CALIFORNIE — MŒURS
Ma cabine est vers le centre. J’ai pour voisins trois chinois aux habits plus curieux que d’habitude: ce sont des attachés de l’ambassade chinoise à Washington, qui rentrent dans leurs foyers. Est-ce par suite d’un changement ou par suite de la fin d’une mission temporaire? je ne sais. J’ai déjà longuement questionné l’un d’eux, il parle un peu l’anglais; il à habité trois ans Washington. Il est possible que nous fassions route ensemble jusqu’à Pékin.
Le fils du Ciel vient de retirer les étudiants chinois qu’il entretenait en Amérique; il trouve qu'ils y prennent trop les id‘es libérales, et que ces idées, propagées dans le Céleste Empire, pourraient bien l’envoyer, non au ciel, mais en |’ air.
Les Chinois auraient dû voir qu’en Amérique on est peu porté à la guerre. Aussitôt après la paix qui termina la guerre de sicession, les Etats-Unis se sont empressés de vendre leurs armes et leurs vaisseaux et de réduire leur armée à 25.000. On dit qu’ils sont 25.000 sur le papier, mais qu’en réaliti, à peine la moitié occupe les divers camps d’observation près des Indiens. Quelques policeman suffisent pour maintenir l’ordre, et quand ils ne suffisent pas, on se garde et on se fait justice soi-même. Ce qu’on appelle le Zynch consiste dans le fait du peuple
qui prend les coupables, ou réputés tels, les pend, les fusille, les brûle ou les noie sans cérémonie. C’est le fait de tous les jours.
Ainsi, pas d’impôt de sang, pas d’impôt pour l’armement. La force vitale de la nation est tout entière à dompter la nature, défricher la terre, ouvrir des routes et des canaux.
Voici encore les terres qui s’enfuient. Dans la brume, on aperçoit la fumée d’une forêt incendite; elle brûle depuis quinze jours et brûülera longtemps encore. Le navire marche, marche, la terre disparait et nous ne la reverrons que dans 20 jours!
Il est minuit, le navire s’arrète ; un bruit strident fait comprendre qu’on lâche la vapeur, que quelque chose est arrivé à la machine; j’ccoute. Je détache l’appareïl de sauvetage et monte sur le pont. La machine est dérangée, la vapeur passait par le piston; le capitaine dit que, dans quelques minutes, tout sera arrangé. Je parcours le pont, admirant le beau spectacle d’un clair de lune dans l’Octan, puis je reprends ma couchette, ne dormant que d’un œil.
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7 Août 1881.
Ce matin le navire ne marche qu’à la voile.
Je rencontre le capitaine et je l’interpelle: votre minute est longue, capitaine: la machine n’est pas arrangée ?
Aujourd’hui c’est Dimanche, répond-il, c’est le jour du repos.
Enfin, vers midi, l’hélice tourne encore, et nous reprenons notre marche. La couleur jaune sale, que la proximité des côtes donnait à l’eau, a disparu: la mer est bleue et transparente comme notre M'diterranée et calme comme un lac. Aussi, personne n’est malade, tout le monde est content. Le navire est grand, 5.500 tonnes et des cabines pour 150 passagers de première, outre 1500 d’entre-pont pour les Chinois. Nous sommes une quarantaine en première, et à l’entre-pont, deux ou trois cents Chinois occupent les petites couchettes, entassées comme dans une ruche. Ce matin, ils ont rempli le pont de leurs dominos, d's et autres jeux. Le chinois joue toujours; quelques-uns ont tiré des livres en parchemin; ont-ils aussi un dimanche? Sur le pont, Je passe en revue de longs poulaillers ; le cuisinier court après les volailles qui se sauvent, leur
allonge le coup et les met dans un sac. Plus
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