RETOUR DU LAC CHIUZENJI
pique une tête; après quelques brassées, je remonte sur la barque, mais à ce moment, un déluge arrive et inonde mes vêtements ; je les mets trempés, et nous gagnons la rive pour les changer contre un vêtement japonais. Un peu après, le brouillard se dissipe et laisse voir une belle nappe d’eau, large d’une lieue, longue de trois, découpée en contours gracieux, entourée de collines boisées, beautiful-scenery, aurait dit un Anglais. Nous l’admirons longtemps, pendant qu’on nous prépare le souper, puis après le repas, repos bien goûté.
Le lendemain, nous renonçons à la course aux bains sulfureux d’Yumoto; je tiens à rentrer le samedi soir. Nous longeons les baraques qui servent aux pèlerins à l’occasion d’une fête à un temple voisin, et, redescendant la montagne, nous arrivons à la cascade de Ké-gou. Pour jouir de la perspective, nous descendons, sur les flancs d’un précipice, des escaliers rapides; si le pied glisse, on nous repêchera 500 mètres plus bas dans le torrent.
Revenus à Nikko, Monsieur A... marchand de soie de Turin, qui est venu chercher ici la fraicheur, nous fait préparer par son cuisinier un bon déjeuner piémontais : truites, risotto à la milanaise, bulirro de Milan et vin de Bordeaux. Ainsi
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RETOUR DE NIKKO. 237
réconfortés, nous reprenons nos djinrikisha et venons coucher à Utsunomiya. Notre «ciaja est assez vaste; un étage sur rez-de-chaussée, et une cour centrale qu’entourent les galeries ies chambres; selon l’habitude je me rends au bain : il était occupé par des hommes et des femmes, et je demande un bain séparé: après un quart d’heure on vient me dire qu’il est prêt, on l’avait placé au milieu de la cour : j’eus de la peine à obtenir qu’on le transportât à un autre lieu, hors la vue du public : cette population simple et naïve ne peut comprendre nos règles de convenance.
Samedi 10 septembre.
Nous n’avons qu’un jour pour parcourir les trente lieues qui nous séparent de Tokio: impossible à nos hommes de les faire en si peu de temps; nous prenons un omnibus japonais. Mon interprète avait trouvé en route son oncle et une famille de ses amis. Nous prenons pour nous toute la voiture ; les chevaux rogneux sont chängés chaque heure, et nous pourrons arriver.
À 6 heures, notre voiture se met en route.
Comme toutes les voitures au Japon, elle a son bétto: un homme qui court devant les chevaux pour faire garer les gens. J'avais voulu prendre place sur le siége à côté du cocher, pour être
238 LE BÉTTO
plus libre et pouvoir mieux jouir de la vue; mais c’est la place du béfto qui s’y repose un instant quand il est fatigué. Je l’ignorais; il vient pour se placer à côté de moi, je le renvoie. Sans se plaindre, il va humblement se placer debout sur le marchepied de derrière. Malgré son sale vêtement, il avait l’air distingué d’un gentilhomme; j'eus compassion de lui et je l’invite à venir prendre sa place ordinaire. Il vint en effet, mais auparavant il revêt un bel habit neuf et reprend le sale lorsqu’il descend pour courir. Il y a souvent dans les enfants du peuple une délicatesse qu’on ne trouve pas toujours chez les grands personnages,
En djinrikisha, le voyageur est seul, il ne peut parler avec le voisin, mais en omnibus, on peut converser. Un de nos compagnons de voyage a été attaché à l’ambassade japonaise à Londres. Il parle l’anglais et Motono le français. Je peux savoir par eux quelque chose des usages de ces populations. À la naissance, les Japonais réunissent les parents, et le troisième jour, ils donnent le nom à l’enfant. Pour la naissance, comme pour le mariage, c’est le père ou le plus autorisé des parents qui fait fonction de prêtre. Quant au mariage, d’ordinaire les futurs ne se connaissent pas , ils n’ont qu’une entrevue. A la cérémonie n’assistent que les parents des deux familles,
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