‹ Le tour du monde en deux cent quarante joursChapitre 12 sur 12 · LE TOUE DU MONDE · texte numérisé non relu

LE TOUE DU MONDE

jette, après un cours de SOO kilomètres, dans le golfe qui porte son nom. La masse d'eau qu'il verse dans l'Océan est évaluée à 57,335 mètres cubes par heure : 'i

on peut juger par-là de sa rapi lité. Sa largeur varie considérablement; à sa naissance, elle est de dix kilomètres; mais, depuis Québec jusqu'à son embouchure, — c'est-à-dire sur une longueur de 400 kilomètres, — il n'en a pas moins de cinquante a soixante. Ce fleuve est navigable pour les plus grands vaisseaux jusqu'à Québec, et pour les navires de 500 à 600 tonneaux, jusqu'à Montréal. On évite les rapides et les chutes à Taide de canaux; les plus importants sont ceux de la Chine^ Beauhw nais et de Jonction, etc.

Le seul fleuve considérable du Canada, après le Saint-Lamrent, c'est V Ottawa ou Grand-River, qui porte au grand fleuve le tribut de ses eaux verdàtres : elles forment, parmi d'autres cascades pittoresques, celles de la Chaudière qui a 40 mètres de hauteur et 90 mètres de largeur. La rivière de Saguenay, qui vient aussi du nord, est l'écoulement du lac Saint- Jean. Une autre rivière remarquable vient en droite ligne du sud : c'est la rivière de Sorel, nommée aussi le Champlain et le Ridtelieu, débouché du lac Chaniplain, qui forme une communication très importante entre le Canada et les Etats-Unis. Parmi les petites rivières, celle de Montmorency est célèbre par sa cataracte pittoresque.

Québec communique avec New-York par les lacs et les rivières, ce qui constitue un immense résultat par le commerce.

A latitude égale, la température du Canada est beaucoup plus rude que celle des contrées de notre Europe, et particulièrement de la France. Le froid et le chaud y sont extrêmes, puisque le thermomètre centigrade, en juillet et août, montejusqu'à 35 degrés, tandis qu'en hiver, le mercure y gèle. La neige commence avec le mois de novembre; et, en janvier, il est souvent difficile à un Européen de se tenir quelques moments en plein air, sans en éprouver des suites fâcheuses. Des intervalles d'un temps plus doux ne servent qu'à rendre plus sensible le sentiment du froid et ses effets plus dangereux. Souvent; à Québec, au commencement de l'hiver, la neige roule en grandes masses dans l'air, et couvre les rues jusqu'au niveau des lucarnes des maisons basses : Enfin, en décembre, les vents neigeux cessent, un froid uniforme et un air serein leur succèdent. Tout à coup, les glaces arrivent dans le fleuve, et s'accumulent de manière à remplir tout le bassin; mais, la plupart du temps, ces places ne sont que flottantes, et les habitants da la rive méridionale, animés par l'espoir du gain, les franchissent en laissant tantôt glisser et tantôt flotter leurs canots. Les glaces disparaissent de même avec une rapidité extrême, vers la fin d'avril, ou au plus tard au commencement de mai. Elles se rompent avec un bruit semblable à celui du canon, et sont entraînées à la mer avec une violence épouvan-

table. Le printemps se confond avec l'été; les chaleurs subites font éclore la végétation à vue d'œil. De tous les mois de l'année, le mois de septembre est le plus agréable.

Il est à remarquer que la glace n'est pas aussi compacte au Canada qu'en Europe: plus elle est mince et plus elle est solide. Lorsqu'elle est épaisse, elle est remplie de bulles d'air et elle affecte une couleur grisâtre. On la brise aussi aisément que celle d'Europe, bien qu'elle soit quatre fois plus épaisse.

Les extrêmes du froid et de la chaleur se font sentir avec plus d'intensité dans les cantons cultivés que dans c^ux qui ne le sont pas. Le mercure gèle fréquemment à Montréal, et les étés sont si chauds, pendant quelques jours, qu'il est surprenant que les animaux n'en souffrent pas trop. Les pluies ne sont pas très abondantes, et elles tombent plus particulièrement au printemps. Dans l'intérieur des terres, les brouillards ne sont pas si fréquents que dans la Grande-Bretagne, mais ils le sont beaucoup plus sur les côtes. Le tonnerre et les éclairs y sont très communs; les roulements du tonnerre y sont beaucoup plus forts qu'en Europe, et l'éclat deséclairs y estplus vif et plus brillant,

Au Canada, les moustiques sont extrêmement multipliés pendant les chaleurs de l'été, surtout dans les contrées non cultivées et dans celles oia l'on a détruit le bois. Ces insectes sont excessivement incommodes, et l'on n'a découvert encore aucun moyen de préserver de leurs piqûres les parties du corps qui sont exposées

à l'air. Les Indiens et les Canadiens en souffrent autant que les Européens, mais leur peau n'enfle pas autant..

Le Canada est traversé dans toute sa longueur par un terrain* montagneux qui le divise en deux bassins géologiques pouvant être désignés en bassin du nord et bassin du sud ; ces montagnes ont reçu le nom de Laurentides. Dans le bassin du nord, situé au nord du Saint-Laurent, on rencontre du granit, des grès, des calcaires; l'ardoise, les pierres meulières, la serpentine, la houille, sont exploitées dans le bassin inférieur. Dans plusieurs parties on trouve de l'ocre, de la plombagine et des pierres lithograpliiques.

Des mines de fer abondantes ont été découvertes dans plusieurs parties du Canada, telles que les bords de l'Erié, de l'Ontario, du lac Saint-Jean et la baie de Saint-Paul, à l'entrée du fleuve Saint-Laurent ; on y a trouvé aussi des filons de zinc,, de manganèse, de mercure. L'argent et l'or ont été découverts dans les environs de Qué'^ec et de Saint-François; et le cuivre e.st exploité au nord du laj Supérieur. Le plomb, le nickel et le cobalt se rencontrent près du lac Huron et aux environ de Gaspé-. Dans le Canada, pays généralement montagneux et boisé, la culture s'éloigne peu des bords de la grande rivière. Les produits sont, outre le tabac, consommé par les colons, les légumes et les grains qui forment un article d'exportation. La cultare du froment a fait des progrès énormes. Les

terres deviennent meilleures à mesure qu'on remonte le Saint-Laurent. Les environs de Montréal surpassent autant en fertilité ceux de Québec que les terres du Haut-Canada surpassent celles de Montréal. Les prairies du Canada, supérieures à celles des contrées américaines plus méridionales, présentent un gazon fin et épais. Le froment, semé au commencement du mois de mai, mûrit vers la fin d'août.

Parmi les fruits du Canada, les meilleurs sont, comme en Norwège, les baies, spécialement les fraises et les framboises. On récolte des pommes et des poires aux environs de Montréal. Des vignes, tant sauvages que cultivées, donnent de petits raisins d'un goût agréable, quoique aigrelet. On cultive beaucoup de melons : il paraît même que ce végt'tal est indigène. Le houblon y réussit parfaitement. Le pays produit deux espèces de cerises sauvages dont on ne tire pas grand parti. Le noyer d'Angleterre ne s'accommode pas des successions subites du froid et du chaud qui caractérisent le printemps du Canada.

Dans la végétation indigène des pays situés au nord du fleuve Saint-Laurent, on remarque un mélange singulier des flores de Laponie et des Etats-Unis. Les grandes chaleurs de l'été font que les plantes annuelles et celles que la neige est capable de couvrir pendantl'hivery sont, pourlaplupart, les mêmes que dans les pays plus méridionaux, tandis que les arbres et les arbrisseaux ayant à braver, sans abri, toute la rigueur du climat, appartiennent aux espèces qui caractérisent les régions arctiques.

Le ginseng et le lis de Canada, semblable à celui de Kamtchatka, indiquent une liaison entre la flore d'Amérique et celle d'Asie. La zizania aqualica, graminée propre à ce climat, et qui tient de la nature du riz, croît abondamment dans la vase des rivières ; elle fournit un aliment aux Indiens errants, comme aux oiseaux de marécage.

Quoique le pays soit couvert de nombreuses forêts, les arbres n'y acquièrent jamais cette grosseur et cette surabondance de vie qui les distinguent dans les Etats-Unis. La famille des sapins et des arbres verts y est peut-être plus multipliée : on y remarque le sapin à feuille argentée, le sapin weymouth, le pin canadien, la sapinette d'Amérique et le cèdre blanc du Canada, qu'il ne faut pas confondre avec celui des Etats-Unis.

Après ces grands végétaux, qui occupent le premier rang, nous nommerons encore l'érable à sucre et l'érable rouge, le bouleau, le tilleul et l'ormeau d'Amérique, le bois de fer et le gaînier du Canada. Los nombreuses espèces de chênes sont en général inconnues; les espèces d'Europe ne s'y montrent que sous la forme d'arbrisseaux rabougris : aussi, les bois de construction duCanada se tirent-ils des provinces occidentales de la Nouvelle- Angleterre. On rencontre encore dans les îles du Saint-Laurent, le sassafras, le laurier et le mûrier rouge. Le frêne commun, l'if et le frêne des montagnes se trouvent également dans les contrées septentrionales de l'ancien et du nouveau continent ; mais, les forêts du Canada possèdent

ua ornement caractéristique dans les festons légers da la vigne sauvage et dans les fleurs odorantes de l'asclépiade de Syrie. Les forêts du Canada fournissent principalement des douves et des planches de sapin, ainsi que des petits mâts. La plupart des bois de ce pays peuvent être employés dans l'ébénisterie de luxe, le placage et la marqueterie. Les potasses et les cendres perlées sont encore un produit des forêts. Les Canadien^ font beaucoup de sucr^ d'érable et le vendent à moitié prix de celui des colonies. L'extraction du sucre de l'arbre a lieu au moment où la sève monte et DU il règne encore un froid vif. Le suci'e d'érable, à Québec, est bon et dur; il fond lentement et contient plus d'acide que le sucre de canne; mais, les habitants du Haut -Canada le raffinent et le rendent très beau.

Les animaux qui habitent les vastes forêts ou qui errent dans les parîies incultes du Canada sont le cerf, l'élan d'Amérique, le daim, l'oui's noir et roux, le renard, la martre, le lynx, le chat sauvage, le furet, la belette, l'écureuil gris, le lièvre et le lapin, le rat musqué, la marmotte, le putois. Les parties méridionales recèlent un grand nombre de bisons, de daims de petite race, de chevreuils, de chèvres et de loups. Les marais, les lacs et les étangs abondent en loutres et en castors très estimés. Peu de fleuves peuvent se comparer au Saint-Laurent, par la variété, l'abondance et l'excellence du poisson. Le caïman et le serpent à sonnettes, habitants incommodes des régions plus méridionales, se sont répandus jusqu'ici. Parmi les oiseaux indigènes, les pi^mier» voyageurs distin-

guèrent déjà le lourd coq d'Inde. Le colibri s'égare pendant Tété dans cette région boréale et vient voltiger comme une fleur ailée parmi les fleui^ des jardins de Québec.

Un superbe bassin, oîi plusieurs flottes pourraient mouiller en sûreté; une belle et large rivièi^-, des ri\ages partout bordés de rochers très escarpés, parsemés ici de forêts, là surmontés de maisons; les deux promontoires de la pointe Levis et du cap Diamant, la gracieuse île d'Orléans et la majestueuse cascade de larivi re Montmorency, tout concourt adonner à la ville de Québec, capitale du Bas-Canada, un aspect imposant et vraiment magnifique. La haute ville est bâtie sur le cap Diamant, élevé de 115, mètres, tandis que la ville basse s'étend le long de l'eau au pied de la montagne, dont souvent, dans le froid et le dégel, il se détache des quartiers de roche qui écrasent les maisons et les passants. La beauté des édifices publics ne répond pas à l'idée qu'en fait naître de loin l'éclat du fer-blanc dont ils sont couverts ainsi que la plupart des maisons. Les fortifications , considérablement augmentées dans ces dernières années, en font, conjointement avec sa situation naturelle, une place de guerre très importante; mais, il faut dix mille hommes pour garnir tous les postes. Cependant, les détachements de troupes stationnées à Montréal et à Trois-Ri\ières, peuvent, en descendant le fleuve, rejoindre la garnison en peu d"heures, et une flotte peut.

sans obstacles, ravitailler la place, tant que les glaces n'ont pas interrompu la navigation. Les habitants se dédommagent des froids longs et rigoureux de l'hiver par des parties de traîneaux, par des assemblées de danses et les plaisirs du théâtre. Des courses de chevaux contribuent à Tamélioration de la race.

Québec est la résidence du gouverneur du Canada et de tous les hauts fonctionnaires, et le siège d'une cour de justice. Les deux tiers de la population sont catholiques et descendent des Français, qui bâtirent la ville et fondèrent la colonie.

Québec fait un commerce considérable avec toute la contrée avoisinante, et avec les ports et les pêcheries qui sont au-dessus d'elle sur le fleuve. Mais, l'objet principal de son commerce et de son industrie est la vente des bois et la construction des navires. Quatorze à quinze cents vaisseaux entrent annuellement dans son port; et, de nombreuses lignes de chemins de fer la font communiquer avec les autres villes du Canada et les Etats-Unis.

En descendant le fleuve Saint-Laurent, on aperçoit à droite une contrée toute semblable aux parties les plus montueuses du Canada, bien boisée, bien arrosée, mais assiégée de brumes maritimes, qui seules en dénaturent la température : c'est le Gaspé ou la Gaspésie, ancienne patrie d'une tribu indienne remarquable par ses mœurs policées et par le culte qu'elle rendait au soleil. Les Gaspésiens distinguaient les aires du vent, connaissaient quelques étoiles et traçaient des cartes assez justes de leur pays. Le nom de Gaspé

a été restreint, de no.s jours, au pays situé entre le fleuve Saint-Laurent et la baie des Chaleurs qui se trouve entre le Nouveau Brunswick et le Bas-Canada.

Montréal, la seconde ville du Bas-Canada, se présente avec éclat sur la côte orientale d'une île considérable, formée par le fleuve à sa jonction avec l'Ottawa : des hauteurs boisées, de nombreux vergers, de jolies maisons de campagnes, et tout cela renfermé dans une île baignée d'une superbe rivière oii peuvent remonter les gros vaisseaux de cette cité qui renferme plus de 80,000 habitants. Montréal peut-être regardée comme la première place de l'Amérique, pour le commerce des pelleteries.

Montréal possède plusieurs édifices remarquables : la cathédrale catholique, l'un des plus vastes temples du Nouveau-Monde, peut contenir 10,000 personnes ; l'hôpital général est un des mieux tenus de l'Amérique anglaise; la place du marché est ornée d'un monument érigé à la gloire de Nelson : c'est une colonne d'ordre dorique, haute de dix mètres, surmontée de la statue colossale du célèbre marin. Le collège français, le séminaire catholique, l'institut classique académique et l'université anglaise, sont des établissements très florissants. Cette ville est aujourd'hui une place lie commerce plus importante que Québec. Sa position en fait l'entrepôt des produits du Haut-Canada, des parties des Etats-Unis qui en sont limitrophes et des contrées sauvage qu'arrose l'Ottawa. Si Québec voit plus de navires jeter l'ancre dans son port, c'est Montréal qui leur forme leurs cargaisons; et, cette cité

ne conserve sa pi-épondérance que parc3 qu'elle possède un port où cent vaisseaux de ligni seraient en sûreté et que ses fortifications en fout le Gibraltar de TAmérique anglaise.

La petite ville des Trois-Rivières, entre Québec et Montréal, est située ^ur la barre septentrionale du fleuve, à J'embouchure de la -rivière Saint-Maurice, Elle est bien bâtie; les naturels y portent leurs pelleteries ; et, il y a dans le voisinage, des mines de fer abondantes. Citons encore, dans le Bas-Canada, Saint-Yacinthe, sur ila rive gauche 'de rYamr:ska, qui possède -MU collège; Beaafort, où l'on remarque u^ne belle scierie mécanique ; Pont-Lém, rendez-vous des curieux qui vont visiter la belle cascade de la Chaudière ; Sherbrooke qui possède de nombreuses manufactures; Orléans, dans l'île de ce nom, au milieu du fleuve Saint-Laurent, à 8 kilomètres au-dessous de Québec ;c3tte île, longue de 36 kilomètres et large de 8 kilomètres est remarquable par sa fertilité; le centre est occupé par des bois épais; dans la partie occidentale où s'élèvent plusieurs jolies maisons de campagne se trouvent des chantiers où Ton construit des vaisseaux de guerre de la plus grande dimension. Le village de Lorette, où l'on admire une belle église, est peuplé d'Iroquois qui ont été convertis A la religion catholique par des missionnaires français. La Chine est un gros village d'où partent des bateaux à vapeur a dc-^tination du Haut-Canada. Le bourg de Tadousac, situé sur un rocher presque inaccessible, près du confluent du Sagueneyet du Saint-Laurent, fait un grand

commerce avec les Indiens. A 55 kilomètres au nordest de Montréal, la pe'ite ville de Sorel ou Wi/lmm- Henry, esi agréablement située au confluent du Richelieu ou Sorel et du Saint-Laurent, sur l'emplacement du fort Sorel, construit par les Français en 1665 pour réprimer les incursions des indigènes. La rivière Sorel est aujourd'hui canaHsée; et, par sa jonction avec le lac Champlain et la rivière d'Hudson, elle met en communication Québec et Montréal avec New- York.

En sortant du fleuve Sainl-Laurent pour entrer dans le lac Ontario, on traverse le golfe, appelé improprement lac de Mille-Iles. Sur une de ses anses et à l'embouchure de la vn lève Rideau^ canalis'e pour joindre rOttario à l'Ottawa, s'élève la ville de Kingston, munie d'un bon port qui sert d'entrepôt entre le Haut et le Bas-Canada, Elle est régulièrement bâtie. Ses rues sont larges et spacieuses.

Sur la côte, en face de l'île, est une baie qui peut mettre à l'abri de tout vent une flotte nombreuse : c'est aussi là qu'hiverne ordinairement la flotte du lac. Sur le bord de la baie, on aperçoit l'arsenal de la marine anglaise dans cette partie du monde, et de beaux chantiers où l'on construit des vaisseaux de guerre de premier rang La population commerçante de Kingston s'élève à plus de 12,000 habitants : c'est la vil le la plus forte, la plus florissante et la plus commerçante du Hajl-Canada. On voit quelques sources minérales

dans ses environs, qui comprennent aussi les villes et villages de Waterloo, Bath, Cap-Vincent, Odessa, Shaunersville, Belleville et Trenton, sur le chemin de fer qui l'unit à Toronto en longeant la rive septentrionale du lac Ontario.

Toronto, que l'on appelait autrefois York, à 27 kilotres à l'ouest de Kingston, a partagé avec Québec l'iionneur d'être la capitale du Canada, le gouverneur général et le Parlement faisaient alternativement leur résidence dans ces deux villes. Toronto domine le lac Ontario, possède un superbe port abrité par une longue presqu'île, appelée Gibraltar, et renferme environ 50,000 habitants. La baie de Burlington, à l'extrémité occidentale du lac, est bordée de paysages romanliques. Plusieurs chemins de fer viennent aboutir près de cette belle ville aux environs de laquelle on trouve Yorkville, Humber, Weston, Clairville, Zaïrville, Saint-André, etc.. dont l'industrie est activée par le voisinage de l'importante cité.

Ottawa, que l'on appelle quelquefois Bytown, est un des chefs-lieux de district du Haut-Canada; elle est située sur la livière Ottawa ou Grand-River, à 140 kilomètres de son confluent avec le Saint-Laurent et à l'embouchure de la rivière Rideau. Cette ville doit son premier nom de Bytown, au colonel By, son fondateur qui avait été chargé, en 1827, de la surveillance de la construction du canal Rideau. En 1854, par acte du Parlement provincial, Bytown a été élevée au rang de cité, et son nom a été changé en celui qu'elle porte depuis. Le canal la partage en

deux parties : la ville haute et la ville basse, et l'Ottawa y pénètre par huit magnifiques écluses en pierre. Un beau pont en pierre de taille, construit par les sapeurs-mineurs royaux, met les deux parties de la ville en communication; mais, par suite de la rapide extension du mouvement commercial et de l'affluence du public, il est devenu insuffisant,

La ville est régulièrement bâtie; ses rues sont larges, bien alignées, et la plupart se coupent à angle droit; on y voit de belles fontaines. A l'extrémité occidentale de la cité est la célèbre chute de la Chaudière, l'une des plus imposantes de l'Amérique et qui paraît ne le céder qu'aux fameuses chutes du Niagara. Un pont suspendu, élevé par le gouvernement provincial et qui a coûté 64,468 dollars, franchit ce gouffre écumant en unissant le Bas-Canada avec le Haut-Canada.

A l'extrémité nord-est de la ville, on voit deux autres chutes^ par lesquelles les eaux mugissantes et furieuses de la rivière Rideau, se précipitent dans rOttawa et qui ne sont pas moins dignes que les précédentes de l'admiration des étrangers.

Le commerce d'Ottawa consiste principalement en bois sciés ou équarris, provenant des grandes forêts du voisinage; elle est le grand entrepôt des approvisionnements de mâts, de pièces de bordages et de bois de toutes sortes pour la construction des navires : les navires d'Europe ou des Etats-Unis viennent y prendre de nombreux chargements.

Les mines de fer de Hall, distantes de la ville d'en-

viroii 10 kilomètres, sont habilement exploitées et promettent une grande source de richesses. Il était facile de prévoir l'accroissement rapide que prend Ottawa par sa position au centre d'une contrée à la fois fertile et industrieuse, ayant à sa disposition, à l'aide de ses chutes d'eau, des forces motrices considérables. Entrepôt d'un immense commerce de bois, elle est destinée à être une des premières places manufacturières du Canada, surtout avec le canal maritime de r Ottawa à la baie de Géorgie, une des grandes voies de la navigation vers l'ouest. Celte ville est à 296 milles de Québec, à 126 de Montréal, à 95 de Kingston, et à 296 de Toronto.

Ilami/ton, agréablement située à l'extrémité occidentale de la baie de Burlington, près de l'entrée du lac Ontario, a été fondé en 1813; c'est une place commerçante et industrielle qui complète l'établissement de la communication avec les Etats orientaux de rUnion américaine.

Niagara, petite ville bien bâtie, défendue par le fort Georges, possède un port à l'embouchure et sur la gauche du Niagara. Le fort £'ne commande le fleuve Niagara à sa sortie du lac de ce nom.

Nous pourrions citer encore un grand nombre de localités remarquables parleur commerce et leur industrie, si les limites de cette notice nous le permettaient.

VÏI

L'accroissement de population est moins rapide

dans le Haut-Canada que dans le Bas-Canada; et, cela doit être ainsi, lorsque l'on considère que sans cesse des milliers d'Européens traversent l'Océan pour se diriger sur Québec. Dans leHaut-Canada, la plusgrande partie de la population est d'origine anglaise; dans le Bas-Canada, au contraire, les neuf dixièmes des habitants sont Français d'origine. On conçoit que la composition de la population des deux contrées doit avoir une grande influence sur leur état moral et politique.

Toute la population française est resserrée, principalement sur la rive septentrionale du grand fleuve, depuis Montréal jusqu'à Québec; l'aspect de cette série de fermes et de champs labourés, pendant un espace de 568 kilomètres^ satisfait plutôt l'œil que la pensée. Les cultivateurs canadiens, animés d'un esprit diamétralement opposé à celui des Anglo- Américains, ne quittent pas les endroits qui les ont vus naître. Au lieu d'émigrer pour former de nouveaux établissements, pour défricher les terres voisines dont ils connaissent la ferlihté supérieure, les membres d'une famille partagent e:itre eux les biens-fonds, tant qu'il en reste un. seul hectare.

Les premiers colons français paraissent être venus de la Normandie. Contents de peu, attachés à leur religion, à leurs usages, soumis au gouvernement qui respecte leur liberté, ils ont, avec un peu d'indolence, un grand fonds naturel de talents et de courage que l'instruction développe de plus en plus. Ils se livrent avec ardeui' aux travaux les plus rudes ; ils

en'reprennent, pour un gain modique, les voyages les plus fatigants. Ils fabriquent eux-mêmes les étoffas de laine et de lin dont ils s'habillent à la campagne; ils tissent ou tricotent leurs bonnets et leurs bas, tressent leurs chapeaux de paille, et tannent les peaux destinées à leur fournir des mocassins ou grosses bottes : enfin, leur savon, leurs chandelles et leur sucre, ainsi que leurs charrues et leurs canots, sont le produit de leur propre industrie.

Le visage des Français du Canada est long et mince, leur teint brunâtre et hâlé devient quelquefois, — sans doute par l'effet du mélange avec la race indig'me, — aussi foncé que celui des Indiens; leursyeux, petits et noirs, ont beaucoup de vivacité ; le nez avancé tend à la forme aquiline; les lèvres sont épaisses, les joues maigres et les pommettes saillantes. Ils ont conservé dans leurs manières des traces honorables de leur première origine. La gaieté française conserve ici son empire, quoique le climat, en rendant nécessaire l'usage des poêles et des fourrures, donne aux Canadiens l'apparence de Russes. Une franche cordialité rassemble, dans de grands repas, les parents et les amis à certains jours de fêtes, qui se terminent par des danses et des chansons.

Les riches Canadiens suivent avec une scrupuleuse exactitude les modes de France. Les femmes sont remarquables par leurs grâces et leur brillante santé. Par l'éclat de leur teint, la régularité de leurs traits et la beauté de leur taille, elles ressemblent aux Cauchoises ; leurs grands yeux noirs tranchent agréable-

ment avec l'incarnat de leurs joues fraîches et vermeilles. Bonnes épouses, mères tendres, ménagères soigneuses, elles font la félicité de leurs familles.

Les arts d'agréments ne sont point négligés dans l'éducation des jeunes personnes de bonne famille : le dessin forme une partie importante de l'instruction qu'elles reçoivent; la musique compte des élèves jusque dans les fermes et les villages. Les salons de Québec et de Montréal retentissent souvent des airs mélodieux des grands compositeurs applaudis à Paris. Enfin, dans la classe inférieure, d'anciennes chansons normandes sont répétées en chœur par une jeunesse joyeuse.

Il nous est agréable de constater que toute cette brave et intéressante population est restée française par les habitudes et surtout par le cœur.

Les habitants du Haut-Canada conservent les mœurs de l'Angleterre et de l'Islande.

Que de souvenirs et que de regrets le Canada ne nous rappelle-t-il pas?... Ce sont les Français qui, les premiers, firent retentir les bords de ces larges fleuves et les échos de ces belles forêts de leurs chants nationaux; ce sont eux qui y introduisirent les premiers germes de civilisation. Rien de plus émouvant que l'histoire, trop ignorée parmi nous des luttes que les Français soutinrent avant de perdre le Canada !

Honneur donc à tous ces vaillants qui, abandonnés à leurs propres ressources, ont combattu jusqu'à la mort pour l'honneur du drapeau français!

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