SCENE VI
M- DE BLAINVILLE , GOBINARD,
Mme DE blainville. Mon cher Gobinard , je viens de recevoir une lettre d'une de mes anciennes amies , absente de France depuis fort long-temps... Vous allez voir en quoi cela vous intéresse...
gobinard. Je m'y intéresse déjà.
Mme de blainville , lisant. « Ma chère » amie , il y a bien long-temps que vous » n'avez eu de mes nouvelles.... mais je » songe à revenir en France, qui est ma » patrie... quoique je porte un nom polo- » nais. . . »
gobinard. Un nom polonais!., cela fait son éloge...
Mme DE BLAINVILLE , lisant. « A mon » retour , j'irai vous voir à votre maison » de campagne... des environs de Mantes. »> Plus d'un motif m'attire de ce côté... il » y a dix-sept ou dix-huit ans, j'ai voyagé » par là... et je me suis arrêtée au petit » village de Véteuil... »
GOBINARD. C'est le nôtre!...
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MAGASIN THEATRAL
Mme DE bl AIN ville. « J'ai logé dans une » auberge qui avait pour enseigne : Au » Tourne-Bride. »
gobinabd. C'est la mienne.
Mme de blainville. « C'est à cette au-
»> berge que je dois me rendre d'abord
» car j'y ai laissé un objet bien cher et » dont j'eus alors beaucoup de peine à me » séparer!... mais l'hôtesse méritait, je » crois, ma confiance... tout ceci doit vous » paraître inintelligible... Je vous l'expli- » querai bientôt en allant vous embrasser. » Votre amie , Herminie , duchesse de >» Walousky. »
gobinabd. Une duchesse !... En effet... elle a logé dans cette auberge... mais je ne comprends pas...
Mœe de bl ain ville. Où étiez- vous à cette époque ?
gobinard. A la Guadeloupe , pour recueillir un héritage. . .
. Mme de blain ville. Et à votre retour. .. qu'avez-vous trouvé de plus dans votre maison?
GOBINARD. Rien I ..C'est-à-dire... si I... la petite Marie... qui pouvait avoir un an.
MmeDE blainville. Et cette petite fille... par qui avait-elle été confiée à votre femme ?
GOBINARD. Par qui ?. . . Oh ! mon Dieu ! . .. Marie... cet enfant inconnu...
Mme de blainville. Ah!... vous comprenez à présent?
GOBINARD. Je n'en reviens pas ! et ma femme qui m'avait dit que
Mme DE blainville. Votre femme a gardé le secret... car il y a dans tout cela un mystère...
GObinard. Marie !... la fille d'une duchesse ! . . .
/ Aiu de l'Ecu de six francs.
J'en deviendrai fou, j'imagine.
Faut- il que je sois malheureux !
Aux vils travaux de la cuisine
Ai-je pu l'occuper, grands dieux !
Je devrais m'airacher les yeux,
Quand j' lui faisais... ah ! quell' brioche !
Tourner un' dind' qui rôtissait,
J'étais donc assez indiscret
Pour mettre un' duchesse à la broche !..
Et je viens encore de lui faire hacher du pei sil !
Mme de blainville. Pour lever tous nos doutes, n'auriez-vous pas ici quelque garçon, quelque servante , qui étaient employés dans l'auberge à cette époque ?
GOBINARD. Attendez donc... Gaspard travaillait ici dans ce temps-là... il faisait le jardin... lui seul pourrait éclaircir...
MmeDE blainville. Eh bien ! voyons ce Gaspard, il faut l'interroger.
gobinabd. C'est facile, il est chez moi toute la journée.
GASPARD, en dehors. Oh! morgue! je i* répète, ça n'a pas le sens commun.
gobinabd. Tenez, c'est lui que j'entends... il paraît même de très-bonne humeur.
oLiJLmL Vil.
GASPARD, GOBINARD, Mme BLAINVILLE.
DE
GASPARD, entrant d'un air d'humeur et
sans voir personne. Queue bêtise parc'
qu'une fille lui dit qu'ell' ne l'aime pas... comme s'il en manquait d'autres dans le monde.
Il jette avec colère son bonnet sur la table.
GOBINARD. Gaspard, fais attention, mon ami, Mmede Blainville que voilà désire te parler.
GASPARD. Ah!
gobinard. Il s'agit de Marie, qui se trouve être une grande dame... nous avons découvert le secret.
Gaspard. Que diable me chantes-tu là?
Mme DE blainville. Laissez-moi lui parler... (A Gaspard.) Vous avez travaillé dans cette maison à l'époque où la duchesse de Walousky vint y loger?
Gaspard *Pardi. . . je m'en souviens bien d'vot' duchesse... une faraude. . . une pimpante.
Mrae de blainville. Et Marie, était-elle ici avant l'arrivée de la duchesse?... rappelez-vous bien.
Gaspard Non, non.... on n'avait pas encore ici la petite.
» Mme de blainville. Et cette pauvre femme,, qui, soi-disant, l'a confiée à Mme Gobinard, Tavez-vous vue $
Gaspard. Cette pauvre femme?... jamais !
Mme DE BLAINVILLE. Plus de douteï...
Marie est la fille de la duchesse...
gobinard. C'est une princesse polonaise...
GASPARD. Comment!... qu'est-ce qui vous fait penser....
Mme de blainville. Cette lettre de la duchesse... un objet bien cher dont elle a eu tant de peine à se séparer...
Gaspard. Bah! elleditça...eh! eh1, eh!
c'est drôle, tout d' même... et ces papiers que j'ai entre les mains... Au fait, il faut
bien que Marie soit la fille de quelqu'un.
Mme de bl AIN ville. Pauvre chère petite. . . j 'avais bien deviné cela. . . j e lui trouvais un air distingué... Jah ! j'en suis tout émue de joie.. J Gobinard, conduisez-moi dans ma chambre habituelle, vous m'enverrez Hector... et Marie aussi... surtout ne lui dites rien d'avance, c'est moi qui veux tout lui apprendre.
gobinard. Oui, madame, donnez- vous la peine d'entrer... Une duchesse chez moi ! et elle épluchait des oignons... c'est à en pleurer.
Il entre à gauche avec Mme de Blainville.
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