‹ Le tour du monde en 240 jours [microforme] (volume 2)Chapitre 254 sur 307 · BOMBAY — LES ŒUVRES CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

BOMBAY — LES ŒUVRES CATHOLIQUES

Conseil des Conférences de S.-Vincent de Paul à Cologne, il a fondé aux Indes la première Conférence. Homme actif et intelligent, il a beaucoup développé sa mission en multipliant les bonnes œuvres. II a maintenant 27 (:onférences de Saint-Vincent de Paul dans son Vicariat, qui compte 50 mille catholiques, dont 30 mille à Bombay.

Mgr a eu la bonté de me conduire dans sa voiture à la visite de plusieurs de ses établissements, et d’abord à un orphelinat tenu par les sœurs de St°-Croix de Belgique. A côté de l’orphelinat j’ai vu une trentaine de bébés soignés par des nourrices indiennes: ce sont les enfants trouvés. Les Conférences de S.-Vincent de Paul, suivant l’exemple de leur patron, ont commencé cette œuvre et la soutiennent. Les Sœurs ont 120 personnes dans leur établissement. Plus loin les Pères ont un orphelinat de 200 garçons.

Leur coliége de S.-François Xavier compte 800 élèves ; les protestants par rivalité ont poussé le gouvernement à construire à côté un collége plus grand. La concurrence est toujours bonne à quelque chose.

Mgr Maurin, absorbé par les devoirs de sa charge, m’a confié à un Pêre Jésuite qui m’a conduit à Bandora, à 1/2 h. de chemin de fer,

BANDORA — LA PETITE NÉGRESSE VOLÉE. 307 pour y visiter 2 autres orphelinats. Ceiui des filles est confié aux Sœurs de Si°-Croix; elles ont environ 150 personnes divisées en plusieurs catégories. C’est le soir, et la veille de Noël: les enfants avaient soupé de bonne heure et étaient allées se reposer, afin de pouvoir se lever pour ia messe de minuit. Les Sœurs arrangeaient la crèche, une petite négresse de 12 à 14 ans les aidait.

Pendant que je causais avec la Mère Supérieure, elle arrive avec sa tête hérissée de plumes de dinde. Elle récite un compliment à la Supérieure, en langue africaine; puis, sur ma demande, elle fait en anglais le récit des circonstances aans lesquelles elle a été volée : « J'étais, dit-elle, avec ma mère, à la campagne, lorsque nous fûmes surprises par des hommes qui nous emmenèrent, et moi je fus séparée de ma mère que je n’ai plus revue. Je me mis à pleurer , mais on me battit, et on continuait à me battre toutes les fois que je pleurais. Ces hommes étaient noirs comme nous, ais ils parlaient un langage différent du nôtre. On me conduisit par étapes dans n village où on me vendit à d’autres homme: ; le prix fut quelques aunes de coton. Ces hommes avaient déjà beaucoup d’autres gens volés. On posa sur les épaules de chacun

308 BANDORA — LE ORPHELINES.

une double branche de bois solidement liée ; quelques-uns étaient ainsi attachés deux à deux pour empêcher leur fuite. Ces lourdes branches en marchant déchiraient la peau du cou et faisaient des plaies douloureuses. Je déclarais que cette branche n’était pas nécessaire pour moi ; que je marcherais volontiers sans elle ; mais que je m’arrèterais, préférant mourir, si on me l’imposait. Après avoir marché un grand nombre de jours, nous arrivâmes à la mer et on nous mit sur un navire. Ce navire fut pris par les Anglais qui nous conduisirent à Bombay, d’où on m’a amente dans cet orphelinat. » La ] pauvre enfant avait l’air bien simple et bien bonne.

La Mère Supérieure me dit qu’en général les Sœurs étaient bien récompensées des soins qu’elles donnaient aux petites filles de l’Inde. Elles se conduisaient bien et leur donnaient plus de consolations qu’elles n’en trouvaient en Europe dans des établissements analogues. Arrivées à 16 ou 18 ans elles les marient; elles en placent ainsi une quinzaine par an, et elles sont fort recherchées à cause de leur savoir et de leurs vertus.

Le Père Supérieur de l’orphelinat des garçons était là ; il m’invite à assister à la messe

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