CES WEBSTER, N.Y
loin, de grandes cases sont remplies de moutons vivants; puis viennent les bœufs entiers suspendus en l'air, et les légumes, et tout ce qu’il faut pour nourrir à ou 6 cents personnes pendant 20 jours. La nourriture, jusqu’à présent, n’est pas trop mauvaise, un peu trop anglaise. Heureusement que j’ai pris à S.- Francisco 2 caisses de vin. Le vin n’est pas cher en Californie, et on en fait de bon. La vigne se trouve partout à l’état sauvage ; elle couvre les vallons, et dans les forêts elle grimpe sur tous les arbres.Les Américains disent que c’est nous qui leur avons porté le phyloxéra. Pour s’en garantir, ils plantent ia vigne sauvage et la greffent.
Dans le sud, vers Santa Crux et Los Angeles, ils cultivent l’oranger et commencent à planter l’olivier. Ils ont des olives grosses comme des noix. En général, leurs fruits et leurs légumes sont d’une grosseur extraordinaire et d’un goût exquis.
Leurs melons, qu’on mange avecla cuiller, sont délicieux.
Mais revenons à notre bateau. On se croirait déjà en Chine. Tous les domestiques sont chinois, tous les matelots chinois, les cuisiniers chinois. Il n’y a d’américains que les chefs. S’il prenait envie à ces fils du Céleste Empire de se débarrasser de cette poignée de barbares, comme ils nous appellent, la chose leur serait facile.
Un gros chinois s’approche de moi, il a un petit enfant arrangé comme un gros magot. Ils sont vêtus de laine grise. Je leur demande si en Chine, ils seront vêtus de soie.
— Non, me répond-il; mon père vient de mourir, je suis en deuil, et pour le deuil, on porte la laine et le coton et la couleur grise. Je vais à Canton recueillir la succession de mon père.
— Avez-vous des frères ?
— Oui, trois.
— Comment se règle chez vous le partage des successions ?
— Les frères partagent également, les sœurs n’ont rien.
— Ne pourriez-vous pas quitter votre queue et votre costume ?
— Non, si nous quittions la queue, nous ne pourrions plus rentrer chez nous, nous serions mis en prison.
Je commence à voir fonctionner les bâtonnets ; ils sont en os ou en ivoire, 20 centimètres de long. Les Chinois les tiennent en posant un doigt au milieu et les manient comme des pinces; mais le plus souvent ils leur servent à pousser le riz du bord de la tasse dans la bouche, comme le font nos éleveurs de dindons.
La salle à manger est gracieusement arrangée, des fleurs partout, et un petit oiseau qui égaie par ses belles roulades.
Le temps a passé assez rapidement. J’ ai voulu lire le dernier journal que j’ai emporté de S.-Francisco, j’y ai trouvé toutes sortes d’histoires. Ici, les desperados font des prouesses, là au nouveau Mexique, les Indiens massacrent hommes, femmes, enfants, brûlent tout ce qu'ils trouvent. Les Américains, à leur tour, brülent vivants les indiens qu’ils capturent. Des crimes horr'bles de tous côtés: des déraillements, des collisions äe chemin de fer, des batailles dans les clubs électoraux et des tripotages de toutes sortes. J’ai lu toute la journée, et n’ai pas encore fini! mais le tam-tam sonne, allons diner.
Je continue à parcourir les journaux qui, dans les faits divers, sont de plus en plus curieux. Dans toutes les villes, on trouve affiché derrière la porte de chaque chambre, aux hôtels, l’extrait d’une certaine loi, en vertu de laquelle, les maïitres d’hôtels ne sont plus responsables des vols commis dans leur maison; mais cela à deux conditions.
1° Que la pancarte susdite sera affichée dans toutes les chambres, et qu’on y dira en outre
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que l’hôtelier tient à disposition des voyageurs un local sûr pour enfermer leurs valeurs. Un bon farmer (propriétaire-agriculteur), après avoir lu cet avis, s’empresse de descendre au comptoir et dépose entre les mains de l’hôtelier cinq mille dollars (25.000 francs) qu’il avait sur lui. Le lendemain, il pense les redemander, mais quelle n’est pas sa surprise lorsque l’hôtelier lui dit n’avoir rien reçu. Il crie, il proteste, mais l’hôtelier demeure imperturbable. Il se décide alors à aller chez un avocat à qui il raconte l’affaire. Cet avocat lui répond :« Mon ami, vous avez été bien trop bon; il fallait réclamer un reçu; je ne sais si vous pourrez jamais rattraper votre argent: mais si vous êtes décidé à faire tout ce que je vous dirai, nous allons essayer.
— Je ferai tout ce que vous me direz, répondit le farmer.
— Alors, retournez chez l’hôtelier, accompagné d’un ami, et, avec bonhomie, priez-ie de vous garder cinq mille autres dollars.
— Il ne me les rendra plus, répondit le farmer.
— Il vous les rendra, répliqua l’avocat ; allez, faites cela, puis revenez me trouver.
Le farmer hésitait, mais il avait confiance en son avocat et il s’exécuta: après quoi, il vint retrouver l’avocat,.
Celui-ci lui dit: bien, allez maintenant tout seul retrouver l hôtelier et dites-lui de vous rendre les cinq mille dollars, puis venez me trouver.
Le farmer ne comprenait encore rien à cette combinaison, mais il avait confiance et il fit ce qui lui était prescrit. L’hôtelier donna les cinq mille dollars et le farmer content vient les montrer à l’avocat, car il avait craint de ne plus les revoir.
— Bien, dit l’avocât; maintenant prenez votre ami, et allez avec lui trouver l’hôtelier et réclamez-lui les cinq mille dollars. Le farmer ouvrit de grands yeux, il avait compris. Il se rendit chez l’hôtelier avec son ami et demanda les cinq mille dollars. L’hôtelier étonné répondit: je vous les ai remis, il n’y à pas longtemps.
— Vous vous trompez, ajouta le malicieux farmer, vous voulez probablement parler d’un autre: voici mon témoin; il était présent lorsque je vous ai remis les cinq mille dollars; si vous u“è me les rendez, je vous dénonce à la police; hôtelier dut s’exécuter.
Dans quelques hôtels, on trouve aussi cet autre avis: Les voyageurs peuvent mettre, s’ils le désirent, leurs souliers à la porte de leur chambre, et on les cirera; mais l’hôtel n’est pas responsable
s’ils sont échangés ou disparus. Chacun s’empresse de les garder chez soi.
Maintenant que la grande ligne du Pacifique fonctionne si bien, et donne de si beaux revenus, des embranchements nouveaux sont poussés dans toutes les directions et plusieurs lignes parallèles sont même en construction. Une d’elles vient d’être terminée, elle rejoint le Pacifique vers les confins du Mexique. On espérait que la concurrence amènerait le rabais des prix, soit pour les voyageurs, soit pour les marchandises ; mais les deux compagnies se sont entendues et les prix restent les mêmes. Il s’en suit que la plupart des marchandises du Japon et de la Chine, pour éviter les prix énormes du chemin de fer, prennent la voie de Suez pour rejoindre New-York; et le Pacifique ressemble ainsi encore à un désert. Voici dix-sept jours que nous le parcourons et il ne nous a pas été donné de voir uu seul steamer ni une voile. Dans quelques années, le chemin de fer canadien ralliera aussi le Pacifique à l’ Atlantique et il est probable alors que les prix baisseront. Les chemins de fer, vers le Mexique, sont en construction ; mais pendant longtemps on y trouvera peu de sûreté ; ce vaste pays est encombré de brigands, appelés desperados, qui ne craignent pas d'aborder un
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train et de le dévaliser; leurs moyens sont multiples; ils le font dérailler ou ils s?’ introduisent déguisés en passagers. Dans un autre Etat, un jeune homme de 17 ans surprend des individus qui volaient ses pommes de terre enfouies uans le champ. Il menace de les dénoncer ; ceux-ci se vengent, et un beau jour, au nombre de 25, accostent le jeune homme et le pendent dans la forêt. C’était le fils aîné qui faisait vivre sa pauvre mère veuve etses petits frères et sœurs. La mère est menacée si elle parle; elle quitte son champ et sa cabane et s’enfuit dans un autre Etat après avoir écrit au magistrat pour dénoncer l’assassinat de son fils. Celui-ci promet dans une proclamation une certaine somme à qui arrêtera les coupables ; mais ces coquins menacent de mort quiconque voudra les approcher, et augmentent leur bande au nombre de 80. Qui des deux aura le dernier mot, les brigands ou la justice ?
Dans une telle situation, on comprend que ie lynch puisse encore être en pleine vigueur dans ce pays. Souvent c’est un nègre qui outrage une femme blanche; il est sûr d’être pendu ou noyé dans les vingt-quatre heures. On n'est pas toujours très-scrupuleux sur les moyens de prouver le crime et il arrive parfois que des innocents
sont tortures ou tués. Pendant la construction du Central-Pacifique, à une certaine gare, un individu arrive et cherche son cheval; ne l’apercevant pas, il dit au cabaretier: c’est bien sûr que ce mexicain l’a volé. Un mexicain venait en effet de descendre en cet endroit: on le saisit et on runit les notables pour décider le cas. Le pauvre mexicain ne peut se faire comprendre, il ne parle que l’espagnol. Après une demi-heure, les notables réunis derrière le cabaret sortent, déclarant que l’individu n’st pas coupable ou du moins qu'il n’y a pas de preuve contre lui; la foule réclame et exige que les notables entrent de nouveau en séance pour réexaminer le cas. Après trois quarts d’heure, ils sortent et déclarent l’accusé coupable. La foule applaudit et ajoute : nous avions donc raison, il est pendu depuis une heure ! Un instant après, on aperçoit non loin de là le cheval prétendu volé, et le cabaretier se rappelle qu’il est resté en cet endroit toute la journée |
L’Océan reste toujours désert, pas un steamer, pas une voile à l’horizon. Toujours 1’ immense voûte du ciel qui nous enferme comme sous une cloche, et les ondes, parfois mobiles, et le plus souvent, calmes comme les eaux d’un lac. Un
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seul jour, une semaine après notre départ, il nous à ét donné de rencontrer des êtres vivants. Avec quel plaisir, nous nous penchions sur le bord du navire pour les voir voltiger! C’était des poissons volants d’environ 30 à 40 centimétres de long, sortant de l’eau, et se balançant sur leurs longues ailes dans des vols peu élevés, mais souvent longs de plusieurs centaines de mètres. Le lendemain il plut à la mer de se mettre en tempête. Le vent siftle dans les voiles et semble vouloir les déchirer; la pluie tombe à torrents ; le navire se balance par un fort tangage, mais déjà notre estomac est habitué et la table ne se dégarnit point. Le mauvais temps comme le beau ne saurait durer; le calme revient bien vite, et un soleil brûlant nous fait prendre les habits d’été. Ce sont nos chinois qui sont coquets dans leurs culottes et blouses de soie à longues manches de toutes couleurs! Deux troupes de marsouins apparaissent pour la première fois; ils sautent hors de l’eau, les uns derrière les autres, comme font les enfants à saute-mouton ; pendant longtemps, nous suivons leurs joyeux ébats, jusqu’à ce que la brume les dérobe à nos yeux. Ce matin, c’est une baleine qui est venue se montrer près de nous; sa tête, puis son corps, sortaient de l’eau et y rentraïient, laissant
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voir sa longue et belle queue; elle semblait voguer. Combien j’aurais aimé chevaucher sur son dos! Qui sait si nous la reverrons encore! Les goëlands sont fidèles à nous tenir compagnie, mais les mouettes et les canards ont disparu. Où dorment-ils ces grands oiseaux, car ils sont Join de terre de plusieurs milliers de milles ; ils suivent assidûment le navire, et aussitôt que les détritus de cuisine sont jetés à l’eau, ils s’élancent et n’en laissent pas perdre le moindre brin. Contrairement à ceux de l’Atlantique et de la Méditerranée qui sont blancs, les goëlands du Pacifique sont bruns et semblent plus gros que les premiers ; ils ont au moins un mêtre 40 cent. d'envergure ; nous ne les avons rencontrés que trois jours après notre départ. Enfin hier, nous avons vu aussi un requin de 8 pieds de long; ces derniers sont à craindre. Récemment, dans un navire allant à Panama, un matelot tombé à l’eau fut avalé par l’un d’eux, avant qu’il pût saisir la corde de sauvetage. On fit le possible pour le retrouver; on prit plusieurs requins qu’on ouvrit, sans trouver celui qui avait été l’avaleur.
A bord, les journées se succèdent et se ressemblent. Le tam-tam sonne à 8 heures pour le déjeuner, à une heure pour le lunch, et à 6 heures
pour le diner. Cet instrument chinois est agaçant, c’est la clochette de ces pays. Entre les repas, on lit, on se promêne, on joue au boull, aux cartes, aux échecs. Le buull est Le jeu des Océans. On trace sur le pont des lignes formant plusieurs carrés, contenant chacun un chiffre; d’un but placi à 10 ou 12 mètres, on lance un petit cerc<eau de corde dans ces carrés. Celui qui arrive plus iôt à cent points, gagne; s’il dépasse, ii doit revenir en arrière en atteignant la case supérieure qui est la plus grande et qui fait perdre dix points. Le soir, on fait de la musique ou on danse. À 10 ou 11 heures, on reprend sa cabine d’où on ressort le matin pour le bain de mer, dans de bonnes baignoires que la vapeur chauffe à volonté.
Comme nous avons à bord des gens de toutes langues, plusieurs en profitent pour prendre des leçons d'anglais, d’espagnol, d’allemand, d’italien et même de chinois et de japonais.
Quelques-uns de nos Chinois d’entre-pont sont malades; ils espèrent retrouver les forces dans le pays natal, mais il ne leur est pas toujours donné de le revoir. Parfois ils meurent en route à trois ou quatre par jour. Dans ce voyage, un seul encore est passé à l’autre vie; il a été embaumi, et, selon la coutume des Célestiaux, il
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sera enterré en Ch'ne. Lorsqu'ils s'engagent avec les compagnies qui les transportent en Amérique, ils stipulent toujours dans le contrat que s'ils meurent sur la terre étrangère, leur corps sera porté en Chine et enseveli près des os de leurs pères. Qui sait si à fond de cale nous n’avons pas plus de Chinois morts que nous n’en voyons de vivants sur le pont !
Un riche marchand a sa famille dans sa cabine, à côté de la mienne. La pauvre femme n’en est jamais sortie. C’est l’usage en Chine que les femmes ne se moutrent pas; au reste, avec ses petits pieds, elle aurait bien des difficultés à marcher. Son jeune garçon monte parfois sur le pont, accompagné de son père, mais les trois petites avec la bonne sont s‘questries comme la mère; néanmoins elles se montrent quelquefois à la porte, et commencent à s’apprivoiser. Elles fuyaient auparavant à ma vue, puis elles ont souri, et ne craignent pas maintenant de venir dans ma chambre demander des fruits, des bonbons et surtout des images. Elles parlent volontiers, mais je n’entends pas un mot de leur chinois, et ce n’est que par signes que je leur fais comprendre que les Européens aiment et caressent les enfants. La mère elle-même s’est montrée quelquefois à la porte, témoignant par signes sa
reconnaissance pour le bon traitement envers ses enfants.
Je viens de visiter la machine. Notre hélice a déjà fait 725.000 tours depuis S.-Francisco,. Encore 200.009 tours et nous serons arrivés; elle en fait 45. par minute et nous filons 10, 11, 12, et 13 nœuds 1/2, selon que le vent est debout ou arrière ; en ce dernier cas, toutes ies voiles sont déployées, et les matelots chinois grimypent dix fois par jour comme des singes à la cime des mâts, pour les plier ou les déployer. Le magasin à charbon contient 1500 tonnes. On l’économise, et des douze fourneaux, six seulement sont allumés, et brûlent 45 tonnes par jour. Le déplacement des pistons est de 4 pieds et demi, ils sont au nombre de quatre pour faire tourner Parbre qui porte l’hélice. Quinze Chinois sont constamment vecupés à attiser les fourneaux ; ils sont remplacés chaque quatre heures. La chambre à fourneaux et la chambre à machine ressemblent assez à celles des grandes frégates, Outre les passagers (150 en première et 1500 d’entrepont) et le charbon, le navire porte encore à pleine charge 4500 tonnes. Cent trente personnes forment le personnel de service, qui comprend les offlciers, les matelots, les chauffeurs, les mccaniciens et les domestiques. Le prix dé passage
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des Chinois (55 dollars pour chacun, 575 fr.) fait en moyenne tous les frais du navire. Le fret des marchandises, qui est considérable, et le prix des passagers de prentière, qui est de 1250 fr... forme pour la compagnie, à peu près un bénéfice net.
Il n’en est pas ainsi de la ligne d’ Australie qu’exploite la même compagnie, la Pacific mail steam shix Zompany. Là, les passagers de première sont beaucoup plus nombreux, mais les marchandises en petite quantité, et de Chinois, presque pas, en sorte que la compagnie perd de l’argent, et à moins d’une subvention du gouvernement, elle paraît décidée à quitter la ligne au bout de deux ans, terme de son engagement.
Des précautions sont prises à bord pour surveiller les Chinois; jour et nuit äes blanes veillent sur le pont, dans l’entre-pont et dans la machine. Il leur serait bien facile àäe se défaire du petit nombre de blancs et de s’emparer du navire. Ils le firent une fois, mais le mécanicien blanc, qu’ils avaient laissé dans la machine pour continuer la marche, sortit avec un manchon plongeant dans les chaudières, et dirigea le jet de vapeur sur les nombreux Chinois qui, sur le pont, tenaient les blancs prisonniers, le revolver
à la gorge. Ils les aspergea si bien qu’ils lâchèrent prise et n’eurent plus envie de recommencer. Sur tous les steamers, naviguant avec des Chinois, les manchons à vapeur sont toujours prêts à fonctionner.
L’eau douce vient de finir; une pompe en puise maintenant en mer, la distille et l’envoie au réservoir. Je viens de la goûter, elle est aussi bonne ïjue l’eau des meilleures sources.
Le Dimanche en mer est bien monotone sur les navires anglais ou américains. Le jeu de boull est interdit et les protestants se défendent de jouer, et même de faire de la musique. Le 15 août n’a pas connu à bord la solennité du jour de fête de nos contrées catholiques. Le 16 août, à 8 heures du matin, nous avons atteint le 180° parallèle, le point exact des antipodes, et la carte journalière portait à midi les indications suivantes: Distance parcourue dans les 24 heures, 273 milles (le mille marin est environ 1800 métres, le mille terrestre anglais un peu plus d’un kilomètre 1/2, 1600 mètres). Latitude nord, 40°, longitude Est, 177°, pendant que, avant-hier, la feuille marquait longitude ouest 177°; aussi, au lieu de porter la date, mercredi 17 août, la nouvelle feuille a saut! un jour, pour marquer jeudi 19 août. En effet, depuis que nous avons
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quitté l’Europe en venant vers l’Ouest, tous les jours de voyage ont été allongés d’environ une demi-heure puisque nous parcourions de 4 à 5 degrés par jour, chaque degré étant de 60 milles à PEquateur et d’environ 52 milles au 40° latitude. Arrivés au 180°, nous avons perdu 12 heures, soit un jour, et, pour nous retrouver à la même date avec l’Europe, nous sommes. obligés de sauter un jour.
Le même phénomène, mais en sens inverse, se produit pour ceux qui viennent de l’Est. Chacun de leurs jours de voyage est raccourci d°’ environ une demi-heure, en sorte qu’arrivés au 180° parallèle, ils se trouvent avoir 12 heures, soit une journée en plus, et, pour retrouver la date, ils sont obligés de placer un jour de plus et d’avoir une semaine de 8 jours, pendant que nous avons eu une semaine de6.
Voici les côtes du Japon: et d’abord à droite le cap King avec son phare. Les collines et les montagnes sont couvertes de pâturages et de forêts, pendant que la plaine est semée de riz. Les jonques japonaises apparaissent de toutes parts avec leurs voiles carrées en forme de draps de lit, Plus loin, Kanonsaky à gauche, avec son phare et ses Latteries à l” Européenne ; puis