‹ Le tour du monde en quatrevingts joursChapitre 4 sur 42 · S S LE TOUR DU MONDE · texte numérisé non relu

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hardis marins qui, par tous les temps, s'aventurent à la recherche des navires, et connaissent admirablement ces mers. John Bunsby, un homme de quarante-cinq ans environ, vigoureux, noir de hâle, le regard vif, la figure éner-

5 gique, eût inspiré confiance aux plus craintifs.

Phileas Fogg et Mrs. Aouda passèrent à bord. Fix s'y trouvait déjà. Par le capot d'arrière de la goélette, on descendait dans une chambre carrée, petite, mais propre. "Je regrette de n'avoir pas mieux à vous offrir," dit Mr.

10 Fogg à Fix, qui s'inclina sans répondre. L'inspecteur de police éprouvait comme une sorte d'humiliation à profiter ainsi des obligeances du sieur Fogg.

"A coup sûr, pensait-il, c'est un coquin fort poli, mais c'est un coquin ! "

15 A trois heures dix minutes, les voiles furent hissées. Mr. Fogg et Mrs. Aouda jetèrent un dernier regard sur le quai, afin de voir si Passepartout n'apparaîtrait pas.

Phileas Fogg, le corps droit, les jambes écartées, d'aplomb comme un marin, regardait sans broncher la mer houleuse.

20 La jeune femme, assise à l'arrière, se sentait émue en contemplant cet Océan, assombri déjà par le crépuscule, qu'elle bravait sur une frêle embarcation. Au-dessus de sa tête se déployaient les voiles blanches, qui l'emportaient dans l'espace comme de grandes ailes. La goélette, soulevée par le

25 vent, semblait voler dans l'air.

Fix rêvait à l'avant de l'embarcation. Il se tenait à l'écart, sachant Fogg d'un naturel peu causeur. D'ailleurs, il lui répugnait de parler à cet homme, dont il acceptait les services. Il songeait aussi à l'avenir. Le plan de Phileas

Fogg lui semblait on ne peut plus simple.1 Au lieu de s'embarquer en Angleterre pour les États-Unis, comme un coquin vulgaire, ce Fogg avait fait le grand tour et traversé les trois quarts du globe, afin de gagner plus sûrement le continent américain, où il mangerait tranquillement le mil- 5 lion de la Banque, après avoir dépisté la police. Mais une " fois sur la terre de l'Union, que ferait Fix ? Abandonneraitil cet homme ? Non, cent fois non ! et jusqu'à ce qu'il eût obtenu un acte d'extradition, il ne le quitterait pas d'une semelle. C'était son devoir, et il l'accomplirait jusqu'au 10 bout.

La nuit vint. La lune entrait dans son premier quartier et son insuffisante lumière devait s'éteindre bientôt dans les brumes de l'horizon. Des nuages chassaient de l'est et envahissaient déjà une partie du ciel. 15

Le pilote avait disposé ses feux de position,2 — précaution indispensable à prendre dans ces mers très fréquentées aux approches des atterrages. Les rencontres s de navires n'y étaient pas rares, et, avec la vitesse dont elle était animée, la goélette se fût brisée au moindre choc. 20

A minuit, Phileas Fogg et Mrs. Aouda descendirent dans la cabine. Fix les y avait précédés. Quant au pilote et à ses hommes, ils demeurèrent toute la nuit sur le pont.

Le lendemain, 8 novembre, au lever du soleil, la goélette avait fait plus de cent milles. Pendant toute cette journée, 25 elle ne s'éloigna pas sensiblement de la côte, dont les courants lui étaient favorables.

Mr. Fogg et la jeune femme, fort heureusement réfractaires au mal de mer, mangèrent avec appétit les conserves et le biscuit du bord. Fix fut invité à partager leur repas 30 et dut accepter, sachant bien qu'il est aussi nécessaire de lester les estomacs que les bateaux, mais cela le vexait !

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