendant la marée pour continuer les 22 milles qui nous restent à faire pour gagner Tien-tsin. Si l’eau arrive trop tard, l’obscurité nous empêchera de mercher dans les détours sinueux constamment parsemés de jonques, et il nous faudra attendre le jour. Je profite

LES FORTS DE TAKU. 25 de ce contre-temps pour continuer mes notes. La navigation a été pénikle, toute la journée d’hier et toute la nuit.

Ce matin à 6 heures, le capitaine en se levant s’est aperçu que le second s’ était trompé de route et était allé trop au sud, il doit donc ramener son navire au nord. Enfin nous arrivons à temps pour franchir la passe du Pei-ho, quoique notre navire doive glisser sur la vase. Une heure aprês nous étions devant les forts de Taku. Ces fortifications en terre élevées à droite et à gauche de l’embouchure du Pei-ho, sont garnies de canons. Nos soldats ne purent les forcer une première fois en 1856, ils les prirent en 1857. Le Pei-ho est une petite rivière, ayant à peine 100 à 200 mètres de large et son cours trace de longs zig-zag dans une vaste plaine d’alluvion. Un peu au-dessus des forts est la ville de Taku : mais, ici, villes et villages sont composés de maisons littéralement de boue. Elles ne peuvent résister longtemps à la pluie et, après chaque averse, elles sont en réparation.

Parmi les choses nouvelles qui se présentent à nos yeux, je remarque une grande quantité de moulins à vent d’un nouveau genre:

une haute et légère charpente circulaire de 8 mètres de diamètre soutient, sur un pivot, un

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26 LE FORT DE HSEIN-CHIENG.

moulinet dans lequel les voiles sont posées à distance perpendiculairement et tournent exactement comme les chevaux de bois dans nos foires. La campagne est parsemée de tombeaux ou reliefs en terre plus ou moins grands; les parents du défunt les réparent tous les ans. Un peu plus loin les champs sont bien cultivés ; la population est très-condensée et vient sur le bord de la rivière voir passer le navire; mais les femmes en général se cachent.

Devant Ku-ko, village important. stationne une quantité de grandes jonques venues de Canton; elles mettent un an à faire le voyage, aller et retour. Leurs voiles sont en toile, mais tendues sur des bambous qui les traversent dans le sens de la largeur et distancés de 20 centimètres ; ces bambous les tiennent raides et les empêchent de gonfler. Plusieurs de ces jonques ont la poupe ornée de dragons dorés.

Nous passons devant le fort de Hsein-chieng que les Chinois ont construit, il ya 6 ans, lorsqu'ils craignaient la guerre avec le Japon. Il est en terre et a o milles de circonférence. Je doute fort que, en cas de guerre, il put opposer une sérieuse résistance ; une bien meilleure défense est la boue qui l entoure et qui rend inaccessibles à l’artillerie les bords du Pei-ho, véritable marais.

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