SCENE il
JOSÉPHINE, ADÉLAÏDE, CARABINE, FLEUR-D'AMOUR , puis PIERRE.
fleur-d'amour. Par ici donc , les autres... Carabine, Carabine... est-ce que tu vas t' arrêter à toutes les marchandes de pommes?
Carabine, entrant. Non, c'est que je marchandais un cœur en pain d'épice...
fleur-d'amour , bas. Nos tourterelles sont par ici...
carabine. C'est elles tout d' même...
crrrristi.
fleur-d'amour. Chut!... modère ton élan... faut pas tout d' suites' prodiguer... Ehben! Pierre, il n' vient donc pas?... Pierre, viens donc avec nous.
PIERRE, arrivant lentement , et d'un air triste. Eh bien! que me voulez-vous?
fleur-d'amour. Ce que je veux... te dérider, d'abord... je te donne la bonne exemple... Il y a là sur le banc des jeunesses d' connaissances... elles ont une amie qui t'a remarqué. .. viens jaser avec elles. ..
pierre. Non, non... c'est inutile... je vas me promener là-bas... je vous reprendrai en repassant.
Il sort.
Carabine. Est-il hibou, 1' camarade?
fleur-d'amour. A nous deux, alors. ..
Carabine, une surprise... passons par derrière, et allons nous assire inopinément, et sans qu'elle nous vissent.
Carabine. Je crois que c' est faisible.
Ils exécutent le mouvement.
JOSÉPHINE , bas à Adélaïde. Les v'ià qu'approchent... les v'ià qu'approchent.
fleur-d'amour et carabine, s' asseyant.
Houp ! . . .
JOSÉPHINE. Ah ! vous m'avez fait peur. ..
fleur-d'amour. Histoire de rire, mamselle Joséphine ; est-ce que votre santé serait bonne?
MAGASIN THEATBAL.
Joséphine. Vous êtes ben honnête , monsieur Fleur-d'Amour.
fleur-d'amour. Merci!... je me porte bien aussi... quoique depuis l'autr' jour, que j'ai eu celui de vous offrir du coco... j'éprouve le besoin de vous en offrir encore...
carabine. Oui, nous vous en offrons...
crrrristi.
fleur-d'amour. Ou tout autre rafraîchissement sans conséquence.
Carabine. Des pommes, par exemple.
Adélaïde. Ben obligé, monsieur...
monsieur... j' peux jamais vous r'tenir.
Carabine. Carrrrabine...
Adélaïde. Carrrrabine... que drôle#de nom (*il me semble pourtant que je l'ai déjà entendu.
carabine. Ah I c'est qu'il y a un' chanson où c' qu'on parle.
Il chante.
Il était un p'tit homme Qui s'appelait Toto Carabo Il allait h la chasse , A la chasse aux perdrix ^ Carabine.
fleur-d'amour. C'est pas Carabine...
c'est Carabi dans la chanson . . .
Carabine. Tu crois... possible... c'est pas moi qui l'ai faite.
Joséphine. Pourquoi donc M. Pierre n'est-il pas resté avec vous?... Est-ce que nous lui faisons peur?
fleur-d'amour. Que non!... il en a vu d'aussi laides que vous!... je veux dire de plus laides... mais il aime l'isolement de la solitude au sujet d'une femme... dont il a peu d'agrément.
Joséphine. Pauvre jeune homme!...
c'est bien joli d'être fidèle comme ça.
fleur-d'amour. Oh! fidèle... c'est une bêtise, le militaire se doit à la société et aux bonnes d'enfans, et même aux bonnes sans enfans... j'aime mieux ça... attendu que le mioche est susceptible de nous mettre du raisiné sur nos bufïleteries.
TOUS, riant. Ah! ah! ah! ah ! Q
fleur-d'amour. C'est égal!... quand Pierre aura fait autant de cœurs enflammés que moi , il sera plus déluré.. . t- Carabine . Hé ! hé ! hé ! hé ! v Joséphine. Oh! les mauvais sujets.
Air : Grenadier, que tu m'affliges.
Vous courez de belle en belle , Vous êtes tro...op... entreprenant j
fleur-d'amour.
Mamseir, si... j' suis infidèle C'est pour aimer plus souvent , Mais des appas comme les vôtres
Me fixeront pour toujours , Ben loin d'en aimer d'autres,
Finissant l'air.
{Parlé.) Je l' jure-, j' l'affirme... je l'atteste, j'en lève la main.
Vous s'rez mes dernières amours ;
CARABINE et PLEUR-d'aMOUR.
Oui, des appas comme les vôtres, Me fixeront pour toujours, Etc., etc., etc.
Adélaïde. Oh ! sont-ils insinuans !
Carabine. Moi, j'adorrrre les cuisinières; v'ià un' bonn' conquête pour l'estomac... De quel endroit que vous êtes, mamzelle ?
Adélaïde. Je suis Bourguignonne.
CARABU\e. Et moi, Normand... Tiens, j' crois que nous sommes pays. ..
fleur-d'amour. Ecoutez, sylphides..:
Carabine et moi, nous avions une idée pour ce soir... vu que nous jouissons d'une permission de dix heures... nous pourrions vous mener à Franche-coni '.
ADÉLAÏDE. Au Cercle Olympique ?
Joséphine. Oh! c'est une fameuse idée..; J'aime tant la comédie.
fleur-d'amour. Moi, je préfère le spectacle. . . Je n'y suis encore allé qu'une fois. . . mais j'ai vu une bien belle ouvrage : la Tour des Nèfles.
JOSÉPHINE. Oh! on dit que c'est superbe. *
fleur-d'amous. C'est-il convenu?
JOSÉPHINE. Dam!., je voudrais bien...
mais que diront les maîtres ?.x. C'est pas que je tienne aux miens... des parvenus... des liardeux... on m'coupe mon pain pour mon dîner.
fleur-d'amour. Ah! on vous l'coupe!.
quelle petitesse!
JOSÉPHINE. Bah!... ils diront c'qu'ils voudront... pas vrai, Adélaïde?... 11 est cinq heures... tu peux aller coucher ton p'tit... s'il n'est pas content... le fouet...
fleur-d'amour. C'est ça... le fouet...
il n'y a rien de mieux pour éduquer les enfans.
Adélaïde. Nous allons le reconduire.. .
Eh bien ! où donc qu'il est c' garnementlà ? Dodophe ! . . Dodophe ! . . .
JOSÉPHINE. Est-ce qu'il a quitté le porichinel?
Adélaïde. Mon Dieu! oui.... je ne le vois plus. . . Dodophe ! . . .
fleur-d'amour. Yous avez égaré vot' moutard?
Adélaïde. C'est que les païens sont si ridicules; ils seraient capables de s'en prendre à moi.
JOSÉPHINE. Allons F chercher tous les quatre.
CARABINE. Gava!... tous les quatrrrr.
TOUS
Air: C'est gentil d'aimer.
Sur le boulevard, Cherchons le moutard , Il aura sa danse...
Je pense...
Mais j'ai de l'espoir, Un enfant doit s'voir, Ça n' se perd pas comme un mouchoir.
Ils s* éloignent.Fleur-d' Amour va sortir le dernier, lorsqueGaspard , qui entre, le retient.