SUR L*OCÉAN PACIFIQUE
j*avais Tair d'avoir gSLgné depuis mon départ de Paris. En effet, marchant au-devant du soleil, j'avançais chaque jour ma montre pour lui faire marquer l'heure du lieu où je me trouvais. Je constatai que je Tavais avancée de douze heures, ce qui correspondait bien à la moitié du tour du monde.
Faute de ce redoublement de jour, il y aurait eu, lors de mon retour à Paris, un désaccord de vingt-quatre heures entre le calendrier universel et le petit almanach où j'effaçais les jours. Le premier aurait marqué par exemple le l®'* août, et le second n'eût indiqué que le 31 juillet.
Remarquez qu'ainsi j'aurais été rajeuni d'un jour. Quel dommage que la science nous impose une rectification I II serait si agréable de se rajeunir, non pas par des dates mensongères, mais almanach en main. En recommençant le tour du monde et en le continuant toujours dans le même sens, on volerait chaque fois un jour au destin, et l'on pourrait narguer ses contemporains, vieillis plus vite que vous. Mais non, l'inexorable calcul est là qui vous guette et interdit Tillusion.
Après avoir célébré directement, dans Tintimité de notre petite bande française, la fête du 14 juillet qui se trouva éclairée par le plus beau soleil de la traversée, nous arrivâmes enfin le 16 juillet vers midi en vue de la cûte d'Amérique, et nous jetâmes l'ancre au village de Williamshead, dans l'île de Vancouver.