LES TYPHONS
Partout ce sont des ponts emportés, des villages renversés, des arbres déracinés. Les jonques et les navires jetés à la côte sont en grand nombre. Tous les journaux multiplient chaque jour les récits de nouveaux sinistres; tantôt l’équipage a été sauvé, tantôt perdu. Un clipper, qui était arrivé sans malheur de Liverpool, a été brisé sur les rochers du Japon, qu’il voyait pour la première fois. Un grand navire de la Mitsu-Bishi a été poussé contre un cap et brisé en deux.
Ces typhons n’ont lieu qu’à l’équinoxe, ordinairement du 18 au 30 Septembre. Plus heureux, nous avons eu une navigation tranquille; on pourrait se croire su” un lac.
Mais déjà nous avons aperçu hier, dans la brume, une des îles de la Corée. Ce matin, nous avons passé les îles Suldler, et peu après, la belle couleur bleue de la mer est devenue noire, puis verte, puis jaune, puis rouge.
Les navires se montrent par vingtaines, de tous côtés, Nous sommes à l’embouchure de la rivière bleue; elle est large ici de plusieurs lieues, et nous ne pouvons en apercevoir les bords. Mais peu à peu des arb es se dessinent dans le lointain. La sonde est jetéc sans discontinuité; elle marque presque toujours 10 brasses; nous entrons dans l’affluent, le Woosung, qui conduit à Shangaï, Tous
les étudiants chinois revêtent ici leur costume national, ce qui les fait paraître un pied plus grands; c’est l’élite de la jeunesse chinoise. Ils ont été choisis parmi les premiers numéros dans les examens de concours par tout l’empire.
Tout le monde prépare ses paquets ; nous sommes en Chine! Voilà le fort de Voosung. Nous rencontrons 2 navires de guerre français. La marée est basse, le Tbkio-Maru jette l'ancre. Un petit vapeur vient nous prendre pour nous faire passer à Shangaï une meilleure nuit.
J’ai déjà dépassé la moitié de ma course et maintenant je me rapproche de vous. Ma prochaine lettre vous parlera de la Chine, et plus
tard, je vous écrirai des Indes. Dieu, qui m’a conduit jusqu’ ici, me conduira jusqu’à la fin, et me raménera auprès de vous en bonne santé.
Que de longs récits j’ aurai à vous faire au boulevard Carabacel!