LE CENTRAL-PACIFIC
voyageurs, et accaparé quatre mille têtes de bitail. Un comité de vigilance se forma enfin ; soixante hommes vinrent cerner le repaire, et tuèrent les brigands qu’on laissa pourrir au soleil. Marion a maintenant de belles propriétés à Denver (Colorado), et vient de se faire mineur; il a acheté à Salt-Lake une mine qu’il est en train d’exploiter, et il espère la vendre un million de piastres, (5 millions de fr.). Avant de quitter Salt-Lake, j’ai voulu aller prendre un bain à une source salée sulfurense, située aux environs, et une autre dans le Lac Salé. L’eau de celui-ci est tranparente et bleue comme celle de la Miditérranée ; le fond est sablonneux, mais l’eau est si saturée de sel, qu’on surnage facilement ; la tête et les épaules restent hors de l’eau comme à la mer morte. Tontefois ici l’eau n’a le goût que du sel, tandis qu’à la mer morte, elle est amère, d’un goût fétide ei insupportable.
Le 17 au soir, je quitte Salt-Lake, et à Ogden, je retrouve le train du Central-Pacific qui, dans deux jours, doit me conduire à S.-Francisco. La route traverse une plaine d’un sable si fin, que le vent en remplit les wagons, les yeux, le nez et les oreilles. Il faut donc se résoudre à marcher, les vitres fermées, par une température de 45. centig. On voit parfois dans la plaine
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désolée, quelques plantations qui réjouissent, comme une oasis. Ce sont des pionniers qui ont élevé là leurs cabanes et utilisé quelques cours d’eau. Comme dans le Sahara, le désert devient ici fertile, aussitôt qu’on peut l’arroser.
Le soir du second jour, nous arrivons à Reno, au pied de la Sierra-Nevada. Là, je comptais passer la nuit pour voir le lendemain le tracé du chemin de fer à travers les montagnes ; mais le train du jour a été supprimé, et je continuais ma route. La seule partie du chemin qui passe dans les montagnes se fait donc de nuit, et le voyageur, qui croit enfin jouir des scènes alpestres, ne voit tout le temps que des plaines interminables. A Reno, un embranchement conduit à Virginia-city, où un grand nombre de mines sont en exploitation. C’est aussi de Reno ou de Truckee qu’on part pour visiter le lac Tahoe, qu’on dit un des plus beaux du monde; mais, les américains sont si habitués à exagérer les beautés de leur pays, que je commence à devenir incrédule, et j’ai suivi ma route. Le matin, je me suis réveillé au milieu de magnifiques champs de blé, L’air nous portait la brise de mer ; nous étions dans un pays nouveau et dans une meilleure atmosphère, C’est la Californie, pays de l’or. Les vignes, les figues, les oliviers,
ARRIVÉE A S!-FKHANCISCO. 139
les poiriers, les pêchers, les abricotiers font croire que nous sommes dans le midi de la France. Bientôt apparaît le vaste dôme de Sacramento. Cette ville de 40,000 habitants, située sur le Sacramento, est la capitale de l’État de Californie. Le train continue sa route et, à Benicia, il entre dans un bateau pour être transporté à l’autre bord ; puis à 11 heures, nous atteignons Oakland, sur la baie de S.-Francisco. Là, on quitte le train pour entrer dans un ferry qui, dans vingt minutes, nous dépose sur le quai de S.-Fran- CISCO.
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